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Archives de la catégorie : 'Université'

Sacré Paul !

Sur la lancée d’un billet précédent, sur la serendipitous découverte d’un vieux ticket de métro, je me suis souvenu du fonctionnement de la Bibliothèque des Lettres de l’ENS. À l’entrée se trouvait un fichier des emprunts, chaque livre emprunté se trouvant matérialisé par une fiche, remplie par l’emprunteur.
Parfois, le livre ne revenait jamais : si l’on ne trouvait pas le livre en rayon (la Bibal fonctionne en accès libre) il était facile de vérifier, dans le fichier des emprunts, si un “cher camarâââde” ne l’avait pas emprunté.
Parfois, l’emprunt était tellement ancien que les fiches avaient changé de taille. Ainsi la fiche suivante, photocopiée il y a une quinzaine d’années :

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Paul Nizan (1924 L), en 1929, emprunte Marxismus d’un certain Dietzgen, et oublie de le rendre [l’ouvrage est toujours “manque en place” aujourd’hui]. Sacré Paul !
Je crois me souvenir d’un autre ouvrage, jamais rendu par Maurice Halbwachs (pour cause de départ en camp de concentration puis décès)…
La modernisation de la Bibliothèque a fait disparaître ce fichier des emprunts… et j’ai bien peur que ces fiches, aussi, aient disparu corps et biens.

Le minotaure (finir sa thèse)

Circule en ce moment :
Le Minotaure (Simon Berjeaut)

spéciale dédicace à Pandore / Kalai Elpides et à tous ceux qui, l’ayant finie (la thèse), n’en ont pas fini avec.

La ronde infinie

La Ronde infinie des obstinés a commencé aujourd’hui, sur une initiative mêlant revendications d’autonomie (véritable) et engagement corporel. J’y passerai mercredi.
Avec un peu de chance, cela ne ressemblera pas à ça :

« Pie Iesu domine » (youtube) (une manifestation du collectif PAPERA)

Pour plus d’informations :

Concours de moustaches

C’est la saison des postes, des postes fléchés et, surtout, des “postes à moustaches“.
Quel poste a les plus grosses moustaches ? En philosophie, j’ai relevé ce poste de maître de conférences, intitulé “L’abord lacanien des symptômes de l’enfant“. S’il n’est pas réservé (à un ancien doctorant ayant pour sujet de thèse cet intitulé) que je sois damné !

Wiki auditions et autres suivis du recrutement

Le passage à la LRU, et la suppression des commissions de spécialistes ne va pas, malheureusement, supprimer le recrutement local. C’est pourquoi il est important, peut être encore plus cette année, d’organiser une veille professionnelle. Les années précédentes (sur le modèle des matheux de l’Opération Postes et du suivi des politistes de l’ancmsp), j’avais centralisé, par ce qui s’était appelé le wiki auditions, les informations concernant la sociologie, avec un succès qui m’a fait plaisir. Cette année :

D’autres ? affordance / O. Ertscheid reprendra-t-il ?
Par ailleurs : comme l’année dernière, le blog à suivre c’est Kalai Elpides.

Notre belle université

Vous souvenez-vous des photographies des conditions de travail à l’université Paris 8… (Rappel 1 et aussi Rappel 2).
Voici une université du sud de la France (Notre belle université (diaporama PPS))

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Vous trouverez toutes les photos sur picassa, et aussi un joli powerpoint PPS Notre belle université (diaporama PPS).

Ceci donne une idée des raisons de la colère actuelle des enseignants, chercheurs, étudiants et personnels administratifs de l’Université française. Travailler dans de telles conditions, répandues dans toute la France, n’est plus possible.

Ailleurs : Aixtal – technologie du langage, poolp, concours photo à Toulouse.

Cours public, devant l’ENA

Parmi les actions menées pendant le mouvement actuel de protestation universitaire, certaines des plus visibles sont sans doute les cours publics, dans l’espace public.
Hier, plusieurs collègues du département de sociologie de l’université Paris 8 étaient devant une annexe de l’ENA à Paris. Pas pour lire La Princesse de Clèves, mais pour une exposition des inégalités sociales dans l’enseignement supérieur :
ena-greveLa journaliste Véronique Soule, de Libération en rend compte, avec photo, sur son blog :

Là, c’est du lourd, un vrai cours de socio, très politique, en prise avec le mouvement, dispensé par un enseignant de Paris 8. Le titre: “Les inégalités sociales dans l’enseignement supérieur”, le sous-titre: “Une leçon pour Pécresse”. On va même nous distribuer trois feuilles avec des tableaux statistiques du ministère de l’Education nationale pour suivre. (…)
Charles Soulié, maître de conférences en sociologie à Paris 8 Vincennes-Saint Denis, explique d’abord pourquoi on est devant l’Ena: “c’est devenu un des hauts lieux de la reproduction sociale, de la noblesse d’Etat, qui va rejoindre ensuite les état-majors politiques de droite comme du PS, devenir des promoteurs zélés des réformes néolibérales. Parmi les anciens de l’Ena, une certaine Valérie Pécresse. On peut dire que l’Ena est une anthithèse de Vincennes qui accueille des étudiants salariés à plein temps, des enfants d’immigrés, un public coloré”…

A lire ailleurs : Mme de Pecqueresse et M. de Sarquise : « La magnificence et l’économie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Nicolas premier. »

L’évaluation, c’est la qualité, et des bureaux aussi

Sur la liste de diffusion publique de l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) on peut lire les lignes suivantes, au sujet du mouvement de protestation universitaire et des conséquences de l’évaluationite :

il me semble que l’ASES ne devrait pas être absente de ce débat. En effet, d’après les classements de l’AERES, écrire un livre maintenant ça ne compte plus. Pour preuve, une jeune collègue de mon labo, qui a publié un livre chez Odile Jacob, a été considérée comme non publiante. Fort de cette évaluation, le président de l’Université a essayé de lui retirer son bureau! Les luttes, encore isolées, des collègues sociologues contre la vision de l’évaluation qui tend à s’imposer méritent vraiment d’être soutenues. Donc qui s’y colle?
source

Voilà une conséquence infortunée du travail de l’AERES (l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) et du classement des revues en “A”, “B” et “C” : dans cette université à courte vue, qui n’est ni Paris 8, ni Paris 10, les chercheurs jugés “non publiants” se voient privés de bureaux. Ecrire des livres, ça ne rend plus “publiant”. Avoir un article accepté dans “Annales Histoire Sciences sociales” si on est sociologue ou économiste, c’est être “non publiant”. Et comment “améliorer la recherche”, dans l’esprit même de la direction de cette université ? En piquant les bureaux des chercheurs…

J’ai eu l’occasion de vérifier (par croisement des sources) l’information ci-dessus… mais je n’en connais pas d’autres. Il serait bon que les informations remontent et ne restent pas confinées aux discussions de vive voix.

Mise à jour. Je lis tardivement sur evaluation.hypothseses.org un texte de Sophie Roux : « un certain nombre de mesures convergent actuellement dans le même sens, à savoir déposséder les savants non seulement du fruit de leur travail, mais aussi des conditions matérielles qui leur permettront d’exercer décemment leur travail »

Autonomie ?

Le gouvernement essaie de vendre comme “autonomie” ce qui s’apparente à une mise sous contrôle de l’Université conjugué à un abandon des universitaires.
Ainsi apprend-on récemment plusieurs choses :

  • Qu’une fille d’un conseiller du président Sarkozy va obtenir, de manière dérogatoire, un poste de maîtresse de conférence à Paris 4 malgré les protestations de l’UFR concerné.
  • Qu’un conseiller du président se voit parachuté professeur au conservatoire national des arts et métiers…
  • Et l’on se souvient, récemment, de la nomination faite au mépris des règles de l’évaluation scientifique, d’un certain Michel M*** à l’Institut Universitaire de France.
    Ce ne sont que trois petits exemples… mais peut-on vraiment parler d'”autonomie” ?

    Faire grève…

    Liens-socio s’arrête :

    [T]outes et tous doivent être conscients aussi que Liens Socio ne manquerait pas d’être mécaniquement une des premières victimes des réformes en cours, et en particulier de la réforme du statut des enseignants-chercheurs : Liens Socio est réalisé actuellement de façon entièrement et strictement bénévole par ses rédacteurs et ses contributeurs. Cela n’a, en soi, rien de choquant, si l’on considère, comme le stipule d’ailleurs le statut des enseignants-chercheurs, que cette activité s’inscrit pleinement dans les missions des enseignants-chercheurs, puisqu’ils ont « également pour mission (…) la valorisation » des résultats de la recherche. Mais quand le projet en vient à définir le service des enseignants-chercheurs, il le partage également entre enseignement et recherche. Point. Oubliées, non comptées, les heures consacrées à ces activités de valorisation, les innombrables heures consacrées, depuis 7 ans, à fabriquer Liens Socio, à valider et publier les nouvelles, à répondre aux nombreux courriers, à solliciter les auteurs, à envoyer les ouvrages, à publier les comptes-rendus.

    Oubliées, non comptées, et fatalement, non évaluées… La conséquence est immédiate : nous est signifié ainsi que le temps et les compétences investies dans Liens Socio ne font pas partie intégrante de notre métier. Dès lors, au moment de fixer le volume de nos charges d’enseignement, il ne sera pas tenu compte dans l’évaluation de notre activité par nos établissements, du temps passé à « faire » Liens Socio. Si comme on peut le craindre, il en résultait une augmentation de nos charges d’enseignement, Liens Socio disparaîtra…

    Toutes proportions gardées, coulmont.com est peut-être dans le même cas.

    Dernières nouvelles :
    Axel Kahn le président de Paris 5, et l’un des ex-soutiens du décret, déclare :

    “Aujourd’hui l’affaire est emmanchée de telle sorte qu’elle n’aboutira pas,” a-t-il poursuivi.
    “Puisque le président de la République a fait l’honneur d’accorder quelque poids à mon avis, il s’est réclamé de moi, qu’il m’écoute : M. le président de la République, vous n’arriverez pas à faire passer ce décret aujourd’hui et par conséquent il faut reprendre le dialogue, voir comment on évalue le métier des enseignants chercheurs, comment on valorise toutes leurs activités.”

    Les “doyens” des départements de droit se sont réunis :

    la conférence des doyens de droit se réunissait aujourd’hui à Lyon. Après un débat serré, le président de la conférence Paul-Henri Antonmattéi a été mis très largement en minorité. Sous l’impulsion notamment du doyen Gaudemet, la conférence a nettement pris position en faveur de la “ligne la plus dure” d’opposition à la réforme du statut appelant à mettre en cause la loi LRU et son application.

    Les Académiciens se rebellent :

    L’Académie des sciences souhaite faire état de la vive émotion soulevée parmi ses membres par l’appréciation portée récemment sur l’état de la recherche scientifique dans notre pays

    Des présidents d’université entrent en lutte :

    Les réformes actuelles risquant d’affecter gravement le service public d’enseignement supérieur et de recherche ainsi que les conditions de travail de ceux qui l’animent, les universitaires doivent aujourd’hui se saisir des questions qui regardent l’avenir de l’institution universitaire. Cette conférence sera l’occasion de débattre et s’exprimer sur l’ensemble de ces réformes (gouvernance, réforme du décret de 1984, masterisation, répartition des moyens, démantèlement des grands organismes, suppressions de postes, etc.) qui poussent légitimement toute la communauté universitaire à manifester aujourd’hui sa désapprobation quant à la manière dont elles sont conduites et quant aux objectifs qu’elles poursuivent. Ce sera également l’occasion d’engager une réflexion collective sur un projet alternatif pour l’université de demain.

    Et la présidente de Nanterre, lit-on dans le même article, écrit directement à la ministre : « Madame la Ministre, je vous en prie, écoutez la rumeur qui enfle chaque jour en provenance des horizons de pensée les plus divers..
    Ailleurs, des choses à lire :
    un point de vue de Dimitri Houtcieff, le site de SLRU-EHESS, où se trouve une intervention de Marcel Gauchet (pas vraiment à gauche, mais qui parle ici de “vandalisme stupide” de Pécresse et de ses “sbires”).
    Il faut aussi lire et relire l’analyse d’Olivier Beaud, qui sera à l’université P9 (“Dauphine”) lundi.
    Et enfin, un dernier lien : http://universitesenlutte.wordpress.com/.