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Archives de la catégorie : 'France'

Quelques prénoms bien corrélés

Dans un monde idéal, je disposerais d’informations nominatives individuelles comportant une indication sur la profession des parents. Dans le monde réel, je dispose d’éditions récentes du Fichier des prénoms, qui nous donne, pour chaque département, le nombre de bébés nés chaque année et portant tel ou tel prénom.
D’autre part les données des recensements nous indiquent la proportion de cadres, d’ouvriers, d’employés… dans la population active des 25-54 ans.
L’idée était de trouver des prénoms “bien corrélés” à certaines PCS. Voici quelques graphiques pour l’année 2012 (bébés nés entre 2010 et 2012, recensement 2012).
Ces corrélations écologiques risquent toujours de nous tromper. Dans les départements où il y a beaucoup de cadres, les prénoms Vadim et Brune sont plus fréquents que dans les départements où les cadres sont peu nombreux… Mais sont-ce les cadres qui appellent leurs enfants ainsi. C’est possible, c’est probable, mais ce n’est pas certain.
prenomscorreles2012

L’espace social des modes de suicide

On trouve sur Gallica le Compte général de l’administration de la justice, dans lequel on trouve de grand tableaux présentant les modes de suicide par profession, à partir des années 1840.
comptegeneral1840
Les différentes professions ont des suicides privilégiés. Les militaires préfèrent les armes à feu, les meuniers la pendaison. Les artistes et les clercs l’asphyxie par le charbon, et les étudiant.e.s se tranchent les veines.
Voici deux graphiques issus d’une Analyse en composantes principales.
pcasuicidevar
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pcasuicideindiv
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Le premier axe oppose la pendaison et la noyade aux couteaux et autres rasoirs, mais aussi des professions rurales aux professions urbaines. Le deuxième axe oppose le fusil à l’asphyxie, les professions chargés du maintien de l’ordre aux professions intellectuelles.

J’aurai du produire, dès le départ, une analyse de correspondance. Ca me semble plus parlant :

casuicide1840

Victorine Benoît

En cherchant d’anciennes listes nominatives de bacheliers, je suis tombé sur cet entrefilet, publié dans Le Figaro en 1875 :

victorinebenoit1
lien vers l’article sur Gallica

Le destin de cette bachelière fut-il de servir de “répétiteur” à ses enfants ?
Parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de bachelières en 1875, il est assez aisé de retrouver son identité : il s’agit de Victorine Françoise Henriette Benoît. Elle obtient une bourse, en 1877, pour étudier la médecine. : elle obtient 300 francs, pendant plusieurs années.
« Sans vouloir encourager les femmes dans l’étude du grec et du latin », la commission départementale recommande une bourse annuelle de 1000 francs :
victorinebenoit1000
source : Procès verbaux des séances du conseil général de la Vendée (23/12/1877)

Sur twitter, @hellaime m’indique qu’on retrouve Victorine Benoît en 1883 : elle a soutenu une thèse de médecine à Paris De la paralysie spinale infantile [lien].
Et Le Figaro rend compte de cette soutenance, en saluant la jeune doctoresse “Française, Française et Vendéenne” :
victorinebenoit2
lien vers l’article sur Gallica

Le Journal des Débats nous précise même que Victorine est d’une “honorable famille vendéenne”.
Une lettre de remerciements a été publiée par le conseil général de Vendée :
victorinebenoit3

Un journal féministe, La Femme (juin 1884) nous donne, quelques années plus tard, quelques informations sur les sœurs de Victorine, Gabrielle et Adèle, qui obtinrent toutes deux aussi le baccalauréat.

En 1886, le quotidien Gil Blas lui consacre un long portrait : Sous “Mademoiselle X… Docteur-Médecin” se cache de manière évidente Victorine Benoît (aînée de cinq enfant, père décédé, sœurs bachelières, originaire d’une région de l’Ouest, etc…) :
victorinebenoit-portrait
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Vers 1889, elle cherche à obtenir un poste de médecin des écoles primaires de filles, à Paris :

victorinebenoit4
lien vers l’article sur Gallica

On retrouve, un peu plus tard (en 1896), Victorine Benoît exerçant rue Miromesnil à Paris. Elle fait donc partie des rares doctoresses à exercer la médecine.
Avant cela, on pouvait la voir décrite comme une examinatrice, en 1892 :
victorinebenoit5
lien vers l’article sur Gallica

ou comme une personne “prodigant des soins intelligents et dévoués aux jeunes filles des écoles”.
Je n’ai pas trouvé aisément d’informations postérieures à 1896, mais selon la Préfecture de police elle exerce toujours, en 1918, rue de Miromesnil (à 71 ans). Les listes indiquent “Mlle” : Victorine Benoît ne s’est pas mariée.

Centralité des unes…

En sortant de l’université Paris 8, hier, j’ai photographié cette affiche:
afficheeglise20151005Cette image est une bonne représentante des affiches produites par des églises noires d’Île de France. Petite différence avec l’affiche moyenne, ce poster fait figurer une pasteure, une prophétesse, en position centrale. La féminisation du protestantisme évangélique et pentecôtiste est une réalité… étudiée dans un ouvrage qui vient de paraître, sous la direction de Gwendoline Malogne-Fer et Yannick Fer Femmes et pentecôtismes. Enjeux d’autorité et rapports de genre (Genève, Labor & Fides, coll. “Enquêtes”, 295 p., 2015), dans lequel j’ai écrit un chapitre, «Centralité des unes, autorité des autres. Des formes genrées de hiérarchie dans les Églises évangéliques « noires » de la banlieue parisienne», qui porte sur la mise en scène de ces affiches, et la position de minorité qu’y occupent les femmes.

D’autres présentations de l’ouvrage se trouvent sur le blog de Bernard Boutter, le blog de Sébastien Fath, le blog de Yannick Fer ou encore le blog de Gwendoline Malogne-Fer

Voir aussi Tenir le haut de l’affiche (une liste de mes articles sur ce thème).

La persistance de l’Ancien Régime

Que signifie la particule du nom de famille ? Plus de 50% des députés nés vers 1780 ont une particule. Ils n’étaient pas tous nobles, certes, mais ils aspiraient probablement à un destin glorieux.
En reconstituant de grandes listes nominatives de membres des différentes élites sociales, il serait sans doute possible de mesurer le degré de persistance des positions sociales d’Ancien Régime.
Prenons par exemple la Légion d’honneur. Honneur républicain aujourd’hui, institution napoléonienne à l’origine. Examinons la proportion de légionnaires porteurs d’une particule :

legionparticule
Les légionnaires nés avant 1770 sont souvent porteurs d’une particule : ils reçoivent leur médaille sous Napoléon ou au retour des Bourbons. Ensuite, c’est un lent déclin qui s’observe, jusque pour les légionnaires nés après 1890, qui semblent bien porter de plus en plus souvent une particule. Les promotions les plus récentes, en 2011 ou 2014, comportaient entre 3 et 4% de noms à particule.
Pour entrer dans l’élite, rien de tel, aujourd’hui, qu’un passage par Palaiseau, et son école polytechnique. Institution révolutionnaire, elle n’accueille, à ses débuts, qu’une toute petite proportion noms à particule. Il faut dire que s’appeler Louis-François-Marie de Beau-Nom vers 1793 n’était pas de tout repos. Mais dès Napoléon, et suite au retour des Emigrés, l’école polytechnique attire bon nombre de particule. Un élève sur cinq, vers 1820, est un Monsieur.
polytechniqueparticule
Et là aussi, assez régulièrement, la proportion de porteurs de particule diminue. Elle diminue, tout en restant bien supérieure à la proportion de particules dans la population française (aujourd’hui, environ 0,8% de la population, estimation haute).
L’École des Chartes, elle, est fondée en 1821 par une ordonnance de Louis XVIII. Elle a toujours gardé ce fond aristocratique, et a servi d’école de reconversion de capitaux à une noblesse en mal de titres académiques.
chartesparticule
Si l’on en croit les « thèses de l’école des Chartes » produites par les élèves de cette école, 16% des élèves ont une particule vers 1850, et près de 4% de nos jours. Mais cela a tendance à diminuer.
Une autre école du pouvoir, fondée au moment de la Révolution, est intéressante à étudier. En partie parce qu’elle a toujours visé à peupler l’Université d’un personnel bien formaté.
normaleparticule
La particule n’est pas fortement attirée par l’Ecole normale supérieure. On y trouverait bien un Numa Fustel de Coulanges par ici ou par là, mais dès la fin du XIXe siècle, la population des normaliens ne se distingue pas de la population française sous le rapport de la particule du nom de famille.
L’augmentation, depuis près de cinquante ans, de la proportion d’élèves portant une particule n’en est que plus étrange : un autre signe, peut-être, de la permanence des inégalités sociales dans l’accès aux grandes écoles.
 
Notes : [1] ces graphiques ont été produits en synthétisant des informations publiquement disponibles sur des annuaires ou des catalogues librement accessibles. Un risque d’erreur non négligeable subsiste : catalogues incomplets, oublis de la particule, erreurs de codage, etc…
[2] le titre du billet fait référence à un formidable ouvrage bien connu d’A. Mayer

Lissage

Confronté à une carte de la France à l’échelon communal, on peut avoir parfois envie de calculer une moyenne prenant en compte plusieurs communes. En effet, il y a énormément de communes très petites, pour lesquelles un individu de plus ou de moins peut conduire à des taux différents. On peut passer de suite à l’échelle départementale (comme je le fais ici), mais on perd en finesse.

Par exemple, si je dresse la carte du ratio “Inscrits/résidents”, je me retrouve avec une carte qui semble stochastique. Il peut être intéressant de calculer non plus ce ratio pour une commune, mais pour le groupe des N communes les plus proches. Le GIF-animé, ci dessous, montre ce qu’il advient de cette carte quand on augmente le nombre de voisins (ici entre 1 et 32).
lissage-bargel
On voit apparaître plus clairement des zones où les inscrits sont plus nombreux que les résidents majeurs et des zones où, au contraire, les inscrits sont beaucoup moins nombreux que les résidents (à la fois parce que celles et ceux qui y résident sont inscrits ailleurs ou parce que ces résident.e.s n’ont pas le droit de vote en France).

Avec le logiciel R, voici les instructions qui permettent, à partir du fichier GEOFLA des communes (ici “france”), de déterminer les k plus proches communes voisines.

library(spdep) # package à charger : spdep
france.cntr<-cbind(france$X_CENTROID,france$Y_CENTROID) # on extrait les centroides des communes
k <- 8 # nombre de voisins à extraire
nn <- knearneigh(france.cntr, k, longlat=FALSE)
france.neighbors.knn <- knn2nb(nn)
df<-do.call(rbind.data.frame, france.neighbors.knn) # df est le data.frame contenant, pour chaque colonne i, l'indice des voisins d'ordre i 

 
Pour aller plus loin et mieux comprendre l’Effet Bargel .

« Je vote ailleurs »

Vous avez sans doute déjà entendu une connaissance, un ami, une collègue vous dire « Je vote ailleurs ». De nombreuses personnes, en effet, ne sont pas inscrites là où elles résident. Ce découplage entre inscription et résidence se perçoit assez bien à l’échelle des communes ou des départements. Dans un département sur six, en France, un tiers des communes comptent plus d’inscrits que de résidents majeurs (c’est à dire où le nombre d’inscrits est au moins 10% supérieur au nombre de résidents).

effet-bargel-departement

Cela a sans doute des implications au niveau local : élections municipales tout d’abord, mais aussi élections législatives, voire régionales… Si vous êtes candidat.e, vous devez aussi capter les votes « de l’extérieur », capter celles et ceux qui « votent à distance ».

Pour mettre en évidence ce découplage, j’ai comparé le nombre d’inscrits par commune en 2012 (disponible sur data.gouv.fr) et le nombre de résidents majeurs par commune en 2012 (disponible sur le site de l’INSEE).
Les résultats sont similaires pour les années qui précèdent 2012.
france070910dep
Pour aller plus loin : une exploration de l’effet Bargel

Avoir plusieurs prénoms

Est-il fréquent de n’avoir qu’un seul prénom ? Est-ce que l’on donne de plus en plus un seul prénom à son enfant ?
La réponse à cette question n’est pas simple : rares sont les bases de données de grande taille comportant tous les prénoms des individus. Voici ce que les listes électorales parisiennes permettent de saisir :
plusieursprenoms
La coutume n’est pas en perdition (alors que la proportion de baptêmes diminue fortement, alors que les prénoms des Saints cessent d’être au goût des parents). 80% des personnes nées en 1940 (et encore vivantes en 2014) comme celles qui sont nées vers 1996 ont plus d’un prénom. Hommes (bleu) et femmes (rose) sont prénommé.e.s de la même manière. Les générations d’avant 1940 montrent une différence significative, mais il faut garder à l’esprit la mortalité différentielle.
Ces seconds prénoms, des prénoms invisibles la plupart du temps, sont des prénoms en décalage avec la mode : souvent des prénoms portés par les générations précédentes : les prénoms des oncles, tantes, des grands-parents… sont ainsi recyclés par les générations suivantes.
Ces prénoms multiples servent à l’identification des citoyens. Jean Dupont et Marie Durand n’ont pas le bonheur d’être unique. Jean, Casimir Dupont et Marie, Léonie Dupont sont plus rares. Les personnes portant un nom de famille très répandu (Martin, Bernard, Dubois…) reçoivent un peu plus fréquemment que les autres un deuxième prénom.
Hélas, Paris n’est pas une ville représentative, et les données portent sur les inscrits sur les listes électorales, et pas sur l’ensemble des naissances.

Prénoms et mentions au bac, édition 2015

bac2015mentionprenoms
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J’ai récupéré les prénoms des quelques 350 000 candidats qui ont obtenu 8 ou plus au bac général et technologique de 2015. Pas pour le plaisir, mais parce que l’étude des prénoms fait partie de mes centres d’intérêt professionnel (je suis l’auteur de Sociologie des prénoms, un petit ouvrage publié par les éditions La Découverte).
Le graphique ci-dessus représente, en abscisse la proportion de mention “Très bien”, et en ordonnées le nombre de candidats, le tout par groupe de prénom. 22% des 328 Joséphine ont obtenu la mention “Très bien”, à comparer avec 2,6% des 982 Dylan. Il y a beaucoup de Camille (près de 4000) et relativement peu d’Alban (environ 200) et leur proportion de mention “Très bien” est semblable (environ 11,5%).
Il est possible de lire le graphique plus en détail.
Au centre du graphique, de haut en bas, on peut lire une transposition du palmarès des naissances de 1997 : Thomas, Alexandre, Nicolas, Camille, Maxime, Lea, Manon, Quentin, Marie sont les prénoms les plus appréciés des parents à cette époque. Mais si Nicolas est au 3e rang des naissances, il est au 13e rang en nombre de candidats au bac général et technologique (ci-après G/T). Un bon nombre de Nicolas n’ont pas survécu jusqu’à la terminale G/T : sortie précoce du système scolaire, orientation vers un bac pro. Les filles survivent mieux : les prénoms féminins comme Camille ou Marie gagnent ont un rang plus élevé dans la population des bacheliers.
Plus largement, certains prénoms gagnent de nombreuses places au palmarès des prénoms fréquents à la naissance et au bac : Joséphine est, en 1997, le 277e prénom le plus donné aux bébés, c’est le 199e prénom le plus fréquent chez les bacheliers G/T. Hortense, Astrid, Segolene, Apolline, Philippine, Annabelle, Lucille, Diane, Eugenie, Mailys, Louison, Lauren ou Mariam gagnent chacunes plus de 80 places. De leur côté les prénoms Cynthia, Nabil, Alison, Esteban, Jordan, Wendy perdent 80 places. Ils survivent moins que d’autre aux rigueurs du système scolaire. C’est ainsi que la population des bacheliers G/T ne ressemble pas à la population des bébés de 1997.
Ainsi, celles et ceux qui survivent le mieux : Joséphine, Apolline, Capucine, Gabrielle, Clotilde, Alix, Adèle, Constance… sont celles et ceux qui obtiennent fréquemment une mention “Très bien”. De l’autre côté, ceux qui ont presque totalement été éliminés (sur les 969 Brandon nés en 1997, nous n’en trouvons plus que 112, c’est à dire 11%, au bac G/T) sont aussi ceux qui obtiennent moins souvent cette mention distinctive.
Prendre comme variable la mention “Très bien” intensifie a priori les écarts entre groupes de prénoms (indicateurs imparfaits de l’origine sociale), et il serait possible de signaler a contrario que 80% des Adèle n’obtiennent pas cette mention. Mais prendre une autre variable (le taux de survie) conduirait à la mise en évidence d’écarts aussi puissants. Quand on comprend que ces deux variables interagissent, l’on comprend que l’école n’est un lieu heureux que pour une toute petite partie d’entre nous.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez examiner les graphiques des années précédentes : 2014,2013, 2012 ou 2011… ou lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
Par ailleurs un mini-site interactif qui vous permet de consulter les résultats de votre prénom est disponible ici : https://coulmont.com/bac/

Les âges et les saisons des tentatives de suicide

On connaît assez bien la saisonnalité des suicides : leur maximum est au printemps, et leur minimum en décembre-janvier. On sait aussi que le taux de suicide augmente avec l’âge (même s’il a tendance à s’égaliser). Qu’en est-il des tentatives de suicide.
Un travail très intéressant a été réalisé par l’INVS (Christine Chan Chee et Delphine Jezewski-Serra (dir). Hospitalisations et recours aux urgences pour tentative de suicide en France métropolitaine à partir du PMSI-MCO 2004-2011 et d’Oscour® 2007-2011.) dans lequel on trouve des informations sur les hospitalisations suite à des tentatives de suicide.
Il ne s’agit donc pas d’informations sur les quelques 200 000 tentatives de suicide réalisées en France chaque année, ni même d’informations sur les tentatives connues par des médecins, ni même de celles qui parviennent aux urgences, mais d’environ 40% de ces tentatives, celles qui ont donné lieu à des hospitalisations.

Le graphique suivant représente l’écart mensuel à la moyenne. Certains mois comptent plus de tentatives qu’attendu, et d’autres moins. S’il y a environ 7000 hospitalisations par mois, certains mois sont à 8000, d’autres à 6000.
L’interprétation des variations est compliquée. Comment comprendre la diminution en août ? Dans une perspective durkheimienne classique il s’agirait des conséquences du repos social : la société est moins “effervescente” en août : «il se produit durant la belle saison un véritable exode des principaux agents de la vie publique, qui, par suite, manifeste une légère tendance au ralentissement» (p.106).
saisonnalite-tentatives-suicides
Saisonnalité des tentatives de suicide [voir note méthodologique plus bas]

Ce ralentissement pourrait se percevoir aussi en décembre et avril, au moment des congés scolaires. Mais ne peut-on pas, dans une autre perspective, voir dans cette saisonnalité le reflet de l’activité hospitalière ? La baisse des hospitalisations en août peut-elle être liée à un nombre moins élevé de lits disponibles en raison des congés? Comment, dans ce cas, expliquer le grand nombre de tentatives en juin? Les examens ? Il faudrait pouvoir disposer d’indications quantifiées sur la saisonnalité de l’ensemble des tentatives de suicide (mais elles échappent en partie à tout enregistrement).

Le deuxième graphique met formidablement bien en lumière les différences entre hommes et femmes. Les tentatives de suicides sont surtout des tentatives féminines, quel que soit l’âge (il n’y a égalité que vers 30 ans, et après 80 ans).
Il met aussi en évidence la fréquence importante des hospitalisations des jeunes femmes, entre 15 et 19 ans. Est-ce parce que leur mal-être est plus médicalisé que celui des jeunes hommes ? Est-ce alors un effet du diagnostic médical aux urgences ? Est-ce parce qu’elles font réellement plus de tentatives de suicide (les jeunes hommes pouvant faire des accidents de scooter, de mobylette, de voiture…)? Peut-on y voir le caractère morbidifère du lycée, de ses rythmes, de ses examens, de ses classements, pour une population — les jeunes femmes — plus scolaires que les jeunes hommes ?
age-tentatives-suicides
Taux d’hospitalisation pour tentative de suicide, pour 10 000 habitants.

Disposer des données individuelles, avec l’âge, le sexe et la date de l’hospitalisation, permettrait d’en savoir plus. La saisonnalité des tentatives des jeunes femmes diffère-t-elle de celles des femmes plus âgées, et de celles des hommes ? Est-elle liée aux rythmes scolaires (dates du bac, date des congés)?

 
Pour une mise en contexte plus large sur ce thème, vous pouvez consulter : Sociologie du Suicide (pdf).
 

Note méthodologique : C. Chan Chee de l’INVS, avec qui j’ai eu un échange par mail, m’indique ceci concernant la saisonnalité des hospitalisations : «pour des raisons de confidentialité, nous n’avons accès qu’aux mois et année de sortie ainsi qu’à la durée de séjour. La date de sortie a donc été estimée au 15 du mois, et la durée de séjour a été soustraite, pour obtenir une date approximative d’entrée. A priori, je pense que le biais n’est pas trop grand car la durée de séjour est moins d’une semaine pour 90 % des patients.»