Le minotaure (finir sa thèse)
Circule en ce moment :
Le Minotaure (Simon Berjeaut)
spéciale dédicace à Pandore / Kalai Elpides et à tous ceux qui, l’ayant finie (la thèse), n’en ont pas fini avec.
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Le Minotaure (Simon Berjeaut)
spéciale dédicace à Pandore / Kalai Elpides et à tous ceux qui, l’ayant finie (la thèse), n’en ont pas fini avec.
Jeunesse et famille à l’heure de l’atome… un livre de 1962 gentiment conservateur et démodé, joli comme du Marcel Rufo.
Et c’est bellement misogyne : “Evidemment, il y a ces milliers de perruches à crinière de cheval, intoxiquées par le mythe de B.B., qui suivent les tours de chant de Sacha Distel”
Tout ceci me rappelle l’un des plus jolis (et bancals) vers de la poésie française :
Le singe (ou son cousin) le singe devint homme
Lequel un peu plus tard désagrégea l’atome

“Fuyons comme la peste les farfelus de l’éducation sexuelle qui marchent les pieds au plafond.”
On trouve une citation intéressante dans le livre de Gérald Houdeville, Le métier de sociologue en France depuis 1945 : Renaissance d’une discipline. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p.191.
C’est une citation de Luc Boltanski, sur France Culture, le 24 novembre 2004 (émission “Travaux publics”), au sujet de la sociologie française contemporaine :
Je pense qu’il y a actuellement un degré de professionnalisation et de spécialisation que je regrette. Vous avez des gens qui font une excellente thèse, par exemple, sur, je ne sais pas moi, sur les kinésithérapeutes par exemple et puis, ensuite, toute leur vie ils vont rester spécialistes des kinésithérapeutes et puis, quand il y a un drame chez les kinésithérapeutes, ils vont parler à la radio des kinésithérapeutes.
Alors que si vous prenez les grands sociologues du passé, ils n’auraient plus leur thèse. Marcel Mauss n’aurait plus sa thèse, certainement, quant à entrer à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, il ne faut même pas en parler. Marcel Mauss qui, dans un même article, mélange des informations sur les anciens germains et sur les argentins, vous imaginez ce fumiste. Et donc, c’est vrai, j’ai gardé un côté fumiste.
Marcel Mauss n’aurait plus sa thèse ? Marcel Mauss n’a jamais eu de thèse… n’ayant pas réussi à la terminer. Si je me souviens bien, elle portait sur la prière. Son oncle, Emile Durkheim, était bien embêté : finis ta thèse ! lui écrit-il dans une large correspondance. (Mauss s’est aussi marié très tard, ayant longtemps papillonné, au grand désespoir durkheimien de l’Oncle).
1973 :
Pour le lecteur désarmé, La représentation de soi pourrait bien ne rien représenter. D’abord l’ouvrage est difficilement assignable à un genre établi : aucun emplacement ne lui est réservé dans l’espace des taxinomies communes ou dans celui des traditions savantes. L’objet même en est inhabituel et échappe aux divisions officielles de la sociologie : ni population concrète (“les ouvriers”, “les hommes de loi”, etc.); ni opinions ou conduites statistiquement distribuables; ni à proprement parler, technique, méthode ou réflexion épistémologique; rien que des rencontres (encounters) fortuites, innombrables et apparemment disparates […]
1991 :
Les lecteurs de cet ouvrage pourront ressentir une certaine gêne à ne pas rencontrer dans les pages qui suivent les êtres qui leur sont familiers. Point de groupes, de classes sociales, d’ouvriers, de cadres, de jeunes, de femmes, d’électeurs, etc., auxquels nous ont habitués aussi bien les sciences sociales que les nombreuses données chiffrées qui circulent aujourd’hui sur la société. […] Pauvre en groupes, en individus ou en personnages, cet ouvrage regorge en revanche d’une multitude d’êtres qui, tantôt êtres humains, tantôt choses, n’apparaissent jamais sans que soit qualifié en même temps l’état dans lequel ils interviennent.
La citation de 1973, ce sont les premières lignes de Luc Boltanski, « Erving Goffman et le temps du soupçon », Social Science Information, 1973; 12; 127-147.
La citation de 1991, ce sont les premières lignes de Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification, Paris, Gallimard, 1991.
Personnellement, cela m’amuse. J’ai conscience d’avoir un sens de l’ironie perverti…
“Le salaire n’est-il que le prix du travail ?”, moderne alexandrin, est une création collective… sans auteur individuel et à l’ambition poétique modeste. Peu de sociologues se sont faits poètes : Michel Foucault (classons-le sociologue) entrelardait ses livres de renécharismes (Paul Veyne les a comptés) ; Pierre Bourdieu était plutôt romancier ; Durkheim… n’en parlons pas (même si, à son époque, l’imitation pouvait faire partie du cursus, et qu’il a du produire du poétique).
Je ne vois guère que Gabriel Tarde, auteur mineur en permanence “redécouvert”, qui publie, en 1879 Contes et Poèmes [Paris, Calmann-Lévy, 228 pages, sous le nom de Jean-Gabriel Tarde] (voir ici pour en savoir plus). L’école nationale d’administration pénale propose de nombreux textes littéraires de Gabriel Tarde. Exemple de poème :
Dieu ! que j’en aimai, jadis, de jeunes chattes,
Pour me consoler de mes chagrins,
Toutes angoras — soyeuses, délicates,
Courtes de museau, souples de reins (…)source : « Evocation », poème in Revue de Bordeaux, 15 mars 1892 (pdf)
Certains poèmes mélancoliques sont sympathiques. Mais je ne les ai plus sous la main.
Et à part le bon Gabriel… ? Je ne vois que Luc-Emmanuel.
Luc Boltanski, dont l’oeuvre sociologique est importante, et me sert d’inspiration partielle, est aussi auteur de poèmes. Et la vocation est ancienne. Dès 1957 (il a alors 17 ans), il publie Le Fusil, avec une présentation de Pierre Morhange (pas celui des Choristes, un autre, un poète) :
Luc-Emmanuel Boltanski est un élève de la classe de philosophie de M. Khodoss. C’est encore un enfant. Un maigre, qui grandit vite avec sa petite tête bien ronde ; il est vif, curieux, inquiet ; il remue sans-cesse. Et c’est surtout un garçon généreux.
Il y a quatre ans, le l’ai vu devenir fou de poésie.
Son cas s’aggrave. Je crois bien qu’il ne lit plus que des poèmes et des journaux. (…)
Il a, bien entendu, créé une petite revue, avec groupe. Ce qui s’appelle « Sortie de Secours ». (Ainsi, me dit Luc, nous avons de la réclame gratuite dans tous les cinémas.)
Le premier poème montre une sympathie pour un certain christianisme que son ouvrage sur l’avortement laissera poindre à nouveau :
J’ai peur du fusil
De la crosse et des balles
O menez-moi vers les églises calmes
Apprenez-moi la force pour briser les crosses
Que mes plaies se calment…
Alors… écrits de jeunesse. Non. Le frère de Christian Boltanski (avec qui il a corédigé un ou deux livres) a publié un nouveau recueil de poèmes en 1993. Comme Premier roman, le premier roman de Mazarine, le recueil de poèmes s’appelle Poème. Il s’ouvre sur une citation paulinienne (1 Co 12,10) : « A celui-ci le don / de parler en langues, à tel autre / le don de les interpréter. »… et l’on retrouve ensuite l’humour boltanskien… car la personne “parlant en langues” et la personne “interprétant” est ici la même. A chaque poème est associé une interprétation (un peu comme dans Feu pâle de Nabokov, qui m’a appris à faire des commentaires de texte). Un exemple. Mon préféré :
Création de Clichy-sous-Bois
L’Orient se lève sur Clichy
Clichy la froide et ses tours emmurées
Le ciel se déchire – apparition de la lumière
Apparition des rues – de l’autoroute – de l’autopont
L’interprétation est la suivante :
A l’automne de 1988, je souffrais de ne plus faire de terrain – de rester confiné dans mon bureau, à voir des gens, donner des conseils, disputer, lire ou écrire. J’avais envie de vivre avec des enfants et de les observer. Jean-Louis D. me donna une introduction pour le Collège Romain-Rolland de Clichy-sous-Bois, dans la banlieue nord-est, à environ une heure de chez moi en voiture. J’y allais pour la première fois un matin de janvier froid et brumeux. (…)
Une grande partie des habitants de Clichy viennent d’Orient. Comme le soleil qui se lève à l’Orient (mais peut-être est-ce l’inverse – la difficulté est la même que pour distinguer la droite de la gauche. (…)
Pour aller à Clichy, il y a une voie rapide, une sorte d’autoroute. Et aussi un autopont, très dangereux en hiver, à cause du verglas. (…)
Ce commentaire me rappelle un poète qui était venu parler, quand j’étais en khâgne. Impossible de me souvenir de son nom. Il y avait le même détachement dans l’interprétation.
Sur la poésie boltanskienne : ici, sur remue.net, et ici.
Mise à jour : on me signale en commentaire que Luc Boltanski est aussi l’auteur de pièces de théâtre, jouées en ce moment à l’ENS-LSH à Lyon
Paul Veyne : Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, coll. Points, p.360
C’est bien pourquoi les sociologies générales ont tendance à se multiplier : tout professeur a tendance à attacher une importance particulière aux aspects des choses qu’il a eu pour sa part le plus de mal à conceptualiser.
Jean-Claude Passeron, Le Raisonnement sociologique, Paris, Nathan, p.11
Osons une métaphore filée pour le dire sans précautions superflues de langage: on a voulu assurément inciter la réflexion épistémologique à ne pas s’enfermer dans la bergerie idyllique du quasi-expérimentalisme où paissent, sans jamais oser lever les yeux sur l’enceinte de leur parc douillet, trop de moutons popperoïdes, mais ce n’est assurément pas pour convier le sociologue émancipé à aller hurler avec les loups de l’herméneutique sauvage, toujours prêts à croquer à belles dents toute scientificité un peu fragile surtout si elle est jeunette.
Gérard Noiriel, “Ne tirez plus sur l’historien”, Politix, 1989, vol 2, n 6, p.38
Moyennant quelques flatteries — des travaux de débutants sont présentés comme des oeuvres majeures — on s’attache un certain nombre d’adeptes qui diffusent la parole du maître avec d’autant plus de virulence qu’ils sont en général jeunes, c’est à dire encore hantés par le désir de se distinguer et d’exhiber leurs qualités intellectuelles. [Dominent alors] les avis du maître dont l’importance devient démesurée – hochement de tête, tutoiement, lettre manuscrite, etc. (…) D’où surtout, quand la mode est passée, les désillusions, les désenchantements de ceux qui ne croient plus à rien parce qu’ils se sentent “trahis”
Et, puisque les demandes ont été nombreuses, voici encore de l’Edgar Morin. Journal de Californie, 1970
9 septembre :
Rêve : Dans la nuit de lundi à mardi, j’ai rêvé de Bourdieu. Je vais lui demander des explications sur son attitude à mon égard. Qu’il critique mes idées, soit, mais pourquoi cette animosité personnelle ? Dans ce rêve, il demeure maussade, haineux. Manifestement, je lui demande son amitié, qu’il me refuse. Ceci me rappelle des rêves où je suis ami, réconcilé, avec Aragon.
Ce que j’ai le plus de peine à accepter: l’inimitié
Dans Journal de Plozévet, Edgar Morin écrit :
J’ai reçu une lettre de Lapassade dont voici quelques extraits :
« J’ai cru comprendre que tu partais en Bretagne (…) J’imagine un Edgar bretonnant, non directif et donnant le feed-back aux producteurs d’artichauts. Cette image me séduit au point que j’aurais envie de me joindre à vous après mon séjour d’avril dans les Pyrenées. »
Cette dernière phrase est lourde de menaces pour l’enquête.
Et dans les pages qui suivent, Morin décrit les interventions plus ou moins délirantes de Lapassade — un second couteau de la sociologie française, passablement ambitieux — et de son “analyse institutionnelle”. Autant les mémoires de Michel Crozier m’étaient apparus emplis de rancunes rassies, autant Morin, dont l’oeuvre m’est en grande partie inconnue (mise à part La Rumeur d’Orléans, 3 étoiles au coulmont, sur une échelle qui va jusqu’à 5, et Commune en France – métamorphose de Plodemet / plozevet), m’apparaît “sympa” et incapable au travail collectif. Ce journal de terrain (probablement en partie réécrit, je ne sais pas très bien) laisse découvrir un chercheur en quête de “le moderne”. “Nous faisons une enquête sur le moderne”, ne cesse-il de dire aux paysans locaux. Il cherche les “juke-box” (nous sommes en 1965), il compte les blousons en simili-cuir, il essaye de créer un “groupe de jeunes” dans le village breton, Plozévet. [lire la recension du livre dans ruralia]
Ailleurs dans le journal :
[Burguière] a le visage rond, avenant, inspirant la sympathie, me rappelant celui de Bourdieu (qui me fut très sympathique, alors que j’ignorais encore que son sourire jovial dissimulait une âme rastignaco-thorézienne). Il doit avoir les qualités de l’agrégé: aptitude à la synthèse, esprit clair.
Autres temps, autres moeurs…
Ce fut à l’instigation de Pompidou et de René Brouillet que, en février 1959, de Gaulle accepta de présider le bal de l’Ecole(1), où plusieurs normaliens refusèrent ostensiblement de lui serrer la main ; de Gaulle, froissé, ne retourna jamais dans un établissement universitaire en France, tout en demandant instamment à en visiter lors de chaque voyage à l’étranger, et veilla à s’entourer de normaliens et d’universitaires qui manifestaient, par leur présence à ses côtés, que tous les normaliens ne participaient pas à cette rébellion.
source
Pour l’Elysée, «les sectes sont un non-problème» en France titra Libération-point-fr il y a quelques jours. Et la mission de vigilance contre les dérives sectaires (miviludes) est réduite à une instance de production de rapports. Les commentaires d’une partie des lecteurs de cet article laissent croire qu’une alliance occulte entre un président et Tom Cruise est à l’origine de cette annonce. [Un commentaire bien meilleur a été publié ici même.]
L’année dernière, dans le métro, j’avais photographié un graffiti au message similaire :


Notes :
(1) L’Ecole… Il s’agit bien évidemment de l’Ecole normale supérieure…
C’est son opposant qui a été élu…

(Auchy – Pas de Calais, Mai 2007)
« Les Mormons, c’est ceux qui n’ont pas le téléphone ? »… Non, ce sont les Amishs (du moins dans l’imaginaire populaire) … Et l’on me pardonnera de proposer ce clip du Weird Al Yankovich :
As I walk through the valley where I harvest my grain
[En marchant dans les vallées où je récolte le blé]
I take a look at my wife and realize she’s very plain
[Je regarde ma femme et voit qu’elle est plain (“sans apprêt” (théol.), mais aussi : moche (vulg.), opposition avec “vallées” du vers précédent : complexe]
But that’s just perfect for an Amish like me
[Mais c’est parfait pour un Amish comme moi]
You know I shun fancy things like electricity
[Tu sais, j’évite les fantaisies, comme l’électricity]
At 4:30 in the morning I’m milkin’ cows
[A 4 h du matin, je trais les vaches]
Jebediah feeds the chickens and Jacob plows… fool
[Jébédiah nourrit les poulets et Jacob laboure]
And I’ve been milkin’ and plowin’ so long that
Even Ezekiel thinks that my mind is gone
I’m a man of the land, I’m into discipline
[Je suis un homme de la terre, j’aime la discipline (le clip laisse sous-entendre une forme de “discipline” particulière)]
Got a Bible in my hand and a beard on my chin
But if I finish all of my chores and you finish thine
[Si j’achève mon travail et si tu finis le tien [“thine” (arch.)]
Then tonight we’re gonna party like it’s 1699
[On s’amusera ce soir comme en 1699]
We been spending most our lives
Living in an Amish paradise
I’ve churned butter once or twice
Living in an Amish paradise
It’s hard work and sacrifice
Living in an Amish paradise
We sell quilts at a discount price
[On vend des patchwork à prix réduit]
Living in an Amish paradise
[On vit dans un amish paradis]A local boy kicked me in the butt last week
I just smiled at him and I turned the other cheek
I really don’t care, in fact I wish him well
‘Cause I’ll be laughing my head off when he’s burning in Hell
[Je rirais bien quand il brûlera en enfer]
But I ain’t never punched a tourist even if he deserved it
An Amish with a ‘tude?
You know that’s unheard of
I never wear buttons but I got a cool hat
And my homies agree
I really look good in black… fool
If you come to visit, you’ll be bored to tears
We haven’t even paid the phone bill in 300 years
But we ain’t really quaint, so please don’t point and stare
We’re just technologically impaired […]
Encore moins politiquement correct, ce I’m Fat du même Weird Al est un bonheur visuel et auditif.
Cette image, extraite du clip “Amish Paradise”, bien que censée susciter le sourire, me fait immanquablement penser à une autre forme d’hybridité musicale et religieuse, Matisyahu, le musicien et chanteur reggae-juif hassidique.