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Cartographie avec R (suite)

Je cherche à donner à voir, par des points sur une carte, la localisation d’églises (ou de boulangeries, ou de sex-shops, ou de lobbyistes…) en région parisienne. Il est possible de créer un “mashup” avec google maps, ou une carte dans google earth, mais cela ne donne pas de jolis fichiers PDF utilisables dans une publication scientifique qui se respecte. Imaginons que je dispose des données “Longitude / Latitude” des églises.

Il me faut un fond de carte. On trouve une carte de la France (avec les frontières administratives) sur “cloudmade” : http://downloads.cloudmade.com/europe/france. Il faut télécharger le fichier : “france.shapefiles.zip”
On trouve aussi, ailleurs, une carte des principales rues, routes, autoroutes… d’Île de France : http://download.geofabrik.de/osm/europe/france/ : il faut télécharger la carte de l’Île de France : ile-de-france.shp.zip

Ces cartes “open source” proviennent du projet OpenStreetMap : il y a des erreurs, des morceaux non complets, des manques. Mais à notre échelle, cela suffira. Les fichiers téléchargés sont des “shapefiles”. Ils consistent en 4 fichiers différents : un fichier .prj qui contient des informations concernant la projection, puis trois autres fichiers contenant les données elles-mêmes (un fichier dbf, un fichier shp et un fichier shx).

Ouvrons maintenant R.

library(maptools) #charge le package "maptools"
france<-readShapeLines(
"Desktop/france/france_administrative.shp",
proj4string=CRS("+proj=longlat")
)

l’instruction précédente demande à R de charger les informations de la carte de France dans “france”.

summary(france) # donne la structure de "france" 

On constate que dans cette “Data frame” il est indiqué, par “ADMIN_LEVE” le type de frontière administrative: 8 pour les communes, 6 pour les départements.

routesidf<-readShapeLines(
"Desktop/ile-de-france/roads.shp",
proj4string=CRS("+proj=longlat")
)
summary(routesidf)

permet de constater que le type de route est indiqué par “type” : “primary”, “secondary”, “residential”…

les fichiers peuvent être longs à se charger : ce sont des objets très lourds et il serait préférable de demander à ne charger qu’une petite partie des fichiers (par exemple les routes principales et pas tous les chemins communaux). Mais je ne sais pas le faire… pas encore du moins.

plot(france,xlim=c(2.35,2.45),ylim=c(48.87,48.97),lty=3)

donne l’image suivante. Seul un regard averti y discernera le nord de Paris et une partie de la Seine-Saint-Denis :
Paris-Nord
Rendons cette carte un peu plus lisible :

plot(france[france$ADMIN_LEVE==6,],add=TRUE,lwd=2)
plot(routeidf[routeidf$type=="primary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")
plot(routeidf[routeidf$type=="secondary",],add=TRUE,lwd=2,col="lightgray")

Paris-Nord2
J’ai ajouté les routes principales (de type “primary” et “secondary”), j’ai indiqué certaines des frontières départementales par un trait noir. Je vais maintenant ajouter mes églises, qui sont dans l’objet “coordeglises” : X indiquant la longitude et Y la latitude. :

points(coordeglises$X,coordeglises$Y,pch=20,cex=2,col="red")

Paris-Nord3

Il me semble pouvoir remarquer que mes églises s’installent assez souvent à proximité de ces grandes routes, voire même à proximité du croisement de deux de ces grandes routes.

Note : Mis à part le bel iMac sur lequel j’ai réalisé ces cartes, tout le reste fut “gratuit”. Open Source ou non. Seashore, R, OpenStreetMaps… et l’indispensable géocodage offert par google….

Un graphique

Je ne sais comment nommer ce type de graphiques : en abscisses, des années, et en ordonnées, des personnes, le graphique lui-même consistant à indiquer (en noir) que la personne est vivante (ou présente)… Une frise ?
N’ayant pas de nom, il est somme toute normal d’avoir du mal à le créer avec R, le logiciel d’analyse statistique “open source”. L’année dernière, j’avais bricolé un code affreux pour aboutir à quelque chose de potable. Je voulais un peu plus simple.

Démarrons avec ceci :

  date Pass Cixo Cast
1 1969    1    1   NA
2 1970    1    1    1
3 1971    1    1    1
4 1972   NA    1    1
5 1973   NA   NA    1

Dans l’institution étudiée, Jean-Claude “Pass” et Hélène “Cixo” sont présents dès 1969 (mais seront tous deux absents en 1973), tandis que Robert “Cast” arrive en 1970. Il est toujours là en 1973.

Appelons “soci” cette chose.
Dans R, le package “reshape” permet de transformer ces données en quelque chose de plus aisé à travailler :
soci<-melt(soci,id=c("date"))
Ce qui donne :

   date variable value
1  1969     Pass     1
2  1970     Pass     1
3  1971     Pass     1
4  1972     Pass    NA
5  1973     Pass    NA
6  1969     Cixo     1
7  1970     Cixo     1
8  1971     Cixo     1
9  1972     Cixo     1
10 1973     Cixo    NA
11 1969     Cast    NA
12 1970     Cast     1
13 1971     Cast     1
14 1972     Cast     1
15 1973     Cast     1

Pour obtenir la frise ci-dessous, j’ai chargé le package “ggplot2”
Les instructions utilisées sont les suivantes. Les répétitions de theme_blank() peuvent sans doute être éliminées.
qplot(date,value,data=soci,geom="line",group=variable)
+ facet_grid(variable~.,scales="free",space="free")
+ opts(
panel.grid.minor=theme_blank(),
panel.grid.major=theme_blank(),
panel.background=theme_blank(),
axis.line=theme_blank(),
panel.border=theme_blank(),
axis.title.y=theme_blank(),
axis.text.y=theme_blank(),
strip.text.y=theme_text())

Tout ça pour ceci :
soci

J’ai conscience de la futilité d’un tel exemple, mais cette représentation graphique, appliquée à une institution plus nombreuse, sur un plus grand nombre d’année, devrait permettre de visualiser de manière synthétique les arrivées et les départs, la permanence d’une partie du personnel et la bougeotte d’une autre partie.

On peut aussi ajouter à cette représentation d’autres informations. Par exemple, “0” indiquerait un statut d’assistant, “1” un statut de maître de conférences et “2” un statut de professeur.

  date Pass Cixo Cast
1 1969    0    1   NA
2 1970    1    2    0
3 1971    1    2    1
4 1972   NA    2    1
5 1973   NA   NA    2

On pourrait ainsi repérer des changements de statut dans la carrière :

soci2
Les instructions (un peu tordues, car je demande le dessin d’une ligne d’épaisseur zéro)…
qplot(date,value,data=soci,geom="line",group=variable,lwd=0)
+ geom_rect(aes(xmin = date-0.5, xmax = date + 0.5, ymin = 0, ymax = 2.5, fill=factor(value)))
+ facet_grid (variable ~ .,scales="free",space="free")
+ opts(
panel.grid.minor=theme_blank(),
panel.grid.major=theme_blank(),
panel.background=theme_blank(),
axis.line=theme_blank(),
panel.border=theme_blank(),
axis.title.y=theme_blank(),
axis.text.y=theme_blank(),
strip.text.y=theme_text(),
legend.position = "none")
+ scale_fill_manual(values = c("NA"="white","0"="lightgrey","1" = "darkgrey","2"="black"))
+ scale_y_continuous(breaks=NA)

Note : Pour aller plus loin, le blog http://learnr.wordpress.com/ (attentif à l’élégance graphique) contient nombre d’exemplesqui m’ont énormément servi.

Les âges de la vie

En 2006, la répartition par âge des titulaires du département de sociologie de l’université Paris 8 était celle-ci. 8 collègues étaient nés entre 1940 et 1944, et une seule après 1974.
ages-2006

En 2009 c’est celle-ci [attention, les échelles ne correspondent pas] :
ages-2009

Nous avons connu de nombreux départs à la retraite (de certains Vincennois historiques) et quelques personnes ont muté dans d’autres universités. Le résultat final des différentes stratégies individuelles de recrutement donne un rajeunissement du département.
A nuancer toutefois : en 2006 l’année de naissance médiane était 1955. L’année de naissance médiane, aujourd’hui, est 1960. La moitié des collègues (titulaires) a plus de cinquante ans et le département de sociologie possède donc une grande expérience cumulée.
(Si des collègues pouvaient m’envoyer des données similaires pour des départements comparables, comme Nantes, Lille, Lyon, Toulouse… on pourrait comparer.)

Les réseaux du CAC 40

Comment s’organise le capitalisme français ? Si l’on prend la composition des conseils d’administration des entreprises du CAC 40, trouverait-on… trouverait-on quoi ?
Comme je n’ai pas trouvé facilement de belle image sur internet, j’ai cherché la composition de ces conseils, je suis tombé sur des données datant de 2005 [Mise à jour : les données proviennent de l’Opesc, j’aurais du l’écrire tout de suite. Voir aussi la mise à jour en bas], et après nettoyage, mon vaillant R (et son mignon, le “package sna”) ont fait le reste. Voici ce que cela donne.
Chaque rond rouge est une personne (Bébéar, Fourtou…) et chaque losange bleu une compagnie du CAC 40 (Axa, Accor…). Un trait noir qui relie un point rouge à un losange bleu signifie que le point rouge est membre du CA (ou du CS) de cette compagnie.
C’est un petit monde…
cac40
téléchargez le graphe au format PDF

Un petit zoom :
cac40zoom
Si quelqu’un me trouve des données plus récentes, 2008 ou 2009, ça m’intéresse [j’ai bien peur d’avoir attrapé la grippe réticulaire et de vouloir tout transformer en réseau].
Note : Je n’ai pas eu le temps de faire les recherches bibliographiques, mais je sais que l’étude des liens croisés qui unissent les boards sont assez nombreuses. N’hésitez pas à les indiquer en commentaire…

Mise à jour : En visitant le site de l’Opesc je découvre aujourd’hui qu’un grand nombre de graphiques sont disponibles, dont le réseau des patrons en 2007. [Lors de ma précédente visite, je n’avais consulté que les annuaires.]

Mon premier réseau

Il y a un peu plus d’un an, j’ai commencé à prendre en photo et à collectionner les affiches que les églises “africaines” utilisent pour leurs “Grandes Croisades d’Evangélisation”. J’en avais parlé rapidement ici : “Grandes Croisades à Paris” (billet de septembre 2008).
J’ai maintenant presque 70 affiches en provenance d’une cinquantaine d’églises, qui donnent des informations sur environ 150 individus. Petit à petit, j’ai cru remarquer que certaines personnes “revenaient”, et que sous la collection d’affiches se cachait peut-être un réseau. Grâce à R (le logiciel “open-source” d’analyse statistique et au “package sna”, on peut faire une analyse de réseau rapide (et sans doute aussi une analyse fouillée, mais je ne l’ai pas encore faite).
reseau eglises
Dans le schéma ci-dessus on voit apparaître, en effet, quelques petits réseaux, mais surtout des pasteurs dispersés. Je n’en dirai pas plus ici, en tout cas pas maintenant.

« Ils sont de retour »

Qui est de retour ? Les poppers : ces petites fioles vendues en sex-shops dont le contenu avait été interdit à la vente, en novembre 2007, par décret.
Mélismes, sur son blog, retraçait début 2008 le processus ayant conduit à ce décret : la volatilité du droit.
En mai 2009, le Conseil d’Etat annule le décret : une telle interdiction était excessive.

poppers
Pendant une bonne année, donc, les poppers ont été interdits à la vente. Les sex-shops ont du s’habituer à la perte de ce “produit d’appel” aux marges très intéressantes et qui occasionnait les visites de clients peut-êtres plus jeunes que les habitués.
Jeunes ? Ce ne sont pas seulement les vendeurs qui parlent de jeunes consommateurs, “teufeurs” ou autres. Les enquêtes sur la consommation des “produits psychoactifs” ont repéré la consommation juvénile des poppers. Ainsi peut-on lire ce tableau dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire de mars 2008 :
behmars2008
source : Les usages de drogues des adolescents et des jeunes adultes entre 2000 et 2005. B.E.H., 25 mars 2008 / n°13.

On le constate aisément : l’enquête repère ici que les poppers sont l’autre produit psychoactif le plus consommé [ne figurent pas, dans ce tableau, l’alcool et le cannabis]. En très bref, en 2005, à 17 ans, 5% des Français en ont déjà consommé (au moins une fois). L’intérêt de cette enquête, “ESCAPAD”, c’est qu’elle est reproduite régulièrement. En 2008, beaucoup plus de jeunes semblent avoir touché aux poppers : un peu plus de 13% déclarent en avoir déjà consommé. Thrill face à l’interdit ? Plus grande facilité de déclaration ? Influence de la tektonik ? [Cherchez l’hypothèse étrange.]
poppers-ofdt-2009
source : Les drogues à 17 ans – Résultats de l’enquête ESCAPAD 2008, OFDT, juin 2009.
Les auteurs de l’enquête semblent perplexes devant une telle augmentation :

Cela pourrait être en lien avec le changement de statut légal de ces produits dont la vente était contrôlée (limitée aux majeurs dans les sex-shops) avant d’être interdite en novembre 2007. Une soudaine augmentation de l’offre via une baisse des prix pour liquider les stocks des fabricants et des revendeurs autorisés n’est pas à exclure. De plus, la visibilité et la disponibilité de ces produits sont également croissantes sur Internet. En 2008, le poppers domine donc largement les expérimentations de produits psychoactifs illicites (…)

Mais en 2009, ces produits ne sont (de nouveau) plus illicites…
Et les sex-shops cherchent à le faire savoir : à part les abonnés du Recueil Lebon en effet, rares étaient les personnes au courant de la décision du Conseil d’Etat.
L’on a vu fleurir, à côté des “Déstockage Massifs DVD Rocco Siffredi”, de petites affichettes : “Ici Poppers”. L’entreprise fabricant le “Sex Line” propose même une petite affichette pour les vitrines.
poppers 2009
On a peu parlé de ce retour du poppers… pour quelles raisons, je l’ignore. Que trouve-t-on ? Un article intéressant dans La Voix du Nord qui interviewe un sexshopiste :

Il faut dire qu’avant le décret, sa boutique écoulait « en gros, entre quarante et cinquante flacons par mois. Ça se vend 12€ la bouteille, c’était un vrai manque à gagner. » Soit entre 480 et 600€ de perte tous les mois. Laurent était donc le premier surpris quand, en mai, le Conseil d’État a annulé le fameux décret. Une « très bonne nouvelle », assure-t-il.
Rapidement, il affiche sur la porte du magasin une affiche qui dit : « Ici, vente de vrai poppers ». Le but étant de retrouver la clientèle perdue durant le temps de l’interdiction.
source. Le vrai poppers est de retour, La Voix du Nord, (Arras), juillet 2009

Et un autre article dans Sud Ouest qui développe l’idée selon laquelle l’interdiction a rendu le produit plus attractif.

Après le décret ministériel, la quête du poppers devient un nouvel enjeu. À Bordeaux, comme ailleurs, la consommation progresse. (…) Franck, homosexuel bordelais, âgé de 35 ans raconte : « Le poppers était un produit un peu ringard il faut bien le reconnaître, à l’image du Viagra… Du fait de l’illégalité, il a gagné une seconde jeunesse. Une espèce de “revival”. Et surtout, nous n’avions aucun mal à en trouver.
On entrait dans un sex-shop pour acheter du poppers, on nous répondait “vous savez que c’est interdit” et en général, on nous sortait une ou deux fioles de derrière les fagots. Le fameux stock à écouler… Il existait un trafic dans les bars gays (…) Et puis, les gens achetaient sur des sites Internet belges ou anglais à 20 euros la fiole, au lieu des 15 habituels.
»

Prénoms et immigration : Les enfants de Mohamed et Larbia Dupont s’appellent Yanis et Ines

Quels prénoms les immigrés donnent à leurs enfants ? Plusieurs articles ont paru récemment sur le sujet (Arai et al. 2009; Becker 2009; Gerhards et Hans 2009; Valetas et Bringé, à paraître; Sue et Telles 2007). Deux sur la France, deux sur l’Allemagne, un sur les USA. Voici quelques mots, un peu dans le désordre.
Les auteurs font le pari que les prénoms peuvent servir d’indicateur de l’acculturation, de l’assimilation ou de l’intégration. La chose semble assez logique : les prénoms des Marocains au Maroc et des Français en France diffèrent assez fortement… ceux que les immigrés marocains en France donnent à leurs enfants sont peut-être intermédiaires, et ceux que ces enfants donnent à leurs enfants ressemblent peut-être encore plus au stock général. De plus la disparition des prénoms allogènes a été observée auparavant, avant l’existence de grandes enquêtes statistiques : les enfants des Portugais, des Polonais, des Italiens… ont pu recevoir des prénoms différents de ceux que leurs parents portaient. Maintenant que l’on dispose d’enquêtes (ou de grandes bases de données administratives) il est possible d’essayer de comprendre comment cela se passe.

Les méthodes diffèrent légèrement. Travailler sur les prénoms pose des problèmes spécifiques. Les prénoms sont très nombreux et doivent être transformés en données utilisables.
Araï et alii construisent un « indice de francité » qui varie entre 0 et 1. L’indice reçoit 0 quand le prénom n’est donné que par des immigrants à leurs enfants… et 1 quand le prénom n’est donné que par des « native French ».
Les autres articles construisent des « familles de prénoms » : Gerhards et Hans classent chaque prénom en fonction de sa fréquence dans le pays d’origine et dans le pays d’accueil : ils réalisent donc un travail de codage manuel, en s’assurant de la présence d’au moins un immigré de chacun des groupes parmi les codeurs (et c’est la même chose dans l’article de Becker). Sue et Telles construisent aussi un indice : 1 = « prénom English non traduisible en espagnol »… 5 = « prénom Spanish non traduisible en anglais ». Enfin Valetas et Bringé construisent 4 catégories : pour les enfants des Algériens « prénoms traditionnels » et « prénoms modernes » font référence aux prénoms en cours en Algérie, les prénoms français et prénoms internationaux étant les deux dernières catégories.
La méthode utilisée par Araï et alii me semble a priori la plus satisfaisante (mais interdit probablement certains traitements) : le traitement est grandement automatisé. Elle ne fait pas intervenir le goût de codeurs. Pour prendre un exemple, prenons « Sabrina » : ce prénom apparaîtra à certains comme un prénom classique, un peu comme « Nicolas » ; à d’autres comme une abomination, comme un prénom étranger, comme un prénom maghrébin, comme un prénom portugais, etc… Ce que l’on ressent face à un prénom dépend de sa position sociale.

Malgré la différence des méthodes, l’on va trouver d’étranges similarités.

Immigrer à un jeune âge, avoir immigré depuis longtemps… conduit à donner à ses enfants des prénoms plus proches des prénoms du pays d’accueil. Il en va de même avec le nombre d’années d’études et l’insertion sur le marché du travail : quand ces dernières augmentent, les prénoms se rapprochent. Le mariage avec un « native » (mariage mixte) conduit aussi à des prénoms éloignés de ceux du pays d’origine.

La similarité la plus remarquable concerne les filles.
Les prénoms donnés aux filles n’ont pas tout à fait les mêmes caractéristiques que les prénoms donnés aux garçons. Les bébés filles reçoivent, dans les 3 pays ici étudiés, des prénoms plus proches des prénoms déjà en usage, alors que les prénoms donnés aux garçons diffèrent de ce stock. Les filles des immigrés (qu’ils soient du Mexique, de Turquie, du Maghreb ou de Yougoslavie) ont plus de probabilité d’avoir un prénom local (allemand, étatsunien, français) que les garçons des immigrés.
Dans l’article de Becker, qui porte sur 600 familles d’origine turque : les filles reçoivent des prénoms « communs aux deux pays » trois fois plus fréquemment que les garçons. Chez Valetas & Bringé : « chez les immigrés algériens, les garçons reçoivent un prénom traditionnel à plus de 80%. Ce n’est le cas que pour deux filles sur trois ».

Les auteurs interprêtent ces résultats de plusieurs manières, parfois en rattachant cette différence à la différence de genre. Les garçons seraient détenteurs de la continuité familiale, ethnique ou identitaire… et recevraient donc des prénoms « marqués ». Ce ne serait pas le cas des filles… Cette interprêtation, qui est en grande partie celle de Sue et Telles, me gêne aux entournures (et je suis plein d’entournures) : dans d’autres cas, l’on interprêterait tout aussi bien des pratiques « féminines » comme liées au fait que ce sont les femmes qui transmettent, blah, blah…

J’aurai tendance à penser que ces différences entre prénoms donnés aux garçons et prénoms donnés aux filles sont liées à une différence de structure dans le stock des prénoms du « pays d’accueil ». Les prénoms féminins sont depuis longtemps plus variés que les prénoms masculins : en France depuis la fin du XVIIIe siècle les parents sont plus innovateurs en ce qui concerne les prénoms des filles.
Gerhards et Hans repèrent autre chose : le prénom des immigrantes (nées en Turquie par exemple) est plus fréquemment que celui des immigrants un prénom qui a court dans le pays d’accueil. Tout simplement : il y a plus de prénoms féminins communs aux deux pays que de prénoms masculins.

Vous pouvez me dire : cela ne fait que repousser le problème d’un cran. Mais ça en résoud un autre : en choisissant des prénoms innovateurs pour les filles et des prénoms « classiques » pour les garçons, les immigrés reproduisent des pratiques en phase avec celles du pays d’accueil.

Un autre élément me gêne aussi : les auteurs ont tendance à écrire que les prénoms du pays d’origine sont des prénoms traditionnels. Mais il existe, au Maghreb, en Turquie ou au Mexique, des mouvements de mode… mais peu de travaux encore (Bulliet 1978; Borrmans 1968). Les prénoms turcs ont pourtant été modifiés par le nationalisme kémaliste, mais aussi par des mouvements politiques islamistes. Des mouvements de mode sont aussi visibles au Maghreb dès les années soixante. C’est pour cela que l’article de Valetas et Bringé propose deux groupes de prénoms du Maghreb : les “classiques” et les “modernes”.

À suivre… Car on peut observer aussi d’autres formes d’acculturation. De la même manière que certaines Françaises se trouvent des racines celtes (ou des racines occitanes, basques, corses) et donnent à leurs enfants des prénoms “bretons” (ou …), d’autres Françaises vont se trouver d’autres racines. L’indicateur “prénom” est bien complexe.

Bibliographie
Arai, Mahmood, Damien Besancenot, Kim Huynh, et Ali Skalli. 2009. Children’s first names and immigration background in France. HALSHS http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00383090/fr/.
Becker, Birgit. 2009. Immigrants’ emotional identification with the host society. Ethnicities 9, no. 2: 200-225. doi:10.1177/1468796809103460. [En ligne en version préliminaire sur EqualSoc]
Borrmans, Maurice. 1968. Prénoms arabes et changement social en Tunisie. IBLA, revue de l’Institut des Belles Lettres Arabes 121: 97-112.
Bulliet, Richard W. 1978. First Names and Political Change in Modern Turkey. International Journal of Middle East Studies 9, no. 4 (Novembre): 489-495.
Gerhards, Jürgen, et Silke Hans. 2009. From Hasan to Herbert: Name-Giving Patterns of Immigrant Parents between acculturation and Ethnic Maintenance. American Journal of Sociology 114, no. 4: 1102-1128.
Sue, Christina A, et Edward E Telles. 2007. Assimilation and Gender in Naming. American Journal of Sociology 112, no. 5: 1383-1415.
Valetas, Marie-France, et Arnaud Bringé. Prénoms des enfants d’immigrés en France: Une pratique différente selon le sexe ? Dans Du genre à l’Afrique. Hommage à Thérèse Locoh, éd. Jacques Vallin, 57-65. Paris: Editions de l’Institut national d’études démographiques, paraître.

Note : le titre du billet est une allusion à un article de Desplanques.

Structure sociale et prénoms à la mode

Dans “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, de Guy Desplanques, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83) on trouve un fort beau graphique.
En s’appuyant sur l’Enquête Emploi de l’INSEE, Desplanques essaie de comprendre comment les prénoms à la mode circulent dans l’espace social.
Le graphique est reproduit ci-dessous (car une partie de mon travail, c’est aussi de la science froide, la reproduction de résultats déjà solides).

Prenons les 10 prénoms féminins les plus donnés entre 1965 et 1969 et regardons comment les différentes catégories socio-professionnelles les ont utilisés. Ce qui frappe tout d’abord, c’est que toutes les catégories semblent surfer sur la même vague. Mais une lecture en détail montre que les comportement sont légèrement différenciés dans le temps.
Vers 1950, 10% des bébés filles de cadres (la CSP n°3 dans la nomenclature à 6 postes) reçoivent un prénom qui sera à la mode (c’est à dire dans les 10 prénoms les plus fréquents) 15 ans plus tard. Les filles des artisans et professions intermédiaires (CSP n°2 et 4) sont environ 3% à recevoir de tels prénoms. Et ce n’est qu’en 1960 que les filles d’agriculteurs recevront à une telle fréquence (environ 10%) ces prénoms.

Rplot-enqueteemploi

Il arrive un moment, vers 1960, où ces “prénoms presque à la mode” qui étaient auparavant des “prénoms de cadres” deviennent plus fréquents parmi les filles de “professions intermédiaires” et celles des “indépendants” : l’engouement des cadres décélère… Peut-être parce que ces prénoms sont jugés trop peu distinctifs, les cadres commencent à abandonner ces prénoms quelques années avant les autres catégories socio-professionnelles.

Le graphique précédent offre une image instantanée… et peut-être que le comportement des cadres et des professions intermédiaires fut différent à d’autres moments. Peut-être que les prénoms à la mode entre 1965 et 1969 avaient ceci de spécifique qu’ils furent lancés par les cadres à la consommation de l’ensemble du corps social.

Nous sommes rassurés (enfin, je le suis) en regardant le graphique suivant. Nous avons pris ici les 10 prénoms féminins les plus fréquemment donnés entre 1960 et 1964 : les courbes évoluent de la même manière. Les cadres commencent à donner ces prénoms avant les autres catégories socio-professionnelles… et les abandonnent quand les “professions intermédiaires” les utilisent plus fréquemment qu’eux. Les agriculteurs, eux, continuent à donner ces prénoms après que les autres CSP ont commencé à ne plus les utiliser pour leurs filles.

Rplot-enqueteemploi60-64

On peut comparer plus systématiquement, par exemple entre 1900 et 1975. L’animation suivante est construite ainsi : pour chaque année entre 1900 et 1975, j’ai retenu les 20 prénoms les plus donnés aux filles et j’ai construit la courbe de la fréquence d’usage, par catégorie socio-professionnelle. Pour diverses raisons (codage des prénoms composés, effectifs faibles, problèmes liés à l’utilisation des CSP pour le début du XXe siècle…) je n’accorde pas trop de crédit aux courbes d’avant 1945. Mais pour l’après 45… : le phénomène repéré pour les années soixante fonctionne. Les cadres semblent “lancer” la mode.

[flashvideo file=”https://coulmont.com/blog/fichiers/2009/cspprenoms.flv” width=320 height=240 /]

[Note : j’ai réalisé cette animation trop rapidement : l’échelle des abscisses devrait commencer à 1900 et se terminer vers 1975, et une date “mouvante” devrait être présentée.]

Une question au moins se pose après ces graphiques : Entre 1945 et 1975, les décalages entre catégories sociales ne sont que de quelques années. Si l’on prend le seuil de 10% [i.e. la date à laquelle 10% des bébés filles d’une catégorie sociale reçoivent les prénoms à la mode considérés], on s’aperçoit que 10 ans environ séparent les cadres des agriculteurs… mais à peine deux ou trois ans séparent les cadres des professions intermédiaires. Sans information supplémentaire, deux explications sont possibles : 1- les cadres “lancent” une mode qui est ensuite reprise par d’autres catégories sociales… ou 2- la source des prénoms est ailleurs, elle est la même pour toutes les CSP, qui assimilent les prénoms plus ou moins rapidement, mais sans “imitation”. [L’explication n°2 est soutenue par l’américain Stanley Lieberson.]

Références : Guy Desplanques, “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83)

Terminaisons des prénoms

Comment se terminent les prénoms féminins ? Au début du XXe siècle, pour la quasi-totalité des bébés filles, par “-E” (comme beaucoup de prénoms masculins : de Alphonse à Maurice…). Mais aujourd’hui, les terminaisons sont plus variées : les parents, régulièrement au cours du XXe siècle, ont retenu des prénoms en “-S” (Agnès, Inès…), puis en Y (Kelly, Kimberly), en H (Elizabeth, Sarah, Léah…) en N (Megann)… voire, aujourd’hui, en “-U” (Lilou). Mais ce sont les prénoms en “-A” qui marquent aujourd’hui, et de manière croissante, les prénoms féminins. Il doit, aujourd’hui (en 2009) naître plus de “filles en -A” (Rosa, Lisa…) que de “filles en -E” (Rose, Lise).
 

Le graphique suivant représente, pour chaque lettre terminale (sauf Q), le nombre de naissances féminines annuelles :
terminaisons féminines
On passe bien du “tout -E” à un peu plus de variété.
 

Mais l’étude de la dernière lettre, sincèrement, ne suffit pas. Héloïse et Gabrielle sont deux prénoms en -E, mais l’une se termine en /Z/ et l’autre en /L/. carriere-terminaisons
Ce qu’il me faudrait, c’est une routine (avec “grep” ?) qui transforme pour chaque prénom, le groupe de lettres finales en sonorités : /B/ (Callèbe), /D/ (Elfriede)… jusqu’aux /Z/ de Denise. On verrait apparaître /K/ (Dominique…) absent des lettres finales. Qui sait comment faire ? Je n’ai fait à la main pour “-ETTE”, “-INE”, “-A”…
Mais il faudrait être plus systématique.

Epicène

Epicène, quel joli mot. Voici une occasion de l’utiliser.
Parce que, dans la grande majorité des cas, le prénom indique assez bien le sexe, les prénoms ont été utilisés pour trouver le sexe des pacsés [PDF]. Dans son article pour Infostat Justice, Valérie Carrasco décrit la méthode qu’elle a suivie : elle a notamment considéré qu’un prénom donné à plus de 98% à un sexe était un prénom indiquant ce sexe.
Mais si je vous dit : Camille, Dominique, ou Claude… vous allez me demander “un ou une ?”. Ce sont, en français, des cas classiques de prénom ayant indiqué, à un moment plutôt un sexe, à un autre moment plutôt un autre. Des prénoms épicènes.
Prenons “Camille” : l’évolution au cours du XXe siècle est frappante. Jusque vers 1940, le prénom se masculinise : et plus de deux Camille-hommes naissent pour une Camille-femme. Mais à partir de 1940-1945, Camille se féminise : aujourd’hui plus de 15 Camille-filles naissent pour un Camille-homme (“Camille” est même l’un des dix ou vingt premiers prénoms donnés aux filles au début des années 2000). Les graphiques ci-dessous représentent la même chose (d’une image à l’autre, le rapport est inversé) : du point de vue “masculin” et du point de vue “féminin” pourrait-on dire.
camille-prenom
Il n’y a pas que Camille, Dominique ou Claude. Si je vous dit : Alix, Andrea, Loan, Noa ou Lou, Louison, Sacha (ou Sasha)… Dany ou Yannick… Sandy et Jessy… Morgan ou Lois… Vous y verrez peut-être une fille, peut-être un garçon.
4prenomsepicenes

Prenons deux prénoms assez récents en France, Jessy et Dany, dont l’évolution est retracée juste au dessus : au début de leur carrière, quand moins de 10 Jessy ou 10 Dany naissent chaque année, le rapport (nombre de Dany-filles) / (nombre de Dany-garçons) varie autour de l’unité. Mais il arrive un moment où le genre de Dany et Jessy se fixe. “PAF” ! En quelques années, ces deux prénoms deviennent des prénoms “de garçon”.
On n’observe pas de stabilisation durable autour du rapport 1 pour 1. C’est peut-être cela que repérait Stanley Lieberson dans The Instability of Androgynous Names (que je dois relire plus précisément). Un contre-exemple : “Alix”, au cours du XXe siècle, alterne assez rapidement entre “périodes masculines” et “périodes féminines” [il faudrait pouvoir suivre conjointement les évolutions d’Alice, Alex[andre] et Alix…], mais reste plutôt féminin (il n’y a jamais plus d’1,6 fois plus de garçons) et longtemps proche du rapport unitaire.

Yael prenom epiceneLe prénom “Yael” illustre peut-être mieux l’instabilité de l’épicénité : ce “prénom de fille” se masculinise régulièrement entre 1970 et 2000. Mais il ne reste pas androgyne plus de deux ou trois ans : en un clin d’oeil, il devient un prénom deux fois plus donné à des garçons qu’à des filles. Pour ce prénom l’on trouverait des explications ad hoc : l’usage féminin ferait plutôt référence à une héroïne biblique, l’usage masculin s’inscrirait plutôt dans les inventions de prénoms celtiques. Une telle explication incite à ne pas seulement utiliser les rapports mais aussi à utiliser les valeurs absolues : est-ce que l’usage féminin diminue (ou n’est-ce pas plutôt une explosion des usages masculins de Yael sans que ne diminue le nombre de bébé-filles Yaël naissant chaque année?)…

Après tous ces exemples, ne peut-on pas être un chouïa synthétique ?
naissances-epicenesLe graphique représente ici le nombre annuel de naissances “presque épicènes” : je n’ai retenu que les prénoms donnés aux deux sexes, et donnés moins de 4 fois plus à un sexe qu’à un autre [c’est à dire les prénoms où les garçons représentent entre 20 et 80% du total].
L’ «Effet Dominique» domine le graphique : autour des années soixante, Dominique est à la fois un prénom épicène et l’un des grands succès. Il faudrait le refaire en enlevant ce prénom…
Mais la fin du graphique est intéressante : L’augmentation du nombre d’enfants recevant un prénom épicène depuis 1995 n’est pas attachée à un seul prénom, mais bien à la multiplication de prénoms rares utilisés à la fois pour des garçons et pour des filles.

Total sur 5 ans : 2000-2004
Nom Nbr filles Nbr garçons Proportion
CAMERONE 33 22 0,40
SADIO 104 70 0,40
LILO 42 30 0,42
NOUHA 35 25 0,42
WISSAME 15 12 0,44
TAYLOR 89 74 0,45
NEHEMIE 53 45 0,46
JANYS 14 12 0,46
AELIG 30 26 0,46
LENAICK 40 35 0,47
MORGANN 108 96 0,47
SASHA 648 582 0,47
ANAEL 277 250 0,47
ISA 38 35 0,48
ANH 16 15 0,48
KERANE 16 15 0,48
JOANY 18 17 0,49
EOLE 24 23 0,49
ELISEE 52 51 0,50
JAEL 34 35 0,51
LYSSANDRE 25 26 0,51
KELIANE 46 49 0,52
MANOE 26 28 0,52
KRISTEN 63 69 0,52
ILYANE 16 18 0,53
ALAA 23 26 0,53
NOLANE 57 66 0,54
ANGY 49 58 0,54
OUISSAM 10 12 0,55
LOUISON 609 761 0,56
NIMA 20 25 0,56
LEAN 11 14 0,56
KINSLEY 17 22 0,56
MAHE 230 298 0,56
TAYSSIR 10 14 0,58
JANIS 86 123 0,59
LOAN 1031 1511 0,59
GAYA 17 25 0,60
MADY 59 87 0,60
NATHY 10 15 0,60

Au cours des dix à quinze dernières années l’on assiste à l’augmentation du nombre de prénoms identiques utilisés pour des filles ou des garçons : il y a un plus grand nombre de prénoms “mixtes” qu’avant. Des prénoms auparavant “masculins” mais se terminant en “-a” sont donnés à des filles (la terminaison en -a devenant l’un des marqueurs du genre, comme -ette ou -ine il y a quelques années).

Mais, comme on peut le constater sur le tableau ci-contre, ce sont surtout des prénoms assez rares qui sont donnés à la fois à des garçons et à des filles, dans des quantités similaires. La libéralisation du choix du prénom — depuis 1993 les Françaises sont libres de donner ce qu’elles souhaitent à leurs enfants — a poussé à la dispersion. Avec la conséquence suivante : Est-ce que Kérane, Eole, Lyssandre, Manoë ou Aelig sont plus “fille” ou plus “garçon”… personne ne sait (à part les parents, qui choisissent une fois sur deux pour l’un des camps). Les références culturelles habituelles ne peuvent ici servir de guide. Mais dans dix ans, il est bien possible que, si tel prénom est encore donné, le choix sera fait, le prénom sera genré, en faveur de l’un des sexes.

Notes : Les statistiques utilisées ici proviennent du “fichier des prénoms” de l’INSEE, version de 2005, obtenu à des fins de recherches par le Centre Quêtelet (Centre Maurice Halbwachs). Ces données ont été travaillées avec le logiciel R (GNU-R). Pour que certaines évolutions temporelles soient plus claires, j’ai lissé les courbes (elles sont en rouge ici).