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Archive for 2006

Les sex-toys…

Je m’amuse à suivre de près ce que l’on pourrait appeler l’actualité des “sex toys” aux Etats-Unis, principalement l’actualité de leur contrôle administratif et judiciaire. Zonage des activités “pour adulte”, interdiction de la vente de certains objets “obscènes”, contrôle policier des sex shops… tout se joue, en grande partie, au niveau local, celui de la commune ou du “County”. Exemples récents :

Porn law heads to vote, Atlanta Journal and Constitution :
[In Georgia, the city of] Sandy Springs will consider adopting its own obscenity law, a move that’s a reaction to the 11th U.S. Circuit Court of Appeals ruling in February that the state’s obscenity law was unconstitutional.
The city’s proposed ordinance would make it unlawful to sell, lend, rent, lease, give or even advertise obscene material. And it provides a list of acts to be defined as obscene, including sex and sex toys.

Dans l’Utah :

Salt Lake Tribune :
Sex shop owner John Haltom won’t back down and he won’t go away.
In 2000, the Nebraska native came to Utah to thumb his nose at the state’s new porn czar. He opened the first of three Dr. John’s Boutiques in Utah, and has been battling city councils and prosecutors ever since.

Dans le Maine, une histoire qui dure depuis le début de l’année 2006 est partiellement conclue :

Sea Coast :
KITTERY, Maine – Amazing.net lost its last-minute attempt to prevent the town from enforcing an ordinance that changes the way the porn shop does business.

En Caroline du Sud, où un député local souhaite interdire les vibromasseurs et a déposé une proposition de loi :

The State :
SPARTANBURG, S.C. – Two adult-oriented businesses have agreed not to sell certain items at their stores and to drop a federal lawsuit against the county in exchange for having some merchandise that was seized during a raid returned.

Socioblogs

Quelques sociologues bloguant :
Barbara Serrano, doctorante de l’EHESS, fait part de son arrivée sur le terrain, au Brésil :

Lorsque j’avais demandé à mon étudiant si son quartier était dangereux, il m’avait répondu “par chez moi c’est tranquille”. En décidant de m’y installer, j’avais oublié trois détails : 1) il a vingt ans ; 2) il est né là ; 3) il n’a jamais vécu ailleurs.

Fabrice Fernandez a un long billet sur “La société de contrôle

Il y a quelques années je fus sollicité avec quelques collègues, sociologues et tous membres d’un laboratoire CNRS, pour participer à un projet de la Cité de l’espace nommé originellement 3001 l’odyssée de l’espace.

Contrebande (que j’ai rencontré rapidement de visu ce matin) proposait, le 22 mai, un “guest-billet”, sur le phénomène de Stein :

J’ai l’impression que la statistique représente souvent pour les sociologues une sorte d’idéal: si seulement on savait bien faire des stats, on serait quand même plus proches de la vérité. C’est peut-être le cas, mais ce qui me gêne, c’est… lire la suite

Sébastien Fath parle de diplodocus et d’extraterrestres :

On a beaucoup écrit récemment, dans les médias, sur ce décalage entre protestants réformés et luthériens d’un côté, et protestants évangéliques de l’autre. À l’occasion des 100 ans de la Fédération Protestante de France, par exemple, ce hiatus entre E.T et le diplodocus est revenu à maintes reprises, avec manifestement une prime médiatique au diplodocus évangélique, qui a occupé à l’époque l’essentiel des colonnes du Monde, du Figaro, et jusqu’à France Soir. Un leitmotiv revient souvent: celui du contraste, perçu parfois comme irréductible, entre E.T et le diplodocus, entre les luthéro-réformés et les évangéliques.

Brainstorming

Je n’arrive pas à savoir si ce site, qui fait un lien vers le mien, est une sorte de canular, ou si c’est une véritable agence de publicité qui jouerait sur le second degré.

Guerres hassidiques

New York Chabad Telethon August 2004La mort récente du Grand Rebbe Moses Teitelbaum, de Williamsburg à Brooklyn, a déclenché une sorte de guerre fratricide entre ses deux héritiers spirituels, ses deux fils Aaron et Zalmen. Teitelbaum était le chef des Satmar, un groupe religieux hassidique “ultra-orthodoxe”, fort d’environ 120 000 fidèles. Aaron avait, depuis une vingtaine d’année, pris la direction de Kyrias Joel, une sorte de théocratie communale située à une centaine de kilomètres de New York. Zalmen était rabbin satmar à Jérusalem.
Depuis la mort de leur père, les deux fils tentent de prendre le contrôle du petit empire social et religieux qui avait été confié à Moses Teitelbaum à la mort de son oncle. Les travaux de Jacques Gutwirth, qui, depuis le début des années 1960, a étudié le Hassidisme (d’abord en Europe, puis sa mondialisation), soulignent la permanence des conflits, parfois violents, entre groupes (Lubavitch, Satmar…) et entre héritiers présomptifs. (Son livre La renaissance du Hassidisme est la synthèse en français). Aaron et Zalmen sont théologiquement très proches l’un de l’autre, même si l’un accepte lesEruvim et pas l’autre.
Cette guerre locale a fortement intéressé les médias américains. Le magazine New York y consacre un long article Hats On, Gloves Off, The War for Hassidic Williamsburg, qui relate les coups de force et les coups tordus entre les deux frères et leurs factions, les Aaronis et les Zalis.
Mais c’est un article un peu plus ancien, d’un magazine juif américain, qui permet de comprendre une des raisons sous-jacentes à la dureté du conflit actuel, en s’intéressant plus spécifiquement à la gentrification, l’embourgeoisement, du quartier de Williamsburg : A Plague On All Your Art Houses [PDF] :

a group of ultra-Orthodox Jews known as Satmar Hasidim (…) are waging an ongoing campaign to stem the tide of gentrification in their Williamsburg neighborhood.
(…)
The Hasidim of Williamsburg, in fact, constitute one of the last urban Jewish communities in America with a large working-class population. It’s these working-class Hasidim who are most threatened by the forces of gentrification, and no one has been more vocal about the changes in the neighborhood.
(…)
The gentrification issue, unfortunately, has also threatened to divide the Hasidic community itself, mostly along economic lines

Mais le centre de l’article de Nathaniel Deutsch porte sur la sanctification de l’espace par les Hassidim : “In their struggle for Williamsburg, though, the Satmar Hasidim are motivated by more than just the need for affordable housing, the fear of losing their jobs, or even a powerful sense of home. For them, Williamsburg has become a holy place, and being forced out of the neighborhood is akin to being exiled yet again.”
La gentrification remet donc en cause la possibilité de se maintenir dans un espace vécu parfois comme le Nouvel Israel (les Satmar sont vigoureusement anti-sionistes).
Enfin, aujourd’hui, un long article du Washington Post, Sons of the Father, revient sur l’hostilité entre les deux frères, mais en s’intéressant moins à la gentrification et plus à l’intérieur de la communauté. La fin de l’article est même centrée sur la vie familiale.

Ô Bousier Géant…

Voici de quoi se méfier de la légitimité de certaines informations trouvées sur internet.
Une Messe en Ré Mineur ? pour le créateur de l’univers, qui concentre entre ses pattes l’entière énergie du mo-on-de ? Et la collection quasi complète des Halogènes insecticides
Tout cela a probablement quelques liens avec le Pays Tarougne et la Société secrète des Lundis de Guiriec… Rappelons qu’à Evieux :

une immense statue en plâtre du Bousier Géant, la divinité qu’adore cette secte, se dresse au dessus du village d’Evieux. On peut même rapporter que les habitants du village entendent parfois des chants rituels et des exclamations émanant de l’ancien sanatorium. Jean-Jean Gras, dit “le Jeannot”, 87 ans, nous a même révélé que les adeptes de la secte se livraient à des sacrifices d’animaux (et peut-être d’humains, a-t-il ajouté) et qu’il avait vu de ses yeux vu la tête d’une vache tarougne (race bovine locale) exposée sur la grand’place du village un matin à 5h. Nous ne pouvons pas nous avancer trop témérairement sur la pente savonneuse des affaires des sectes, mais il paraît évident que celle-ci dérange et bouleverse profondément le milieu paisible et placide où elle s’est implantée.

Le coeur et les marges

Selon les relevés de l’APUR (l’Association parisienne d’urbanisme), il y avait à Paris :

année      2000   2003   2005
sex-shops   118    123    111

Soit une chute brutale de quelques 7% en deux ans… La disparition du petit commerce ?
En étudiant les données de la BD-com (la base de données de l’APUR), on peut constater qu’en l’espace de cinq années, seuls 99 magasins restent en place (au même endroit, sous le même nom) sur les quelques 133 qui ont existé, à un moment où à un autre entre 2000 et 2005. 99 magasins solidement implantés et 34 plus fragiles ?
Mais c’est en fait le coeur qui est attaqué : onze magasins disparaissent de la rue Saint-Denis et des environs (Faubourg Saint-Denis, Bd. Bonne Nouvelle, Bd. Saint-Martin…), quelques uns du boulevard de Clichy.
Et les marges se peuplent : Certains magasins repérés par l’APUR ouvrent à l’extérieur de ces quartiers : Boulevard Magenta, Square Sainte-Croix de la Bretonnerie. Mais globalement, les repéreurs de l’APUR ne considèrent pas comme appartenant à la catégorie un ensemble de magasins ressemblants, de l’extérieur, plus à des magasins de lingerie féminine qu’à ce qui est considéré comme relevant des sex-shops. Les marges sont floues. Ainsi “Yoba”, “Amours, délices et orgues“, “1969”, “Dollhouse“, “Rykiel Woman” échappent à l’oeil classificatoire de l’Association parisienne d’urbanisme (mais pas à celui du Guide Musardine du Paris Sexy).
Ces derniers magasins échapperont-ils à un autre regard taxinomisant, celui de l’administration des finances, qui s’est intéressé de prêt à la taxation des sex-shops. Dans le Code Général des Impôts, il est ainsi précise, à l’article 235 ter MB que :

Le prélèvement spécial prévu à l’article 235 ter L s’applique également aux bénéfices industriels et commerciaux imposables à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés réalisés par les établissements mentionnés au 4° de l’article 279 bis.

Certes, certes… mais encore faut-il expliciter cela.
L’article “235 ter L”, auquel il faut se reporter, précise qu’ “un prélèvement spécial de 33 % est perçu sur la fraction des bénéfices industriels et commerciaux imposables à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu qui résulte de la production, de la distribution ou de la représentation de films pornographiques”
Il semblerait donc à première vue que l’absence de films permette d’échapper à cette taxe.
Mais le quatrième alinéa de l’article 279 bis (auquel l’article 235 ter MB renvoie) déclare lui que le taux réduit de TVA ne s’applique pas

aux prestations de services ainsi qu’aux livraisons de biens réalisées dans les établissements dont l’accès est interdit aux mineurs en raison de leur caractère licencieux ou pornographique, soit en application de l’ordonnance n° 59-28 du 5 janvier 1959 réglementant l’accès des mineurs à certains établissements, soit en vertu des pouvoirs de police que le maire et le représentant de l’Etat dans le département tiennent des articles L 2212-2, L 2212-3 et L 2215-1 du code général des collectivités territoriales.

Le 279bis n’est donc plus basé sur les films, mais sur le “caractère licencieux” des magasins, et, parce qu’il constitue la base du 235terMB, étend probablement la taxe spéciale à ces sex-shops “lingerie”…
Chaque article renvoyant (outre à des articles interne au code des impôts) à des textes de loi, et donc à des débats parlementaires, il m’est pour l’instant assez difficile de comprendre le contexte de la naissance cette surtaxation et les justifications qui ont pu y être attachées. Mais il semble bien que les établissements qui s’interdiraient d’eux-mêmes aux mineurs courent un petit risque de “prélèvement spécial”…

Jurisclasseur pénal

Le Jurisclasseur pénal est une sorte de publication périodique nécessaire aux juristes, qui les tient au courant des évolutions permanentes du droit. Ce sont des “feuillets” réunis dans un volume. Et c’est la compagnie LexisNexis qui s’occupe de la distribution des feuillets, de manière directe : un employé de LexisNexis vient physiquement dans les bibliothèques apporter le nouveau feuillet et enlever l’ancien feuillet correspondant.
Ce qui fait que les bibliothèques sont bien up to date, mais que le sociologue ou l’historien du droit se retrouve confronté à une absence totale de profondeur historique (profondeur qui doit dormir dans les entrepôts de LexisNexis). Le Jurisclasseur est bien disponible en version électronique, mais ce ne sont que les dernières années qui le sont.
Le centre du droit parisien, Cujas, n’a ainsi aucune collection patrimoniale de Jurisclasseurs. Pire, la Bibliothèque nationale : il y a bien une sorte de collection de feuillets (non classée, à peine cataloguée, sans certitude d’exhaustivité), mais elle est considérée comme “amiantée”, donc indisponible pour les cinq à dix prochaines années, en attendant un désamiantage prévu.
Où trouver alors un Jurisclasseur ancien, mais récent ? 1991 me suffirait !

Varia

La fin de l’année scolaire est un peu chargée, et le blog est réduit à la portion congrue.
Juste deux photos sans rapport aucun entre elles, en attendant le retour de textes écrits :

Le Lapin anti-pub
Le Lapin anti-pub du métro

Un concert ?
Une conférence ? (très masculine)

L’Erouv de Saint-Brice

Un article d’une Agence de presse israélienne datée du 15 janvier 2006 attira récemment mon regard :
Une première en France : Un « Erouv » bientôt installé à Saint Brice !

à l’instar de Philadelphie dont le Maire John Street a signé l’accord pour que sa ville ait son propre « Erouv », une petite localité de la banlieue Nord de Paris, située entre Sarcelles-le- village et Montmorency, un petit bourg d’environ 13 000 habitants dénommé Saint Brice vient, par la voix de son Maire Alain Lorrand, d’accepter l’installation d’un « Erouv » dans la ville.
[…]
Cet évènement exceptionnel et unique en France, est dû à l’obstination d’un Président de Communauté, François Sitruk, de son rabbin Joseph Touitou et de son équipe, qui mettent tout en œuvre pour réaliser les objectifs qu’ils se sont fixés.

Qu’est-ce qu’un érouv (parfois translittéré érouve) ? C’est un un dispositif talmudique qui permet de transformer un espace public en extension d’un espace privé où il est permis aux juifs orthodoxes de porter certaines choses (clefs, livres…) ou d’utiliser certains objets (fauteuil roulant…). A New York et à Montreal, et ailleurs aussi, l’installation d’érouvim a causé de nombreuses polémiques : voir ce billet, et cet autre billet.

Assez rapidement, la presse locale (notamment La Gazette du Val d’Oise) mentionne cette innovation (il n’y a pas d’érouvim urbains en France à part à Strasbourg). Le Parisien, dans son édition du Val d’Oise, mentionne aussi ce qui devient rapidement une affaire :

La ville entourée d’un fil pour le shabbat ?
Emeline Cazi
ET SI Saint-Brice était ceint d’un fil de nylon pour faciliter la vie des familles juives le jour du shabbat ? La communauté juive de la ville envisage sérieusement la question. […] Une mère d’enfant en bas âge reste chez elle faute de pouvoir pousser le landau. Tendre un fil de pêche autour de la commune pour créer un « erouv » (du nom de l’espace clos ainsi formé) permettrait aux juifs de se retrouver dans un domaine privé et donc de circuler librement. « Il n’est pas question de créer un ghetto ou d’élever une muraille autour de la ville, précise d’emblée François Sitruk, président de la communauté juive de Saint-Brice et premier vice-président du consistoire, mais de tirer un fil entre les poteaux électriques. »
Les autorités religieuses se penchent sérieusement sur le sujet.
Rien n’est fait, rien ne sera peut-être jamais fait mais la question est soulevée et les autorités religieuses se penchent sérieusement sur le sujet. Pas plus tard que la semaine dernière, deux grands rabbins du tribunal rabbinique parcouraient Saint-Brice pour en étudier la faisabilité. François Sitruk et le rabbin Touitou attendent l’avis du rabbinat avant d’en faire la demande officielle au maire.
[…]
« Mais c’est loin d’être fait, tempère le maire, Alain Lorand. La question m’a été posée au cours d’une discussion privée. J’ai répondu pourquoi pas si cela peut faciliter la vie des familles. Mais vu les débats que cela suscite… » Les réactions sur Internet sont vives, les propos parfois virulents. Les uns criant au scandale, les autres répliquant « qu’après tout cela ne dérange personne ».
[…]
De l’autre côté de la nationale, à Sarcelles, là où vit l’une des plus importantes communautés juives d’Ile-de-France, on observe l’avancée du dossier avec attention. Car certains imaginent déjà un « erouv » autour du Grand Ensemble.

Le site antireligieux atheisme.org s’en fait l’écho :

maginons une microsociété où une des règles de vie consiste, certains jours, à ne pas transporter des objets depuis son domicile vers le domicile public ou l’inverse. Interdit, c’est comme ça et on ne discute pas. La mesure est, on le comprend bien, fort handicapante et certains plus malins que d’autres ont, avec une autorité empreinte d’un mysticisme obscur, inventé un stratagème pour s’en affranchir : il suffit de délimiter un espace avec des poteaux d’au moins quarante centimètres et de les relier, à leur sommet, par un fil métallique.

On remarque assez facilement l’embarras des atheistes.orgs, qui considèrent apparemment que “Saint Brice” est OK, mais qui considèrent l’érouv non pas comme un affaiblissement religieux, mais comme un redoublement pervers de la croyance. Au contraire, des Juifs très orthodoxes vont pouvoir considérer l’érouv comme un affaiblissement impossible des contraintes de vie réglée que demande la Halakha (c’est ce qu’on observe à New York notamment, où le principal conflit est inter-juif, entre les partisans d’érouvims synagogaux et leurs opposants).

Des athées militants, l’on passe rapidement, sur internet, à des sites de presse alternative mais aussi à un site pas vraiment philo-juif (http://quibla.net/protocoles2006/protocoles-erouv.htm), qui, dans une rubrique intitulée les “Protocoles des Fous de Sion” déclare qu’ “une muncipalité française du Val d’Oise (département 95) vient de déclarer que son territoire est sous Erouv : désormais les 13 000 habitants vivent sous une loi juive, alors qu’il n’y a que 700 familles juives dans la commune. Et la laïcité, dans tout ça ? Imaginons un peu la réaction que susciterait une décision de proclamer une commune française comme appartenant à Dar El islam !”

Face à cela, et probablement à d’autres prises de parole, le maire de Saint-Brice s’oppose finalement à l’érection de l’érouv local (en ouverture d’un conseil municipal) :

Mr le Maire tient à faire une déclaration concernant le Erouv qui a fait l’objet d’un article dans la presse avant d’aborder l’ordre du jour du conseil municipal. Il tient à démentir les propos du journaliste qui s’était avancé à dire qu’un Erouv serait installé à Saint Brice. Il explique historiquement que, dans la religion juive, des remparts (Erouv) entouraient les villes de l’antiquité. Dans le cas présent, un fil qui entourerait une ville rendrait l’espace qui est à l’intérieur clos, par conséquent permettrait aux personnes de la communauté juive de circuler librement, et notamment de porter les enfants durant Shabbat. Etant donné les problèmes communautaires actuels, le Maire déclare qu’il n’y aura pas de Erouv à Saint Brice.
source : http://www.saintbrice95.fr/ville/archives/2006/cr230206.pdf

Et dans le journal municipal, intitulé Saint-Brice, d’avril 2006, l’on peut lire :

Le maire vous informe
Lors du dernier Conseil Municipal, j’ai précisé sans équivoque qu’il n’y aurait pas de érouv (fil entourant la ville) à Saint-Brice.
Le Maire.

La journaliste Emeline Cazi, dans Le Parisien du 4 mars 2006, conclue alors l’affaire :

au vu des mails reçus, des courriers d’habitants menaçant de déménager, le maire [Alain Lorand] a coupé court à toute discussion. Hostile « à toute zizanie et aux guerres de clans », François Sitruk [“président de la communauté juive”] regrette la tournure prise par le débat. « On ne cherchait pas à gêner qui que ce soit, répète-t-il. Qui aurait été gêné par un fil de nylon accroché aux poteaux électriques, à la même hauteur que les fils de téléphone ? » Il l’avait annoncé dès le début, il s’en tiendra « à l’avis des élus de la République ».

M. Sitruk devait d’autant plus s’en tenir à la décision des autorités civiles que la validité (religieuse) d’un erouv repose sur l’accord des autorités (séculières), et qu’un acte officiel est nécessaire. (Voici un exemple d’acte officiel, la proclamation (sans valeur juridique) du président d’un comté américain autorisant la construction d’un eruv autour de l’université du Maryland.

L’érouv de Saint-Brice est donc la première affaire récente et signale, sans doute, une volonté de visibilité publique plus grande de la part, sinon d’une communauté dans son entier, du moins de certains leaders. Il y avait des érouvim [à vérifier toutefois, je ne m’appuie pas sur des sources sûres] dans les grandes villes françaises, et notamment Paris, avant la Seconde Guerre mondiale et la collaboration des autorités françaises avec le régime nazi. L’érection de nouveaux érouvim pourrait donc être comprise comme une sorte de retour à un ordre républicain (déjà en régime de séparation). Mais je doute que ce soit de cette manière que seront comprises les futures tentatives d’érouvisation.
Ces tentatives seront très intéressantes à suivre. Non seulement parce que les polémiques sont de beaux objets sociologiques, mais aussi parce que les frontières des érouvim permettent une sorte de visualisation des frontières que se donne une communauté religieuse. Comme ici cet erouv du Queens (un quartier de New York) :

L’erouv est signalé en orange.

Sur Saint Brice, le saint et évêque, voir Wikipedia.

Espaces Temps (point net)

Après avoir commis, il y a un peu moins de deux ans, un petit article sur mon dispositif talmudique préféré, l’érouv, c’est une petite, toute petite réflexion sur l’usage des cartes dans les travaux d’histoire des communautés gays américaines qui est e-publié.