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Archives de la catégorie : 'sexualité'

Des sex-toys en Afrique ?

La lecture d’un article intitulé Sex-toys au Maroc, sur un site consacré à Casablanca, m’a fait penser à quelques mails reçus il y a de longs mois maintenant.

L’article débute ainsi (ou presque) :

[Au Maroc] il existe de vrais réseaux, parfaitement discrets et organisés qui se chargent de vendre ces jouets pour adultes. A Casablanca, deux femmes sont connues sur la place. L’une, que nous appellerons Amal, organise des soirées filles à domicile, où, sous le même principe que tupperware, les femmes peuvent essayer et acheter la marchandise, l’autre, Lina, prend des commandes privées et se charge de les acheter une fois en France ou en Europe.

Les mails que j’avais reçu se présentaient ainsi. (Ils ont été anonymisés, l’hétérographe a été conservée) :

Je suis un jeune homme de 25ans. Je suis né au *** (Afrique de l'Ouest) et j'ai grandi au *** mais je suis très "tourné vers les sociétés occidentales". Je suis entrain de monter un projet d'installation de sex shop(que j'appellerai plutôt Love shop) au *** d'abord et dans toutes les capitales Ouest Africaines. Dans mes recherches sur le sujet, je suis très souvent tombé sur votre blog.
J'ai quelques inquiétudes en ce qui concerne mon projet vu les pesanteurs socio-culturelles en Afrique où le sexe est carrément Tabou. Je voudrais faire une étude de marché d'abord mais j'ai peur que mon idée ne soit prise après les enquêtes.

Une étudiante africaine m’écrivait aussi

je suis une jeune etudiante de 24 ans d’ origine ***** et venu en france pour poursuivre des etudes superieures en economie et gestion je suis titulaire d une maitrise en gestion d’entreprise obtenu a * * * * et je prepare un master en BANQUE FINANCE assurance a * * * * je me suis associée avec une amie a moi qui a le meme parcours que moi mais qui reside a **** (…)
moi precisement je prefere me lancer directement dans l’entrepreunariat apres mes etudes (…)
nous avons decidé de nous lancer dans le marché des sextoys pas en france mais plutot en afrique dans notre pays d’origine je ne sais pas (…) l idée nous ait venu simplement apres avoir emmener lors de nos vacances au pays certains de ces gadgets, cela a enormement attisé la curiosité de beaucoup de personnes et surtout nous sommes revenues en france avec des commandes
certes l’ on ne sait pas baser sur cela uniquement pour vouloir se lancer sur un marché inexistant je dirais meme en afrique la cote d ivoire est un pays ou les moeurs ont enormement evolué et en matiere de sexe nous sommes le pays en afrique francophone qui est assez evolué en la matiere

Un autre extrait plus direct (d’un commercial français sans lien avec l’Afrique) :

C’est un projet avec un ami africain d’exporter en Afrique de l’ouest des sex-toys pour une clientèle féminine “insatisfaite”. (…)
Le projet est de vendre dans un premier “sous le manteau” ces sex-toys dans un pays africain d’ obédience musulmane, puis des réunions “tupperware” par le biais de commerciale et enfin dans l’arrière boutique de certains commerçants locaux. Ma question aujourd’hui est (…)

Un troisième extrait, d’une Ivoirienne :

(…) J’ai décidé d’ouvrir un magasin de lingerie à abidjan mais pour me différencier de la concurrence, j’ai décidé d’y introduire des sex toys et pourquoi pas élargir la gamme dans ce domaine vers une tendance sex shop.
Abidjan est une ville ou le libertinage est assez développé mais de façon introvertie. Les gens ont tendance à cacher tout ce qui concerne le sexe pas comme à pigalle ou a strazbourg saint denis.
Les hotels de passe naissent tous les jours et sont très discrets. il n’ya pas vraiment de sex shop en tant que tel, il y a des magasins similaires. La discrétion est de rigueur en Cote d’ivoire meme si tout le monde sait ce qui se passe. C’est pourquoi je veux mettre de la lingerie en vitrine avec des sex toys un peu plus en retrait.
(…)
Aujourd’hui, toutes les activités qui tournent autours du sexe se développent a Abidjan. Je veux profiter de l’émergence de ce marché pour asseoir une affaire. mon entourage m’encourage vivement dans cette voix.(mon père trouve cette idée un peu farfelue)
J’ai déjà trouvé le local adéquat, mais le plus important sont les fournisseurs, pcq je ne veux acheter en détail, ce ne serait pas interressant pour moi, de plus, la douane ici est terrible. On m’a également parlé de sex toys en chine ou a doubai. si vous avez des contacts là bas je vous serais très reconnaissantes si vous me les
communiquez.

Ces mails — et l’article cité plus haut — témoignent, certes de manière anecdotique, d’une sorte de circulation internationale des désirs — et des représentations des plaisirs. J’aurai aimé trouver quelques articles académiques sur le commerce des sex-toys en Afrique, mais mes quelques recherches n’ont rien donné (je ne compte pas cet article journalistique sur le Nigeria). Je n’en écrirai donc pas plus aujourd’hui, laissant pour plus tard d’éventuelles réflexions. Il faudrait, par exemple, que je me renseigne auprès d’AnneLolotte, qui, parce qu’elle a monté une entreprise de vente à domicile de sex-toys, a peut-être des représentantes “non-officielles” au Maroc ou en Tunisie.

Mariage au Vermont

Il y a sept ans de cela, je travaillais sur la célébration religieuse des “unions civiles”, une sorte de mariage “light” pour les couples du même sexe au Vermont, un tout petit état fédéré américain. Mes articles (1 et 2) sont aujourd’hui fort obsolètes, mais pour une raison que je ne vais pas regretter :
Aujourd’hui, les Assemblées élues du Vermont viennent d’ouvrir le mariage aux couples de deux hommes ou deux femmes.
Reste à savoir comment les Eglises locales vont faire… Je ne vois pas les candidats au mariage continuer à demander des “unions civiles” (en tout cas, les couples de sexes différents, à le Vermont offrait aussi une forme d’union civile, ne les ont jamais choisies).
Récemment (il y a moins d’une semaine), c’est l’Iowa (en tout cas sa cour suprême) qui a rendu légal le mariage de deux personnes du même sexe. Mais je n’ai pas eu le temps de lire les textes juridiques (la décision de la Cour Suprême) ni les réactions locales. En tout cas, cela n’a pas fait les gros titres de la presse ni la fortune des “cartoonistes” alors que, quand le Massachusetts avait étendu la définition du mariage, j’avais trouvé quelques 300 “editorial cartoons” et moins d’une centaine quand la Californie avait (un temps, en 2008) fait la même chose.

Territoires contestés

D’un côté, nous avons les sex-shops, qui ne peuvent plus s’installer en centre ville depuis 2007 : ils doivent être placés à plus de 200m à vol d’oiseau de tout établissement scolaire.
De l’autre côté, nous avons des assemblées évangéliques, qui sont perçues comme des “sectes” par de nombreuses autorités municipales et dont la jeunesse comme la précarité financière interdisent la possession ou la location de bâtiments en centre ville.
Ces deux institutions, le sex-shop et l’église évangélique, devaient bien un jour se rencontrer. Et cela se fait, actuellement, dans ces zones commerciales péri-urbaines, à proximité du Carrouf’, du centre commercial et derrière l’ancien Décathlon devenu un ToysRus :
Voici donc un petit article récent de Nice Matin :

Le pasteur qui proteste contre les petites culottes

« Quand on dit aux gens qui cherchent l’église que c’est en face du magasin de lingerie fine, c’est sûr que ce n’est pas ce qu’il y a de mieux…», explique timidement Anne, une fidèle de l’église protestante évangélique.

La communauté religieuse est en émoi depuis l’installation à l’Espace Antibes, il y a un mois, de la boutique « Sexy in the city ». « La boutique qui pimente vos nuits !!!! 200 m2 de charme et de volupté », vante le prospectus de la nouvelle enseigne qui vend de « la lingerie gourmande, des produits de massage, des sex toys, des livres et accessoires de séduction, des DVD » etc.

« Quand on sort de l’église après la prière, on a beau essayer de ne pas regarder, on ne voit que ça : des strings, des jarretelles…et à l’intérieur, je n’ose même pas imaginer… », s’insurge une croyante en désignant la vitrine rose et noire où on aperçoit des mannequins vêtus de bustiers de dentelle coquine.
source

Le sex-shop : arme dans les luttes municipales

« Vous m’embêtez… ? J’ouvre un sex-shop ! ” : c’est ainsi que Michael Zarlenga a réagi récemment, d’après un article du Washington Post .

Dans le quartier d’Old Town Alexandria, Zarlenga voulait agrandir son magasin. La commission locale des monuments historiques a refusé. En réponse, il a loué l’espace à un sex-shop :

Zarlenga spent $350,000 on plans to expand his hunting and fishing store, the Trophy Room. He worked with city officials for almost two years and thought he had their support — until the architectural review board told him he couldn’t alter the historic property.

Furious and out of money, Zarlenga rented the space to its newest occupant, Le Tache.

“I can’t say I didn’t know it would ruffle feathers,” said Zarlenga, 41. “Actually, I was hoping for a fast-food chain because I thought that would be more annoying to the city.”
source

Cela rappelle une affaire similaire en France, où, dans le petit village de Saint-Béat, un boulanger a ouvert un sex shop pour protester.
Les arts de la résistance suivent parfois des règles structurelles.

Ouvertures, fermetures : la vie des magasins sexy

Autour de la Saint-Valentin s’ouvre une poignée de magasins qui se consacrent à la vente de lingerie et de gadgets. On en repère l’ouverture à Lille, dans l’Ariège, dans l’Aude… Ce sont à chaque fois des petites surfaces, des petites boutiques de centre ville. La multiplication des articles fait penser à un marché en croissance… mais c’est probablement un effet d’optique.

Dans l’Ariège, à Lavelanet, d’après la Dépêche du Midi, un coin coquin fait revivre une triste rue du centre ville :

Triste la rue de Verdun (ex-rue des Marchands), avec sa majorité de rideaux tirés, magasins fermés ? Pas sûr, pas vraiment, car des commerces, il en reste encore quelques-uns et ils valent le détour, tant par l’accueil qui est réservé que par la qualité des services et produits proposés.
(…)
Après avoir descendu quelques marches, en sous-sol, le coin coquin. « Je ne suis pas sex-toy ni poupée gonflable, je suis pour le coquin, on peut avoir tout pour s’amuser sans passer à l’extrême, se faire des mises en scène, des scénarios en tenues rêvées ou fantasmées, érotiques, sensuelles, ça met du piment. »

A Lille, dans le quartier du Vieux-Lille, a ouvert une boutique “dédiée aux plaisirs féminins, “Pink”. L’article de Nord Eclair précise :

Pour lancer son entreprise, la jeune femme a bénéficié de plusieurs dispositifs. Tout d’abord elle a été épaulée par la Mission locale de Villeneuve d’Ascq et la Boutique de gestion d’espace (BGE) l’a aidée à monter son dossier. Elle a également proposé son projet devant le Clap (Comité local d’aide aux projets) et le jury lui a accordé une aide financière de 2 500 E. Elle a pu bénéficier d’un prêt au taux zéro grâce à Initiative-clé. Des aides précieuses pour financer les nombreux travaux pour sa boutique.

On trouve aussi d’autres informations sur le site de la Mission locale. Les boutiques proposant lingerie et jouets pour adultes ne rencontrent donc pas toujours l’opposition des administrations. Et c’est peut-être quelque chose de nouveau, même si les aides financières semblent plus difficiles à obtenir pour des magasins plus “classiques” :
carol-ive-lehavre3A l’ouest, au Havre, c’est une boutique plus traditionnelle qui a ouvert récemment, et là encore sans opposition virulente de la mairie (voir l’extrait ci-contre). Les propriétaires du magasin “Carol’Ive” ont néanmoins dû changer en partie le nom de leur boutique, de “sex-shop” en “lover-shop”. Comme les magasins précédents, ils ont eu droit à un article dans la presse locale, célébrant leur ouverture. Mais aucune mention de subvention n’est mentionnée.
carol-ive-lehavre carol-ive-lehavre2

Pour un autre article, sur l’ouverture d’un magasin de Dieppe, “Eros boutique”, suivez ce lien.

Si l’on arrive à repérer l’ouverture de plusieurs magasins autour de la Saint-Valentin, c’est que, pour certains journalistes : Le phénomène des cadeaux coquins est (…) bien sensible à l’occasion de cette fête des amoureux écrit Le Bien Public :

« Deux semaines avant le 14 février, les premiers clients viennent pour acheter des cadeaux pour la Saint-Valentin, remarque Elisabeth Guillaume-Reisser, gérante du magasin Erotika à Dijon. La plupart ont un budget entre 10 et 50 euros. Nous avons aussi des commandes spéciales de jeunes adultes qui veulent être sûrs d’avoir le produit désiré à temps. » Vendeuse spécialisée dans le domaine depuis 30 ans, elle explique aussi que certains clients de passage s’y prennent au dernier moment, « soit la veille ou l’avant veille ». Une tendance soutenue à Planet Dream, où Nathaly note que « l’affluence augmente jusqu’au jour de la Saint-Valentin inclus. Cette année, les gens n’hésitent pas à dépenser ».

Les éventuelles réticences des “riverains” (et des commerçants déjà sur la place) à l’ouverture de magasins sexy sont souvent passées sous silence. Dans un article de La Dépêche du Midi, sur un magasin nommé « La Tentation des anges » à Carcassonne, on trouve quand-même trace d’un petit énervement :

Ce qui est sûr, c’est que cette boutique, à peine ouverte, attise les curiosités et n’est pas du goût de tout le monde. La communauté catholique, par exemple, s’émeut de son appellation et de l’usage du mot « anges ». Il est même question d’une pétition… Pourtant Stéphane Cogan a voulu faire quelque chose de sucré, et rien de piquant. En outre, il répond à un manque. On parle souvent d’absence d’équipements sportifs, piscine, patinoire ou club-house. Eh bien pour le sport en chambre, c’est une affaire réglée !
source : l’éroti-coquin a pignon sur rue

[Mise à jour du 17 février 2009 : un article du Midi Libre sur la boutique Tentations des Anges compare cette dernière avec le sex-shops “classique” de Carcassonne.]
Dans le même ordre de protestations, un correspondant attentif attire mon attention vers un blog du magazine Le Pèlerin, dans lequel un thérapeute catholique se plaint : la radio NRJ offre des canards vibrants à des mineures pour la Saint-Valentin.

NRJ mobile offre un sex toy aux mineures
(…)ces “plus produits” sont vendus pour la saint Valentin, la fête des couples et des amoureux normalement synonyme d’un bon et heureux moment partagé ensemble. Avec son calendrier et son sex toy, NRJ Mobile renvoie chacun vers des “plaisirs” tristement solitaires. Elle est glauque la saint Valentin avec NRJ Mobile !

Si les ouvertures de magasins sont souvent annoncées dans la presse locale, les fermetures le sont beaucoup moins. Or déménagements, mutations, envie d’ouvrir un nouveau commerce… conduisent nombre de ces petites boutiques à fermer. Une correspondante (du Sud de la France) m’annonce par exemple récemment :

« Aujourd’hui, je vends non seulement un bail commercial, mais aussi un stock et le plus important : une clientèle! »

La chemise cagoule

Lu récemment sur sexactu de Maïa Mazaurette, un billet intitulé “La chemise à trou”, sur une chemise de nuit trouée (à l’emplacement du sexe) utilisée pour des relations sexuelles avec contact minimal.
Je me souvenais avoir vu en photo ce genre de chemise de nuit, parfois appelée “chemise cagoule”. On en trouve une reproduction dans l’ouvrage de Hans-Peter Duerr, Nudité et Pudeur : le mythe du processus de civilisation, Paris, ed. de la MSH, 1998, qui est reproduit en partie sur google books (Nudité et pudeur).
chemisecagoule-duerr-p163Je ne sais pas de quelle collection est extraite cette photo, et cette chemise, très probablement de l’ancien Musée des Arts et Traditions Populaires (à vérifier).
L’on remarque, à l’emplacement de la fente, le mot d’ordre, brodé, “Dieu le veut”.
Comme dans le blog auquel sexactu fait référence, cette chemise a souvent été comprise comme une manifestation physique du carcan conservateur qui enserrait le corps (et la sexualité) des femmes. De l’existence de l’objet, et de discours parfois religieux, il en a été déduit que l’objet n’avait qu’un seul sens. Il est fort rare de pouvoir disposer de connaissances sur les pratiques effectives des personnes qui possédaient de telles chemises.
Par simple esprit de contradiction, et parce que d’autres sous-vêtements troués existent, voici une page de publicité parue dans le magazine éphémère et érotique, Flair, en 1969, et qui propose des culottes fendues. Comme le souligne la publicité, les illustrations sont extraites d’un livre intitulé Fétichisme et amour publié lui aussi vers 1968-1969.

frivolites-flair1969
lien vers l’image entière

Les objets accompagnent constamment les gestes de l’amour. Certains accompagnements sont constants (je pense au lit, ou aux coussins). D’autres sont plus rares, chemises à trou aussi bien que culottes à trou. Et ces objets sont rarement disponibles sans un discours d’accompagnement, qui précise ce en quoi consiste une “bonne” sexualité, qu’elle soit basée sur les commandements divins ou sur une injonction à la libéralisation ou à l’esthétisation du fantasme.

Varia : sex-shops de province et monoprix

Un article plutôt sympathique, dans le journal “L’Alsace”, sur un sex-shop de Colmar, le “Sans Tabou” : Reconversion De l’usine à papiers aux sex-toys :

Rien ne prédisposait Frédéric à devenir le nouveau patron de l’unique sex-shop de cette bonne ville de Colmar. Rien, excepté la nécessité de se reconvertir professionnellement. Ex-syndicaliste CGT de l’usine papetière Matussière et Forest à Turckheim durant 21 ans, ce quadragénaire sympathique et détendu a senti le vent tourner dès 2007. Lors d’un barbecue, il fait la connaissance des époux Schamberger, à la recherche d’un repreneur pour leur petit commerce, rue de la Grenouillère, créé en 1979.

colmar sans tabou

*

Un autre article plutôt sympathique, dans L’Aisne Nouvelle, sur un sex-shop de Bohain-en-Vermandois (6600 hab.)

Un sex-shop ouvrira ses portes fin décembre à Bohain. Son gérant, Eddy Delatre, est bien connu des commerçants de la cité. Mais cette nouvelle boutique suscite des réserves.
Bien connu dans le canton, pour, entre autres, être né dans la cité Seboncourtoise, Eddy Delatre [Eddie Delattre] a depuis quelques années créé plusieurs magasins de prêt à porter à Bohain. Contre vents et marées, il va ouvrir un sex-shop sur la place Michel-Pezin, là ou se trouvait un magasin informatique. Ce magasin libertin – c’est le nom de l’enseigne – ouvrira fin décembre sur 100 m2.
(…)
« Dans le prêt à porter, la concurrence est trop importante et déloyale. Il nous est difficile de nous battre avec les grandes surfaces, nous n’avons pas les mêmes armes… Voilà plus de dix ans que je lutte, car le commerce c’est mon dada. Vous savez, être commerçant ça ne s’improvise pas, ce n’est pas un jeu et pour moi l’ouverture d’un sex-shop n’a rien d’extraordinaire. C’est un commerce comme un autre (…) »
source

Le Courrier Picard en avait aussi parlé (et je reproduis ici la photo…) :
bohain-libertin

Le commerçant ne prévoit pas d’embaucher, « sauf si un jour, nous sommes moins taxés », mais entend rester innovant et veut continuer à se diversifier. « On n’a pas le choix. Regardez, dans la restauration ils sont nombreux maintenant à vendre des kebabs. Le gâteau se réduit obligatoirement… »

Pour Claude Sarasin, président de l’Union Commerciale de Bohain (UCB), cette ouverture de magasin est une bonne nouvelle : « C’est un commerce comme un autre, j’espère [RC]qu’il prendra sa carte à l’UCB l’année prochaine et je lui souhaite de réussir. »

Le magasin ouvrira avant la fin du mois. La date exacte n’a pas encore été arrêtée. Il ne devrait ouvrir qu’en fin de journée, à partir de 16 heures.
source

*

BDS Toy Pamiers Béatrice PujolEncore un article sympathique, et dans une autre région. Dans le quotidien La Dépêche : Elle ouvre le premier sex-shop ariégeois :

la nouvelle va en surprendre plus d’un… À une encablure de l’église Notre-Dame-du-Camp, au 4, rue Lakanal (ça ne s’invente pas), une boutique de jouets sexuels vient d’ouvrir. À l’extérieur, la devanture est discrète, pas de signes ostentatoires, ni d’ex-voto dédié à la gloire de Rocco Sifredi, qui est au sexe ce que la lampe à iode est aux longues portées. Non, en vérité, le regard est juste attiré par un énigmatique « BDS Toy » qui s’étire avec langueur sur la vitrine. Entendez « boutique de jouets sexuels », autrement dit un sex-shop.
(…)
Un véritable coup d’État mené par une jeune et jolie Appaméenne, Béatrice Pujol, menue brunette qui n’a pas froid aux yeux et qui, depuis la mi-décembre, a décidé d’investir un marché resté vierge depuis quinze ans.
« Le sexe, c’est important dans la vie », assène avec zénitude la pionnière
source

*

Récemment, dans un Monoprix du 19e arrondissement, je suis tombé sur un rayon entier de produits proposant “double action”, “double stimulation”, “Xtra pleasure”, “vibration G”, “gel orgasmique féminin” et un “vibromasseur à intensité variable pour de nouveaux plaisirs”. Heureusement, le tout était dans le rayon “minceur”.
monoprix1

monoprix2
monoprix3
Est-ce à chaque fois le rayon “minceur” qui se trouve ainsi reconverti ? Ou existe-t-il des Monoprix dans lesquels le titre du rayon est, plus explicitement “préservatifs et vibromasseurs” ?

Bienvenue

Bienvenue aux visiteurs en provenance des “400 Culs” d’Agnès Giard.
L’affaire mentionnée dans son article se trouve détaillée ici : La Chasse aux godes.
Mais vous serez peut-être intéressés aussi par L’Affaire Olesniak (ou comment la police découvre le trafic pornographique d’une concierge, vers la fin des années 60)… ou par mon livre sur l’histoire des sex-shops.
[Comme Agnès le précise, vous pouvez vous faire offrir Godes’ Story pour Noël…]

Des hauts et débats… Seins nus à la piscine

Sur une mailing-liste milifique (*), il y a plusieurs semaines, le mail suivant circulait :

(EXTRAIT) Une action ‘seins nus à la piscine’ est en train de se créer. C’est une action féministe visant la réappropriation de l’espace public et le droit des femmes à disposer de leur corps .

Ce mail a suscité quelques réactions, dont voici l’une d’entre elles :

Alors à qui s’adresse cette action ?
J’en ai marre de voir des nanas, en dehors des réalités, dévoyer autant le féminisme.
Et si des nanas voilées ou juste pudiques veulent faire une action féministe, elles doivent se débrouiller autrement? Ou arrêter d’être pudique? (…)
Sans parler de cette facilité de montrer des seins pour les filles normées . Il va falloir réfléchir aussi au fait que pour certaines filles, montrer des seins qui tombent et qui sont “moches” suivant la norme, est une vraie difficulté. Et pas la peine de dire que c’est ce type d’action qui peut nous libérer car je n’y crois pas une seule seconde. Quand on est grosse, comme moi, le stigmate qu’on t’a collé te suit à la trace…mais peut être ne suis je qu’une idiote…Et qu’une aliénée

Et une réaction de soutien à la réaction :

Profondément d’accord avec toi, [***], depuis mon point de vue de lesbienne trans blanche moche aigrie (sans doute !). Les “contre-normes “(euh ?) de nos milieux sont obstinément indexées sur nos valeurs classe moyenne sup blanches et valides, déjà, et par ailleurs sur le culte de “la vie intense pour celles qui relationnent”, bref le libéralisme en toutes matières.

D’autres réactions soutenaient la démarche. Le débat s’est rapidement éteint, du moins dans l’espace semi-public de la liste-mail, mais il témoigne de tensions internes au féminisme, même au sein des générations les plus jeunes.
L’action, organisée par les Tumul-Tueuses, a eu lieu cette semaine, et plusieurs blogs mentionne de nouveaux débats. Eléonore Quesnel décrit cette opération seins nus à la piscine :

Tandis qu’elles nagent comme tout le monde, les maîtres-nageurs parlent aux organisatrices, qui leur distribuent des tracts. Cinq minutes plus tard, une maître-nageuse va prévenir un vigile, sans que personne n’ait parlé aux amazones dans l’eau – à part un « C’est dégoûtant ce que vous faites ! » de la part d’une quadra outrée. Un vigile vient vers la dizaine de baigneuses en monokini. « Sortez de la piscine maintenant », ordonne-t-il du bord. Malgré le dialogue qu’elles essaient d’instaurer, l’homme ne veut rien savoir. Il obéit aux ordres, c’est tout. « Nous aussi, et on doit attendre le signal de notre chef pour sortir. » Ce dialogue de sourds dure jusqu’à ce qu’une des porte-parole leur fasse le signal convenu, le fameux « on se tire » universel. Elles sortent de la piscine, suivies par un autre vigile, plus sympathique. « Les avancées, vous les avez déjà ! Ce que vous avez fait ce soir, c’est déjà une avancée ! » confie-t-il discrètement. « On en veut encore, des avancées ! » rétorquent les militantes, qui, toujours topless, rejoignent les douches.

Le blog de Camille, Rue69, mentionne certaines des suites de l’action :

, la direction de l’établissement, elle, a jugé qu’il y avait là un trouble à l’ordre public (et que les seins nus pourraient choquer les enfants) et a appelé la police. Cette dernière est venue (mater une rebelion de femmes dangereuses ou mater des participantes dénudées?) et a menacé des femmes dans les vestiaires de poursuites pour exhibition sexuelle….

Le débat reprend, mais il va impliquer maintenant d’autres acteurs : directeurs de piscines, policières…

La monstration des seins a une longue histoire, et même, depuis le très bon ouvrage de Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d’hommes (5 étoiles au coulmont), une histoire dans la sociologie. Mais il me semble qu’il manque encore une histoire de la pratique : je connais trop peu les étapes ayant conduit les juges à accepter les seins nus sur la plage et pas vraiment ailleurs… Si un étudiant en histoire contemporaine pouvait se pencher sur les dossiers de procédure du côté de Saint Tropez, il ferait un beau mémoire de master. [Si cela a été déjà fait, je suis preneur des références.]
Il y a probablement eu, à Saint-Tropez au milieu des années soixante, quelques arrestations pour seins nus… et une petite affaire qui a été aujourd’hui oubliée. Mais parlait-on de féminisme à l’époque ? ou de bronzage ? Des actions de groupes étaient-elles organisées ? Comment la séparation s’est faite avec les naturistes (qui ne devaient pas accepter ce mi-nudisme) ? La diffusion de la pratique sur toutes les plages françaises a-t-elle donné lieu à de nouvelles mobilisations (de la police ou d’autres groupes) ?
Et enfin… une question m’intéresse : depuis quand la piscine est-elle un espace politique. Je crois comprendre le rôle des piscines, depuis le début du XXe siècle, dans les politiques municipales (c’est un établissement coûteux qui est utile à la fois aux écoles, aux sportifs, aux centres aérés etc…). Mais était-ce un espace objet d’autres investissement politiques ?
Depuis quelques années, la piscine est comme une extension de l’école en tant qu’espace “laïc” et sexué : les demandes de personnes souhaitant des piscines non-mixtes à certaines heures ont été qualifiées de communautaristes, et des reportages ont pointé du doigt la déviance anti-républicaine de certains maires…
Une bonne thèse avait été réalisée, il y a quelques années, par un sociologue (maintenant MCF à Lille, Frédéric Poulard), sur les musées locaux. On voyait bien le rôle des conservateurs dans les politiques culturelles, aux échelons locaux et nationaux. A quand une thèse sur les piscines ?

Liens :
Maïa Mazaurette sur sexactu
Eléonore Quesnel sur Agoravox
Des naturistes se réjouissent
Camille Rue69 / Rue89
Le journal suisse Le Temps
Eléonore Quesnel (encore) sur Rue69/Rue89
Un billet sur Pladond-de-verre, blog féministe.
Réactions sur un forum de nageurs.
Cousture à Montréal
AlicesWonderVerden, commentaire.

Notes
1- (*) milifique : scientifique et militant
2- j’ai posé beaucoup de questions et je n’ai pas fait les recherches minimales… Que les auteurs de travaux sur les piscines me pardonnent !

Luttes internes

Dans mes travaux sur les sex-shops, je me suis principalement intéressé aux mobilisations de riverains ou d’élus opposés à l’implantation locale de ces magasins… Il était plus difficile de comprendre les oppositions internes. Or la concurrence n’est pas toujours la bienvenue : quand une boulangerie s’ouvre à côté d’une boulangerie, l’un des boulangers n’est pas très heureux. Cette régulation interne de la concurrence, je vais essayer d’en montrer quelques exemples ici.
Soirée sex-toys à Cholet

Une soirée très coquine jeudi soir…
Organisée par le bureau des élèves de l’ESIAME, une soirée étudiante très coquine avec pour thème les “Sex Toys” aura lieu jeudi soir au Paradise.
Pendant la soirée, des cadeaux seront distribués mais pas de Sex Toys…
Après s’être renseigné auprès du Sex Shop de Cholet et de la Sous-Préfecture, David Olliver, l’un des organisateurs de la soirée, affirme que la législation interdit toute distribution gratuite d’objet sexuel. Les étudiants les plus coquins devront donc se contenter des préservatifs, des huiles de massage, des peluches et des oreilles de lapins qui seront distribués par des hôtesses.

Je n’ai jamais entendu parler de cette législation, mais elle existe peut-être dans l’esprit de certains… et certainement dans l’esprit de ceux qui s’estiment lésés par cette concurrence, les distributions de sex-toys en boîte de nuit.

De même, quand s’ouvre un magasin sexy, l’on trouve parfois des protestations étonnantes. Voici ce que m’écrit une personne (une femme), dans le sud de la France, dont le magasin vend de la lingerie et des gadgets pour adultes :

Voila, j’espere que vous pourrez me donner quelques précisions quant à la reglementation des ces nouvelles boutiques, car les personnes de la chambre de commerce ne sont pas vraiment au fait de ce genre par ici!!
Pour tous vous dire, le gérant du plus ancien sex-shop de la ville, est venu me rendre une “visite”, vraiment pas amicale!! me pretextant que je n’avais absolument pas le droit de vendre tout ces articles!! il m’a meme demandé de retirer de mes étalages la plus grande partie de ces charmant objets, soutenant qu’il les vendait aussi!!

J’ai peu d’informations sur cette visite amicale, mais j’y vois quand même une réaction à la présence plus visible des femmes dans le commerce des objets sexuels.

Dans une autre ville, c’est le gérant d’un sex-shop qui m’écrit… étonné que des “sex-toys” puissent être vendus hors des sex-shops.

j aimerai savoir pourquoi beaucoups de commerce voir centre commercial magasin farce et attrappe ou meme vente en gros (…) sont autorisé a vendre des articles libertins. recemment des vibro franchement sexués etaient en vente a la hauteur d enfant dans un rayonnage. je pensais que ce genre d article etait reservé aux SEX SHOP qui eux ont des vitrines opaques et l’entrée interdite aux mineurs
a qui s adresser pour faire cesser cette pratique
(…)
etant dans cet activité depuis 3ans je ne suis pas inquiet de la concurence mais trouve inadmisible ce genre de produit a la vente un peu partout. J’envisage d’en referé la chambre des commerces voir le procureur de la république

Il faut comprendre sa colère : son magasin (un sex-shop) est soumis à toute une série de règles spécifiques (vitrine opacifiée, interdiction d’installation à proximité des écoles, collèges et lycées, surtaxation des bénéfices dans certains cas, etc…) alors que les magasins “sexys” qui ouvrent un peu partout en France échappent à ces règles.

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Je présenterai ici une dernière forme de régulation plutôt que de lutte, “l’exclusivité” et le passage à l’activité de “grossiste”. Depuis une dizaine d’années, les fabricants de vibromasseurs ont développé des marques (et des gammes de couleurs, de désignations…) et proposent parfois l’exclusivité à des entreprises nationales.
– Ce peut être l’exclusivité de la vente au détail, présentée ainsi sur certains sites. AnneLolotte présente ainsi l’une des nouveautés : “Le sex toy Light up est exclusivité chez Soft Paris … et je pense que ce godemichet aura une belle place sous le sapin de Noel!”
– Mais ce peut être aussi l’exclusivité de la distribution. Certains objets sont ainsi distribués en France par des entreprises qui sont principalement des détaillants, mais qui sont “grossistes à côté”. Que leur apporte l’activité de distribution ? La connaissance de la concurrence. Si un collègue demande 1000 gadgets, ou simplement 100… le distributeur-détaillant a une idée de la taille réelle de l’entreprise concurrente. Il peut aussi, pour protéger son exclusivité, ne proposer à ses concurrents qu’un nombre inférieur aux quantités souhaitées.
Ceci ne fonctionne que si les fabricants arrivent à défendre leurs marques ou la spécificité des formes et des couleurs de leurs objets… Si ces derniers sont copiés, l’exclusivité fonctionne beaucoup moins bien.