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Amusements cartographiques

Pour rédiger mon tutoriel cartographique pour R, je cherchais des données variées. J’ai réussi à trouver les résultats à la présidentielle de 2007, par départements. J’ai du retravailler un peu le fichier, que je donne à la collectivité :
presidentielles.csv
Avec ça, on peut faire de jolies cartes. Mes premières essaient de repérer les zones où les candidats ont reçu leur pourcentages maxi et mini de votes.
Je classe les données par intervalles avec le package classInt :
class<-classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)

 

 

Je sais, ces cartes n’ont rien de formidable, on en trouve de mieux sur internet, il n’y a pas de légende… Mais vous pouvez les reproduire ces cartes. Talk about empowerment !

plotvar <- presidentielles$schivardi/presidentielles$exprime
nclr <- 6
plotclr <- brewer.pal(nclr,”RdBu”)
plotclr <- plotclr[nclr:1] # reorder colors
class <- classIntervals(plotvar, nclr, style=”equal”)
colcode <- findColours(class, plotclr)
plot(departements,col=colcode,lty=”blank”,lwd=.5)
title(main=”Votes pour Schivardi”)

La danse étrange des mariages

Récemment, Timothée Poisot, en étudiant la répartition annuelle des mariages, se demandait pourquoi les variations mensuelles semblaient cycliques. En juin par exemple, tout les 5 ans environ, le nombre de mariage est plus élevé que la moyenne des années précédentes.
Je pensais au début que c’était lié aux congés mobiles. Mais il n’y en a pas en juin. @abracarioca sur twitter, apporta la solution : c’est lié au nombre de samedis dans le mois. Il y a des années ou juin est un mois à 4 samedis, et d’autres ou c’est un mois à 5 samedis.
Dans le graphique ci-dessous, qui représente le nombre de mariages entre mai (mois n°5) et octobre (mois n°10) entre 1975 et 2010, les mois à 5 samedis sont marqués d’un rond rouge.

version PDF plus lisible

Cette représentation graphique me suffit pour conclure qu’@abracarioca avait raison. Pour les mois d’été, compter 5 samedis fait augmenter le nombre de mariages.

L’écart d’âge entre conjoints (1)

L’écart d’âge entre conjoints est, avec le taux de suicide, surprenament régulier. Prenez une population assez large, et vous verrez que les hommes sont plus âgés que leurs conjointes [De la même manière, comparez le taux des suicides d’une grande population sur deux années consécutives, c’est presque le même.]
Il existe une belle littérature sociologique sur le thème. En France, l’article central est celui de Michel Bozon Les femmes et l’écart d’âge entre conjoints : une domination consentie.

Dans le graphique suivant (source des données), j’ai souligné les écarts “négatifs”, quand la femme est plus âgée que son conjoint :

Une lecture attentive permet de lire que : dans 12% des couples, l’homme est 2 ans plus âgé que sa partenaire ; l’inverse n’est vrai que dans 4% des cas. [Il y a autant de couples dans lesquels l’homme est 7 ans plus vieux que sa partenaire que de couples dans lesquels la femme est 2 ans plus vieille que son partenaire.]

Associée à cette pratique se trouve l’image, répandue, du couple constitué d’un vieil homme (un “barbon”) et d’une jeune fille. Mais ces couples sont peu fréquents. Il faut probablement tourner son regard non pas vers les hommes, mais vers les femmes et les mettre au centre du processus de décision. Car ce phénomène d’écart d’âge n’est pas limité aux conjoints, aux couples co-résidants. Dès l’adolescence, les filles (de 15 à 18 ans) recrutent leurs partenaires parmi les garçons âgés de 15 à 21 ans et mettent en place un écart d’âge structurel en recherchant des jeunes hommes plus âgés.

Jusqu’à présent, les choses semblent simples. Implicitement, j’ai fait comme si “des plus jeunes” allaient avec “des plus vieux”. Mais c’est plus complexe. Il est impossible de faire comme si hommes et femmes avaient les mêmes comportements, avec un petit décalage temporel.
Regardez par exemple ce graphique (extrait de Prioux (France), « Les couples non mariés en 2005 : quelles différences avec les couples mariés ? ». Politiques sociales et familiales n° 96 – juin 2009). Il apporte une difficulté, nous comparons ici les couples mariés et les couples non mariés. Mais surtout il compare les hommes et les femmes. Comment est-il possible que les expériences collectives des hommes et des femmes varient autant ?

Car on a bien ici plusieurs choses : l’écart d’âge augmente avec l’âge pour les hommes et diminue pour les femmes. Prenons les plus jeunes : les hommes mariés avant l’âge de 24 ans épousent des femmes en moyenne plus âgés qu’eux d’un an. Mais les femmes mariées jeunes, avant 24 ans, épousent des hommes plus âgés qu’elles en moyenne, de 6 ans et demi. Le décalage de calendriers d’entrée en couple, et la composition des “sous-populations” entrant en couple ou en mariage (à des âges différents) crée ces différences collectives agrégées. Et ne parlons pas des remises en couple aux âges tardifs (et de la “jeunesse” des couples non mariés).

Il nous faudrait un graphique qui compare les flux, les entrées en couple. Et nous l’avons (le graphique est extrait de l’article de Bozon cité plus haut). Les données sont un peu anciennes, mais ça ne doit pas avoir beaucoup changé depuis. Pas fondamentalement du moins.

C’est un beau graphique. Prenons l’âge moyen de la femme en fonction de l’âge de l’homme (pour les premières unions masculines) : les hommes qui se marient avant 20 ans épousent des femmes plus âgées. S’il se marie à 21 ans et plus, il épouse une femme plus jeune. Prenons maintenant l’âge moyen de l’homme en fonction de celui de la femme, au moment de la formation du couple : les femmes qui se marient à 16 ans épousent un homme de six ans leur aîné. L’écart est minimal quand le couple se forme autour des 24 ou 25 ans de la femme.

Ces quelques réflexions seront poursuivies probablement un peu plus tard dans l’année, après lecture d’un article récent de Jean-François Mignot.

Un joli dessin

Voici une analyse en composantes principales réalisées sur les prénoms masculins, en 2000, à partir du fichier des prénoms de l’insee, par départements.

Les nombres rouges sont les codes départementaux (avec 20 pour la Corse).
Il me semble, si je ne fais pas trop d’erreur d’interprétation, qu’on voit apparaître différents groupes. La gauche du graphique représente, à mon avis, des prénoms aujourd’hui peu donnés dans la France entière, mais présents dans certains départements (en Corse, Lisandru, dans le Neuf-Trois Yanis et Mohamed). La droite du graphique associe entre eux des prénoms en vogue.
Le haut du graphique est trusté par les prénoms bretons. Le plus haut, le plus breton.
Et “Loïc”, situé en bas, n’est pas une erreur de casting : c’est aujourd’hui un prénom du croissant Est de la France.
Si vous voulez voir ce dessin en PDF, suivez ce lien : ACP-2000. Mais si vous téléchargez le fichier PDF, j’exige vos commentaires.

Obésité et sexualité en France

L’enquête CSF (Contexte de la sexualité en France) produit d’intéressants résultats. Nathalie Bajos et son équipe viennent de publier un article lui aussi intéressant dans une revue de médecine Sexuality and obesity, a gender perspective: results from French national random probability survey of sexual behaviours.

L’on a probablement tous une petite idée du rôle du poids dans la séduction et la vie sexuelle. Cet article pourra confirmer — ou infirmer — certaines idées. L’on voit, surtout, que le poids ne joue pas le même rôle pour les hommes et pour les femmes.

Je me permets ici de reproduire deux des tableaux proposés dans l’article. Le premier s’intéresse à la distribution des partenaires en fonction du sexe et du poids :

Pour synthétiser très rapidement, les femmes en surpoids ou obèses ont surtout des relations sexuelles (stables) avec des hommes en surpoids ou obèses. Mais les hommes en surpoids ou obèses, eux, ont surtout des relations avec des femmes “normales” (dont l’indice de masse corporelle est considéré comme normal). On pourrait dire ces mêmes choses très vulgairement.

Le deuxième tableau est difficile à lire, trop petit, je sais. Mais l’article est en ligne, donc allez-y le lire.
Ce que je repère ici, c’est la position spécifique des hommes maigres, six fois plus nombreux que les autres catégories d’hommes à déclarer des relations homosexuelles. [Notons, tout de suite, le petit nombre, 72, d’hommes en souspoids pris en compte ici : ne tirons pas trop de conclusions]. Ils déclarent plus fréquemment n’avoir eu aucun-e partenaire sexuel (22,5% contre, en gros, 10%) au cours des 12 derniers mois, ne pas avoir eu de relation au cours de la dernière année (34%), et ils déclarent, quand ils ont un-e partenaire, une fréquence mensuelle moindre.
Peut-on parler de pauvres maigres ? Si l’on assimile la fréquence et le nombre à une forme de “richesse”, alors, oui, pauvres hommes maigres… (les femmes maigres apparaissant ici relativement plus riches, donc).

Je n’ai fait qu’effleurer, par manque de temps, cet article, qui contient beaucoup plus. Vous pouvez le lire il est en “open access” : Sexuality and obesity, a gender perspective: results from French national random probability survey of sexual behaviours.

Réseaux musicaux

A quoi est dû le succès ? Aux qualités intrinsèques de l’oeuvre ? D’autres caractéristiques ne joueraient-elles pas ?
Cette question ne trouvera pas facilement de réponse : avant tout parce que mes collègues sociologues rechignent à étudier de trop près les goûts populaires. Combien de thèses sur des acteurs comme Bernard Ménez (par comparaison avec Jean Vilar) ? Sur des chanteuses comme Catherine Lara ? Et combien sur le théâtre de boulevard ? Combien de thèses sur la variété populaire utilisant les mêmes outils que ceux que Bourdieu utilisait dans Homo Academicus ? Il y a de bons articles sur la bande-dessinée (Boltanski). Sur le Rap, le Jazz, et d’autres styles aptes à l’élévation distinctive… Mais je n’en connais pas sur la variété, sur les artistes invités par Drucker à la grande époque de Champs Elysées [car il y eu une grande époque…]
C’est probablement parce que la hiérarchie sociale dicte en partie les intérêts sociologiques (on me souffle qu’une thèse est en préparation qui s’intéresse aux carrières de Bourdieu, Derrida et Foucault…) C’est aussi que la popularité de la variété ne se prête pas facilement à l’objectivation. Il n’y a pas d’académie (ni de chanteurs de variété à l’Académie française, à part Giscard). Pas d’intellectuels organiques (sauf Drucker ?). Pas même d’association des artistes de variété (la SACEM a un autre but, je crois). Il est en fait difficile de mesurer la popularité, quoi qu’on en dise. Qui croit sérieusement que les chiffres de vente annoncés reflêtent les ventes réelles ? Et qui a la base de données exhaustive de ces ventes ?

Prenons donc un chemin de traverse.
Le concours de l’Eurovision nous donne accès — via wikipedia — à une base de données. En cherchant un peu, il serait possible de comparer le succès que remporte un “groupe” par rapport à une personne toutes choses égales par ailleurs, de repérer l’effet de la langue ou du sexe, ou encore de l’ancienneté du pays dans le concours.
L’intérêt des données de l’Eurovision, écrivait perfidement Kieran Healy il y a quelques années, c’est l’absence de qualité intrinsèque de toutes les chansons : la popularité n’est donc ici pas “polluée” par la qualité. Il n’y a que de la merde, plus ou moins populaire. [Je mets ABBA de côté, ils jouaient dans une autre ligue.]
Je vais m’intéresser ici à la composition des votes lors de la dernière épreuve, samedi dernier, parce que je ne peux pas tout faire, non plus. Que voit-on ?
Une toile d’araignée, certes, mais que l’algorithme Kamada-Kawai construit d’une certaine manière. Les votes, en fait, rapprochent certains pays et éloignent d’autres pays. La RFA (ou Allemagne, mais j’en suis resté à la Grande Epoque du Mur) est au centre : sa chanteuse a remporté le concours. Les perdants sont sur la frange extérieure : ils n’ont reçu aucun vote, ou presque.

On peut essayer de mettre un peu de sens dans ce graphique. J’ai donc simplifié le précédent, en ne représentant que les votes de “twelve points” et “ten points” (mais les autres votes sont pris en compte dans la construction du réseau). Les rapprochements semblent avoir une base géopolitique :


Les patatoïdes permettent de se rendre compte que l’Eurovision n’est que la continuation de la diplomatie par d’autres moyens [si je pouvais placer une référence aux deux corps du Roi je le ferai ici]. Le bloc russe [je suis gaulliste sur ce point là, l’URSS n’étant que le corps mortel de l’immortelle corps russe], bien que scindé, plissé et morcelé, a des pratiques de votes similaires. Le monde balkanique se recompose dans la variété. L’Europe des démocraties libérales est unitaire (ce qui montre bien, s’il le fallait encore, que ce que raconte Esping-Andersen est un peu fumeux).

Je ne fais ici que reprendre l’analyse proposée il y a déjà six ans par Kieran Healy, qui, malheureusement, avait écrasé ses données en voulant constituer une base de grande ampleur (1975-1999). En effet, des périodes plus courtes sont nécessaires pour saisir les conséquences de l’éclatement de l’URSS (en créant plein de petits pays avec droit de vote).

Précisions : Vous venez de lire un billet ironique. Mais rien n’empêche d’étudier statistiquement l’Eurovision, ses principes de votes, les conditions du succès… Il devrait être possible, à mon avis, d’élaborer ainsi une stratégie gagnante pour la France, qui, souvenez-vous n’a gagné qu’une seule fois. Non les carottes, ne sont pas cuites. Rendez-nous vite, Marie Myriam!

Quelques réseaux d’invitations académiques (suite)

[Suite]
Il y a quelques jours, j’ai présenté le réseau composé par les jurys de maîtrise au département de sociologie de l’université Paris 8 (entre 1968 et 1983). Dans le département apparaissaient deux pôles (qui se sépareront ensuite). L’étude d’un autre département, par Marie-Pierre Pouly (qui vient de soutenir une thèse sous la direction de Stéphane Beaud) donne ce réseau [que M.-P. Pouly représente sous une forme matricielle dans ses travaux, mais que j’ai transformé ici en graphe] :

[La légende et les principes de lecture se trouvent dans le billet précédent : le graphe est construit sur le même principe]
Ce département apparaît plus éclaté que le département de sociologie, dont les membres entretenaient — somme toute — de nombreux liens croisés d’invitations aux jurys de maîtrise. Ici, ce que l’on voit, et que l’étude historique assure, ce sont des stratégies d’évitement, entre un pôle qui aspire à la noblesse de la vraie littérature (anglaise, pas américaine), un pôle de linguistes et un autre plus proche de la civilisation.
Pour en savoir plus sur l’utilisation de la sociologie des réseaux pour l’étude du monde académique, je ne peux que vous renvoyer vers les travaux d’Olivier Godechot.

Quelques réseaux d’invitations académiques

La vie académique est faite de conflits politiques, épistémologiques et statutaires. Elle est aussi faite de collaborations nécessaires. Une étude de ces collaborations pourrait sans doute mettre en évidence la cristallisation des conflits. Prenons Paris 8. Sous la direction de Charles Soulié une histoire de Vincennes est en cours de finalisation. Un étudiant de master, Frédéric Carin, a ainsi relevé la composition des presque 450 maîtrises soutenues entre 1968 et 1984 au département de sociologie.
Après un petit passage sous “R” (avec le package “sna”), on peut obtenir de beaux graphes, objectivant sous une forme synthétique ces invitations croisées. Dans le graphe suivant, les ronds rouges correspondent aux individus (et leur taille au nombre de personnes avec qui ils sont en relation de soutenance). Les traits noirs ou gris correspondent au nombre d’invitations (les traits sont noirs quand les invitations ont été supérieures à 2, la taille des traits est proportionnelle au nombre de soutenances en commun).

Ce graphe fait sens quand on l’associe à une histoire du département de sociologie : l’on y distingue deux pôles de coopération, pôles encore en lien entre 1968 et 1983, et qui s’autonomiseront par la suite. Le pôle nord, autour de Terray-Rey-Lazarus-Benzine-Poulantzas, est celui des anthropologues, qui vont fonder un département d’anthropologie ou quitter Paris 8 (Quiminal partira à Paris 7, Poulantzas se suicidera…). Le pôle sud, avec Castel-Gaudemar-Defert-Dufrancatel-Passeron-Martinon, constitue le pôle “sociologique” (une partie quittera aussi rapidement Paris 8). Il est fort probable que ces pôles correspondent aussi à des options politiques (PC/autre) ou à des “clientèles” différentes.

Recherche étudiants de master

L’année dernière, je proposais ici même une liste de sujets de master que j’aimerais encadrer. Un an après, je suis toujours à la recherche d’étudiant-e-s intéressé-e-s. Je republie partiellement donc ce billet.

*

C’est l’époque : les étudiantes en fin de licence ou de M1 sont à la recherche d’un sujet de mémoire de master. Voici quelques sujets qui feraient, je pense, des mémoires de master intéressants, et que j’aimerais encadrer. Les étudiants et étudiantes qui seraient intéressées peuvent me contacter (ou laisser un commentaire plus bas).

  1. Les demandes de changement de prénom : les travaux de Nicole Lapierre nous renseignent sur les changements de nom de famille. On a relativement peu d’information sur les changements de prénom mis à part une série d’articles de presse. Ce mémoire s’inscrirait à la fois en sociologie du droit (il me semble que des observations in situ sur le travail des juges est nécessaire) et en sociologie de la famille ou de l’immigration…
    Françoise veut s’appeler Hania, Une histoire de prénoms, Quand Olivier préfère s’appeler Saïd, Quand Jean-Pierre préfère s’appeler Mohamed, The Obama effect and why François becomes Mohammed :

    The trend in which Louis, Laurent or Marie want to become Abdel, Said or Rachida has made the media recently, so, along with Marie Tourres, our Paris reporter, I looked into it.

    Mise à jour : ce billet sur le rajeunissement social lié aux changements montre mon intérêt persistant pour cette question. Un lecteur pointe l’intérêt d’une étude des prénoms pris par les Résistants entre 1940 et 1944 : il devrait être possible de faire à ce sujet un beau travail.

  2. La nomination des animaux : Qui choisit le prénom des animaux domestiques ? Comment ces prénoms sont utilisés (par les vétérinaires notamment) ? Un début de réflexion ne me suffit pas. Ce sujet sera sans doute plus difficile à traiter : la question de départ est très mince si l’on ne trouve pas l’accès à des données solides. Mais comme les animaux domestiques (les chiens seulement ?) sont tatoués, il doit y avoir, quelque par un registre des animaux tatoués. La difficulté : obtenir l’accès à un extrait de cette base de données.
  3. Les dédicaces de BD (d’après une idée de Denis Colombi) :

    Y a-t-il pratique plus étrange que celle de la dédicace telle qu’elle s’est peu à peu institutionnalisée dans le monde de la bande-dessinée ? Elle consiste, lors de certains événements (sorties d’album, festivals, invitations de librairies…), à donner – le terme est important – un dessin réalisé sur le moment aux lecteurs ou à toute personne qui se présente. (…) Pourtant, ce don revêt souvent un caractère obligatoire à partir du moment où le dessinateur est présent. (source)

    Les dédicaces sont-elles présentes depuis le début des salons de la BD ? Voit-on une augmentation de leur place dans les programmes publiés ? Des entretiens avec des dessinateurs âgés pourrait donner des informations intéressantes. Prendre l’angle des dédicaces permettrait d’impliquer dans la recherche à la fois les producteurs et les consommateurs.

En conclusion : étudiants intéressés par un master de sociologie à Paris 8, prenez contact avec le département de sociologie, ou alors directement avec moi.

De Yves à Valérie

Un article du Monde a soulevé mon intérêt. Il y est fait mention du changement de sexe d’un chef d’entreprise devenue cheffe d’entreprise. L’article se termine ainsi :

en attendant son changement d’état civil, elle a voulu, dans un premier temps, que son nouveau prénom puisse chasser l’ancien de ses papiers d’identité. Fin janvier, le tribunal de grande instance de Grenoble a donné droit à ce souhait.

C’est que le prénom est, en France comme dans la quasi-totalité des cultures connues, marqueur du genre.
Mais on sait que ce n’est pas qu’un marqueur du genre. Le prénom marque aussi bien l’appartenance à une classe d’âge. 1947 est l’année où “Yves” est le plus donné [la “Yves” de l’article est née à la fin des années cinquante, à un moment où le prénom était encore populaire, mais en déclin depuis une dizaine d’années].
En changeant de prénom, Yves n’a donc pas fait que manifester un changement de sexe : elle s’est rajeunie d’une vingtaine d’années. Valérie est un prénom “typique” des années 60-70, 1969 étant l’année où il est le plus donné.

Il est peu probable que ce rajeunissement ait été aussi conscient que le changement de sexe. Mais il est intéressant de voir que ce n’est pas un prénom typique des années quarante qui a été choisi (comme “Martine”, “Monique”, “Michelle” ou “Danièle”). Reste à étudier ce lien entre changement de prénom et rajeunissement social sur un échantillon plus grand.

 
Mise à jour : mon échantillon a quadruplé (source : légifrance, jurisprudence judiciaire, recherche sur l’article 60 du code civil)… Il semble bien que l’abandon d’un prénom (ligne fine) pour un nouveau prénom (ligne grasse) aille dans le sens du rajeunissement. Les graphiques suivants (où Marianne est devenue Maya, Gérald est devenue Lauren, et Christian est devenue Mylène) vont dans le même sens : celles et ceux qui changent de prénom prennent un prénom donné à celles et ceux qui pourraient être leurs enfants.