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Compte-rendu de “Sex-shops” sur liens-socio

Igor Martinache, le serial-reviewer de Liens-socio a lu Sex-shops, une histoire française :

Aussi curieux que cela puisse paraître, cet ouvrage de Baptiste Coulmont est le premier du genre à s’intéresser aux sex-shops. Voilà pourtant un sujet qui pourraît paraître à première vue attrayant (pour ne pas dire « vendeur ») pour un chercheur comme pour le public… à moins que l’objet de recherche ne suscite la même réaction de tension entre fascination et répulsion que les commerces en question. Telle est du moins l’impression que l’on peut avoir en tant que lecteur quand on constate sa propre gêne à arborer le livre dans les lieux publics, étant donnée sa rose couverture quelque peu suggestive…
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Rappel : Vous pouvez acheter Sex-shops sur amazon ou dans toute bonne librairie…

Statistiques futiles

Le site de vente par correspondance amazon.fr a un outil formidablement addictif, le “Amazon sales rank”, qui propose, pour chaque livre, son rang parmi les ventes. Ce chiffre est recalculé en gros toutes les heures et ne dit rien du volume des ventes. J’imagine que la librairie mondiale de Seattle a créé cela dans le but unique de scotcher les auteurs à des statistiques inutilisables…
L’algorithme à l’origine de ce chiffre est, bien entendu, secret-secret, mais plusieurs personnes ont essayé de reverse-engineerer. L’on trouve ainsi sur internet diverses explications en anglais, ou autres explications en anglais. Le travail le plus conséquent est celui de ces chercheurs du MIT : Consumer Surplus in the Digital Economy: Estimating the Value of Increased Product Variety at Online Booksellers.
Des services payants ou gratuits, mais restreints à la version “dot com” d’amazon, permettent de suivre l’évolution de son “sales rank” (pour un exemple, voir titlez.com). Je n’ai rien trouvé s’appliquant à la version “point fr” de la librairie…
Un peu de bidouillage (nécessitant l’apprentissage rapide de “cron” et le débroussaillage d’un peu de “php”) m’a permis d’installer un suivi quotidien automatique de mon Classement parmi les ventes Amazon.fr, pour le livre “Sex-shops, une histoire française. Les résultats sont reproduits, pour les dernières semaines, sur ce graphique :

rangamazon-mai2007.gif
Rang sur amazon.fr du livre “sex-shops, une histoire française”

L’échelle du graphique est logarithmique principalement en raison des effets de seuils produits par les calculs amazoniens : si vous êtes dans les environs du rang 100 000, un seul achat vous propulse vers le rang 2 000; un autre achat dans les 24h qui suivent et vous passez au dessus du rang 1 000. Mais si, les jours suivants, les achats ne se répètent pas, le livre retombe, progressivement et logarithmiquement, dans les profondeurs du classements. Il y a quelque chose de heartbreaking de voir son livre retomber, rapidement, dans les 5 000, les 10 000… À peine 10 jours et tout est dépeuplé.
Quelques événements médiatiques peuvent ainsi générer une poignée d’achats, sans que ces derniers ne conduisent à une stabilisation haute du rang (à cause de la dégénérescence très rapide de ce dernier, et son absence relative de prise en compte de l’histoire passée). Mon passage récent sur France Culture n’a pas encore, d’ailleurs, fait exploser les ventes (c’est certainement que vous n’avez pas écouté l’émission : elle est disponible en mp3 ici…).

Souvenirs de sex-shops

Les mémoires des vendeuses et patrons de sex-shops du début des années 1970 n’ont jamais été publiés. Peut-être même n’ont-ils jamais été écrits. Cela rend d’autant plus intéressant un livre de souvenirs, paru en 1976 aux “Éditions de la pensée moderne”, Le sexe en vitrine, J’ai été vendeuse de sex-shop de Zaza Dalmas, maintenant introuvable (même en bibliothèque). Elle y relate les quelques années pendant lesquelles elle tint un magasin, rue Saint-Denis, la surveillance policière, les relations avec les prostituées et la clientèle des sex-shops, de manière concrète : les souvenirs sont finalement très proches.
Cette année, sous son nom d’origine, Ivanka Mikitch, elle publie une réédition, Sex-shop blues, dans une maison d’édition suisse. La structure du livre reste la même, mais ce qui l’ancrait dans les années soixante-dix (certains termes, certains noms, certaines choses) a disparu. Un poêle à gaz devient un radiateur mobile, les films en super-8 deviennent des cassettes vidéos. Tout un chapitre sur la fermeture administrative de son magasin est résumé en quelques lignes. Et la position publique difficile des sex-shops, dans les années 1970, est mieux explicitée dans Le sexe en vitrine que dans Sex-shop blues :

La droite nous dénonçait comme des ennemis de la sacro-sainte famille bourgeoise, des rongeurs de la morale et de la civilisation; la gauche voyait en nous les véhicules d’une diversion capitaliste, destinée à démobiliser les militants et à les fourvoyer dans l’impasse d’un renouvellement de la société de consommation.
Tout cela était aux antipodes de ce que je voyais dans mon travail. Pour moi, il n’était en rien honteux. Nous vivions dans une société marchande où tout finit par s’exprimer commercialement.
source : Zaza Dalmas, Le sexe en vitrine, 1976

En 2006, la préface du livre est autre :

Le sexe ne titille que pour faire acheter un produit, c’est à dire qu’il est totalement détourné de son essence. Il est aliéné par le mercantilisme de la consommation.
L’appat de l’acheteur est le seul prétexte qui en autorise, et en propage, la représentation. Sous réserve que l’objet à acheter ne soit pas sexuel. (…)
Ajoutons enfin que le sexe étant le plus beau des loisirs, il faut avoir l’entourage, les moyens matériels et le temps d’en jouir.
source : préface à Ivanka Mikitch, Sex-shop Blues, 2006

La libération par la mise en commerce n’apparaît plus comme une possibilité réaliste.

Antimanuel d’éducation monkienne

Quelques remarques au sujet d’un ouvrage récent…
MonkDans l’une des meilleures séries américaines du moment, je veux parler de Monk, le détective agoraphobe éponyme, claustrophobe, poussière-phobe et maniaque de l’ordre résoud les énigmes les plus invraisemblables avec l’aide d’une assistante dénuée apparemment de toute phobie. voir cet extrait de Monk au format Quicktime .mov
Dans l’un des meilleurs livres du moment, l’Antimanuel d’éducation sexuelle de Iacub et Maniglier, une équipe similaire à certains égards propose un parcours dans le droit sexuel contemporain, même si l’on a affaire à deux Monk dont l’amour de la cohérence cache une phobie de la noncongruence, aucune assistante n’est là.
Pensez : un philosophe et une juriste ! La juriste ne cesse de traquer les conséquences illogiques de certaines décisions de justice et le philosophe celles de certains systèmes d’idées. Ce qui en fait un très bon livre, mais un livre de/pour maniaques.
Pour prendre un exemple : dans un épisode récent de Monk, le détective, arrivé sur les lieux d’un crime, entreprend de replacer parallèlement l’une aux autres les scellés temporaires que la police a placé, un peu n’importe comment. Dans certains passages de l’Antimanuel, l’on apprend par exemple que la majorité sexuelle — dès 15 ans — n’en est pas vraiment une car tout ce qui est permis entre adultes consentants ne l’est pas avec une (trop) jeune fille. La question des “droits sexuels” est la plus intéressante : si le droit de dire non à une relation sexuelle est bien protégé, celui de dire oui l’est beaucoup moins : jamais l’on ne peut attaquer en justice la personne (parent, amant…) qui souhaite nous empêcher d’avoir une relation sexuelle avec la personne de notre choix, et cet empêcheur de tourner en rond n’est pas vu comme un maniaque sexuel, un pervers ou un malade.
Le dernier chapitre propose [l’établissement d’]une cité utopique, dont le droit de la post-sexualité serait entièrement logique, la pure application de principes faisant du sexuel un domaine indifférent.
C’est un des éléments qui m’a le plus étonné à la lecture — qui précède ce livre — d’articles de juristes : ils font comme si “le législateur”, “la doctrine”, “le juge” existait réellement et devait produire des discours cohérents entre eux… alors que la combinaison, variable dans le temps, des intérêts des individus ne peut que produire des combinaisons variables. Jamais l’origine sociale, le niveau de diplôme, le sexe, la situation matrimoniale, l’âge du “juge” ou des députés n’entre en ligne de compte et leur production — du droit — vaut pour elle-même. Dans l’ouvrage de Iacub et Maniglier, aucun mouvement social n’existe : une des seules mentions d’une association, à la fin, est pour souligner qu’elle n’exista pas bien longtemps… (p.310)
On trouve un compte-rendu beaucoup plus développé chez Hecate, histoire d’une vie de lecteur et une forme d’illustration sur le blogroll des Perles du chat.