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Archives de la catégorie : 'cartographie'

Synthèse des données sociales à Paris

L’APUR (association parisienne d’urbanisme) propose une étude de synthèse sur Paris. Une mine synthétique pour tout étudiant !
Obèses à ParisLes données ne sont pas extraites d’enquêtes propres de l’APUR mais de l’INSEE, du rectorat, de la DARES… Comme cette carte des enfants obèses des écoles de Paris.
Certaines autres données, sur le logement par exemple, comme la carte des foyers de travailleurs migrants, proviennent directement de l’APUR.
L’ensemble permet de se faire une idée rapide des différences sociales remarquables à Paris : au 16e s’oppose le 19e ou le 20e (par exemple en terme de lieux insalubres), au centre s’oppose les arrondissements extérieurs (par exemple en terme de nombre de commerce ou de “part des familles”).

Mise à jour

Quelques changements proches sur ce blog pourraient “casser” les fils RSS et ATOM et modifier leur adresse (il faudra se réabonner et vérifier manuellement…), mais devraient laisser entiers les “permalinks”.
mise à jour du 31 juillet : Apparemment, ça fonctionne plus ou moins normalement (formulaire de recherche, archives mensuelles par ordre chronologique, gestion du “hors blog” avec wordpress). Vous pouvez commenter si c’est cassé…

L’Erouv de Saint-Brice

Un article d’une Agence de presse israélienne datée du 15 janvier 2006 attira récemment mon regard :
Une première en France : Un « Erouv » bientôt installé à Saint Brice !

à l’instar de Philadelphie dont le Maire John Street a signé l’accord pour que sa ville ait son propre « Erouv », une petite localité de la banlieue Nord de Paris, située entre Sarcelles-le- village et Montmorency, un petit bourg d’environ 13 000 habitants dénommé Saint Brice vient, par la voix de son Maire Alain Lorrand, d’accepter l’installation d’un « Erouv » dans la ville.
[…]
Cet évènement exceptionnel et unique en France, est dû à l’obstination d’un Président de Communauté, François Sitruk, de son rabbin Joseph Touitou et de son équipe, qui mettent tout en œuvre pour réaliser les objectifs qu’ils se sont fixés.

Qu’est-ce qu’un érouv (parfois translittéré érouve) ? C’est un un dispositif talmudique qui permet de transformer un espace public en extension d’un espace privé où il est permis aux juifs orthodoxes de porter certaines choses (clefs, livres…) ou d’utiliser certains objets (fauteuil roulant…). A New York et à Montreal, et ailleurs aussi, l’installation d’érouvim a causé de nombreuses polémiques : voir ce billet, et cet autre billet.

Assez rapidement, la presse locale (notamment La Gazette du Val d’Oise) mentionne cette innovation (il n’y a pas d’érouvim urbains en France à part à Strasbourg). Le Parisien, dans son édition du Val d’Oise, mentionne aussi ce qui devient rapidement une affaire :

La ville entourée d’un fil pour le shabbat ?
Emeline Cazi
ET SI Saint-Brice était ceint d’un fil de nylon pour faciliter la vie des familles juives le jour du shabbat ? La communauté juive de la ville envisage sérieusement la question. […] Une mère d’enfant en bas âge reste chez elle faute de pouvoir pousser le landau. Tendre un fil de pêche autour de la commune pour créer un « erouv » (du nom de l’espace clos ainsi formé) permettrait aux juifs de se retrouver dans un domaine privé et donc de circuler librement. « Il n’est pas question de créer un ghetto ou d’élever une muraille autour de la ville, précise d’emblée François Sitruk, président de la communauté juive de Saint-Brice et premier vice-président du consistoire, mais de tirer un fil entre les poteaux électriques. »
Les autorités religieuses se penchent sérieusement sur le sujet.
Rien n’est fait, rien ne sera peut-être jamais fait mais la question est soulevée et les autorités religieuses se penchent sérieusement sur le sujet. Pas plus tard que la semaine dernière, deux grands rabbins du tribunal rabbinique parcouraient Saint-Brice pour en étudier la faisabilité. François Sitruk et le rabbin Touitou attendent l’avis du rabbinat avant d’en faire la demande officielle au maire.
[…]
« Mais c’est loin d’être fait, tempère le maire, Alain Lorand. La question m’a été posée au cours d’une discussion privée. J’ai répondu pourquoi pas si cela peut faciliter la vie des familles. Mais vu les débats que cela suscite… » Les réactions sur Internet sont vives, les propos parfois virulents. Les uns criant au scandale, les autres répliquant « qu’après tout cela ne dérange personne ».
[…]
De l’autre côté de la nationale, à Sarcelles, là où vit l’une des plus importantes communautés juives d’Ile-de-France, on observe l’avancée du dossier avec attention. Car certains imaginent déjà un « erouv » autour du Grand Ensemble.

Le site antireligieux atheisme.org s’en fait l’écho :

maginons une microsociété où une des règles de vie consiste, certains jours, à ne pas transporter des objets depuis son domicile vers le domicile public ou l’inverse. Interdit, c’est comme ça et on ne discute pas. La mesure est, on le comprend bien, fort handicapante et certains plus malins que d’autres ont, avec une autorité empreinte d’un mysticisme obscur, inventé un stratagème pour s’en affranchir : il suffit de délimiter un espace avec des poteaux d’au moins quarante centimètres et de les relier, à leur sommet, par un fil métallique.

On remarque assez facilement l’embarras des atheistes.orgs, qui considèrent apparemment que “Saint Brice” est OK, mais qui considèrent l’érouv non pas comme un affaiblissement religieux, mais comme un redoublement pervers de la croyance. Au contraire, des Juifs très orthodoxes vont pouvoir considérer l’érouv comme un affaiblissement impossible des contraintes de vie réglée que demande la Halakha (c’est ce qu’on observe à New York notamment, où le principal conflit est inter-juif, entre les partisans d’érouvims synagogaux et leurs opposants).

Des athées militants, l’on passe rapidement, sur internet, à des sites de presse alternative mais aussi à un site pas vraiment philo-juif (http://quibla.net/protocoles2006/protocoles-erouv.htm), qui, dans une rubrique intitulée les “Protocoles des Fous de Sion” déclare qu’ “une muncipalité française du Val d’Oise (département 95) vient de déclarer que son territoire est sous Erouv : désormais les 13 000 habitants vivent sous une loi juive, alors qu’il n’y a que 700 familles juives dans la commune. Et la laïcité, dans tout ça ? Imaginons un peu la réaction que susciterait une décision de proclamer une commune française comme appartenant à Dar El islam !”

Face à cela, et probablement à d’autres prises de parole, le maire de Saint-Brice s’oppose finalement à l’érection de l’érouv local (en ouverture d’un conseil municipal) :

Mr le Maire tient à faire une déclaration concernant le Erouv qui a fait l’objet d’un article dans la presse avant d’aborder l’ordre du jour du conseil municipal. Il tient à démentir les propos du journaliste qui s’était avancé à dire qu’un Erouv serait installé à Saint Brice. Il explique historiquement que, dans la religion juive, des remparts (Erouv) entouraient les villes de l’antiquité. Dans le cas présent, un fil qui entourerait une ville rendrait l’espace qui est à l’intérieur clos, par conséquent permettrait aux personnes de la communauté juive de circuler librement, et notamment de porter les enfants durant Shabbat. Etant donné les problèmes communautaires actuels, le Maire déclare qu’il n’y aura pas de Erouv à Saint Brice.
source : http://www.saintbrice95.fr/ville/archives/2006/cr230206.pdf

Et dans le journal municipal, intitulé Saint-Brice, d’avril 2006, l’on peut lire :

Le maire vous informe
Lors du dernier Conseil Municipal, j’ai précisé sans équivoque qu’il n’y aurait pas de érouv (fil entourant la ville) à Saint-Brice.
Le Maire.

La journaliste Emeline Cazi, dans Le Parisien du 4 mars 2006, conclue alors l’affaire :

au vu des mails reçus, des courriers d’habitants menaçant de déménager, le maire [Alain Lorand] a coupé court à toute discussion. Hostile « à toute zizanie et aux guerres de clans », François Sitruk [“président de la communauté juive”] regrette la tournure prise par le débat. « On ne cherchait pas à gêner qui que ce soit, répète-t-il. Qui aurait été gêné par un fil de nylon accroché aux poteaux électriques, à la même hauteur que les fils de téléphone ? » Il l’avait annoncé dès le début, il s’en tiendra « à l’avis des élus de la République ».

M. Sitruk devait d’autant plus s’en tenir à la décision des autorités civiles que la validité (religieuse) d’un erouv repose sur l’accord des autorités (séculières), et qu’un acte officiel est nécessaire. (Voici un exemple d’acte officiel, la proclamation (sans valeur juridique) du président d’un comté américain autorisant la construction d’un eruv autour de l’université du Maryland.

L’érouv de Saint-Brice est donc la première affaire récente et signale, sans doute, une volonté de visibilité publique plus grande de la part, sinon d’une communauté dans son entier, du moins de certains leaders. Il y avait des érouvim [à vérifier toutefois, je ne m’appuie pas sur des sources sûres] dans les grandes villes françaises, et notamment Paris, avant la Seconde Guerre mondiale et la collaboration des autorités françaises avec le régime nazi. L’érection de nouveaux érouvim pourrait donc être comprise comme une sorte de retour à un ordre républicain (déjà en régime de séparation). Mais je doute que ce soit de cette manière que seront comprises les futures tentatives d’érouvisation.
Ces tentatives seront très intéressantes à suivre. Non seulement parce que les polémiques sont de beaux objets sociologiques, mais aussi parce que les frontières des érouvim permettent une sorte de visualisation des frontières que se donne une communauté religieuse. Comme ici cet erouv du Queens (un quartier de New York) :

L’erouv est signalé en orange.

Sur Saint Brice, le saint et évêque, voir Wikipedia.

Espaces Temps (point net)

Après avoir commis, il y a un peu moins de deux ans, un petit article sur mon dispositif talmudique préféré, l’érouv, c’est une petite, toute petite réflexion sur l’usage des cartes dans les travaux d’histoire des communautés gays américaines qui est e-publié.

Sexe, genre, etc…

Certaines distinctions apparaissent naturelles ou essentielles jusqu’au moment où l’on essaie de les préciser. La distinction entre “homme” et “femme” semble a priori évidente, mais il est possible de remarquer assez vite que les bases de la distinction sont assez floue.
Prenons l’exemple de la signalisation des toilettes et autres gender signs (signes et panneaux rassemblés par Eszter Hargittai de Northwestern University.
On sait que la plupart des toilettes demandent une répartition des êtres qui les fréquentent en deux classes. La répartition a une origine technique (le mobilier est adapté à l’appareil urinaire) et pratique (certains usages sociaux du corps). Mais en droit la répartition s’opère selon l’appartenance sexuée des êtres (les plus jeunes peu autonomes étant dispensés).
Les signes les plus courants opèrent une distinction vestimentaire. Le sexe de la personne est désigné par des normes vestimentaires (robes / pantalons) apparemment exclusives l’une de l’autre.
DSC00014
Le caractère conventionnel est évident : les personnes ne basent absolument pas leur comportement suivant le pictogramme. Cinq minutes d’observation attentive révèlent qu’un bon nombre de personnes en pantalon choisissent d’entrer dans des toilettes pour robes.
D’autres signes s’appuient sur une distinction grammaticale (Il/Elle, Lui/Elle, He/She, Him/Her…)

Photo Kosmar

Ici encore c’est à groupe d’appartenance que se réfèrent les affichettes.
D’autres sur des formes habituelles de comportement (certaines personnes urinent debout, d’autres assises) :

Photo Delta Avi Delta


Photo Olijfblad

ou encore :

Photo jakebouma

Et les panneaux indiquent le mobilier le plus probablement disponible à l’intérieur. Mais ce n’est pas en fonction d’un choix personnel que la répartition doit se faire : c’est en fonction de ce que les personnes s’imaginent être le choix de comportement de la grande majorité de ses congénères. Il n’y a pas de sujet citoyen, créateur de ses propres règles ici.
Rares sont les panneaux à s’appuyer sur l’apparence physique de l’appareil urinaire pour en déduire une appartenance sexuée (et donc un WC plutôt qu’un autre) :

Sans doute pour clarifier, c’est le “sexe chromosomique”, le sexe déduit de la composition chromosomique des personnes, qui est choisi comme base de la répartition des individus en deux catégories séparées :

Photo Kosma

Mais le sexe chromosomique est invisible à l’oeil nu, et fait rarement partie des connaissances immédiates (comme le niveau de radioactivité, il n’est visible qu’indirectement, grâce à un appareillage spécifique).
Ce signe, humoristique, qui provient du musée de la science fiction de Seattle, essaie de proposer une répartition universelle :

Photo Liz Henry

Mais ce n’est pas très clair : ce panneau se présente comme une pierre de Rosette, où les hiéroglyphes sont traduits et groupés en deux classes d’équivalence (robe, XX, “female sign” ♀ — Unicode U+2640 –) où sexe (biologique, social, chromosomique, etc…) et genre sont finalement similaires.
Le fait que rares soient les personnes à se tromper de toilettes (qu’elles aient le sentiment de se tromper ou que des observateurs aient ce sentiment) est une belle preuve de la naturalisation des normes sociales, qui apparaissent immédiates et évidentes. Et leur remise en cause nécessite un important travail politique, du type de celui que propose le Sylvia Rivera Law Project, qui parle “the persistent discrimination, harassment, and violence that people who transgress gender norms face in gender segregated bathrooms

Dans le même ordre d’idée : Une histoire des bonshommes de feu rouge

CAIRN : groupe de revues en ligne

François Briatte attire mon attention sur CAIRN, qui, comme persee propose le texte intégral de revues académiques. On y trouve pour le moment une soixantaine de revues, et un petit nombre (200 ?) d’articles sont en version PDF, apparemment consultables et téléchargeable sans frais (certains sont payants, notamment les plus récents). L’occasion de découvrir ou de redécouvrir :
– Renaud Le Goix Les « communautés fermées » dans les villes des États-Unis Aspects géographiques d’une sécession urbaine [PDF] dans Espace géographique, 2001, n°1 (vol.30).
– Alain Desrosières, Entre réalisme métrologique et conventions d’équivalence : les ambiguïtés de la sociologie quantitative [PDF], dans Genèses, 2001, n°43
Et tant d’autres articles…

Un petit dernier pour la route

Il a pu être écrit, dans le cadre d’une étude sur la ville de Flint, siège de General Motors, dans le Michigan, que « The car made Flint, and the car made Flint’s gay community ». L’auteur précise : « Homosexual life shifted gears from private networks to public commercial establishments almost as soon as cars came off the assembly line » (Retzloff 1997 : 229 et 243). Autour de la voiture, les parkings, les toilettes publiques des aires de repos… deviennent autant de lieux possibles d’une consommation sexuelle entre hommes comme le remarque Humphreys au début des années 1970.
Un article du New York Times s’intéresse à ces parkings :

There is a narrow parking lot in Cunningham Park in Queens surrounded by playing fields for adult softball and youth soccer and baseball. At one end of the lot, retirees arrive to practice their golf and mothers in minivans gather to wait for their Little Leaguers.

The other end is popular with another set with a much lower profile in this suburban setting: gay men cruising for sex. Their playing field is the parking lot itself and the goal is a sexual encounter, usually quick and anonymous.

Manhattan may have its gay bars and such traditional pickup spots as the woods of the Ramble in Central Park and the piers of the West Village. But in the less-accepting climate of the suburbs and the boroughs outside Manhattan, gay men often resort to courting one another from the relative safety and privacy of their cars. They troll remote parking lots that become de facto pickup spots well known in gay circles but not to the general public.

L’article s’intéresse au monde du parking, à ses règles implicites :

Each newcomer trolls this thoroughfare with all eyes upon him and surveys the other men in cars, who may either perk up and look interested or shut the window and look away. Then with a dramatic swoop, the driver will back his car next to the car of the man he is pursuing.

En France, l’année, dernière, un article du Monde s’était penché sur un parking, à Marmande dans le Lot, en raison d’un fait divers, l’agression d’un homme par un groupe de jeunes militants hétérosexuels:

L’agression homophobe qui a fait de Gérard M. un symbole
LE MONDE | 09.06.04 | 14h53
Marmande (Lot-et-Garonne) de notre envoyé spécial
Ni héros ni martyr. Ni porte-drapeau de la cause gay ni théoricien de la lutte antidiscriminations. Rien ne prédisposait celui que nous appellerons Gérard M., 39 ans, à devenir un symbole de la lutte des homosexuels pour le droit à la dignité et à la tranquillité. Ce modeste employé d’administration au parler ensoleillé et au profil épicurien vivait très discrètement sa sexualité dans une sous-préfecture du Lot-et-Garonne, plus connue pour ses tomates que pour ses lieux de rendez-vous entre messieurs. Jusqu’à cette soirée du 19 mai où, en garant sa voiture sur le parking de la Filhole, connu de tout Marmandais comme endroit de drague homo, il a trouvé sur sa route cette Volkswagen bleue, tous feux éteints, dont les cinq occupants éméchés ont commencé à l’insulter avec une vigueur peu créative : “Sale pédé ! sale pédé !”

Références : RETZLOFF T. (1997) « Cars and Bars : Assembling Gay Men in Postwar Flint, Michigan ». in BEEMYN B. (ed.) Creating a Place for Ourselves : Lesbian, Gay and Bisexual Communities. New York : Routledge, p. 226-252

Les bonshommes de feu rouge

Dans la ville de Plaisir, dans les Yvelines, une informatrice, Claire S. de Montreuil, m’informe que certains feux de signalisation destinés aux piétons sont défaillants.
Feux pietons, bonhomme de feu rouge, Plaisir, Yvelines, cliche Claire S.
Cette défaillance est fort dommage. En effet, ce type de feu rouge, où l’homme porte chapeau, devient bien rare devant l’offensive des diodes luminescentes. (La documentation qui suit est extraite de la vaste collection d’Hélène Degroote)
Dans les années 1970, ces bonshommes lumineux avaient chapeau, veste, pattes d’eph’ et parfois même perspective.

Dans les années 1980, ils perdent ces caractéristiques…

Les années 90 sont celles de la L.E.D.

Et les années 2000 (c’est entièrement faux mais c’est pour les besoins de la progression narrative) sont celles du détournement de bonhomme (qui change parfois de genre) :

Les pays, proches ou lointains, emploient parfois les mêmes techniques de signalisation. Leur omniprésence est souvent invisible, mais pas tout le temps. A Berlin, quand le bonhomme de feu rouge local a été rationalisé, les habitants se sont rebellés. Il a gardé son chapeau et son embonpoint :

Zonages et sex shops : où se trouvent-ils ?

Pas n’importe où, très certainement.
La politique new-yorkaise, rappelle cet article récent du New York Times intitulé Sex Shops Expect the Other Stiletto to Drop, est basée sur une description précise de ce que constitue un magasin pour adultes et sur les endroits où ils peuvent s’installer :

sex shops are banned from residential and most commercial zones. They are allowed in industrial zones and some commercial ones, including parts of Eighth Avenue, the garment district in Midtown, and the West Side of Manhattan. But there is a catch: No sex shop may sit within 500 feet of another such business, of a zone from which they are prohibited, or of “sensitive receptors” like schools or houses of worship

C’est que, dans le cas de New York comme ailleurs aux USA, les régulations sont laissées dans la grande majorité des cas au pouvoir municipal. A New York, c’est la Zoning Resolution (Article IV, Chapitre 2) du Department of City Planning qui précise les implantations autorisées :

42-01-a : Adult establishments are not permitted in a Manufacturing District in which residences, joint living-work quarters for artists or loft dwellings are, under the provisions of the Zoning Resolution, allowed as-of-right or by special permit or authorization. […]
42-01-b : In all other Manufacturing Districts, no adult establishment shall be established less than 500 feet from a house of worship, a school, a Residence District, a C1, C2, C3, C4, C5-1, C6-1, C6-2 or C6-3 District, or a Manufacturing District, other than an M1-6M District […]
42-01-c : No adult establishment shall be established less than 500 feet from another adult establishment. […]
42-01-e : Adult establishments shall not exceed, in total, 10,000 square feet […]
Sources : New York City, Zoning Resolution, Chapiter IV, Article 2.

Les justifications de ces zonages importent. Un article assez intéressant, écrit par un groupe d’universitaires américains nous renseigne [Linz, D., Land, K., Williams, J. Ezell, M. & Paul, B. (2004). An Examination of the Assumption that Adult businesses are Associated with Crime in Surrounding Areas: A Secondary Effects Study in Charlotte, North Carolina. Law and Society Review, Volume 38, Number 1, pp.69-104, DOI : 10.1111/j.0023-9216.2004.03801003.x]
Aux Etats-Unis, c’est la question des “effets secondaires” de l’implantation des “commerces pour adultes” qui est au coeur, car c’est en vertu de ces effets secondaires supposés (hausse de la criminalité, effondrement du marché immobilier…) que des interdictions d’implantation de sex shops et autres topless theatres peuvent être promulguées (d’où des études municipales). Interdire en fonction du contenu (nudité, actes pornographiques…) serait considéré (et l’a été) comme une atteinte à la liberté d’expression :
Sur la base des “effets secondaires”,

In City of Los Angeles v. Alameda Books, Inc., et al., the [U.S. Supreme] Court maintained that it was “reasonable for Los Angeles to suppose that a concentration of adult establishments is correlated with high crime rates because a concentration of operations in one locale draws, for example, a greater concentration of adult consumers to the neighborhood, and a high density of such consumers either attracts or generates criminal activity.”

Mais il faut aussi, depuis cette décision du début des années 2000, que ces effets secondaires soient prouvés par des méthodes méthodologiquement correctes, d’où l’arrivée de la science sociale dans l’affaire (c’est en 1993 que la Cour, dans l’affaire Daubert v. Merrell Dow, 509 U.S. 579 (1993), avait précisé ce qu’elle entend par méthodes reconnues).
L’article cité ci-dessus s’inscrit dans une telle démarche, et ses conclusions s’opposent à l’idée même des effets secondaires de la présence des “adult businesses” (en l’occurrence, pour leur étude, des bars-à-seins-nus) :

[W]e asked: once variables known to be related to crime events suggested by social disorganization and routine activities theories have been taken into account, does the presence of an adult business in a localized area increase the concurrence in space and time of offenders motivated to commit crimes together with suitable targets for the crimes in the absence of guardians capable of preventing or deterring the crimes? We found that, at least in Charlotte, North Carolina, it is not the case that the presence of an adult nightclub increases the number of crime incidents reported in localized areas surrounding the club as compared to the number of crime incidents reported in comparable localized areas that do not contain an adult nightclub. Indeed, the empirical data and analyses reported above imply the opposite, namely, that the nearby areas surrounding the adult nightclub sites have smaller numbers of reported crime incidents than do corresponding areas surrounding the three control sites studied.

Les auteurs tentent d’expliquer que l’absence d’effet criminogène a deux origines. C’est parce que ces établissements se sont banalisés et rapprochés du monde commun du commerce respectable (et la recherche du profit impose une forme de stabilité), et c’est aussi parce qu’ils sont extrêmement surveillés et qu’une forme de “civilisation” forcée leur a été imposée. Autocontrainte et contrainte imposée vont ici de pair.
En France, beaucoup moins de débats apparents, et les municipalités ont peu de marge de manoeuvre. Une loi nationale, l’article 99 de la loi du 30 juillet 1987 qui régit les choses (et elle a été l’inspiration d’autres projets de loi “anti-racolage passif” qui tentent d’inclure les lieux de culte à l’ensemble formé par les écoles).
Citons cet article :

LOI n°87-588 du 30 juillet 1987, Article 99
Modifié par Loi n°92-1336 du 16 décembre 1992 art. 284 (JORF 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994).
Est interdite l’installation, à moins de cent mètres d’un établissement d’enseignement maternel, primaire ou secondaire, d’un établissement dont l’activité principale est la vente ou la mise à disposition au public de publications dont la vente aux mineurs de dix-huit ans est prohibée. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 F d’amende.
Pour cette infraction, les associations de parents d’élèves régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile.

Il semble donc bien que sex shops et peep shows ne puissent s’installer à trop grande proximité des écoles sous peine d’une action en justice de la part de la PEEP. Cette contrainte spatiale transforme l’entrepreneur en membre de l’OuGePo – l’Ouvroir de Géographie Potentielle : le lieu X est-il à moins de 100 mètres d’une école ? Le sex shop suivant, situé rue de la Gaité à Paris, l’est :

Mais à Lyon, en 2002, l’installation d’un tel revendeur de sex toys et de vidéos pornographiques (dans le quartier de Monplaisir – sic-) avait été jugé suffisamment importante par TF1 pour qu’un reportage (au format .mov Quicktime) y soit dédié (le reportage est aussi accessible sur http://hautdebit.tf1.fr/ ).
S’il faut en croire L’Humanité (en forme papale ce 10 juin 2002) cette loi est toujours jugée valable :

Pas de sex-shop pour Jean XXIII
Il fallait être représentant d’une firme suédoise pour oser imaginer installer un sex-shop sur le boulevard Jean XXIII, à Lyon, dans le quartier de cinq établissements scolaires fréquentés par 4000 élèves, et à moins de cent mètres d’une école maternelle et d’un lycée. Le tribunal de grande instance de Lyon a donc jugé, vendredi, l’initiative illicite. Le propriétaire réfléchit à une nouvelle définition de son activité.

MISE A JOUR : En juin 2005, le juge des référés du Conseil d’Etat a modifié la jurisprudence. Un sex shop de la ville de Houilles a été interdit.
Mise à jour du 22 février 2007 L’article 99 de la loi du 30 juillet 1987 a été modifié en février 2007 : l’interdiction d’installation est de deux cents mètres, et la définition des sex-shops change. Pour plus d’informations, consulter cet article.

Mappemonde, en ligne

En octobre 2003 j’ai publié dans la revue Mappemonde (n°71, 2003) un petit article de géographie sociale sur les “unions civiles”, cette forme de “PaCS” créé dans le Vermont. Cet article, pour la rédaction duquel Romain Garcier m’avait beaucoup aidé, est maintenant en ligne, Géographie de l’union civile, au format PDF (et il est disponible aussi sur le site de Mappemonde). On en rappelera le résumé :

Le Vermont, État rural du Nord des États-Unis, a créé en 2000 les «unions civiles», réservées aux couples du même sexe. Cette forme de mariage s’est appuyée sur une communauté gay et lesbienne locale, tout en contribuant à développer un «tourisme homosexuel» et à pousser certaines églises à revoir leur traitement des couples homosexuels: homosexualité et ruralité ne sont pas nécessairement opposées.

Signalons dans le même temps que tous les numéros de Mappemonde entre 1994 et 2003 sont intégralement en ligne (pdf). Comme l’accès aux sommaires-résumés de Mappemonde est compliqué, je l’ai mis en ligne dans une version complète, (1994-2003).
Ceux qui trouveront que les données de cet article commencent à dater un peu pourront consulter ce graphique représentant l’évolution des unions civiles sur les 4,5 dernières années.