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Un dessin vaut mieux que mille mots

J’ai participé, en octobre dernier (2009), à un colloque fort intéressant organisé par le Cerlis (le labo de De Singly), l’INED et la Caisse nationale d’allocations familiales.
J’y ai présenté un travail en souffrance, réalisé à partir l’analyse partielle de quelques centaines de “editorial cartoons” publiés sur le thème du mariage gay, entre 2003 et 2009, aux Etats-Unis. Travail “en souffrance”, car je n’ai jamais réussi à trouver un angle qui me convienne parfaitement.
La Cnaf vient de publier les actes du colloque en ligne Les transformations de la conjugalité : Configurations et parcours, Dossiers d’études, n°127, avril 2010. Vous trouverez ma communication entre les pages 48 et 54.

L’art de ne pas être gouverné

[Petit hommage à moitié ironique à James C. Scott via Daniel Little]
 
L’amphithéâtre est un espace social politique. Il suffit d’en avoir fréquenté pour savoir que les people of the hills, ceux qui s’assoient tout en haut, sont rétifs à l’étatisation représentée par le professeur. Le discours enseignant classique leur a donné une nature propre, presque une ethnicité : ils seraient les étudiants potentiels non civilisés, ils représenteraient in vivo une condition pré-étudiante ancestrale. Leur destin serait de descendre, petit à petit, de la “zomia” (cette zone haute peu accessible au pouvoir étatique en raison de la “friction” du terrain) pour se rapprocher du centre étatisé.
Mais une autre tradition de recherche comprend ces rebelles comme ayant été générés par l’étatisation : on peut comprendre toute leur organisation sociale comme une réponse rationnelle à la pression étatique. Egalitarisme des relations sociales, agriculture non sédentaire…

La rebellion estudiantine ne s’objective pas dans des raids esclavagistes, mais dans l’absentéisme ou diverses formes de grèves du zèle. Un indicateur archéologique existe cependant — archéologique au sens où il persiste dans le temps : le graffi-table (graffiti sur table).

Proposons un plan d’un petit amphi universitaire (à peine six rangées). Il est probable que l’on puisse observer ceci, où l’intensité des graffitis à un endroit donné (i) est fonction du carré de la distance au professeur (d) :

i=ƒ(d²)

et — de manière plus qualitative — où, à des rangées particulières, sont associés des types de graffitis particuliers.
Un espace sans graffitable a été repéré dans plusieurs amphithéâtres. Les versions professorales y voient une objectivation de l’espace du charisme personnel — ou du charisme d’institution — reconnu au professeur. D’autres y voient l’espace dit des postillons, une zone trop proche de l’État pour que des étudiants s’y installent.

 


 
En bon empiriste positiviste, il me fallait vérifier cela. Ce fut fait lors d’une surveillance d’examen.

Pour en savoir plus : Une longue tradition d’enquête sur graffitis existe, dont je ne donnerai que quelques exemples : 1, 2, 3

Diagramme de Venn

Je voulais créer une chose amusante avec un diagramme de Venn, mais je n’ai que l’idée de départ :

Il me faudrait trouver des intersections intéressantes.

Un peu de dépaysement

Une correspondante (et co-auteure) m’envoyait ceci il y a quelques semaines :

Pour qui ne parle pas espagnol, les Muñecas inflables racontent quand même toute une histoire.

Ligne 13…

Sans commentaire, tout est sur twitter :

Je suis en réunion

Une secrétaire (oups !) une coordinatrice doit gérer non seulement le temps des autres, mais aussi son propre temps. Pour ce faire elle dispose de petits bouts de papiers et de ruban plastique autocollant.
je-suis
Bien entendu, je n’ai pas réussi à photographier le “papier magique”, celui qui dit “je reviens tout de suite“.

Hermasculé

jastrow-hermes-posteAu Musée de la Poste en ce moment se déroule une exposition, “D’Hermès au SMS… [pdf]. L’affiche consiste en une reproduction photographique d’une statue de Hermès, provenant du Musée du Vatican (cliché assez facile à trouver en utilisant google). Chose amusante, la photo qui a servi de base est disponible sur wikimedia commons et a été prise par une camarade de l’ENS, Marie-Lan Taÿ-Pamart (Nguyen) [A/L 98], sous le nom de Jastrow [@jastrow75 sur twitter].

Reprendre et modifier une photo est parfois cause de controverse : Dans le métro, même les légendes ne fument plus écrivait le magazine Time. Ainsi Sartre (sur une affiche pour la BNF), Jacques Tati, Coco Chanel et Serge Gainsbourg, pour pouvoir être diffusés (notamment dans le métro) ont eu une consulation icono-tabacologique. Et à chaque fois, la pipe, la cigarette ou le cigare ont été pieusement photoshopés.
avant-apres-hermesApparemment, rien de tel avec Hermès et son SMS, même si l’un des attributs centraux de la statue a disparu, caché par une petite enveloppe (on dirait même, en se penchant sur la comparaison, qu’Hermès a subi une épilation “à la brésilienne”). Pas de controverse, même petite, pas de demande organisée visant au rétablissement génital de la statue [dont l’organe viril a subi directement les outrages du temps]. Est-ce parce que la retouche est soit trop modeste, soit trop voyante ? Est-ce parce que, de toute façon, on ne regarde jamais les sexes masculins réduits de la statuaire gréco-romaine ? Ou parce que, du pénis à la pipe, il est des choses que l’on ne montre plus ?

Pour la généalogie sauvage

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : chaque premier vendredi du mois, un auteur écrit sur le blog d’un autre et vice-versa, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
 

Aujourd’hui sur coulmont.com : Philippe Artières, de Scriptopolis.

genealogiesauvage
Il paraît qu’il n’y a jamais eu autant de généalogistes ; il est vrai que les salles de consultation des archives municipales et départementales sont pleines de ses chercheurs d’ancêtres. Certains trouvent qu’ils parlent très fort et sentent le vieux… qu’y en a marre des généalogistes qui nous empêchent de bosser. Ils ont bien tort car ceux-là abattent un sacré travail et exercent un droit inscrit dans la loi des archives : chacun peut aller aux archives ; c’est un service public.

Reste qu’ils parlent fort et que ça c’est intolérable, cette méconnaissance des codes… aux Archives on chuchote, on parle bas comme au confessionnal. Moi, aime bien ces vieux messieurs appareillés, ils n’ont pas honte de demander quand ils ne savent pas ; ils n’hésitent pas non plus à vous adresser la parole — j’avoue qu’à force ça agace mais bon une fois de temps en temps c’est charmant et puis ça change, ça évite le « Et sur quoi vous travaillez en ce moment ? » du collègue.

Moi, ce qui me gène vraiment avec ces troupes de chercheurs d’ancêtres, c’est leur sérieux à dessiner une ligne qui viendrait du passé, c’est cette obsession à se trouver des racines ; avec ça j’ai du mal … Le pire est sans doute lorsqu’à l’occasion d’une réunion de famille (leur colloque à eux), les plus avancés présentent un poster vous montrant que bien sûr déjà sous Louis IV « vous » aviez des terres. Ils ne manquent pas ensuite d’une part de vous envoyer le résultat de leur noble recherche et surtout d’afficher au beau milieu de la salle à manger de la maison de famille un arbre généalogique qui vient recouvrir le délicieux papier peint fleuri. Oh le bel arbre ! fier et solide sur lequel on ne voit aucune feuille morte, aucun raté (Il n’est guère de généalogistes qui vont fouiller dans les dossiers médicaux des hôpitaux psychiatriques ou dans les dossiers judiciaires).

Pour lutter contre ces pratiques généalogiques, pour en finir avec la racine comme symbole de civilisation, je propose que nous développions la généalogie sauvage : vous croisez un anonyme du passé qui vous plaît, adoptez-le et inscrivez-le dans votre arbre, faites-en la biographie ; ne cherchez plus sa trace dans le grenier de la maison familiale mais sur les brocantes, dans les cartons des vide-greniers. Emparez-vous du passé à la manière de l‘écrivain G. Sebald. Faisons de nos familles des lieux imaginaires ! Ecrivons des généalogies sauvages à partir des archives des autres, brouillons les cartes !
 

Philippe Artières.

Les hommes des cavernes étaient cartographes

On trouve dans un article de Catherine Delano Smith, “The Emergence of ‘Maps’ in European Rock Art: A Prehistoric Preoccupation with Place” (Imago Mundi, Vol. 34. (1982), pp. 9-25) le dessin suivant, identifié comme une carte préhistorique (datant de l’âge du bronze) :
prehistoricmap
A lire rapidement l’article, il me semble que c’est la répétition des mêmes éléments (rectangles remplis de points, petits cercles pointés, lignes de connections entre éléments) qui ont guidé l’interprétation de ce dessin comme étant une carte. Mais que représentent-ils ? Simple passage à l’image d’objets réels (le champ de Ügur le chef du village et de Srrööö la sorcière ?), signes représentant des points saillants du paysage environnant (ou lointain), ou véritables symboles (Here lies dragon) ?
A-t-il fallu un minimum d’organisation “étatique” ou “gouvernementale” pour dresser cette carte — presque un cadastre ?
C’était un petit hommage à StrangeMaps et, en avance des Vases Communicants de vendredi, un clin d’oeil à Scriptopolis.

Note : à l’âge du bronze, mes ancêtres n’étaient déjà plus tous cavernicoles, je sais…

Monde de brutes !

Aux acheteurs du manuel que j’ai écrit avec Céline Béraud, Les courants contemporains de la sociologie, voici ce qu’Amazon recommande :
nosanes-web
C’est certainement une erreur. Et j’espère que le département de sociologie de Paris 7 – Denis Diderot, qui a acheté plusieurs centaines d’exemplaires pour leurs étudiants de licence, ne le prendra pas mal. J’y présente d’ailleurs, demain matin (29 septembre 2009) ce manuel et quelques autres recherches (Amphi 8C à partir de 9h30).
[Image fournie par un aimable correspondant, J. N.]