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Archive for 2008

En courant…

Une page de publicité :
Je suis heureux de voir la sortie du manuel que j’ai écrit avec Céline Béraud, Les courants contemporains de la sociologie, aux Presses universitaires de France, dans une nouvelle collection, “Licence”. Il est dès maintenant dans la plupart des librairies. Il fut un temps, quand j’étais jeune, où les PUF avaient une collection, “Premier Cycle” dont la couverture était faite d’une photo très peu flatteuse de l’auteur sur fond blanc. Le Béraud-Coulmont n’est pas dans cette collection. Ouf !
Plus d’informations ici sur mon site, ou plus loin, sur le site www.licence.puf.com. (J’en reparlerai, un peu plus tard, ici même.)

*

Deuxième page de publicité : Godes’ Story est un livre illustré sur l’histoire des “sex toys”, pour lequel j’ai été interviewé. Ce n’est pas un ouvrage académique : il est richement illustré (notamment par la collection de godemichets de la Brigade mondaine) et présente les activités de quelques commerces français, mais aussi des interviews de Rachel P. Maines, Sandra Boehringer et Agnès Giard. En bonus : un DVD, la version doublée en français de “Passion and Power, The Technology of Orgasm“.

Why blog ?

On me demande pourquoi j’ai un blog… et on ne me le demande pas qu’une fois : André Gunthert s’associe à Timothée Poisot.
Allons-y donc… (avec une certaine réticence… et en répondant un peu à côté)
Historique : J’ai un site internet depuis fin 1995, qui a contenu des nouvelles policières non publiées et pourtant formidables, des exposés, puis mes premiers articles et d’autres textes. En 2001 et 2002, alors que je mettais de plus en plus souvent mon site à jour, j’ai découvert les blogs de Kieran Healy et celui de Andrew Sullivan. En juillet 2003, après quelques semaines d’expérimentations, j’ai ajouté une section “blog” au site, c’était plus simple que de rédiger en HTML et transférer par FTP…
Raisons : Je ne sais plus pour quelles raisons j’ai ouvert un blog, ni dans quel but. Mais à l’origine, le “blog” n’était pas perçu (de l’extérieur) comme un outil lié à la recherche ou à la vie académique. Quand mon site a été référencé par liens-socio, voici comment il le fut (et comment il l’est toujours) : “Sur son site, vous trouverez un certain nombre d’articles portant sur les relations entre religion, mariage et homosexualité. Et depuis peu, son “blog”, journal personnel en ligne…
En fait, il y a eu très peu de journal personnel, et surtout du journal de recherche (même si les premiers mois montrent rétrospectivement une voix qui se cherche). Très peu de compte-rendus de lecture, mais des morceaux de réflexion.

Problèmes : Aucuns. Je n’ai jamais entendu d’échos négatifs [d’autres s’interrogent sur les conséquences sur la carrière]. Depuis la mise en place du “wiki-auditions“, c’est un peu différent : cette initiative (qui n’est pas un blog) est plus connue, et je rencontre des personnes qui lisent le blog mais que je ne connais pas. J’entends aussi quelques échos…
Le principal problème “en ligne” aurait pu venir des commentaires. Ma politique n’est pas de modérer, mais d’effacer rapidement les commentaires qui ne me plaisent pas, et de fermer le formulaire de commentaire quand le billet devient utilisé à des fins autres. La discussion a les limites que je lui fixe.
L’empilement antichronologique des billets m’a profondément gêné : j’en comprends l’utilité pour une lecture quotidienne (le dernier billet s’affiche en haut)… Mais une fois l’actualité passée, les billets doivent se lire dans l’ordre chronologique. Les Archives mensuelles et annuelles du blog sont donc publiées dans l’ordre chronologique, ce qui permet, sur certains thèmes, de suivre le déroulement de la recherche ou de la réflexion. De même les archives de L’Affaire Olesniak sont présentées dans l’ordre de l’écriture.

Autre idée : J’ai démarré sans ligne directrice, mais à partir de juin/juillet 2004, ce que j’écris devient plus long, et s’oriente vers le journal de recherche, qui continue jusqu’aujourd’hui. Mes dadas ont peu changé en cinq ans : la sociologie des prénoms (le premier billet public était sur ce thème), l’objectivation spatiale des activités religieuses (si si…), le commerce pornographique. L’abandon progressif du thème central de ma thèse est lié à une profonde lassitude (qui a pris la suite d’un enthousiasme de trois ans).

Ce qui me pousse à écrire aujourd’hui sous le mode du “blog” ? C’est principalement pour stabiliser des morceaux de pensée, que de toute manière je doit stabiliser par écrit avant toute rédaction finale. Accessoirement, c’est pour diffuser certaines informations (comme l’immonde saleté des toilettes du bâtiment B de Paris 8).

La question de l’autocensure : c’est la plus difficile à gérer. Jean-Louis Fabiani est parfois confronté aux conséquences de certaines publications.

Conclusions : Je n’ai pas du tout apprécié écrire ce billet : je n’ai pas de théorie de ma pratique. Cela sera peut-être différent pour de plus jeunes sociologues. Un manuel tout récent de Serge Paugam, La pratique de la sociologie consacre quelques pages aux blogs de sociologues dans l’espace des publications. Je pense que dans quelques années, la question sera abordée lors des séminaires “pratiques” (“comment rédiger une demande de financement”, “faut-il avoir un blog”, “qu’est-ce qu’un bon CV”…) ou de lecture de textes (un bon exercice en master1 : comparer un article scientifique, un billet de blog et une tribune libre dans Le Monde, du même auteur, sur le même thème).

Et pour reconclure : Les théories de la pratique sont toutes référencées chez Tom Roud, sur la Why Blog Meme Page.
Il faut donner quelques noms pour que la chaîne continue. Prenons un sociologue de la politique Joël Gombin, un sociologue des loisirs Damien Babet et un sociologue de l’espace Romain j. Garcier.

Etre étudiante à Paris 8

Comme chaque année, un petit tour d’horizon.

mise à jour (19 septembre)
Decasia a visité l’université en août et parle d’une “étrange contradiction entre les slogans gauchistes, les graffitis colorés et l’architecture ultra-sécuritaire : caméras espion, fil barbelé et tout…” :

I went to visit one of my possible fieldsites this summer, the University of Paris VIII Vincennes-St.-Denis, only to find it closed and locked for August vacations. (…)There were an odd contradiction between the leftist slogans and signs and the colorful student graffiti, and the security-laden architecture – security cameras, barbed wire and all

mise à jour (28 septembre)
Le Gourou Latex écrit :

Ma fac est a Saint Denis, c’est paris VIII. C’est une fac d’art et quand on voit la ville on comprend pas. Puis on voit la fac, et on se dit qu’elle en a vu, tu vois?
Le truc c’est que a seine saint denis, c’est pas trés hype comme département.
Sa me rappelle une fois, jétait dans le métro, je repartais chez moi, et il y a eu ses 4 jeunes avec des mots tout moche qui sortait de leur bouche a l’infini. Tout le monde les regardaient, parce qu’ils parlaient mal. Ils devaient avoir une 15aine d’années.

Et Misa écrit :

Franchement y’a des jours où il vaudrait mieux ne pas se lever.
Si on passe outre les problèmes personnels qui font détester les salades.
On peut difficilement passer à coté de sa licence. Et pourtant.
Dans ma super fac de merde. Et je le dis bien haut et fort. On se fout des étudiants qui ont une vie et qui ne campent pas sur la fac.

Mélodie à Paris écrit :

côté organisation des salles c’est mal foutu..on a pas mal tourné en rond Théo et moi. (…)Il semble me rester une seule étape a l’inscription, mais la [secrétaire] semblait avoir perdue mon dossier….pas cool!

Fanny, étudiante de Paris 8 qui est en ce moment au Brésil, compare les bureaux des relations internationales :

on a du aller aux relations internationales de notre fac pour l’inscription, voyant qu’on cherchait un appartement, qu’on galérait un peu, (…) et ça n’a posé aucunes problèmes…
Ça nous a vraiment surpris, parce que connaissant le bureau des relations internationales de Paris 8, ça ne serait certainement arrivé :D !

Nol, étudiante de Paris 8 en échange à New York, écrit :

En parlant des cours, je ne pensais pas que ça allait être aussi intéréssant, en particulier les cours de scénario… Paris 8 c’est de la gnognotte à côté! J’ais déjà 4 ou 5 bouquins à lire (qui m’ont coûté les yeux de la tête) et des tones de films à voir, mais quand on analyse un épisode de WEEDS en classe ou qu’on étudie Gladiator, on se plaint pas!

Richard Ying rentre en master. Verdict :

Malgré un rendez-vous à 9h, la responsable de filière n’est arrivée qu’à 10h45.

mise à jour du 11 octobre
Sandra, “assistante-éducation” écrit :

Moi qui n’avais jamais mis les pieds dans une fac, j’ai été servie en profs doctorant, écrivains ou encore directeur de labo de recherche! Enfin que des têtes quoi! Je me suis sentie toute petite face à eux.

mise à jour du 13 octobre
Merle Noir écrit :

a y est, j’ai fais ma rentrée à Paris 8. La fac est pas mal (bien qu’à 1h de métro de chez moi…c’est long…), le programme de mon Master est passionnant et mes “camarades” sont tous très sympa.
Tout va donc pour le mieux, sauf que j’avais besoin d’un sac pour aller en cours.

fin des mises à jour

Trois petits points (le blog a déjà disparu…)

M’enfin la journée d’hier a été assez fournie en péripéties xD Départ a Paris a 8h05 arrivée donc 30minutes après, avec Gabriel on s’dirige vers l’métro 13 et la …WAHOUU v’la l’monde >>” et j’ai même vu en chair et en os les agents de la RATP avec leur gilet orange fermer les portes du métro comme Gabriel m’avait raconter ..Youpi ça va être la joie tous les matins XD

Minnilena :

Je suis aussi en train de planifier ma futur annee scolaire. et oui je retourne a la fac!! ohoh, finalement apres avoir deserte les bancs pendant 2ans, je me suis incruste dans un master pro de creation numerique. Les cours ont l’air allechants, prometteurs mm. Alors haut les coeurs, motivons nous, motivons nous!!

Devonie à Paris :

i was able to enroll in all of the classes i wanted: a french cinéma class, a french theatre survey course, a class on media called “the word and the image,” and a class at l’université paris VIII on gender and sexuality (some of the reading will be in english!)

Une comparaison : Clémence :

Comme quoi, une fois passées les cérémonies en robe de satin et les banquets, il y a un côté très Paris 8 à Brown! (Ces “poses” militantes se traduisent toutefois moins concrètement qu’à Saint-Denis : ici, on ne fait pas la grève pour défendre les étudiants sans-papiers, on paye 40 000 dollars l’année et on cultive un jardin bio pour faire pression sur l’administration).

Caroline in Paris :

having that time slot on Tuesday’s now available leaves more opportunity to take a class at the University of Paris with other French students. I’m hoping to take either a music history class at the Sorbonne or a composition class at Paris 8. We’ll see how that goes.

En connaissez-vous d’autres ? Do you know any other student blog ?

Previously :
200720062005une liste plein de blogs morts

Grandes croisades à Paris :
Pasteurs, Prophètes et Apôtres africains

Château Rouge, à Paris (XVIIIe arr.), une centaine de mètres au nord de Barbès, est un quartier “africain” : quartier de résidence, et surtout quartier de commerce. Les commerces ethniques et les opérations de rénovation urbaine ont été étudiés à plusieurs reprises par des collègues sociologues, urbanistes ou anthropologues, et leurs travaux donnent d’intéressantes informations sur le contexte.

Mais ce qui peut frapper certains observateurs, lors d’un passage à Château Rouge, c’est la multitude d’affiches et de posters pour des “croisades”, des “prophètes” et des “miracles”. Dans l’espace délimité par quelques rues les publicités religieuses pour des églises africaines recouvrent les murs aveugles et les barrières de chantiers.
Sébastien Fath s’était déjà penché dessus, dans une série de photos intitulées Eglises africaines à Château Rouge, et je prends ici sa succession.

Ce que révèle la présence de ces affiches, c’est d’abord l’existence d’églises protestantes (évangéliques, pentecôtistes, indépendantes…) ou situées sur les franges extérieures du protestantisme, églises “africaines”, présentes en France, et intensément occupées à évangéliser. Eglises “noires” ou églises “africaines” ? Comme les églises antillaises ne seront pas abordées ici, je parlerai d’églises africaines (je ne sais d’ailleurs pas si le livre de Pap Ndiaye, La condition noire aborde les questions religieuses).

“Un fait majeur des mutations religieuses récentes”
Le foisonnement d’églises protestantes “d’expression africaine” dans la région parisienne est connu des sociologues des religions, mais n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’enquêtes spécifiques (si ce n’est aux frontières de la discipline, où intérêts pastoraux et intérêts scientifiques se croisent). Pourtant, une thèse sur ce sujet, qui mêle questions d’urbanisme (on va le voir), questions religieuses et le thème omniprésent du racisme et de la discrimination… une thèse sur le sujet aurait de grandes chances de trouver des financements [par exemple avec cette bourse]

C’est donc encore vers Sébastien Fath que l’on va se tourner : il fournit, dans quelques articles et dans une dizaines de pages fort synthétiques (dans Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005)) un point d’entrée vers les dimensions sociologique du phénomène. Il écrit notamment, au sujet des “nombreuses Eglises africaines qui se sont développées depuis trente-cinq ans”, que “leur identité ethnique dresse parfois une frontière presque étanche avec l’univers religieux environnant. Généralement de type charismatique, elles opèrent suivant un régime d’oralité, porté par des pasteurs-prophètes qui revendiquent une expertise thérapeutique. Opérant bien souvent en large indépendance par rapport aux réseaux évangéliques déjà constitués, elles posent un vrai défi à l’observateur. Comment les repérer et les étudier?
Posons ici que la vingtaine d’affiches recueillies peut constituer une porte d’entrée vers un repérage et une étude. Cette méthode d’objectivation a une portée limitée, mais elle a un intérêt : photographier les affiches religieuses de Château-Rouge pendant une longue période (un an serait un minimum, pour avoir une idée des variations saisonnières) construirait des données uniformes. L’on passerait à côté des églises qui s’appuient sur des réseaux tribaux ou familiaux et qui ne font pas de publicité. L’on passerait aussi à côté des plus petites entreprises religieuses (même si des “demi-A4” sont aussi affichés qui ne réclament pas beaucoup d’investissement).
Que voit-on si l’on lit ces affiches ?

Des indices d’une répartition inégale des capitaux
Qualité de la mise en page, taille et qualité du papier ou des photos donnent un indice, peut-être, de la richesse matérielle de l’église en question. Mention d’un site internet… Mais la fréquence des fautes d’orthographe est beaucoup plus discriminante et fournit un indice objectif (même si leur calcul oblige à un travail lent et peu agréable). L’absence de faute d’orthographe serait compris comme l’indication qu’un groupe au capital culturel plus élevé a contribué à l’affiche.

Une géographie des lieux de culte
Les affiches sont à Château-Rouge, mais les lieux de culte sont ailleurs. Un seul se trouve, rue Doudeauville, dans une salle de sport. Tous les autres se trouvent en banlieue. La carte ci-dessous (merci google maps !) montre la répartition spatiale des lieux de cultes mentionnés sur une petite trentaine d’affiches différentes :


Voir la carte plus détaillée

Les assemblées se tiennent en banlieue, mais pas n’importe où en banlieue. J’ai ici colorié en rouge la zone dans laquelle je m’attends à trouver d’autres lieux de cultes (lors de mes prochaines récoltes d’affiches).
– c’est dans les banlieues populaires et à forte présence immigrée que se réunissent ces églises : Saint Denis, Bobigny, Montreuil, etc…
– c’est souvent dans des zones industrielles, ou, Plaine Saint-Denis, dans des centres de réunion. L’Espace Labriche le dit explicitement : “Salles pour Cultes”. Ces églises sont jeunes, n’ont pas encore construit ou acheté leurs bâtiments : elles louent une salle pour quelques heures.
– Quand elles possèdent leurs bâtiments, ou qu’elles louent, depuis longtemps, une salle, cela peut donner lieu à des conflits locaux, comme à Montreuil en 2005 : le maire avait interrompu des cultes évangéliques [voir par exemple : “Montreuil: un pasteur dénonce une autre intervention du maire en plein culte”, Agence France Presse, 11/02/2005 ; “La Fédération protestante de France annonce le dépôt d’une plainte contre le maire de Montreuil”, Associated Press, 20/07/2005]

Les affiches se trouvent dans Paris intra muros et les lieux de culte en banlieue : l’idée se renforce que Château Rouge constitue un “hub” (un centre connecteur de différents réseaux), un lieu parcouru par des personnes des différentes villes de banlieue. Afficher à Château-Rouge, c’est espérer toucher toutes celles et tous ceux qui viennent y travailler ou y acheter.
Dans ce quartier (Château-Rouge / La Goutte d’Or), 36% des habitants sont nés à l’étranger (c’est le double de la proportion parisienne), et, depuis une vingtaine d’années, la multiplication de commerces africains en a fait — pour reprendre le titre d’un article — « une centralité africaine à Paris ». C’est la conséquence d’une augmentation de la population africaine à Paris, mais aussi en banlieue : Château-Rouge est un lieu de passage, où se retrouvent, pour acheter et vendre, des résidants de la petite ou grande couronne. Château Rouge, pour certains guides touristiques, c’est l’Afrique à Paris : “For the price of a subway ticket you are transported in the heart of Africa“.
Sophie Bouly de Lesdain le souligne : après les Maghrébins et les Asiatiques, “au cours des années quatre-vingt-dix, les Africains du sud du Sahara sont passés de l’autre côté de la caisse enregistreuse” (“Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99, aussi sur HAL-SHS.) De clients ils sont devenus commerçants.
Ces commerçants résident le plus souvent en banlieue : ils viennent travailler à Château-Rouge. Une partie des clients aussi (parfois même de plus loin) : le quartier devient un lieu de rencontre, de sociabilité. C’est ainsi que l’on peut comprendre comment “les associations ethniques liées à des communautés marchandes urbaines [contribuent] à fonder au centre de leur activité un espace religieux” (comme l’écrit Vasoodeven Vuddamalay dans un article des Annales de la Recherche Urbaine).

Pasteurs et institutions
Ces églises évangéliques africaines sont faiblement structurées : les pasteurs-prophètes sont souvent indépendants et les affiches mettent en scène l’autonomie. Il existe bien une “Communauté des Eglises Africaines en France” (CEAF, www.ceaf.fr) qui rassemble une quarantaine d’assemblées locales et qui tente de mettre de l’ordre, en insistant sur la formation théologique. Mais aucune des églises mentionnées dans les affiches recueillies ne semble en faire partie.
Une partie des pasteurs est constituée d’itinérants : en les cherchant sur internet, on les trouve prêcher à Bruxelles, Aix La Chapelle ou en Afrique. Les affiches mentionnent souvent leur origine nationale : le “Prophète Ithiel Dossou” est du Bénin, le “Rev DR Samuel Osaghae” est du Nigeria, l'”Evêque Pascal Mukuna” est de Kinshasa, et

L’Evangéliste Kiziamina est un serviteur de Dieu de renommé internationnal avec des dons particuliers des Miracles et Paroles de connaissance et prphétique, est également député en RDC [République démocratique du Congo]

Mais les origines sont aussi européennes : plusieurs affiches mentionnent des réunions de pasteurs venus de Belgique, de Hollande ou d’Allemagne. Sébastien Fath l’écrit : il faut comprendre la Plaine Saint Denis comme un espace religieux européen.

On peut estimer, à partir des affiches, l’âge des pasteurs : les cheveux blancs sont très rares. Il me semble que tous (sauf un) ont moins de 45 ou 50 ans. Les affiches sont peut-être le moyen utilisé par des pasteurs ayant commencé à étendre leur surface et leur réputation, mais dont la renommée a encore besoin du soutien d’une campagne.

Les femmes jouent un rôle mineur dans les affiches. Numériquement, elles ne représentent qu’une petite minorité des personnages photographiés. Symboliquement, elles sont épouses et accompagnent l’oeuvre de leur mari, même si leur accès au divin est similaire :
Jocelyne Goma est présentée ainsi sur le site internet de son église (qu’elle partage avec son mari) : “A l’âge de 20 ans, Jocelyne vit une expérience extraordinaire. A son domicile, un ange la visite et lui ordonne de se tourner en pureté et en vérité vers Jésus-Christ.
Rôle mineur, mais surtout, rôle banalisé. Le protestantisme évangélique n’est pas monosexe. La “Conférence des femmes” du CRC illustre cela (affiche non reproduite), ainsi que la présence de “Soeurs”, d’une pasteure ou d’une “maman présidente” dans d’autres affiches.

Il devient aussi possible d’estimer, à partir des titres revendiqués par les personnes photographiées sur les affiches, le type de charisme revendiqué (ainsi que la place dans une hiérarchie). Certains se présentent comme “Evêques”, c’est à dire comme des supérieurs hiérarchiques garants de la vérité de par la place qu’ils détiennent dans l’institution : leurs subalternes détiennent un “charisme de fonction”. D’autres se présentent comme “DR” ou “Dr”, docteurs, garants — car théologiens — de la vérité du message. Jean-Paul Willaime parle de “charisme idéologique” pour décrire le type de charisme disponible dans ce cadre où prime l’orthodoxie de la prédication (pour en savoir plus, lire son Sociologie du protestantisme en collection Que-Sais-Je-?) . D’autres, enfin et plus souvent, se présentent en tant que “prophètes”, interfaces entre Dieu faiseur de miracles et les hommes : l’indice pointe, ici, vers une église pentecôtiste.
La place sur l’affiche : en haut / en bas — dans un cartouche ou non ; la taille relative des têtes… donne une idée de la taille des personnes dans la “cité de l’inspiration” (pour boltanskiser un peu) : seul, en couple, en trio, muni de titres ou non, les personnages n’ont pas le même rôle ni le même poids. Les affiches sont peuplées d’un petit personnel religieux : chanteurs, “soeurs”, “frères” qu’il ne faudrait pas oublier.

Quels “produits” ?
Les “produits” proposés par ces entreprises religieuses montrent une “aptitude paradoxale à concilier individualisme et discours théocentré” (là encore, Fath, “Les protestants évangéliques français”, Etudes, 2005-4, p.351-361, disponible sur cairn.info). Cette aptitude se perçoit dans l’Evangile de la prospérité promu par certaines églises. La CRC écrit : “De nombreux chrétiens croient que leur bénédiction consiste à occuper un simple poste au sein d’une société, alors qu’en réalité, Dieu veut propulser au rang de Chef d’entreprise la plupart d’entre eux.
Des liens sont établis entre salut et santé physique : “L’Evangéliste Kiziamina” demande sur une affiche : “Amenez des malades, aveugles, possedés des esprits malins, … pour expérimenter la puissance du nom de Jésus-chrit dans nos vies“.
La pasteure Françoise Vangu (Flamme de Feu, une église récente de l’Entente congolaise des œuvres chrétiennes) organise une journée “Spéciale rentrée scolaire”.
D’autres proposent “délivrance”, “gloire, victoire et succès, guérisons et miracles”, mais toujours au nom de Jésus, et en provenance de Dieu (par l’intermédiaire du pasteur-prophète)

Prenons un peu de recul avec cette offre symbolique, et penchons-nous sur la forme des réunions religieuses, le cadre général. L’on remarque qu’il ne s’agit pas, dans ces affiches, des cultes hebdomadaires habituels. Les différentes affiches oscillent entre deux pôles. Les “croisades d’évangélisation” souvent mentionnées dans ces affiches sont la réunion de deux choses : la “croisade” d’un côté, une période d’activité intense, mais une période éphémère ; l’évangélisation de l’autre, qui a pour but ultime un changement d’identité, la conversion. Ce sont presque les deux types de religiosité mentionnés par Danièle Hervieu-Léger dans “Le Pèlerin et le converti

Elle y opposait la religiosité catholique du début du XXe siècle (celle qui avait en son centre la figure du pratiquant) à la religiosité contemporaine structurée autour de deux pôles : celle du
pèlerin (activité intense, mais pendant un temps donné), celle du converti (changement de vie, nouvelle identité…).

Pas seulement des “croisades d’évangélisation” – on y trouve aussi des propositions culturelles plus larges. Un pasteur propose ainsi une “conférence-débat” :

Grande conférence débat : La malédiction des Noirs, Mythe, Manipulation ou Réalité
Des siècles d’eslavages, des décennies de colonisation et d’apartheid, des populations entières qui croupissent sous le joug de la misère économique, des foyers de tension présents un peu partout sur le continent africain, l’Homme Noir semble condamné à être à la traîne.

Le point de départ est biblique (la malédiction de Cham), mais il semble qu’un agenda autre est proposé ici : pas un miracle ou une guérison, mais une édification par la “prise de conscience” d’une discrimination structurelle.

En étudiant les “itinéraires des églises évangéliques ethniques au sein de la société française”, Sébastien Fath distingue les “niches communautaires”, les “lieux d’intégration” et les “communautés transitionnelles”. Je ne suis pas certain de réussir à utiliser ces distinctions pour donner du sens à ces affiches. Mais certaines d’entre elles, c’est indéniable, jouent avec les symboles de la République : le “Bleu Blanc Rouge” me semble être utilisé bien trop souvent pour n’être que le résultat du hasard. De là à penser que ce qui se montre sur les affiches est — par clin d’oeil — une annonce de ce qui se joue dans les assemblées ou les églises, c’est un pas que je ne franchirai pas : les études ethnographiques sont sur ce point nécessaires.

En conclusion
J’ai essayé ici de me servir d’une série d’affiches recueillies au cours des trois dernières semaines comme données pour un premier travail d’objectivation. Il est trop tentant d’utiliser ces affiches comme simple illustration, en laissant de côté ce qu’elles disent (parfois malgré elles). Le va-et-vient entre les quelques textes sur les églises d’expression africaines et ces affiches me laisse penser qu’elles peuvent constituer le matériaux d’une petite recherche sociologique. Alain Chenu n’a-t-il pas, à partir d’un magazine, publié cette année dans la Revue française de sociologie une “Sociologie des couvertures de Paris-Match“.

Pour aller plus loin
Fath, Sébastien. Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Genève, Labor et Fides, 2005
Fath, Sébastien. Les protestants évangéliques français, la corde raide d’un militantisme sans frontière, Etudes, 2005-4, 351-361
Bouly de Lesdain, Sophie. “Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99
Vuddamalay, Vasoodeven. “Commerces ethniques et espaces religieux dans la grande ville (PDF)“, Annales de la recherche urbaine, 2004, n°96
Entretien avec l’historien Afe Adogame, Religioscope
Fancello, Sandra. “Réveil de l’ethnicité akan et pentecôtisme ‘indigène’ en Europe“, Diversité urbaine, 2007-1, 51-67

Presse

  • Le Monde : “Les évangéliques, en plein essor, peinent à trouver des lieux de culte” (08/03/2007) ; “Les Eglises d’expression africaine se multiplient en banlieue parisienne” (08/05/2005) ; “Les Eglises afro-chrétiennes font de la France une terre d’évangélisation.” (03/01/2001) ; “Les Eglises protestantes d’expressions africaines ont fêté leurs quinze ans à Montreuil” (01/11/2005)
  • AFP : Le foisonnement des églises évangéliques “ethniques” (03/12/2004)
  • La Croix : “Des croyants aux marges de leurs Eglises” (30/01/2006)
  • Et, l’année prochaine, le colloque de l’association française de sociologie des religions, Dieu change en ville : religion, espace et immigration (2 et 3 février 2009)

    L’observatoire de l’hétérosexualité

    L’observatoire de l’hétérosexualité vient d’être fondé par Louis-Georges Tin.
    Il arrive après l’observatoire du communautarisme, l’observatoire de la parité, l’observatoire des inégalités, l’Observatoire de Paris, et l’observatoire des observatoires (mais c’est le seul dont le flux ATOM est dans mon googlereader).
    mise à jour: l’adresse est maintenant http://heterosexualite.blogs.liberation.fr.

    Reçus gratuitement

    Je reçois parfois des livres gratuitement… Cela fait sans doute partie de l’inscription dans le monde de la recherche et de la fréquentation de gens qui écrivent. J’ai notamment reçu, ces derniers mois :

    La revanche du clitoris de Maïa Mazaurette et Damien Mascret. Un livre court, synthétique et sérieux sur cette partie du corps méconnue : j’ai apprécié notamment l’usage qui est fait des enquêtes statistiques (du type ACSF / CSF) dans l’argumentation. Maïa Mazaurette blogue notamment sur sexactu.com.

    Les scripts de la sexualité : de John Gagnon. Un ouvrage important pour l’analyse sociologique des comportements sexuels. Les analyses en terme de “scripts” ont fait florès, principalement en langue anglaise. Ce livre devrait permettre leur importation en France. En tout cas, je sais que cet ouvrage va (me) servir.

    Guide de l’étudiant européen en sciences sociales. Parmi les questions que je pose aux étudiants se trouve celle-ci : “Quand prévoyez-vous de partir à l’étranger : au cours de la deuxième année de licence ou en 3e année ?”. Le but : restreindre l’alternative. Ne pas leur demander “si” elles comptent partir, demander “quand”. Et passer le “guide” aux étudiantes qui voient des inconvénients à partir. (Ça doit être de cette manière que je l’ai perdu !)
    (Voir aussi un compte-rendu)

    Les nuits de la main courante : Les sociologues “objectivent”, c’est le point initial de la recherche… mais ils ne sont pas les seuls. Laé s’intéresse ici aux étapes liminaires de l’objectivation, les premières notes… et il se sert de cette activité de prime-objectivation comme matériel pour une analyse des “écritures au travail”.

    Géographie des prénoms

    Où les lecteurs apprendront comment repérer des ressemblances.

    Je continue mon exploration des données du “Fichier des prénoms” de l’INSEE, et je me plonge dans des outils statistiques que je ne maîtrise plus. Aujourd’hui, il s’agissait de combiner la “cluster analysis” et la cartographie.
    L’analyse de clusters consiste, en gros, à demander à un ordinateur de trouver, tout seul, des groupes de ressemblances dans un tas de données. Prenons un prénom. Au hasard, « Faustine ». Quels sont les prénoms qui, récemment, évoluent comme Faustine ? Apparemment, Maylis, et Oriane connaissent des variations proches celles de Faustine… plus proche, en tout cas, que les prénoms Constance et Fiona, qui connaissent des évolutions proches de celles de Gabrielle ou Florine.
    La chose est intéressante : il existe plusieurs dizaines de milliers de prénoms en usage, et il est impossible de repérer à l’oeil nu des proximités entre prénoms — sauf à se restreindre aux dix ou vingt premiers.
    La chose est intéressante, mais que fait-on une fois qu’on a trouvé ces groupes de ressemblance. Rarement, l’interprétation vient d’elle-même : des prénoms démodés de l’immigration maghrébine apparaissent parfois ensemble… Il faut le plus souvent essayer de construire des typologies…

    *

    Disposant de données départementales, et cherchant à trouver des spécificités régionales, j’ai essayé de combiner analyse de clusters et géographie. Les résultats sont fascinants, mais difficiles à interpréter. On voit bien apparaître des départements, ou des groupes de départements “collés” ensemble, mais qu’en tire-t-on ? C’est là qu’un-e géographe versé en statistiques me serait utile…

    Pour réaliser l’image précédente, j’ai sélectionné les prénoms masculins qui, en 1970, sont donnés dans tous les départements français au moins 3 fois, et j’ai demandé à Monsieur l’Ordinateur (à l’aide du logiciel “R“) de grouper en 4 ensembles les régions. Mon problème est le suivant : la répartition des ensembles n’est visiblement pas aléatoire, mais qu’en tirer ? Sont-ce des homogénéités culturelles basées sur des différences (le “pool” de prénoms donnés au moins 3 fois dans l’ensemble des départements n’est pas très grand)… Ce n’est pas vraiment “les zones les moins intégrées” versus “les zones les plus intégrées”. Bref, ça demande du travail !
    D’autant plus que la même commande, mais pour les prénoms féminins, donne un “truc” différent, mais où les quatre “coins” de l’Hexagone (Nord, Bretagne, Landes-basques, Corse et Alsace) apparaissent avec une espèce de distinction.

    Les deux images précédentes en PDF :
    cluster-region-1970-prenoms-feminins
    cluster-region-1970-prenoms-masculins

    Prénoms et “Google Insights”

    Google Insights permet d’analyser les termes utilisés sur google.
    Il propose des cartes montrant l’origine des recherches… Il semble y avoir une correspondance entre le lieu d’où partent les recherches pour le prénom “Z” et le lieu où naissent des petits “Z”. En tout cas, cela fonctionne avec les prénoms les plus “typiques”.

    Ainsi Ainhoa (la carte du dessus), prénom typique du Sud Ouest de la France, est surtout “googlisé” par des résidents du sud-ouest. Même chose avec Klervi, Gurvan ou Katell (par des Bretons pour nommer des petits Bretons). Avec Marius pour les Marseillais, avec Guilhem pour leurs voisins… Et Zélie pour le Nord Pas de Calais.

    Note, avec Google Insight, l’ego-googling devient encore plus amusant. Le lien suivant compare les recherches sur “coulmont” (c’est moi), “godechot” et “louis chauvel” : Google Insight : coulmont godechot chauvel.

    Prénoms typiques

    Si l’on dispose de données départementales sur les prénoms, il est possible de chercher à savoir quels sont les prénoms “typiques” d’un département.
    Avec, tout de suite, le caveat suivant : la typicité est historique. Prenons, par exemple, le prénom “Loïc” : en 1946, c’est un prénom fréquent en Bretagne, inconnu ailleurs. En 2004, c’est un prénom de l’Est. L’animation suivante montre le passage de la “perturbation Loïc” entre 1946 et 2004. Sur ces cartes, plus le gris est foncé, plus le rang du prénom est proche de 1.
    [flashvideo filename=”../blog/fichiers/2008/loic-animation.flv” width=”480″ height=”500″ /]
    (Les données sont celles du Fichier des prénoms, INSEE, via le Centre Quêtelet / CMH, elles ont été traitées avec le logiciel R. L’animation a été réalisée en gros avec ImageMagick puis ffmpeg).
    J’avoue sans peine aucune que l’exemple “Loïc” est particulier : je n’ai pas trouvé, pour l’instant, d’autres prénoms voyageant aussi bien sur le territoire au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

    Trêve de diachronie. Un peu de synchronie.

    L’on pourrait — pour faire apparaître des prénoms “typiques” — commencer par repérer les prénoms les plus donnés, ceux qui ont la fréquence la plus élevée. C’est ce que représente la carte ci-dessous (pour l’année 2004). Mais comme on peut le constater, ces prénoms sont peu variés : Enzo, Théo, Lucas et Mathis suffisent à recouvrir la quasi-totalité du territoire. Se distinguent Paris (avec “Alexandre”) et la Seine-Saint-Denis (avec “Mohamed”).

    les prénoms les plus fréquents

    C’est que cette manière de faire (repérer les prénoms les plus fréquents) ne permet pas de distinguer entre eux les départements. Il faudrait pouvoir représenter les prénoms qui sont surtout donnés dans un département et peu ailleurs pour faire ressortir une typicité derrière l’apparente uniformité. La France n’est pas une masse uniforme : et pour chaque département l’on trouve quelques prénoms dont la fréquence est beaucoup plus élevée que la fréquence nationale. Souvent, ce sont des prénoms qui ne sont donnés, cette année là, que dans ce département et à un tout petit nombre d’enfants.
    Il convient donc de ne considérer que les prénoms suffisamment donnés. Pour la carte qui est ci-dessous, le seuil a été placé à 10 (il faut que 10 nouveaux-nés reçoivent ce prénom) et le rapport entre fréquence départementale et fréquence nationale doit être supérieur à 2. (J’ai retenu, pour les prénoms donnés au moins 10 fois en 2004 dans tel département, celui qui maximise le rapport entre la fréquence départementale et la fréquence nationale).

    prénoms typiques ?

    Avec cette méthode, on arrive à faire surnager certains départements, voire certaines régions. La Bretagne se distingue en donnant “Gurvan” et “Klervi” ou “Youna”, inconnus ou presque ailleurs. L’Alsace avec Eren et Elif (des prénoms aussi répandus en Turquie), le sud-ouest avec quelques prénoms basquisants et la région parisienne, avec Bintou, Assa, Djibril, Liora, Constantin et Ibtissem… [une version pdf de la carte est disponible pour une lecture plus simple]
    Mais cette méthode est un peu trop sensible : le seuil (10 enfants recevant ce prénom) est trop bas. Par tâtonnement, il m’apparaît qu’un seuil de 30 pour les garçons et 20 pour les filles donne des résultats géographiquement plus “jolis”, avec des prénoms différents…

    Les départements où aucun prénom ne surnage sont peu nombreux, mais ils existent. Dans ces départements, la répartition des prénoms ressemble à la répartition française.

    Ceci me permet de revenir sur les “prénoms bretons” déjà abordés précédemment. Pour établir le graphique de ce billet, je m’étais basé sur diverses listes de prénoms “bretons” proposés par des régionalistes ou des sites internets du type meilleursprenoms.com. Or les prénoms choisis comme “bretons” par les parents ne correspondent peut-être pas aux propositions normatives des promoteurs institutionnels d’identités locales. Un exemple : les variations sur le -wenn (Lilwenn, Louwenn, etc…).
    L’on pourrait donc proposer une autre méthode, en examinant de près la liste des prénoms réellement donnés en “Bretagne” (sans référence à une liste préétablie). Peut-être qu’elle diffère plus de la moyenne nationale que les listes de prénoms donnés dans d’autres régions. Et il faudrait examiner l’évolution, sur les soixante dernières années, de cette différence. Comme on le voit avec l’exemple “Loïc”, un prénom peut ne pas rester indéfiniment “breton”.

    Ailleurs sur internet :

    Sperme européen

    En 2005, la Food and Drug Administration des Etats-Unis a interdit l’importation de sperme européen, en raison des risques liés à la Vache folle. “Mad Cow Rules Hit Sperm Banks’ Patrons” titre le Washington Post.
    L’article est centré sur une femme qui, après avoir été inséminée par le sperme d’un ingénieur danois aux yeux bleus, cherchait à avoir un autre enfant du même donneur. Mais la compagnie américaine est en rupture de stock de sperme danois (apparemment le plus demandé).
    Le tout est très intéressant et pose des questions sur la commodification de certaines parties du corps : le sperme est sans doute, avec le sang et ses dérivés, beaucoup plus inscrit dans un marché global que le coeur ou les reins. Le choix du Washington Post de choisir comme angle d’attaque les restrictions d’importation (souvent lues comme des formes de nationalisme) me semble pertinent : il oppose une agence étatique et un désir individuel…
    A lire, donc.
    (D’ailleurs, c’est le genre d’article qui risque de se retrouver, sous une forme modifiée, dans Libé ou Le Monde très prochainement.)