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Archives de la catégorie : 'sexualité'

Olesniak, fin de l’histoire

La revue Genre, sexualité & société publie dans son numéro 2 un article où j’ai repris, sous une forme plus structurée, l’Affaire Olesniak, une série de documents judiciaires et policiers présentés ici sous forme de feuilleton.
L’article se trouve à l’adresse suivante : http://gss.revues.org/index1189.html.
Les épisodes avaient initialement été publiés ici : https://coulmont.com/blog/category/sexualit/olesniak/

Adorée Villany, danseuse nue

Quelques pages dans le livre de Jean Da Silva, Du Velu au Lisse : Histoire et esthétique de l’épilation intime, m’ont appris qu’au début du XXe siècle avaient eu lieu plusieurs procès contre des danseuses nues.

Ainsi, en 1908, Mlle Germaine Aymos est poursuivie, avec le directeur des Folies-Pigalle après une action de la “Ligue contre la licence des rues”. Les attendus du tribunal sont intéressants. Les juges de la 9e chambre soulignent que « les parties sexuelles [de la danseuse] étaient dissimulées par un morceau de taffetas de soie rose » et que « M. le commissaire de police mentionne, selon les termes mêmes de son rapport, qu’il a pu observer que la demoiselle Aymos était “rasée aux aisselles et au pubis” ». Pour les juges « cette précaution (…) loin de prêter à la nudité un élément obscène, était de nature, au contraire, à atténuer son caractère licencieux »
Ceci pourrait surprendre et amuser : il était prêté aux poils un aspect obscène que l’épilation, ou le rasage, faisait par nature disparaître.
Le procès, intéressant, peut être suivi en partie dans un ouvrage, Le nu au théâtre, publié en 1909 et disponible sur Gallica. Vous y trouverez cette photo de Germaine Aymos :
germaine aymos
Le rasage des poils pubiens, cependant, n’est pas ce qui a sauvé la danseuse. Les juges remarquent qu’elle est une “artiste de talent” et qu’elle a le soutien de Jules Claretie, « membre de l’Académie française dont l’autorité et la sincérité en matière artistique et théâtrale ne peuvent être mises en doute ». [voir aussi un article dans le Mercure de France, 16/08/1908]
Si l’on se penche un peu plus près sur les attendus, et si l’on compare avec un procès qui a lieu au même moment (où plusieurs actrices sont condamnées), on peut penser que ce qui a sauvé Mlle Aymos fut l’absence de mouvements. Elle était nue, certes, mais elle ne bougeait pas et semblait être une statue. Alors que deux femmes qui se caressent se « livrent à des gestes qui évoquent dans l’esprit des pratiques lesbiennes », d’après les mots du président Pacton (Le Nu au théâtre, p.278). On trouvera un commentaire comparant ces deux procès dans un article de Georges Claretie (le fils de Jules Claretie mentionné plus hautLe Figaro, 28/07/1908).

Les danseuses nues continuent à être poursuivies après 1908. Certaines semblent même construire leur carrière sur la nudité. C’est probablement le cas d’Adorée Villany, jugée en 1911 à Munich et en 1913 en France.

La Bibliothèque du Congrès possède plusieurs photographies de Villany dans ses oeuvres :
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Voir aussi ce cliché la montrant dans la “Danse de Phryné”.
Georges Claretie, décidément spécialiste — comme son père — de la défense des danseuses nues, rend compte, dans le Figaro, en mai 1913, de ce procès
villany figaro Villany défend la nudité théâtrale comme le seul moyen à sa disposition d’exprimer des sentiments intenses : pour incarner la sur-douleur elle dit avoir besoin d’être nue. Elle obtient le soutien d’un peintre. Mais elle est condamnée à 200 francs d’amende : ses représentations, bien qu’en principe “privées” étaient accessibles à tous (pour le prix de 5 f.) et une série de prospectus vantant la “danse ultra-moderne” de Villany avaient été envoyés.

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Un autre article, dans Le Matin, mai 1913

*

Et alors ? Alors c’est tout.

Hermasculé

jastrow-hermes-posteAu Musée de la Poste en ce moment se déroule une exposition, “D’Hermès au SMS… [pdf]. L’affiche consiste en une reproduction photographique d’une statue de Hermès, provenant du Musée du Vatican (cliché assez facile à trouver en utilisant google). Chose amusante, la photo qui a servi de base est disponible sur wikimedia commons et a été prise par une camarade de l’ENS, Marie-Lan Taÿ-Pamart (Nguyen) [A/L 98], sous le nom de Jastrow [@jastrow75 sur twitter].

Reprendre et modifier une photo est parfois cause de controverse : Dans le métro, même les légendes ne fument plus écrivait le magazine Time. Ainsi Sartre (sur une affiche pour la BNF), Jacques Tati, Coco Chanel et Serge Gainsbourg, pour pouvoir être diffusés (notamment dans le métro) ont eu une consulation icono-tabacologique. Et à chaque fois, la pipe, la cigarette ou le cigare ont été pieusement photoshopés.
avant-apres-hermesApparemment, rien de tel avec Hermès et son SMS, même si l’un des attributs centraux de la statue a disparu, caché par une petite enveloppe (on dirait même, en se penchant sur la comparaison, qu’Hermès a subi une épilation “à la brésilienne”). Pas de controverse, même petite, pas de demande organisée visant au rétablissement génital de la statue [dont l’organe viril a subi directement les outrages du temps]. Est-ce parce que la retouche est soit trop modeste, soit trop voyante ? Est-ce parce que, de toute façon, on ne regarde jamais les sexes masculins réduits de la statuaire gréco-romaine ? Ou parce que, du pénis à la pipe, il est des choses que l’on ne montre plus ?

Varia

  • Technologies de surveillance : Hyperbate / le dernier des blogs décrit quelques chaussures équipées pour la chanson d’Alain Souchon (Voir sous les jupes…). Une auto-thèse du M.I.T. y semble avoir été consacrée.

    My thesis project consists of producing and wearing a system of self-surveillance that has been subversively inserted into an already existing informational and electronic system. By bringing surveillance technology closer in and attaching it to the body, I have been able to personalize a form of technological mirroring through which subjectivity and the body are reconstructed.

    Bah bien sûr…

  • Faut-il inscrire Lolita en master ?Le prof de fac“, qui blogue anonymement, se demande. [Note : les blogs sous pseudonyme sont toujours à prendre avec des pincettes et un grain de sel. Le prof de fac met en scène un enseignant-chercheur qui apparaît à la lecture parfois un peu mythomane et nymphomane — certainement éloigné de la personne in real life. Il se sent souvent poursuivi des ardeurs étudiantes.]

    Au sujet de Lolita, mon conseil : en parler avec le modérateur, ou la modératrice, de l’université. Ou contacter le CLASCHES.
    Rappel de l’épisode précédent :

    La fille que j’ai remarquée au milieu d’une marée d’étudiants le jour de la rentrée est là devant moi, en robe de soirée courte, décolletée, maquillée et belle comme jamais, et me demande de la raccompagner chez elle. Des kilomètres seul avec elle dans la voiture dans la nuit, pour finalement arriver chez elle, sachant qu’il apparait clairement que je lui plais.

    Plus récemment :

    un appel tout à fait inattendue de ma “Lolita”. Je vous laisse lire le billet où je parle d’elle car je ne vais pas vous la refaire… en tout cas. Un appel de la fameuse Emilie !
    “Allo M le Prof ?
    – oui bonjour
    – c’est émilie X
    – Emilie !!! Comment allez vous ?
    – Très bien merci (…) J’aimerai que vous me preniez en thèse. Je comprends que cela ne peut pas se faire comme ça, je suis prête à repartir sur un master recherche
    – …”
    Silence ! Je ne sais pas trop quoi lui dire. Pour l’instant j’ai temporisé en lui disant qu’il faut bien qu’elle réflechisse bien, qu’elle a une bonne situation, et que peut-etre que l’enseignement et la recherche ce n’est pas aussi trépidant comme vie que ce qu’elle veut bien croire.

  • Rotisserie Obama
    4031892
  • Le choix est dur :
    amazon20090909
  • « Ils sont de retour »

    Qui est de retour ? Les poppers : ces petites fioles vendues en sex-shops dont le contenu avait été interdit à la vente, en novembre 2007, par décret.
    Mélismes, sur son blog, retraçait début 2008 le processus ayant conduit à ce décret : la volatilité du droit.
    En mai 2009, le Conseil d’Etat annule le décret : une telle interdiction était excessive.

    poppers
    Pendant une bonne année, donc, les poppers ont été interdits à la vente. Les sex-shops ont du s’habituer à la perte de ce “produit d’appel” aux marges très intéressantes et qui occasionnait les visites de clients peut-êtres plus jeunes que les habitués.
    Jeunes ? Ce ne sont pas seulement les vendeurs qui parlent de jeunes consommateurs, “teufeurs” ou autres. Les enquêtes sur la consommation des “produits psychoactifs” ont repéré la consommation juvénile des poppers. Ainsi peut-on lire ce tableau dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire de mars 2008 :
    behmars2008
    source : Les usages de drogues des adolescents et des jeunes adultes entre 2000 et 2005. B.E.H., 25 mars 2008 / n°13.

    On le constate aisément : l’enquête repère ici que les poppers sont l’autre produit psychoactif le plus consommé [ne figurent pas, dans ce tableau, l’alcool et le cannabis]. En très bref, en 2005, à 17 ans, 5% des Français en ont déjà consommé (au moins une fois). L’intérêt de cette enquête, “ESCAPAD”, c’est qu’elle est reproduite régulièrement. En 2008, beaucoup plus de jeunes semblent avoir touché aux poppers : un peu plus de 13% déclarent en avoir déjà consommé. Thrill face à l’interdit ? Plus grande facilité de déclaration ? Influence de la tektonik ? [Cherchez l’hypothèse étrange.]
    poppers-ofdt-2009
    source : Les drogues à 17 ans – Résultats de l’enquête ESCAPAD 2008, OFDT, juin 2009.
    Les auteurs de l’enquête semblent perplexes devant une telle augmentation :

    Cela pourrait être en lien avec le changement de statut légal de ces produits dont la vente était contrôlée (limitée aux majeurs dans les sex-shops) avant d’être interdite en novembre 2007. Une soudaine augmentation de l’offre via une baisse des prix pour liquider les stocks des fabricants et des revendeurs autorisés n’est pas à exclure. De plus, la visibilité et la disponibilité de ces produits sont également croissantes sur Internet. En 2008, le poppers domine donc largement les expérimentations de produits psychoactifs illicites (…)

    Mais en 2009, ces produits ne sont (de nouveau) plus illicites…
    Et les sex-shops cherchent à le faire savoir : à part les abonnés du Recueil Lebon en effet, rares étaient les personnes au courant de la décision du Conseil d’Etat.
    L’on a vu fleurir, à côté des “Déstockage Massifs DVD Rocco Siffredi”, de petites affichettes : “Ici Poppers”. L’entreprise fabricant le “Sex Line” propose même une petite affichette pour les vitrines.
    poppers 2009
    On a peu parlé de ce retour du poppers… pour quelles raisons, je l’ignore. Que trouve-t-on ? Un article intéressant dans La Voix du Nord qui interviewe un sexshopiste :

    Il faut dire qu’avant le décret, sa boutique écoulait « en gros, entre quarante et cinquante flacons par mois. Ça se vend 12€ la bouteille, c’était un vrai manque à gagner. » Soit entre 480 et 600€ de perte tous les mois. Laurent était donc le premier surpris quand, en mai, le Conseil d’État a annulé le fameux décret. Une « très bonne nouvelle », assure-t-il.
    Rapidement, il affiche sur la porte du magasin une affiche qui dit : « Ici, vente de vrai poppers ». Le but étant de retrouver la clientèle perdue durant le temps de l’interdiction.
    source. Le vrai poppers est de retour, La Voix du Nord, (Arras), juillet 2009

    Et un autre article dans Sud Ouest qui développe l’idée selon laquelle l’interdiction a rendu le produit plus attractif.

    Après le décret ministériel, la quête du poppers devient un nouvel enjeu. À Bordeaux, comme ailleurs, la consommation progresse. (…) Franck, homosexuel bordelais, âgé de 35 ans raconte : « Le poppers était un produit un peu ringard il faut bien le reconnaître, à l’image du Viagra… Du fait de l’illégalité, il a gagné une seconde jeunesse. Une espèce de “revival”. Et surtout, nous n’avions aucun mal à en trouver.
    On entrait dans un sex-shop pour acheter du poppers, on nous répondait “vous savez que c’est interdit” et en général, on nous sortait une ou deux fioles de derrière les fagots. Le fameux stock à écouler… Il existait un trafic dans les bars gays (…) Et puis, les gens achetaient sur des sites Internet belges ou anglais à 20 euros la fiole, au lieu des 15 habituels.
    »

    Trois choses sans rapport entre elles

    Où l’on parlera de camouflage d’objets porno, de décryptage sociologique et d’ethnographie universitaire.

    • 1- Voici un exemple de camouflage relevé dans Une année d’amour de Louis Doucet (1969, éditions Eric Losfeld). En 1968, un disque de chants guerriers à 45 tours pouvait devenir autre chose à 33 tours :

      langoureux-disque

      Ces disques pornographiques existaient réellement. Dans le très oubliable magazine Couple 2000 (1974, n°11) l’on peut en effet lire :

      Les secrets de votre chambre d’amour
      (p.7) Le dernier élément indispensable de votre chambre d’amour doit être une armoire ou une commode fermant à clé. Vous y rangerez soigneusement, à l’abri de toute curiosité des enfants ou de la femme de ménage, vos gadgets amoureux :
      – un vibromasseur, très utile pour la recherche mutuelle des zones érogènes. (On en trouve en pharmacie)
      – différents anneaux, à pointes caoutchoutées, à cils de vison… que l’on trouve dans les sex-shops (ventes discrètes sur catalogue pour les timides ou les éloignés). (p.8) Ces anneaux se placent autour du pénis et procurent à la femme des sensations nouvelles (au moins à essayer).
      – des parfums aphrodisiaques tels les batonnets d’encens.
      – vaseline et cold-cream indispensables pour la pénétration anale.
      – quelques photos et disques pornographiques qui peuvent aider à renouveler ou varier les plaisirs. (…)

    • 2- Sans transition, via Denis Colombi : Panda Sociologue sur http://52articles.wordpress.com/ se propose de lire, en détail, un article de sociologie par semaine, et d’en expliciter les tenants et les aboutissants.
      L’une des choses que j’ai mis longtemps à comprendre, c’est que les sociologues n’écrivent pas des histoires : leurs textes s’inscrivent dans des débats scientifiques et sont à comprendre comme des arguments dans ces débats. (Pour les sociologues, la sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle n’était pas ceci.) L’ennui, c’est que, le plus souvent, ces débats ne sont pas suffisamment explicités. L’allusion l’emporte, et comprendre un article nécessite alors toute une culture sociologique…
      Le Panda Sociologue apporte un décryptage, et plus encore…
      [Par ailleurs : j’en recherche d’autres, des blogs de sociologues…]
    • 3- Eli Thorkelson est un socioanthropologue américain… sur decasia.org il livre ses réflexions sur l’université française. Ici une comparaison entre P4 et P8.
    • 4- En bonus : What is Alsace ? sur Understanding Society.

    Les calendriers érotiques

    En travaillant sur l’histoire des sex-shops, je me suis peu intéressé aux usages quotidiens de la pornographie, et j’ai confiné cette dernière dans un espace spécifique. Les images de femmes nues sont pourtant présentes ailleurs : sur des calendriers exposés au travail notamment.

    Les “pin up” accompagnaient les soldats américains au milieu du XXe siècle. Les cabines des camions étaient parfois ornées de calendriers osés, jusqu’à des changements d’organisation du travail (ref 1).
    Les sociologues du monde du travail ouvrier ont aussi rencontré ces images pornographiques. Anne Monjaret principalement, dont j’explore ici les articles. Beaud et Pialoux aussi, qui mentionnent, en passant, dans Retour sur la condition ouvrière (ref 2) la personnalisation des boîtes à outils [ils citent un ouvrage de Durand, Grains de sable…]

    …on la personnalise, on la décore, on la transforme (…) Pas assez de place pour coller une femme entière. Bouts de seins et gras de fesses se juxtaposent habilement.

    De manière anecdotique, j’avais trouvé dans des archives judiciaire la trace d’un ouvrier de Renault Billancourt qui faisait un petit traffic d’images pornos. Et Robert Linhart, dans L’Etabli signale un traffic similaire : des camionneurs qui apportent à Citroën des pièces de machines font aussi entrer dans l’usine d’autres objets (dont une revue qui propose une fellation en couverture) (ref 3). Une fois dans l’usine, ces photos et ces images continuent à circuler.

    En cherchant bien, l’on trouve enfin sur internet des photos d’ateliers, dans lesquels les pots de peinture disputent l’espace aux calendriers pornos :

    Ludo-ludovic sur flickr propose la visite d’un atelier :


    Sur la photo ci-dessus, l’on voit que certaines images sont préférées à d’autres, et que les calendriers, même périmés, ne sont pas jetés : de l’autocollant permet d’avoir sous les yeux les photos souhaitées… et peut-être de les dissimuler en cas de visite impromptue.

    (voir aussi : dans une usine à l’abandon, dans une usine abandonnée, un entrepot abandonné et encore un entrepôt abandonné et encore un entrepôt, et enfin : [1], [2], [3]…)

    Comme on peut le voir dans certaines des photos, ces calendriers sont proposés par des fournisseurs. Ils savent que le calendrier sera affiché si les images sont érotiques.

    Ces illustrations sont perpétuellement en vogue. Ainsi en mars 2002, lors d’une visite, le responsable des garages d’un établissement public explique que les fournisseurs cherchent qu’elles soient conservées. «Il y a les calendriers “pratiques” en carton ou ceux avec des femmes dessus. Personne ne réclame les premiers alors que les autres sont demandés. Les fournisseurs le savent, il ne faut pas gaspiller.» (ref 4)

    calendrier-catalogueMais sortons un moment du monde ouvrier.
    Parmi les grands distributeurs de calendriers, l’on trouve la Poste, ou plutôt les facteurs. En décembre, ils passent diffuser “Le Calendrier du Facteur”. Dans un article (ref 5) Marie Cartier précise

    L’activité des calendriers s’étend sur toute l’année. Les calendriers sont produits par quatre entreprises. Les épreuves sont soumises au contrôle de la Poste en février. Des catalogues présentant les collections de calendriers et dotés d’un bon de commande sont envoyés chaque année en mars dans les bureaux de poste. Après avoir choisi les calendriers sur catalogue, les facteurs envoient leurs commandes aux fournisseurs. Ils reçoivent les calendriers dans les bureaux durant l’été.

    Si La Poste contrôle et valide ce qui est proposé dans les catalogues, il y a peu de risque que l’on se trouve face à une femme nue.
    calendrier-chaton Les calendriers les plus connus représentent de petits chatons, des chevaux, des paysages… Des chasseurs pour les régions rurales, des châteaux historiques pour les autres…
    Mais les fournisseurs de calendriers organisent aussi, en parallèle, un petit traffic. Les facteurs ont la possibilité de commander, par un bon “rose” spécial, des calendriers “SPECIAUX NUS X”, “NUS HARD” ou “NUS SOFT”.
    Ces calendriers, est-il précisé, « ne peuvent être commandés qu’à titre personnel (…) Vous ne devez en aucun cas les présenter aux usagers. Seuls les Almanachs du facteur peuvent être distribués dans le public. »
    facteur-calendrier-hard
    Commandés “uniquement à titre personnel“, certes, mais il y a la possibilité d’en commander plusieurs exemplaires, et la commande est faite avec celle de l’Almanach. J’aimerai bien savoir ce que ces calendriers deviennent. Face à quelqu’un qui ne veut pas de petit chat ou de cascade, de cheval ou de scène bucolique, mais qui demande “Vous n’avez pas un peu plus… osé ?”… les facteurs ne sont-ils pas tentés de proposer “autre chose” ? Cela m’étonnerait.
    Aujourd’hui, la commande se fait en ligne, chez Oberthur comme chez Oller. Ces entreprises proposent-elles toujours ces calendriers parallèles ?
    [Note : si oui, je suis preneur de copies d’écran !]

    *

    Cette excursion vers la Poste et ses facteurs n’était pas qu’une digression. Celles et ceux qui ont rencontré les calendriers érotiques dans le monde ouvrier signalent leur disparition : les camions perdent leurs femmes nues (ref 1), les ateliers sont expurgés des posters “osés”. Anne Monjaret (ref 7) l’a observé de près : les restructurations, l’arrivée des femmes ou de générations plus jeunes, des modes de management nouvelles ôtent tout sens aux posters de nus :

    Après le déménagement (…), les équipes qui ont suivi le mouvement ont dû fusionner, les « anciens » ont dû se confronter à la venue de « jeunes » formés autrement qu’eux. Les ateliers ne ressemblent plus à des ateliers, les établis sont devenus des bureaux. La construction d’un espace viril et plus encore corporatiste n’a, semble-t-il, pour le moment, plus lieu d’être. Quand le corporatisme n’a plus de sens, les signes référents sont abandonnés, les images de nus en faisaient partie. Elles se retrouvent parfois discrètement sur l’écran de veille de l’ordinateur. Certains « anciens » se retranchent dans cette pratique d’affichage, mais ils se savent isolés. Des « jeunes » se sont, eux, amusés brièvement avec ces images.

    Les usages de la pornographie sortent du monde du travail et se privatisent : sous cette hypothèse, les calendriers “SPECIAUX NUS X” des facteurs sont sans doute destinés à des usages privés.

    Il existe donc (ou du moins il existait), j’ai essayé d’en montrer des exemples, une circulation publique d’images de femmes nues, circulation connue (prise en compte par les fournisseurs d’outillage industriel, repérée par les sociologues) mais que je n’avais pas vraiment pris en compte dans ma réflexion (centrée sur le caractère privé de la consommation). Je suis fort heureux, donc, d’avoir pu lire récemment les articles d’Anne Monjaret.

    *

    Je suis preneur d’autres références (anglophones ?) et d’autres photos (plus anciennes par exemple)… Des anecdotes aussi m’intéressent.

    Références
    ref 1 : Bruno Lefevre, “La ritualisation des comportements routiers”, Ethnologie française, 1996-2,
    ref 2 : Beaud & Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999
    ref 3 : Robert Linhart, L’Etabli cité par Anne Monjaret “Posters de nus dans les espaces masculins” in Charif et Le Pape, Anthropologie historique du corps, Paris, L’Harmattan, 2006
    ref 4 : Anne Monjaret, “les calendriers illustrés de nus féminins dnas les espaces de travail masculins”, in Tamarozzi et Porporato, Oggetti e immagini, Omega Edizioni, 2006.
    ref 5 : Marie Cartier “le calendrier du facteur, Les significations sociales d’un échange anodin“, Genèse, 2000-4, n°41
    ref 7 : Anne Monjaret, “Images érotiques dans les ateliers masculins hospitaliers : virilité et/ou corporatisme en crise“, Mouvements, 2004 n°31

    Sex-shops : en solde

    C’est les soldes… et amazon a décidé de solder mon livre. Vous pouvez donc acheter Sex-shops, une histoire française avec une réduction de 30% ! 12 euros, c’est donné !
    Et quand amazon n’en aura plus : il existe de bonnes librairies, qui l’ont encore…

    Le nombre des sex-shops

    En lisant Le commerce à Paris. Banque de données sur le commerce parisien: recensement 2007 et évolution depuis 2005 rendu public par l’APUR récemment, l’on découvre que, depuis 2005, le nombre des sex-shops à Paris a encore diminué.
    CF502 Vente d’articles érotiques et sex-shop :

    2003 2005 2007
     130  114  103

    Note : j’avais parlé un peu plus longuement de cette baisse en 2006. Les chiffres de ce billet sont légèrement différents mais la tendance est la même.

    Technologies

    J’ai appris hier que Technology of Orgasm de Rachel P. Maines, un ouvrage sur l’histoire technique et médicale du vibromasseur, venait d’être traduit en français. Les éditions Payot publient en effet Technologies de l’orgasme. Le vibromasseur, l’« hystérie » et la satisfaction sexuelle des femmes.
    En 2004, j’en avais fait une présentation rapide, dans la revue Labyrinthe [PDF], appelant à une traduction en français.
    Le livre de Maines a été (avec Les Cadres de Boltanski) l’une des influences de mon livre sur les sex-shops, notamment en s’appuyant sur les sources les plus légitimes pour étudier un objet illégitime. A mon avis, cette manière de faire s’oppose, en sourdine, à des ouvrages qui, pour parler de sexualité, de genre, d’orientation sexuelle…, refusent la confrontation avec des matériaux empiriques.
    Mon compte-rendu sur Technology of Orgasm.