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En ligne, tous…

Voilà un nouveau collègue en ligne : http://pierremerckle.fr/ (Pierre Mercklé, de l’ENS Lyon). À ajouter, donc, à la Liste des sociologues en ligne (ayant acheté leur nom-de-domaine).

Des sociologues en ligne

Une liste de sites internet de sociologues (français). N’ont été retenus que les sites ayant un nom de domaine propre (pas les pages personnelles, pas les blogs hébergés sur blogspot ou overblog, ni sur free.fr).
Serge Paugam : http://www.serge-paugam.fr/
Laurent Mucchielli : http://www.laurent-mucchielli.org/
Cécile Van De Velde : http://cvandevelde.com/
François de Singly : http://www.singly.org/francois/
Olivier Martin : http://www.olivier-martin.fr/
Olivier Bobineau : http://www.olivierbobineau.com/ (attention, son site fait ouvrir une pop-up publicitaire…)
Jean-Pierre Durand : http://www.jean-pierredurand.com/
Louis Chauvel : http://www.louischauvel.org/
Bruno Latour : http://www.bruno-latour.fr/ (à mon avis, c’est un site réalisé par un fan, pas par Latour lui-même)
Albert Piette : http://www.albertpiette.net/ (il est Belge, mais ça compte comme un Français)

et bien entendu : Baptiste Coulmont : https://coulmont.com (on n’arrêtera jamais l’autocitation).
 
J’en ai certainement oublié. J’ai bien vérifié que Pierre-Paul (Zalio) ni Pierre-Michel (Menger) n’avaient pas de nom de domaine. Ni Nathalie Heinich, ni Alain Quemin. Mais si vous connaissez d’autres égos surdimensionnés ayant acheté leur point-com ou leur point-net, merci de le signaler en commentaire.

Mise à jour :
Natacha Chetcuti : http://www.natachachetcuti.com/
Vincent de Gaulejac : http://www.vincentdegaulejac.com/
Marie-Victoire Louis : http://marievictoirelouis.net/
Nicolas Jounin : http://www.nicolasjounin.com/
Yves Sintomer : http://sintomer.net
Philippe Robert : http://www.phrobert.fr/
Jacques Donzelot : http://donzelot.org/

Poursuite de la mise à jour :
Régis Dericquebourg : http://WWW.regis-dericquebourg.com
Pierre Mercklé : http://pierremerckle.fr
Vincent Dubois : http://vincentdubois-socialscience.eu
Stéphane Dorin : http://www.stephanedorin.com/
Geoffroy de Lagasnerie : http://geoffroydelagasnerie.com/

a dégommé gloomy ?

Depuis 2008, “Pandore” rédige Kalai Elpides, un blog consacré à son expérience de candidate aux postes de maîtres de conférences.
Pandore a créé tout un vocabulaire. Un gloomy, par exemple :

En numéro un, il y a Gloomy. Gloomy n’a qu’une publication dans une revue qui est d’ailleurs la publication de la seule conférence affichée dans son CV, Gloomy n’a même pas pris la peine de changer le titre. Gloomy n’a pas fait de postdoc, A priori, Gloomy n’a pas été auditionné ailleurs. Gloomy n’a pas postulé au CNRS, ni même peut-être dans une autre université. Gloomy n’a rien fait d’autre que d’être le doctorant du président de la commission de spécialiste. Godechot, Oh Godechot, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils sont devenus fous! (source)

Les commissions deviennent des “KKK” (KKK : Komissions Konsultatives Korruptibles : assemblée secrète de décideurs choisis pour offrir une configuration propice à entériner les décisions souterraines dites “de couloir”).
Un style fleuri, forcément ironique, parsème ses billets de références jamais entièrement explicitées (références littéraires, musicales et professionnelles) :

Un jour que j’étais au Ministère pour prostiputer, j’étais en avance (je suis toujours en avance, c’est pour ça que je ne pourrai jamais travailler au CNRS quand je serai grande. Demandez au troll, il vous dira que pour travailler au CNRS, il faut se lever à 16h pour aller à son rendez-vous de 14h30 pour finir le rapport de la semaine dernière!). Donc un jour que j’étais en avance pour une séance de prostiputage, je furetais dans les couloirs plein de quinquagénaires en costumes velours et piles de bouquins sous le bras. Comme je suis née sous le signe chinois de la fouine, mon sang badeaud n’a fait qu’un tour quand j’ai vu une porte entrouverte. Elle était petite comme dans les histoires d’Alice à Wonderland, il fallait escalader une grande marche… mais une fois dedans, j’ai découvert que je me trouvais DANS la Galaxie! (source)

C’est l’ensemble de ces choses, avec l’anonymat (ce pourrait être une collègue proche), qui a fait le succès de ses textes.
Enfin, après trois sessions de candidatures, “Pandore” a été recrutée.

Zotero, outil collaboratif ? (Utiliser Zotero, 2)

Au coeur de l’été dans Paris assoupi, je termine un manuscrit (et j’aurai prochainement besoin de relectrices sociologues). Pour ce texte, j’utilise maintenant quotidiennement zotero et Dropbox : j’écris en effet un texte sur deux ordinateurs, et j’ai besoin d’un suivi automatique des versions.
Zotero me semble moins buggué maintenant et fort utilisable. J’ai donc souhaité passer à l’utilisation d’autres fonctions offertes par le logiciel bibliographique, en créant un “Group Library” (Bibliothèque groupée). Cette bibliothèque porte sur les églises noires en France et ne contient pour le moment qu’une trentaine de références. Certaines sont très récentes, comme la thèse, touffue, de Sarah Demart.
Ce groupe est joignable et, je pense, éditable par les personnes à qui je donnerai certains privilèges. Chaque référence que ces personnes entreront dans la “bibliothèque groupée” se retrouveront ajoutées automatiquement à ma base bibliographique (utilisable directement dans Word quand j’écris). La “veille documentaire” pourrait ainsi être collaborative.
On verra bien ce que cela donnera… Cela devrait être plus utile dans d’autres domaines (la “sociologie de l’émotion” par exemple, a un groupe bien actif).

Recrutements universitaires

Cette année encore, en sociologie, le wiki auditions de l’ASES a bien fonctionné, et la prochaine version du wiki auditions (automne 2010) est en ligne.
J’ai contribué à la marge à ramasser diverses informations, tant auprès de candidats que de collègues déjà en poste. Encore une fois, cette année, certains collègues n’ont pas souhaité diffuser les décisions des comités de sélection, avec divers arguments.
1- “cela peut nuire au candidat classé premier” : l’idée ici est qu’un département ne recrutera pas quelqu’un qui a été déjà classé premier ailleurs. Certes, cela s’est vu déjà. Mais : un comité demandera systématiquement à tous les candidats s’ils ont été classés ailleurs, si l’information n’est pas connue. L’argument ne tient donc pas vraiment : les seuls qui ne sauront pas, ce sont les autres candidats et la communauté des sociologues.
2- “on attend la décision du C.A.” : l’idée de cet argument est que le comité de sélection n’est pas légitime, qu’il faut “attendre la décision du CA”. Il est encore une fois utile de répéter que ce n’est pas la décision du CA qui importe ici, mais celle des comités de sélections. L’intérêt du wiki est de rendre visible le travail des collègues, leurs principes de sélection et de classement. Ainsi, même si les informations concernant l’université de Strasbourg ont été parfois difficiles à recueillir, disposer du classement sur le recrutement que le CA a annulé est très intéressant. Que le classement ait été connu avant que le CA se prononce a sans doute contribué à rendre l’affaire publique.

Continuons : cela fait maintenant une douzaine d’années que les mathématiciens français, avec le soutien et l’appui du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, organisent ce qu’ils appellent “l’opération Postes“, où toutes les décisions des comités sont rendues publiques. Dans cette discipline, la volonté de garder secrètes les décisions, de ne les faire circuler qu’entre soi, de ne prévenir que le premier classé et pas les autres… sont considérés comme des erreurs éthiques. Dans leur bilan, les matheux le signalent : “Seuls quelques établissements irréductibles demeurent, il semble s’agir en général d’établissements un peu en marge du système universitaire“.
J’aimerais qu’il en soit de même en sociologie, d’où le wiki auditions : on peut repérer les marges universitaires (ce sont les départements qui gardent leurs recrutements secrets).

Comment faire, alors, quand l’informations ne circule pas. Personnellement : j’écris aux candidats que je connais, même vaguement, pour leur demander s’ils ont l’information. J’écris à un collègue (plutôt un jeune collègue) membre du comité. Si rien n’arrive, j’envoie un mail collectif. Cette année, le département de sociologie de l’université de Tours a mis du temps à diffuser l’information : sur un poste, plus de 15 jours après les auditions, les candidats n’étaient même pas au courant du classement. J’ai donc envoyé un petit mail ironique et pince sans rire qui a eu pour effet de libérer le classement. Rien ne me motive plus qu’un comité qui tente de garder secret son travail.

Ce petit travail de suivi m’a fait prendre conscience de la spécificité du département de sociologie de l’université Paris 8. Les discussions sur les profils de postes y sont publiques, en réunion de département. La composition des comités de sélection est aussi publique, de même que les dates des réunions. Il en va différemment dans les départements de socio d’autres universités, presque d’autres univers : Nanterre (Paris 10) semble être balkanisée (avec une information qui ne circule pas, même en interne, ce qui oblige à avoir des oreilles un peu partout) ; Paris 7 semble avoir un fonctionnement dans lequel les laboratoires (CSPRP, urmis, Gaulejacquiens) pré-emptent des profils… Il est alors plus difficile de trouver une personne qui connaîtra l’ensemble des informations. Les universités de Lille sont au contraire très réactives : les informations ont été mises en ligne sur le wiki très vite.

La suite ? Je pense que les “wiki auditions” vont se développer dans d’autres disciplines. Il y en aura un, au moins en “test”, en histoire l’année prochaine (dès la rentrée ?). Des géographes se tâtent encore. L’expérience du wiki en philosophie, section 17 n’a pas connu de succès cette année.
Si l’on me permet un petit usage de concepts : s’impliquer, sous son nom, dans un tel suivi du processus de recrutement est une petite mise en jeu de capital. Je ne doute pas avoir énervé certains collègues, mais je pense disposer de suffisamment de capitaux pour me permettre cette petite perte. Surtout que, à mon avis, ce qui est perdu d’un côté est retrouvé de l’autre. Enerver de manière passagère les barons, les baronnets et leurs minions, c’est somme toute assez amusant.
Mon conseil, donc, est le suivant, aux collègues d’autres disciplines : impliquez-vous personnellement dans la création d’un tel outil, sous votre nom. Une fois en poste, vous ne risquez rien (je n’ai eu qu’une seule menace de procès). Ou, mieux, trouvez le soutien d’une association, comme l’ASES en sociologie. Il est très probable que, sans l’ASES (et celle de Matthieu Hély), ma petite initiative de 2007 n’aurait pas connu de suite.

Retour sur… le wiki auditions en sociologie (et démographie)

Après deux ans sur coulmont.com/auditions/ le “wiki auditions” est maintenant géré par l’ASES, et plus particulièrement par Matthieu Hély, à cette adresse : http://matthieu.hely.perso.neuf.fr/spip.php?article11. Voici quelques mots écrits suite à cette expérience :

Il se dégage plusieurs éléments positifs de l’expérience du wiki audition mise en place sur la session de recrutement du printemps 2009 :

1. Un succès pour une première : 40 000 connexions sur la page. La plupart des établissements ont joué le jeu (sauf l’IUFM de Strasbourg).

2. Un outil indispensable dans un contexte de dilution des informations lié à l’autonomie imposée des universités et à la disparation de tout cadre national. Le wiki permet ainsi de :

– Stigmatiser les pratiques où « tout est joué d’avance ». Pratiques qui, au vu de cette première session où les comités ont remplacé les commissions de spécialistes, apparaissent renforcées par les dispositions de la loi LRU qui restreignent la taille des comités et instaurent des règles de quorum pour les extérieurs qui facilitent les décisions en petit groupe. En effet, selon la circulaire relative aux comités de sélection (C.S) du 9 janvier 2009, le CS siège valablement si la moitié des membres composant le comité sont présents et si la moitié des membres sont des extérieurs. Autrement dit, un CS où seule la moitié des membres extérieurs seraient présents, siège donc valablement.

– De plus, la publication des postes « au fil de l’eau » sans obligation de se conformer au calendrier « d’usage » et sans obligation de publier le poste au journal officiel, a engendré une dispersion néfaste de l’information.

3. Le wiki permet également pour les jeunes docteurs ou doctorants en fin de thèse de se familiariser avec les critères de recrutement académique.

4. Un outil pour introduire un débat nécessaire sur les pratiques de recrutement. Quel enseignant-chercheur peut se satisfaire des procédures actuelles où un candidat est auditionné un quart d’heure devant des collègues qui n’ont souvent pas eu le temps d’étudier de façon approfondie son dossier ? En comparaison des collègues étrangers qui consacrent une journée à chaque candidat afin de tester ses compétences pédagogiques in situ et d’échanger autour de ses projets de recherche, les pratiques de notre monde universitaire apparaissent bien rudimentaires et ne rendent pas justice à la qualité croissante des dossiers de candidature. Il n’est en effet pas rare que les candidats auditionnés disposent de compétences et d’expérience d’enquêtes plus élevés que celles des membres qui procèdent à leur audition.

Ici et là, le wiki audition a néanmoins soulevé quelques critiques. La moins fondée me semble celle qui consiste à invoquer l’effet de la diffusion publique des informations sur les pratiques de classement par les comités. Comme les classements sont rendus publics, certains candidats pourraient pâtir en étant rétrogradés du fait de leur meilleur classement sur d’autres postes. Or, cet argument n’est pas recevable pour au moins deux raisons : d’une part, cela suppose de faire « comme si » l’information ne circulait pas de façon informelle avant l’existence du wiki. D’autre part, il est souvent demandé au candidat s’il est classé dans d’autres établissements.

Une autre critique, plus pertinente me semble t’il, pointe le risque de certaines dérives dans l’usage de l’outil : une exacerbation de la concurrence, déjà très forte, en systématisant la référence aux pages personnelles des candidats. La création d’une page personnelle devient alors une compétence supplémentaire susceptible d’introduire une inégalité de traitement dans le processus recrutement. En effet, le wiki n’est pas consulté uniquement par les candidats mais également par les membres des comités !
Matthieu Hély

Utiliser zotero (1)

J’ai commencé à utiliser zotero pour gérer les bibliographies de mes écrits. Le processus d’installation est assez “simple” : il faut installer un plugin pour firefox et un autre pour word (même s’il est recommandé d’avoir installé auparavant les dernières versions). Ensuite on rentre les informations bibliographiques dans une fenêtre firefox et il est possible, avec word, de générer automatiquement des bibliographies… utilisant des styles prédéfinis. Si l’article écrit est refusé par une revue qui demande ceci :

Coulmont, Baptiste. 2005. “The Geography of Civil Unions in Vermont.” Journal of Lesbian Studies 9:183-193.

il suffit d’appuyer sur un bouton pour avoir une bibliographie sous cette forme :

[1] B. Coulmont, “The Geography of Civil Unions in Vermont,” Journal of Lesbian Studies, vol. 9, 2005, pp. 183-193.

C’est en soit une économie de temps : plus besoin de vérifier si le point-virgule est bien à la place du point et autre choses tordues.

Mais l’avantage principal que je trouve à zotero, c’est la possibilité de “synchroniser” ses données bibliographiques. Si je suis chez moi et que j’ajoute un soir, avant de dormir, une entrée (par exemple les références d’un livre que je suis en train de lire), elle apparaîtra automatiquement dans ma base bibliographique au bureau le lendemain. Plus besoin de faire des copies de fichiers bibliographiques !

J’ai donc un “profil” sur zotero.org : ici, mais je n’ai pas encore donné accès à ma “bibliothèque” de références. J’aimerai le faire pour une partie seulement de la base (la partie “socio des religions”, mais c’est, pour l’instant “tout ou rien”…)

Il existe depuis peu un blog francophone zotero sur hypotheses.org (qui peut reproduire ce billet).

Le prénom, la nation : l’affaire Amirouche

Trouvé aujourd’hui dans un vieux numéro du Journal Officiel de la République Française scanné et mis en ligne sur le site de l’Assemblée nationale… une intervention d’un député RPR, en 1980, Pierre Bas (photo reproduite ci-contre). Cet honorable membre de l’Académie des Sciences d’Outre Mer, député de Paris, maire d’arrondissement… s’était alors ému :

Etat civil (prénom).
25698. —11 février 1980. — M. Pierre Bas appelle l’ attention de M. le Premier ministre sur un article de La Voix du combattant qui donne l’information suivante. « Le Livre d’or pour une future maman » diffusé par les caisses françaises d’ allocations familiales, qui propose 5938 prénoms aux – familles, comporte notamment : « Amirouche, prénom kabyle illustré par un célèbre résistant algériens ». Je trouve parfaitement normal que dans un pays où, pour des raisons historiques, une partie de la population est de religion musulmane, tout en étant assez souvent française, ce prénom kabyle traditionnel soit proposé; mais ce qui n’est pas admissible c’est le masochisme des responsables de caisses françaises d’ allocations familiales qui, parmi plusieurs autres personnes ayant porté le nom d’Amirouche, vont choisir pour le proposer aux familles françaises celui d’un adversaire résolu de la France qui avait versé le sang de jeunes Français. Il lui demande s’il a l’intention de rappeler ces responsables à la décence.

La réponse est intéressante :

Réponse. — Il est précisé à l’ honorable parlementaire que « Le Livre d’or pour une future maman » est une publication trimestrielle dont un seul numéro, celui daté de juillet-septembre 1978, a été diffusé gracieusement par certaines caisses d’allocations familiales. Cette brochure comporte effectivement un volumineux dictionnaire de 5 968 prénoms masculins et féminins dans lequel sont cités, à titre d’exemple, divers personnages historiques dont Amirouche, sans que soit attribuée, pour cela, une valeur particulière à ces illustrations. Par ailleurs, ce document a été rédigé sous l’ entière responsabilité de son éditeur et de ses auteurs, les caisses d’allocations familiales ayant tenu à faire mentionner, dès la première page, que « cet ouvrage n’ engage pas la responsabilité des établissements ou des organismes qui ont accepté de le diffuser gracieusement ». Il appartient, par conséquent, à l’ honorable parlementaire, dans la mesure où il souhaite obtenir des éclaircissements à ce sujet, de s’ adresser directement au directeur de cette publication.

Vous pensez que Pierre Bas s’est tu après cela. Que nenni, notre défenseur de la pureté revient à la charge :

33221. —7 juillet 1980. —M. Pierre Bas expose à M. le ministre
de la santé et de la sécurité sociale qu’il a lu avec le plus grand intérêt la réponse, parue au Journal officiel du 9 juin 1980, à sa question 25698 du 11 février 1980. De quoi s’agissait-il ? « Un livre d’or pour une future maman », diffusé par les caisses d’allocations familiales françaises, donnait 5 968 prénoms à choisir aux familles parmi lesquelles notamment celui de : « Amirouche, prénom kabyle illustré par un célèbre résistant algérien ». Les milieux d’anciens combattants, spécialement ceux de la guerre d’ Algérie, se sont émus à juste titre de cette provocation, et l’ attitude des caisses d’ allocations familiales avait été jugée masochiste, c’ est le moins que l’ on puisse dire. Le ministre expose que, certes, les caisses ont bien distribué la brochure mais qu’elles ont pris soin de faire mentionner, dès la première page, que cet ouvrage n’ engage pas la responsabilité des établissements ou des organismes qui avaient accepté de le diffuser gracieusement.
De qui se moque-t-on? Ces caisses, en acceptant de diffuser par leurs services un texte choquant pour la France, engageaient leur propre responsabilité. Elles n’ont pas à s’abriter derrière une précaution imprimée à telle ou telle page du document distribué, elles sont responsables du scandale. Et c’ est pourquoi il lui demande de ne pas couvrir la faute commise mais, au contraire, de donner des instructions pour que le sang versé en Afrique du Nord, pour des raisons que l’histoire jugera, mais en tout cas qui fut un sang français versé, ne soit pas ignoré dans les caisses d’allocations familiales en magnifiant les adversaires. II appartient aux adversaires de glorifier leurs héros, ils ne s’en font pas faute, ils sont parfaitement dans leur droit. Il n’ appartient pas à la France de glorifier les hommes qui ont fait tuer certains de ses enfants, et le ministre de la santé et de la sécurité sociale n’ a pas à couvrir une telle action qui sera jugée assurément sévèrement et qui l’est déjà.

Réponse. — Le ministre de la santé et de la sécurité sociale confirme qu’ un seul numéro de la revue Le Livre d’or pour une future maman, celui daté de juillet-septembre 1978, a été diffusé, de manière limitée, par certaines caisses d’ allocations familiales. Depuis lors, aucune parution de ce document n’est intervenue. Toutefois, l’ attention des gestionnaires des caisses d’allocations familiales a été appelée sur le contenu de cet opuscule ainsi que sur les critiques qu’il a pu susciter de la part de l’honorable parlementaire.

Je ne commenterai pas plus.

source (PDF) et source (PDF).

Retour sur… le wiki auditions en Philosophie

Au début de l’année 2009, j’ai reçu le mail d’une personne souhaitant quelques conseils pour créer, sur le modèle du “wiki auditions” en sociologie, un wiki de suivi du recrutement en philosophie. Ce wiki semble avoir été un succès. Voici un “retour” sur cette expérience :

Voici à ta demande et pour l’information des candidat-e-s quelques réflexions suscitées par le wiki auditions en section 17 (Philosophie), que j’ai monté l’an dernier.

Lors de précédentes campagnes, j’avais comme de nombreux collègues eu l’occasion de déplorer la trop grande opacité, depuis la perspective des candidat-e-s, des travaux des commissions (pour plusieurs postes, nous ne disposions toujours pas des résultats de l’élection dix jours après la commission et je ne suis pas totalement hors des circuits où cette information peut circuler…). Il est pénible de ne pas être auditionné-e, il l’est encore plus de ne pas avoir exactement quand on est “hors-jeu”. Dans de très nombreux cas, la composition des commissions était extraordinairement difficile à obtenir, y compris dans des situations où l’on était soi-même auditionné-e par ladite commission. Ce n’était pas acceptable (je souscris à la plupart des remarques de Kalai Elpides, et ai pu partager des expériences tout à fait semblables).

Suivant l’exemple des wiki auditions des autres sections — et en particulier le tien, que j’avais eu l’occasion de suivre — j’ai mis en place un wiki sur une plateforme ouverte (pbwiki, mais il y en a d’autres) qui devait recueillir (1) les profils de poste, (2) les compositions des CS, (3) les dates de réunions et d’audition, (4) la liste des auditionné-e-s, (5) le résultat.

(1) s’obtient maintenant facilement avec Galaxie, avec toute une palette dans la richesse des détails. À peu près dans les temps. Mais pour certains postes, nous avons pu avoir des attendus plus détaillés, ou des pvs de réunion décidant de la formulation du profil.

(2) devrait, selon les textes, être rendue publique avant les travaux du comité, c’est-à-dire en tout état de cause avant l’examen et la répartition des dossiers. Cela n’a pas toujours été le cas l’an dernier, et certains CS n’ont été affichés sur les sites des universités que très tard, mais globalement, nous avons pu avoir toutes les compositions de tous les CS, ce qui est très précieux, ce qui fait en outre bien apparaître certaines dynamiques lorsqu’une équipe est très représentée aussi bien dans les membres internes que dans les membres externes (dans un cas extrême, une seule équipe était majoritaire dans la commission, car tous les membres externes sauf un en étaient membres, et le non-membre en question était absent des deux réunions). Il y a une marge de progrès pour que cette information apparaisse systématiquement, elle est au fond aussi importante que l’université dans laquelle enseigne un-e membre du comité … et souvent plus.

Pour (3), (4) et (5), les institutions ne communiquent pas, mais alors pas du tout, et une bonne surprise du wiki a été son appropriation par les utilisateurs et utilisatrices (il a été très visité, avec plusieurs milliers d’affichages de la page d’accueil, je n’ai pas l’information pour les “visiteurs uniques”). Je m’attendais à devoir faire moi-même, pour cette première édition, l’essentiel de la chasse aux informations. Dans les faits, je n’ai pas eu à solliciter directement des membres de CS, et une très grosse moitié a été renseignée par des usagers et usagères qui se sont approprié-e-s le wiki. Dans un ou deux cas, la vitesse avec laquelle cela a été rempli me donne à penser que des membres de CS eux-mêmes (elles-mêmes) ont renseigné des profils. Dans un certain nombre de cas que les lecteurs et lectrices de ce blog pourront facilement identifier sur le wiki philosophie, il reste que nous ne savons toujours pas qui a été auditionné-e, voire le résultat (dont le poste à “super-moustache”). Quand j’ai demandé des renseignements moi-même auprès des services du personnel, je l’ai fait en nom propre ou à partir de l’adresse générique du wiki.

Sur l’expérience elle-même : cela prend du temps, et c’est un paramètre qu’il ne faut pas négliger. Je ne suis pas sûr-e de pouvoir m’en occuper cette année, mais je céderai volontiers les clés à quelqu’un-e d’autre, et d’ailleurs, c’est un wiki, il suffit de se créer un profil pour pouvoir l’éditer ! J’ai eu par deux fois de la “modération” à faire, et dans un cas, une tentative probable d’intox; je l’ai fait dans ce cas de manière transparente, en indiquant sur le wiki que j’avais édité un élément d’information et la raison pour laquelle je l’avais fait.

Plusieurs recommandations:

— La plus importante. Pour les résultats de l’examen des dossiers, c’est-à-dire la liste des auditionné-e-s, je suggère aux comités la chose suivante, qui ne coûterait rien ou presque: le soir de l’audition, plutôt que d’appeler ou de joindre uniquement les heureux élus, il faudrait à mon sens envoyer la liste des auditionné-e-s par mail collectif à tou-te-s les candidat-e-s. On ferait ainsi d’une pierre deux coups (on informe en même temps les auditionné-e-s et les “recalé-e-s”), avec un temps limité (même quand il y a 100 candidat-e-s, entrer toutes les adresses mail, cela ne prend pas plus d’une heure), et c’est bien le moins que l’on puisse faire: cette information a vocation à être publique et c’est une courtoisie minimale à l’égard de celles et ceux qui ont pris le soin d’envoyer un dossier. Ou: plus court encore, on poste la liste des auditionné-e-s sur le site du département qui recrute.

Protéger son anonymat. Il est à mon sens dangereux d’apparaître en nom propre tant que l’on n’est pas titulaire quelque part. Il n’est pas absurde d’ouvrir une deuxième adresse mail/pseudo pour poster sur le wiki ou pour demander des infos aux universités. Aucun risque du côté des inscriptions sur le wiki, mais protégez-vous pour tout ce qui apparaît en clair. Cela peut paraître un peu paranoïaque, mais il ne faut pas oublier que les “recruteurs” et “recruteuses” ne sont que quelques dizaines, un peu plus pour les candidat-e-s, que tout se sait et surtout que toute information postée sur le web y reste à jamais ou presque.

— Il faut demander les rapports d’expertise de dossiers. J’ai fait une demande au président du comité, pour un des postes, et n’ai pas eu de réponse. Pour diverses raisons, qui tiennent au poste et à l’université en question, je n’ai pas insisté, mais c’est un motif d’annulation de l’élection. A ce que je sais, la procédure de collecte des rapports a été faite très sérieusement dans un certain nombre de grandes universités, précisément pour protéger le résultat des élections, il va peut-être devenir plus facile de les consulter (je ne suis pas sûr-e que l’on soit obligé-e de passer par le président du comité).

— Pour le ministère: trouver un meilleur outil que Galaxie. Les alertes pour les profils “au fil de l’eau” ne marchent pas toujours. Pour les usagers: il est prudent de s’inscrire à partir d’une autre adresse que celle que vous utilisez. L’an dernier, il était possible de se faire désinscrire à son insu par quelqu’un qui connaissait votre adresse mail car aucune confirmation de désinscription n’était demandée. Cela a pu changer, mais c’est à vérifier.

— Lorsque l’on est auditionné-e, merci aux comités de penser à renvoyer les dossiers et de ne pas s’en remettre à l’hypothèse que les services du personnel le feront spontanément.

Voilà. D’autres détails me reviendront peut-être par la suite…

Merci !
Au tour, maintenant, de Matthieu Hély d’écrire un “retour sur… le wiki auditions en sociologie”.

Recrutements universitaires (aux USA)

Un bel article dans Inside Higher Ed. (via OrgTheory). J’en retiens de long paragraphes sur les sites qui renseignent les candidats au recrutement (en science politique) :

One change in the hiring process that is clearly frustrating to many graduate directors and search chairs is the popularity of Web sites devoted to the latest news and rumors about the status of searches. These Web sites, found in a number of disciplines, generally rely on anonymous postings. Discussion topics include the general (state of the job market) and specific (what are the areas of focus, beyond those in the job ads) that departments are really looking for. Because this information is typically anonymous, it’s impossible to tell if the “tip” that an international relations search is focused on security issues is accurate. There are also postings on the status of searches, claims about tensions that may make some jobs undesirable, and reports on who has the “inside track” for some openings.

En France, de tels sites de rumeurs n’existent pas (dommage ?…). L’Opération Poste des mathématiciens fonctionne depuis plus d’une dizaine d’années, l’ANCMSP fait la même chose pour les politistes et politologues depuis quelques années, et plus récemment, des wikis ont vus le jour, en sociologie (chez Matthieu Hély de l’ASES) et en philosophie (http://mcfsection17session2009.pbworks.com/). A la différence des Américains, il ne semble pas y avoir, sur les sites français, de grandes opérations de désinformation.
Ce que je prévois de faire, cette année, c’est un site qui, sous la forme d’un questionnaire, permettra aux visiteurs de “deviner” qui sera recruté : j’ai trop souvent entendu “on savait bien que ce serait X”, mais trop souvent après coup.