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Combien de temps, combien de temps…

Combien de temps faut-il aux services concernés, à Paris 8, pour remettre une porte dans ses gonds.
18 février 2011 : je remarque ceci :

Une porte dé(-ver-)gondée. Je la prends en photo pour faire un signalement.
8 mars 2011 : la porte a changé de position

14 mars 2011 : nouveau changement de position

21 mars 2011 : la porte s’est stabilisée

Il semble donc qu’il faille plus d’un mois, à Paris 8, pour qu’une salle de cours retrouve sa porte (j’écris ceci dimanche. J’irai vérifier demain lundi où se trouve la porte).

 
L’équation vincennoise : Si (tags>0) alors (pissotières>1) sinon (pissotières=0)
La preuve : Voici des toilettes du bâtiment A.

Vous remarquerez l’absence de lunettes sur les toilettes. L’étude du temps nécessaire aux services de l’entretien ou de la logistique pour les remplacer se mesure non pas en mois, mais probablement en décennies (je mène cette étude depuis 2004).

Et, pour conclure la preuve, des toilettes du bâtiment B. Sans tags, mais sans pissotières. Pas de bras, pas de chocolat.

 
Et puisque j’y suis, dans la description des conditions d’hygiène et de sécurité dans lesquelles je travaille.
A quoi sert un distributeur de savon ?

Pas à distribuer du savon, cette denrée très rare dans l’université. Mais à bloquer-ouverte une porte, bien entendu. [C’est une porte qui ne s’ouvre que d’un côté, une invention formidable et sans doute utile, mais pas dans le contexte d’une porte d’entrée.]
A quoi sert une chaise ?

Surtout pas à s’asseoir dessus — ou alors de manière connexe aux autres fonctions. Ca sert à bloquer-fermée une sortie de secours. Car, comme on le sait, en cas d’urgence, merci d’enlever la chaise qui vous permettra d’échapper au feu. Comment ? c’est coincé ? Ah ?

 

Je suis tombé récemment sur le tract suivant (dont voici quelques extraits) :

Voilà ! Après un semblant d’escapade, [Paris 8] réintègre le giron de l’université française. Finie la fameuse expérience; finie l’entrée massive des non-bacheliers, finie la liberté du choix d’inscription pour les étudiants de la région parisienne, finie la liberté du choix de ses études. Aujourd’hui, tout doit rentrer dans l’ordre […]
Ainsi [Paris 8] réintègre le cadre “normal” de l’université, pour connaître le même sort que les autres facs… et même plus,… vu son caractère “expérimental”.
Rentabilisation : Avec l’ “autonomie” des facultés, qui organise concrètement la mainmise du patronat dans le cadre des conseils […] qui passeront des contrats d’enseignement avec les professeurs […]
Cela signifie : la suppression progressive de la gratuité de l’enseignement, la mise en place de l’auto-financement des facs au moyen de la hausse de plus en plus grande des droits d’inscription […] et par les dons privés qui seront octroyés aux facs par des mécènes, tout à fait désintéressés, personne n’en doute !!

Il n’est pas étrange que la “LRU” ne soit pas mentionnée… le tract date de 1969, et il est disponible sur un site d’archives numériques de Paris 8.

 

Et puisque nous parlons d’histoire, et de la fin des années 1960… Mes collègues Charles Soulié et Jean-François Laé ont mis en ligne une série de documents relatifs à l’enseignement de la sociologie à Vincennes [PDF, 40p.].

Que faire ?

… ça dépend…

… et si on jouait ?
[Hommage “arty” au collimateur]

Ethno-photographie sélective d’une université

L’état de délabrement matériel dans lequel se trouve l’université Paris 8 est difficile à imaginer. Mais il est connu et a déjà fait l’objet d’analyses dans des revues anglophones à comité de rédaction [Paul Cohen « Happy Birthday Vincennes! The University of Paris-8 Turns Forty » History Workshop Journal Issue 69 doi:10.1093/hwj/dbp034 ]
Il y a des petits délabrements, dûs à l’absence de nettoyage sérieux du matériel de bureau. Par exemple, voici le clavier du seul ordinateur disponible pour la quarantaine d’enseignants-chercheurs du département de sociologie :

C’était l’état avant nettoyage (j’avais, hier, enfin pensé à amener des lingettes pleines d’antibactérien et de savon). Maintenant, le clavier est beau et propre. [On remarquera que ce n’est pas sur cet ordinateur que sont rédigés les tracts antisarkozy : les touches K, Z et Y ne font pas montre d’un usage bien fréquent.]
Il y a des délabrements plus importants.
La semaine dernière, par exemple, une fuite d’eau au deuxième étage du bâtiment B avait improvisé une sorte de petite cascade jusqu’au rez de chaussée.

Hier, pendant un cours, le tableau d’un amphithéâtre est tombé. Sur twitter, @antoineevenou raconte et photographie (j’ai utilisé sa photo) :

*

Les étudiantes (pas seulement les universitaires) sont donc confrontées à un environnement hostile. Voyons comment, en cas de mouvement social, ils font avec les moyens du bord.

L’inventivité de l’UNEF pour canaliser les foules est à souligner. La seule entrée disponible mardi matin avait été rétrécie par des tables sur lesquelles étaient assis des militants. Pas moyen d’échapper aux tracts. On voit mieux le dispositif si l’on prend un peu de hauteur.

Une autre technique de canalisation : le blocage. Jeudi matin, l’université était bloquée (à 9h, je ne sais pas si elle le sera encore après midi au moment où j’écris). J’ai pris quelques photos du blocus, qui était, cette fois-ci, plus un canalisage qu’un blocage : le dispositif avait pour but d’amener les étudiants à l’amphi B1 (en passant devant un stand offrant un petit-déjeuner).

Mon 11 septembre


Il y a de beaux récits personnels répondant à la question que faisiez-vous ce jour-là. Je ne sais pas trop écrire ainsi.
Mais le 11 septembre, j’ai écrit. Voici le contexte. L’image ci-dessus est une photographie prise en 2000 du salon de l’appartement que j’occupais alors à New York, ayant pris la succession de Muriel D., avant que n’arrive, pour m’y succéder, Pascaline D.. Si ça se trouve, Romain L. est aussi dans le même appartement.
Le 11, parce qu’il faisait beau et que je n’enseignais pas, je suis parti lire de vieux papiers aux archives de l’Eglise méthodiste unie, dans le New Jersey.

Voici ce que, le lendemain, j’écrivis dans un mail collectif largement destiné aux connaissances les plus variées qui pouvaient se poser des questions sur ma survie éventuelle. D’où le style, plus matter of fact qu’émotif :

(…) Hier, comme je n’enseignais pas, je suis allé travailler aux archives de l’United methodist Church, à Drew University, Madison, dans le New Jersey, et c’est à 50 km de NY environ. Levé à 6h30, train à 7h40 à Penn Station, et arrivée à 8h45 à Madison. C’est vers 9h30 qu’une des responsables des archives est venu prévenir tout le monde (j’étais le seul chercheur présent). A 10h, tout le monde est monté au premier étage car on venait d’apprendre qu’une tour s’était effondrée.
Il est assez vite apparu que je ne pourrais pas rentrer à NY, car tout était
bloqué, et impossible de pénétrer dans Manhattan. J’ai essayé de continuer à travailler, sans grand succès, passant mon temps sur nyt.com et yahoo.com (yahoo a toujours bien fonctionné, tout au long de la crise). Bien sur, les téléphones vers NY ou vers la France étaient tres problématiques, mais le mail a toujours fonctionné.
Drew University, à l’origine un college de théologie qui s’est agrandi, a
très vite organisé des groupes de prière et un service d’aide psychologique. (…)

Mes mails, le 11 septembre, étaient encore plus secs.


----- Original Message -----
From: Baptiste Coulmont
To: christian.b***@ens.fr
Cc: olivier.g***@ens.fr
Sent: Tuesday, September 11, 2001
Subject: tout va bien

Bonjour,

J'etais dans le New Jersey ce matin, donc tout va bien de mon cote.
Je risque de rester coince cette nuit, mais ce n'est rien de grave.

Baptiste Coulmont

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Baptiste Coulmont - bc4@nyu.edu
http://homepages.nyu.edu/~bc4
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J’étais coincé pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’avais l’habitude de toujours sortir sans carte bancaire (l’idée de la perdre et de devoir faire opposition m’inquiétait trop). Et parce que je ne sortais qu’avec une trentaine de dollars, de quoi faire l’aller-retour, et manger. Pas de quoi payer une nuit d’hotel. Ensuite parce que les trains vers New York avaient été tous stoppés.
J’ai été hébergé par l’une des employées des archives, qui, je me souviens, prenait le soir un verre de vin, de préférence du rouge. C’est peut-être de là que date une habitude que j’ai aussi prise. Attaque terroriste ou pas.

Spirou et l’identité nationale

On trouve, chez la seule personne au monde que je connaisse qui soit abonnée à Spirou magazine, un Spirou ma foi fort intéressant, publié en 2008 et écrit par Emile Bravo. Dans ce Journal d’un ingénu, Spirou est confronté à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, mais réagit en Spirou. La rencontre entre d’un côté les contraintes de la bédé, l’irréalisme principalement, et un principe de réalité incarné par une sorte de fée, fonctionne fort bien.
En plus, le “principe de réalité” décrit fort bien ce monstre idéologique :

[j’ai repris l’image sur leblogdetom, qui avait repéré ce passage.]
Spirou, le journal d’un ingénu (4 étoiles sur 5 au coulmont).

Aaaargh ! Helvetica !

À la station Ménilmontant, l’autre jour, un panneau de signalisation, au lieu de contenir l’habituel Parisine, était rédigé dans un sans-serif familier.

Le fabricant du panneau, au moins, n’a pas utilisé Arial. Ni, ouf !, Comic Sans. On trouve, ailleurs sur internet, un autre match Parisine vs. Helvetica.
Si vous voulez savoir comment cette erreur a pu arriver et combien de points cette erreur va coûter au directeur de la station, vous pouvez lire la Petite sociologie de la signalétique de J. Denis et D. Pontille.

Une vie de thésarde

Si Marianne, l’effigie républicaine, est tellement figée qu’on ne peut imaginer sa vie en BD (sauf dans Superdupont), il n’en va pas de même de “la thésarde”. La doctorante n’est pas encore figée dans une représentation de plâtre : on ne trouve pas son buste, rarement sa photo, dans le bureau de son directeur de thèse.
C’est peut-être ce qui rend fort amusant Une vie de thésarde, un bd-blog dessiné (et écrit) par une doctorante en sociologie. Et de plus, c’est une vraie doctorante en sociologie : même si elle blogue anonymement, son identité est plus facile à percer que celle de Kalai Elpides / Pandore (que seule une petite erreur m’a permis d’identifier). Et c’est une doctorante que j’ai déjà croisée, ce qui rend, à la lecture, son oeuvre dessinée encore plus amusante. J’espère que la thèse, aussi, sera illustrée.

Public sex, vandalisme, nus, émeutes, concours…

Quelques liens, quelques photos, quelques images, quelques mots.
 

  • En haut des Buttes :

    [Graffiti inscrit sur les murs du Belvédère de Sybil]
    Il était intéressant d’observer les réactions des touristes : “Ils ont du faire ça la nuit. — Mais comment ? — Ils ont escaladé les grilles. — Ou alors pendant une grosse tempête. Quand il pleut, y’a personne.”
    J’ai préféré me taire et ne pas proposer de théorie.
  •  

  • Sous la terre :
    Les panneaux publicitaires “Numériflash” ont envahi le métro. J-N Lafargue, sur hyperbate a déjà souligné l’invention en retour d’un vandalisme spécifique, visant à faire stopper ces panneaux. Il semble qu’une marque de boisson pétillante s’en soit inspiré, montrant un personnage détruire, de l’intérieur l’un de ces panneaux.
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  • Dans des bar-tabacs :
    CetteMerdeEstFolle a découvert le bon goût germanique :
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  • Dans les supermarchés :
    Le playmobil émeutier / manifestant / anarchiste et son compère le policier :

    Ce playmobil avait aussi été repéré, et acheté, par Fabio Rojas sur OrgTheory.
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  • A Toulouse :
    L’IEP de Toulouse attire surtout les derniers classés au concours commun des IEP. Pour quelles raisons ? Trop loin de Paris ? Mauvaise réputation ? Belle analyse sur le vif sur PolitBistro :
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  • Chez les préfets :
    Fausses signatures pour expulser plus vite (voir aussi pole-juridique.fr)

    Afin d’être représenté dans les audiences de sans-papiers, le préfet a donc délégué sa signature à son secrétaire général. En cas d’absence de celui-ci, à son secrétaire général adjoint. Si les deux sont indisponibles, à son directeur de l’immigration et de l’intégration. Lorsque les trois sont empêchés, à son adjoint au directeur de l’immigration et de l’intégration.
    Et lorsque ce dernier ne peut pas signer, la photocopieuse le fait à sa place…

  • Rubicon

    La nouvelle série “Rubicon” (ne me demandez pas comment on se la procure) ne promet pas grand chose (elle semble inspirée par “Damages” d’un côté, par “Numb3rs” de l’autre). Mais une chose m’a amusé : cette série repose partiellement sur ce que je vais appeler rapidement une “tendance”. Regardez plutôt ces copies d’écran :

    Le bureau du personnage principal est couvert de petits dessins.
    Mais que remarque-t-on d’autre ?

    Il semble que certains dessins ressemblent à des graphes et des représentations visuelles de relations sociales.

    Que remarquez-vous dans cette dernière copie d’écran, ci-dessous ?

    On y voit, accroché au mur, une reproduction de la “Carte figurative des pertes successives” de l’armée de Napoléon dessinée par Charles Joseph Minard, l’une des images préférée d’Edward Tufte, l’auteur de Beautiful Evidence et de The Visual Display of Quantitative Information”. Ces “oeufs de Pâques” visuels ont été remarqués au moins ici sur twitter.
    Mais il semble que ces images n’aient dans cette série télévisée qu’une fonction illustrative. Elles n’interviennent pas, apparemment, dans la narration. Dommage, j’aurais aimé voir un héros résoudre une énigme à l’aide d’une sparkline. Peut-être que le décorateur de cette série s’est amusé ici (il me semble que ce même décorateur affectionne aussi Helvetica, ce qui n’est pas surprenant).
    Pourquoi ai-je qualifié ces images de “tendance” au début de ce billet ? C’est que plusieurs blogs influents, Daring Fireball ou Kottke se font les publicitaires des travaux de Tufte, que ce dernier vient d’être nommé par la Maison Blanche à un panel de surveillance des dépenses liées au “Recovery Act”. Enfin la question de la visualisation des données, abordée par Graphic Sociology, ou par Flowing Data, devient cruciale à un moment où l’on dispose de tellement de données statistiques que la difficulté est d’en construire des “synthèses épaisses” (“thick syntheses”, comme l’on parle de “thick description” à la Geertz).

    Les sectes, c’est plus ce que c’était

    Dans un article qui vient d’être publié par la revue Genèses (une revue de sociologie et de sciences sociales), Etienne Ollion, sociologue, étudie ce qu’il appelle “un processus de requalification conceptuelle“, la sécularisation de la “secte”.
    En effet, autant au début des années 70 la secte apparaissait comme un objet religieux, autant aujourd’hui, après tout un travail de requalification (travail politique et associatif), la secte est un terme utilisé pour décrire un ensemble de pratiques.

    Trois périodes peuvent être distinguées : lors de la création des premières associations, les opposants cherchent d’abord à distinguer entre bonnes et mauvaises sectes (i) ; pourtant, la transformation des buts de celles-ci comme l’importation de théories psychologiques étasuniennes font qu’émerge une nouvelle approche de la secte comme groupe utilisant des techniques de conditionnement psychologique (ii). Finalement, c’est après une importante médiatisation et l’engagement d’opposants distants de l’Église catholique que le terme de secte est progressivement sécularisé, y compris chez certains opposants qui rejetaient cette approche quelques années auparavant (iii).

    « Jusque dans les années 1970, les quelques personnes qui dénoncent publiquement les sectes sont, sans exception, proches des églises établies. » La création d’association de défense de la famille et de l’individu (ADFI) va venir modifier les dénonciations : « les membres des ADFI dénoncent les groupes non plus pour la « supercherie théologique » qu’ils constitueraient, mais pour les conditions de travail et les infractions au code de la Sécurité sociale et à celui des impôts. »
    Les critiques contre “Les Enfants de Dieu” [The family] sont dirigées vers le « Flirty Fishing », [technique de recrutement où l’adepte est invitée à séduire de potentielles recrues, parfois en leur prodiguant des faveurs sexuelles].
    [Note : si vous voulez en savoir plus sur le Flirty Fishing, une encyclopédie collaborative possède de nombreux documents : dont des bandes dessinées]
    Dans sa conclusion, Ollion lance quelques indices sur ce qui va continuer à l’intéresser par la suite, l’étude des individus qui s’impliqueront dans les associations anti-secte :

    La redéfinition de la secte est en effet une condition importante de l’engagement de toute une série d’acteurs qui ne se sentaient pas concernés tant que l’approche religieuse prévalait, où ne savaient pas comment aborder le sujet. Le sectarisme devient ainsi un sujet pour lequel des personnes qui ne se seraient probablement pas engagées dans un combat perçu comme interne au champ religieux peuvent s’investir, ce qui se produit de manière croissante à partir de la fin des années 1970.