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Tout doux, tout doux : encore du fétichisme

La liste des fétichismes est immense.

  • Certains peuvent faire froncer les sourcils : “ouille, ça doit faire mal”. D’autres semblent a piori plus amusants. Le fétichisme du “mohair” fait partie de la dernière catégorie.
    Mais qui peut donc apprécier autant “une partie de jambes en laine” (en dehors des soirs de grand froid) ? Les partisans et partisanes (assez peu nombreux, apparemment) se retrouvent sur une partie “adulte” de doctissimo pour échanger patrons et pelotes. Sans que l’on sache bien s’il faille crier “Fake”.
    La chose, de toute façon, avait été remarquée il y a quelques années, par Vice, par Brain Magazine et, quelque part, par Maïa Mazaurette, qui signalait ce lien Woolite. J’en parle pour garder ces liens en mémoire.
    Ailleurs (NSFW) sur Flickr.

D’autres fétichismes ?

  • La cartographie avec R, signalé par Quanti.
  • Les gens qui n’utilisent plus de savon
  • Luc Boltanski sur la Vie-des-idées, et une lecture américaine de Boltanski, sur orgtheory
  • Une allusion lettrée à Rabbi Jacob.
  • « Les formes d’un lapin ou d’un renne en chocolat avec un ruban rouge ne peuvent être enregistrées en tant que marques communautaires » PDF.
  • Fantômette, héroïne ligotée (2)

    Dans Le Figaro, du 22 juin 2006, p.5, on peut lire une toute petite interview de Marie Darrieussecq sur ses lectures d’enfant : « Fantômette était un caractère féminin positif, active, mystérieuse, érotique… Oui-Oui, au potentiel érotique moindre, avait un côté “doudou” rassurant. »
    Fantômette était donc dotée d’un potentiel érotique. Il fallait poursuivre l’enquête (commencée ici), surtout que la Bibliothèque rose tend à minimiser ce potentiel. Dans le communiqué de presse visant à ouvrir les festivités du cinquantième anniversaire de Fantômette, Darrieussecq, interviewée ne parle plus d’érotisme, mais de féminisme : « “Fantômette” était une héroïne extraordinaire pour la petite fille que j’étais, une féministe avant l’heure, et qui me faisait rêver. » [source].
    Dans un esprit proche, les fans adultes de Fantômette considèrent que toute lecture sexualisante des romans de Georges Chaulet est perverse.
    L’enquête se poursuivra donc chez d’autres romancières :
    Dans Sous réserve de Hélène Frappat (Allia, 2004), Fantômette apparaît comme une tueuse, « dans un roman où la justicière égorge un journaliste dont elle désapprouve les avances ». Ce roman « s’appelait Loi Blanche car son héroïne, Fantômette, avait la passion des couteaux. » Une tueuse donc, mais pas vraiment érotique.
    Dans le roman Premier rôle, d’Alice Massat (Denoël, 2008), le potentiel érotique de Fantômette est liée à son loup. Ce roman se conclut par une soirée dans laquelle participants et participantes doivent porter le masque de Fantômette, devenue l’héroïne d’un film : « À l’origine, c’est vrai, c’était pour les enfants, mais ils en ont fait un film policier, avec une héroïne aux pouvoirs spéciaux. Mais sans vous raconter toute l’histoire, on comprend au fur et à mesure qu’elle est carrément branque, victime de troubles de l’identité. »

    *

    Mon hypothèse

    Je ferai l’hypothèse que, dans les romans de Georges Chaulet, le “potentiel érotique” de Fantômette est en partie lié aux situations d’entrave, qui reviennent suffisamment souvent pour former un motif narratif. Ces situations d’entrave, nous allons le voir, sont souvent réalisées dans des sous-sols (cuves, caves, grottes, cryptes, cales de bâteau…) ou autour d’armatures plus ou moins métalliques (cages, grilles, chaises…). Les costumes jouent un rôle (celui de Fantômette, mais aussi diverses sortes de combinaisons).

    Quelques preuves de ligotage récurrent

    En 1961, dans les premières aventures, Les exploits de Fantômette, le ligotage est évoqué rapidement, sur un bateau en train de couler :

    [Le colonel] se baissa, empoigna un cordage et ligota Fantômette, toujours évanouie, après lui avoir retiré son poignard qu’il planta sur le pont. Puis il la prit sous son bras, entra dans la cabine et descendit au fond de la cale par un court escalier.
    source : Les exploits de Fantômette, 1961, p.158

    Deux ans plus tard, dans Fantômette au carnaval, l’auteur multiplie les ligotages. Page 125 « Ce fut soudain, inattendu. Un voile noir lui tomba sur le visage tandis qu’elle se sentait soulevée de terre, puis maintenue solidement. Elle sentit qu’on lui immobilisait bras et jambes pour les attacher. » Fantômette se retrouve « ficelée comme une andouille de Vire » (p.127). Mais aussi p. 150, où Fantômette est de nouveau ligotée, et où elle déclare, étrangement, « Je veux bien qu’on m’attache », tout en évoquant diverses formes de « supplices chinois ». Idem (double ligotage) dans Fantômette contre la Main Jaune (1971), où le personnage évoque encore explicitement un supplice. Attachée à un gouvernail, elle déclare : « Tiens! C’est donc ça qu’on appelle le supplice de la roue ? » (p.69). Ré-attachée une centaine de pages plus loin, elle proteste « Encore ! C’est une manie que vous avez, de ficeler les gens ? » (p.174).

    Dans Fantômette et la télévision (1966), Fantômette « était allongée par terre, sur le dos. La corde qui lui immobilisait bras et jambes était passée, par surcroît de précaution, dans un anneau de fer scellé au mur. » (p.138)

    Entre 1968 et 1975, les scènes de ligotage font partie des scènes attendues. Dans Fantômette dans le piège (1972) elle est aveuglée par une sorte de sac, ligotée et enserrée dans un pneu (la scène formera la couverture et sera illustrée).

    un voile noir s’abat sur ses yeux, en même temps qu’une sorte de cercle tombant du ciel, lui enserre les bras en les immobilisant. Elle tente de ses débattre, mais sent qu’on lui attache les jambes avec une corde.

    La panoplie parfaite du petit sadomasochiste

    Dans Fantômette contre le Hibou, les méchants portent des costumes à mi-chemin entre ceux du Ku-Klux-Klan, ceux des Grands Inquisiteurs et des bourreaux. Dans Fantômette chez les Corsaires (1973), c’est toute la panoplie du sadomasochiste qui est conviée. Menottes, entraves, caves, cages et fouets… sont combinés à une situation où les personnages féminins capturées par des sortes de pirates sont réduites en esclavage :

    « Si vous m’obéissez au doigt et à l’oeil, ça ira. Si vous faites les fortes têtes, il y aura cet accessoire pour vous calmer… »
    Du pouce, il désigne le fouet accroché au mur.
    (…)
    Dominguez décroche une chaîne reliée à deux anneaux. L’ensemble ressemble assez à des menottes. Il se baisse, ouvre les anneaux qui sont en deux parties, les referme sur les chevilles de la grande Ficelle. Puis il sort une clé de sa poche et verrouille les anneaux. Ficelle pousse un cri :
    « Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous me mettez des chaînes aux pieds, comme aux esclaves, dans l’ancien temps ? »
    Dominguez se met à rire.
    « Et que crois-tu donc que tu es ? Une esclave, ma petite, tout bonnement ! »
    source : Fantômette chez les Corsaires (1973), pages 80-82

    Le thème du cachot revient en force dans Fantômette et le Masque d’Argent (1973), où deux hommes l’entraînent sous terre :

    Fantômette ne peut rien voir, mais elle se rend compte que des poignes solides la soulèvent, l’entraînent au long des couloirs du sous-sol. Elle se débat, essaie de se libérer, donne des coups de pied, mais sans résultat. Ses adversaires sont au nombre de deux, lui semble-t-il. Le premier lui a rabattu sa cape sur sa tête, le second lui maintient les jambes. Elle sent qu’on la soulève, qu’on la porte et qu’on la dépose (p.137) sur le sol. Elle entend le claquement de la porte, suivi d’un glissement de verrous. Elle dégage aussitôt sa tête de la cape, regarde autour d’elle. La pièce est une sorte de cachot
    source : Fantômette et le Masque d’Argent (1973) p.136

    Esclavage, cachot… y aurait-il d’autres réminiscences d’incarcération féminine ? On trouve une aventure intéressante dans Fantômette et le secret du désert (1973), livre dans lequel non seulement Fantômette est attachée en plein désert, sur un roc, “les bras en croix”, par des “liens de cuir” par un chef de tribu arabe, mais aussi enfermée, un moment dans le harem (du même chef ou d’un autre). Dans le harem, elle est rhabillée entièrement, à la mode locale. La scène de ligotage présente une caractéristique intéressante. Fantômette y est une participante volontaire :

    « Si tu refuses ce que je t’offre, je te fais attacher à ce pic et je t’abandonne là jusqu’à ce que tes os blanchissent au soleil. »
    Fantômette médite un moment en sifflotant entre ses dents, puis elle se lève, sort du gourbi et va tranquillement s’adosser à l’aiguille de pierre.
    p.71-72

    Ligotage et jeux d’eau

    Dans Fantômette et le palais sous la mer (1974), le thème du ligotage est encore associé à celui de la mer. Les trois héroïnes (en combinaison moulante de plongée) sont ligotées… par ceux-là même qui avaient déjà ligotées les mêmes personnages, dans le premier épisode de la série (1961). L’auteur, on le voit, a de la suite dans les idées.
    Dans Pas de vacances pour Fantômette (1984), elle est enfermée dans une machine à laver industrielle (une sorte de cage en métal, mais vouée à être mise à l’eau) :

    oui je viens d’imaginer un moyen simple et efficace. Nous allons la fourrer dans une des machines à laver et ouvrir le robinet d’eau. Quand la machine sera remplie, notre amie se noiera gentiment…
    Pas de vacances pour Fantômette (1984)p.12

    Dans Fantômette en plein mystère l’héroïne est non seulement ligotée, mais aussi jetée dans l’eau (et sauvée in extremis par Œil de Lynx).

    *

    Ligotage et humiliation

    Que se passe-t-il une fois Fantômette ligotée ? Le plus souvent, les ligoteurs s’en vont. Mais, assez fréquemment quand même, ils cherchent à humilier Fantômette. En lui soufflant de la fumée de cigare sur le visage (Fantômette contre Charlemagne, 1974, p.102), car, dans les années 60 et 70, les méchants fûment pas mal, et même les gentils (la pipe, pour Œil de Lynx le journaliste).

    Dans Fantômette contre Charlemagne (1974), une double scène de ligotage (un ligotage simple suivi d’un double ligotage sur une grille en fer) :

    La jeune justicière est entraînée jusqu’au premier étage du cinéma, puis soigneusement ficelée à une chaise. Le Furet allume alors un cigare, souffle la fumée au nez de sa prisonnière et fait un petit discours. (…)
    source : Fantômette contre Charlemagne (1974), p.102

    On peut aussi humilier Fantômette en mangeant ou en dînant face à elle (un thème fréquent). En la menaçant enfin de supplices encore plus vicieux :

    « Ah! Tu ne veux pas parler ? Parfait! on va te délier la langue. Ah! on veut jouer au plus fin avec moi… Eh bien, nous allons voir qui aura le dernier mot. Je vais un peu te chatouiller la plante des pieds avec la flamme de cette bougie, et il faudra bien que tu parles! »
    source : Fantômette et la télévision (1966), p.159.

    Dans Fantômette en danger (1983), le ligotage est associé au monde médical. Fantômette est attachée par des entraves en métal sur une table d’opération et trois médecins la menacent.

    Et soudain elle sent ses bras s’immobiliser. On la soulève d’un coup, on la porte sur le fauteuil d’opérations. Des cercles de métal se referment sur ses poignets et sur ses chevilles. La capture n’a pas duré cinq secondes, preuve que les infirmiers ont l’habitude de ce genre de chose.

     

    Est-ce dans les cordes de Fantômette ?

    Fantômette ligotée, OK. Fantômette ligoteuse ? Oui, parfois. C’est avant tout quelqu’un qui apprécie un bon ligotage. Fantômette brise la glace (1976) s’ouvre par une scène dans laquelle Fantômette regarde une jeune fille se faire ligoter.

    A la lecture, Fantômette ligote peu. Je ne retiendrai ici qu’un seul ligotage, parce qu’il est parfait. C’est le ligotage d’une femme (+1), dans une sorte de cage en métal (un avion, +1), en costume (+1). Il ne manque que le sous-sol…

    Conclusions

    Dans une interview donnée à Hervé Guibert dans L’Autre journal en 1986, Georges Chaulet déclarait que “dans la Bibliothèque rose on ne peut se permettre ni épouvante, ni sexualité, ni argot. C’est une convention tacite qu’on suit une fois pour toute”. Mais comme on le voit, la sexualité affleure, jamais explicite, dès lors qu’elle est évacuée.

    Références

    Ont été consultés les Fantômettes suivants
    Les exploits de Fantomette, 1961
    Fantômette contre le Hibou, 1962
    Fantômette au carnaval, 1963
    Fantômette contre Fantômette, 1964
    Fantômette et l’île de la sorcière, 1964, 1984
    Pas de vacances pour Fantômette, 1965, 1984
    Fantômette et la télévision, 1966
    Fantômette et le brigand, 1968 et 1974
    Fantômette et son prince, 1968
    Fantômette et la lampe merveilleuse, 1969
    Fantômette et le trésor du Pharaon, 1970
    Fantômette chez le roi, 1970, 1974
    Fantômette à la mer de sable, 1971
    Fantômette contre la Main Jaune, 1971
    Fantômette et la maison hantée, 1971, 1983
    Fantômette dans le piège, 1972
    Fantômette viendra ce soir, 1972
    Fantômette chez les corsaires, 1973
    Fantômette et le secret du désert, 1973
    Fantômette et le Masque d’Argent, 1973
    Fantômette et la Dent du Diable, 1973
    Fantômette contre Charlemagne, 1974
    Fantômette et la grosse bête, 1974
    Fantômette et le palais sous la mer, 1974
    Olé Fantômette, 1975
    Fantômette contre Diabola, 1975
    Fantômette viendra ce soir
    Fantômette brise la glace, 1976
    Fantastique Fantômette, 1980
    Fantômette en danger, 1983
    Fantômette en plein mystère, 1984
    Fantômette contre le géant, 1984

    Fantômette héroïne sexuée

    Fantômette finit-elle toujours ligotée, à un moment où à un autre de ses aventures ? C’est à dire, temporairement, privée de ce que les anglophones appellent l’agency, la capacité d’action. Ce serait à la fois étrange, mais attendu pour un personnage féminin né au tout début des années soixante, c’est à dire quand les jeunes filles pouvaient à la fois espérer des études bien plus longues que celles de leur mère, mais aussi une carrière, bref, un peu plus de pouvoir — mais aussi savoir, peut-être inconsciemment, que le monde social resterait dominé par les hommes… bref, se retrouver, à un moment, ligotée.

    À en croire les illustrations disponibles sur internet, sur les sites Generation Fantomette ou Mille Pompons, il semble bien que oui, Fantômette se retrouvera ligotée. Il faudrait relire l’ensemble de la production de Georges Chaulet, ou lui demander (il est toujours vivant), pour faire l’inventaire précis des situations de ligotage.
    Il faudrait aussi étudier la réception des romans. Des indices parsèment l’oeuvre, probablement laissés intentionnellement par l’auteur : la meilleure amie de Françoise (le nom civil de Fantômette) est “Ficelle” (c’est à dire une petite corde), on sait aussi que “Ficelle” voue une admiration sans bornes à Fantômette. N’ayant pas relu ces romans récemment, je ne sais pas si l’on y trouve des phrases pleines de sous-entendus, comme “Ficelle serra très fort Françoise…”, mais cela ne m’étonnerait pas. Cela indiquerait, de manière sub-liminale, ce qui finit par arriver : Fantômette ligotée.
    Quelques recherches, rapides, sur internet, permettent de déceler des lectures proches.
    Pascale Molinier (U. Paris 13), parle de Fantômette comme d’une perverse discrète dans son costume fétiche [source : Les Cahiers du genre, 2008, n°45, p.171]. L’on appréciera le “double entendre” sur “fétiche”.
    On trouve aussi une mention de Fantômette à l’article “Bondage“, dans Wikipedia, qui cite un passage d’un ouvrage d’Anne Larue (U Paris13) :

    « Le brigand des brigands s’appelle Le Furet : en face de Fantômette se dresse une autre bête de la nuit, qui passe son temps à la capturer. Délicieusement ligotée, kidnappée, menacée de mort par des méchants d’opérette. Elle triomphe toujours (…) »
    Anne Larue, Le Masochisme ou comment ne pas devenir un suicidé de la société, éditions Talus d’approche ISBN 2-87246-091-8, p. 129.

    Anne Larue a d’ailleurs mis en ligne, en PDF, Le Masochisme ou comment ne pas devenir un suicidé de la société :

    on se tournera vers des ouvrages aussi classiques mais apparemment plus anodins, comme Le Club des Cinq ou Fantômette. Se pourrait-il que ces innocentes lectures activent les passions masochistes ?

    Si ces lecture n’activent pas chez les enfants ces passions, elles semblent être reliées, chez certains adultes, à leurs passions contemporaines. Sur un forum pour adultes (NSFW), l’on peut lire ceci :

    J’ai découvert le bondage ( je ne savais pas ce que c’était à l’époque) dans les livres de la bibliothèque rose et verte…
    La lecture des passages ou l’héroïne (Alice ou Fantômette* par exemple) se faisait capturer provoquait un je ne sais quoi de fort agréable en moi. Et j’enrageais secrètement quand elles parvenaient a se libérer.
    *Surtout Fantômette en fait, je crois même qu’elle est responsable en grande partie de certains de mes fétichismes… Il faudrait toujours se méfier de ce que l’on donne à lire à ses enfants…

    Sur un blog — lui aussi pour adultes –, on trouve une petite digression sur la demoiselle au masque noir (NSFW) :

    Fantômette, la jeune justicière de Framboisy… Teinte framboise alors ? Cramoisi évocateur…
    Peut-être que s’il y en avait eu une version trash, ça aurait ressemblé à ça ! La Françoise de l’histoire, devenue adulte, change de bord, vire le bonnet à pompons, la cape et le collant mais garde le loup noir et devient SM…

    La série des Fantômette ayant commencé à être publiée à partir de 1961, une période de contrôle important des publications pour la jeunesse, l’auteur a du essayer de jouer avec la censure. Peut-être même a-t-il, dans ses tiroirs, quelques scènes à l’époque impubliables. Il faudrait réussir à voir si les critiques, à l’époque, étaient réticentes au ligotage [une critique de 1963, dans Enfance, trouve juste les personnages trop monolithiques et pas assez nuancés].

    Mise à jour du 16/12/2010 : Un autre indice, cette couverture :

    Mise à jour du 18/12/2010 : Un billet et des commentaires intéressants chez Maïa Mazaurette et encore une couverture sur laquelle Fantômette est ligotée :

    Mise à jour du 19/12/2010 : Poursuite des discussions sur le forum de Mille Pompons (un site de fans de Fantômette).

    L’attraction pour les chiffres ronds

    Dire « l’âge est une construction sociale » est parfois mal compris. « Mais non, on a tous un âge. »… s’il y a bien une donnée biologique qui échappe à la construction sociale, ce serait bien celle-là. Et pourtant, il est assez simple de montrer que, plus l’on s’éloigne de l’emprise de l’Etat, moins les gens ont un âge.
    Au Maroc, dans les années soixante, voilà à quoi ressemblait la pyramide des âges :

    [graphique extrait de Pison, Gilles. “Age déclaré et âge réel : une mesure des erreurs sur l’âge en l’absence d’état civil.” Population 34.3 (1979): 637-648.]
    Une telle pyramide des âges montre que, personne ne connaissant précisément son âge, les agents recenseurs “arrondissent” autour des âges en “5” et en “0”. Il n’y a d’âge que parce qu’il y a un Etat : l’âge, en années, n’est pas une donnée qui fait sens en dehors de l’emprise de l’Etat.
    Aujourd’hui, en France, le travail de liaison entre l’âge et la personne est suffisamment ancien pour que tout le monde (ou presque) ait un âge. Mais si l’on a appris à compter son âge, tout ne se compte pas aussi facilement.
    Par exemple, à une question sur le nombre de partenaires sexuels, les enquêtés ont tendance à arrondir. Le graphique suivant s’intéresse à la distribution des “9 partenaires et plus”.

    [graphique extrait de Bozon et Bajos, Enquête sur la sexualité des français.]
    Il y a un pic à “10”, puis à “12” (une douzaine), à “15”, “20”, “30”, “40”… Entre ces pics, peu de réponses : les enquêtés aiment les chiffres ronds.

    Obésité et sexualité en France

    L’enquête CSF (Contexte de la sexualité en France) produit d’intéressants résultats. Nathalie Bajos et son équipe viennent de publier un article lui aussi intéressant dans une revue de médecine Sexuality and obesity, a gender perspective: results from French national random probability survey of sexual behaviours.

    L’on a probablement tous une petite idée du rôle du poids dans la séduction et la vie sexuelle. Cet article pourra confirmer — ou infirmer — certaines idées. L’on voit, surtout, que le poids ne joue pas le même rôle pour les hommes et pour les femmes.

    Je me permets ici de reproduire deux des tableaux proposés dans l’article. Le premier s’intéresse à la distribution des partenaires en fonction du sexe et du poids :

    Pour synthétiser très rapidement, les femmes en surpoids ou obèses ont surtout des relations sexuelles (stables) avec des hommes en surpoids ou obèses. Mais les hommes en surpoids ou obèses, eux, ont surtout des relations avec des femmes “normales” (dont l’indice de masse corporelle est considéré comme normal). On pourrait dire ces mêmes choses très vulgairement.

    Le deuxième tableau est difficile à lire, trop petit, je sais. Mais l’article est en ligne, donc allez-y le lire.
    Ce que je repère ici, c’est la position spécifique des hommes maigres, six fois plus nombreux que les autres catégories d’hommes à déclarer des relations homosexuelles. [Notons, tout de suite, le petit nombre, 72, d’hommes en souspoids pris en compte ici : ne tirons pas trop de conclusions]. Ils déclarent plus fréquemment n’avoir eu aucun-e partenaire sexuel (22,5% contre, en gros, 10%) au cours des 12 derniers mois, ne pas avoir eu de relation au cours de la dernière année (34%), et ils déclarent, quand ils ont un-e partenaire, une fréquence mensuelle moindre.
    Peut-on parler de pauvres maigres ? Si l’on assimile la fréquence et le nombre à une forme de “richesse”, alors, oui, pauvres hommes maigres… (les femmes maigres apparaissant ici relativement plus riches, donc).

    Je n’ai fait qu’effleurer, par manque de temps, cet article, qui contient beaucoup plus. Vous pouvez le lire il est en “open access” : Sexuality and obesity, a gender perspective: results from French national random probability survey of sexual behaviours.

    Petit déplacement

    Cette affiche sur les phtalates, les sex-toys et les perfusions médicales, m’a amusé

    Plus d’informations ici [L’affiche semble avoir été produite par le “c2ds“]
    Il y a quatre ans, la revendication était différente : “Si les Phthalates sont interdits dans les jouets pour enfants, pourquoi ne le sont-ils pas dans les jouets pour adultes ?” se demandait Greenpeace.

    Hermasculé

    jastrow-hermes-posteAu Musée de la Poste en ce moment se déroule une exposition, “D’Hermès au SMS… [pdf]. L’affiche consiste en une reproduction photographique d’une statue de Hermès, provenant du Musée du Vatican (cliché assez facile à trouver en utilisant google). Chose amusante, la photo qui a servi de base est disponible sur wikimedia commons et a été prise par une camarade de l’ENS, Marie-Lan Taÿ-Pamart (Nguyen) [A/L 98], sous le nom de Jastrow [@jastrow75 sur twitter].

    Reprendre et modifier une photo est parfois cause de controverse : Dans le métro, même les légendes ne fument plus écrivait le magazine Time. Ainsi Sartre (sur une affiche pour la BNF), Jacques Tati, Coco Chanel et Serge Gainsbourg, pour pouvoir être diffusés (notamment dans le métro) ont eu une consulation icono-tabacologique. Et à chaque fois, la pipe, la cigarette ou le cigare ont été pieusement photoshopés.
    avant-apres-hermesApparemment, rien de tel avec Hermès et son SMS, même si l’un des attributs centraux de la statue a disparu, caché par une petite enveloppe (on dirait même, en se penchant sur la comparaison, qu’Hermès a subi une épilation “à la brésilienne”). Pas de controverse, même petite, pas de demande organisée visant au rétablissement génital de la statue [dont l’organe viril a subi directement les outrages du temps]. Est-ce parce que la retouche est soit trop modeste, soit trop voyante ? Est-ce parce que, de toute façon, on ne regarde jamais les sexes masculins réduits de la statuaire gréco-romaine ? Ou parce que, du pénis à la pipe, il est des choses que l’on ne montre plus ?

    Les calendriers érotiques

    En travaillant sur l’histoire des sex-shops, je me suis peu intéressé aux usages quotidiens de la pornographie, et j’ai confiné cette dernière dans un espace spécifique. Les images de femmes nues sont pourtant présentes ailleurs : sur des calendriers exposés au travail notamment.

    Les “pin up” accompagnaient les soldats américains au milieu du XXe siècle. Les cabines des camions étaient parfois ornées de calendriers osés, jusqu’à des changements d’organisation du travail (ref 1).
    Les sociologues du monde du travail ouvrier ont aussi rencontré ces images pornographiques. Anne Monjaret principalement, dont j’explore ici les articles. Beaud et Pialoux aussi, qui mentionnent, en passant, dans Retour sur la condition ouvrière (ref 2) la personnalisation des boîtes à outils [ils citent un ouvrage de Durand, Grains de sable…]

    …on la personnalise, on la décore, on la transforme (…) Pas assez de place pour coller une femme entière. Bouts de seins et gras de fesses se juxtaposent habilement.

    De manière anecdotique, j’avais trouvé dans des archives judiciaire la trace d’un ouvrier de Renault Billancourt qui faisait un petit traffic d’images pornos. Et Robert Linhart, dans L’Etabli signale un traffic similaire : des camionneurs qui apportent à Citroën des pièces de machines font aussi entrer dans l’usine d’autres objets (dont une revue qui propose une fellation en couverture) (ref 3). Une fois dans l’usine, ces photos et ces images continuent à circuler.

    En cherchant bien, l’on trouve enfin sur internet des photos d’ateliers, dans lesquels les pots de peinture disputent l’espace aux calendriers pornos :

    Ludo-ludovic sur flickr propose la visite d’un atelier :


    Sur la photo ci-dessus, l’on voit que certaines images sont préférées à d’autres, et que les calendriers, même périmés, ne sont pas jetés : de l’autocollant permet d’avoir sous les yeux les photos souhaitées… et peut-être de les dissimuler en cas de visite impromptue.

    (voir aussi : dans une usine à l’abandon, dans une usine abandonnée, un entrepot abandonné et encore un entrepôt abandonné et encore un entrepôt, et enfin : [1], [2], [3]…)

    Comme on peut le voir dans certaines des photos, ces calendriers sont proposés par des fournisseurs. Ils savent que le calendrier sera affiché si les images sont érotiques.

    Ces illustrations sont perpétuellement en vogue. Ainsi en mars 2002, lors d’une visite, le responsable des garages d’un établissement public explique que les fournisseurs cherchent qu’elles soient conservées. «Il y a les calendriers “pratiques” en carton ou ceux avec des femmes dessus. Personne ne réclame les premiers alors que les autres sont demandés. Les fournisseurs le savent, il ne faut pas gaspiller.» (ref 4)

    calendrier-catalogueMais sortons un moment du monde ouvrier.
    Parmi les grands distributeurs de calendriers, l’on trouve la Poste, ou plutôt les facteurs. En décembre, ils passent diffuser “Le Calendrier du Facteur”. Dans un article (ref 5) Marie Cartier précise

    L’activité des calendriers s’étend sur toute l’année. Les calendriers sont produits par quatre entreprises. Les épreuves sont soumises au contrôle de la Poste en février. Des catalogues présentant les collections de calendriers et dotés d’un bon de commande sont envoyés chaque année en mars dans les bureaux de poste. Après avoir choisi les calendriers sur catalogue, les facteurs envoient leurs commandes aux fournisseurs. Ils reçoivent les calendriers dans les bureaux durant l’été.

    Si La Poste contrôle et valide ce qui est proposé dans les catalogues, il y a peu de risque que l’on se trouve face à une femme nue.
    calendrier-chaton Les calendriers les plus connus représentent de petits chatons, des chevaux, des paysages… Des chasseurs pour les régions rurales, des châteaux historiques pour les autres…
    Mais les fournisseurs de calendriers organisent aussi, en parallèle, un petit traffic. Les facteurs ont la possibilité de commander, par un bon “rose” spécial, des calendriers “SPECIAUX NUS X”, “NUS HARD” ou “NUS SOFT”.
    Ces calendriers, est-il précisé, « ne peuvent être commandés qu’à titre personnel (…) Vous ne devez en aucun cas les présenter aux usagers. Seuls les Almanachs du facteur peuvent être distribués dans le public. »
    facteur-calendrier-hard
    Commandés “uniquement à titre personnel“, certes, mais il y a la possibilité d’en commander plusieurs exemplaires, et la commande est faite avec celle de l’Almanach. J’aimerai bien savoir ce que ces calendriers deviennent. Face à quelqu’un qui ne veut pas de petit chat ou de cascade, de cheval ou de scène bucolique, mais qui demande “Vous n’avez pas un peu plus… osé ?”… les facteurs ne sont-ils pas tentés de proposer “autre chose” ? Cela m’étonnerait.
    Aujourd’hui, la commande se fait en ligne, chez Oberthur comme chez Oller. Ces entreprises proposent-elles toujours ces calendriers parallèles ?
    [Note : si oui, je suis preneur de copies d’écran !]

    *

    Cette excursion vers la Poste et ses facteurs n’était pas qu’une digression. Celles et ceux qui ont rencontré les calendriers érotiques dans le monde ouvrier signalent leur disparition : les camions perdent leurs femmes nues (ref 1), les ateliers sont expurgés des posters “osés”. Anne Monjaret (ref 7) l’a observé de près : les restructurations, l’arrivée des femmes ou de générations plus jeunes, des modes de management nouvelles ôtent tout sens aux posters de nus :

    Après le déménagement (…), les équipes qui ont suivi le mouvement ont dû fusionner, les « anciens » ont dû se confronter à la venue de « jeunes » formés autrement qu’eux. Les ateliers ne ressemblent plus à des ateliers, les établis sont devenus des bureaux. La construction d’un espace viril et plus encore corporatiste n’a, semble-t-il, pour le moment, plus lieu d’être. Quand le corporatisme n’a plus de sens, les signes référents sont abandonnés, les images de nus en faisaient partie. Elles se retrouvent parfois discrètement sur l’écran de veille de l’ordinateur. Certains « anciens » se retranchent dans cette pratique d’affichage, mais ils se savent isolés. Des « jeunes » se sont, eux, amusés brièvement avec ces images.

    Les usages de la pornographie sortent du monde du travail et se privatisent : sous cette hypothèse, les calendriers “SPECIAUX NUS X” des facteurs sont sans doute destinés à des usages privés.

    Il existe donc (ou du moins il existait), j’ai essayé d’en montrer des exemples, une circulation publique d’images de femmes nues, circulation connue (prise en compte par les fournisseurs d’outillage industriel, repérée par les sociologues) mais que je n’avais pas vraiment pris en compte dans ma réflexion (centrée sur le caractère privé de la consommation). Je suis fort heureux, donc, d’avoir pu lire récemment les articles d’Anne Monjaret.

    *

    Je suis preneur d’autres références (anglophones ?) et d’autres photos (plus anciennes par exemple)… Des anecdotes aussi m’intéressent.

    Références
    ref 1 : Bruno Lefevre, “La ritualisation des comportements routiers”, Ethnologie française, 1996-2,
    ref 2 : Beaud & Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999
    ref 3 : Robert Linhart, L’Etabli cité par Anne Monjaret “Posters de nus dans les espaces masculins” in Charif et Le Pape, Anthropologie historique du corps, Paris, L’Harmattan, 2006
    ref 4 : Anne Monjaret, “les calendriers illustrés de nus féminins dnas les espaces de travail masculins”, in Tamarozzi et Porporato, Oggetti e immagini, Omega Edizioni, 2006.
    ref 5 : Marie Cartier “le calendrier du facteur, Les significations sociales d’un échange anodin“, Genèse, 2000-4, n°41
    ref 7 : Anne Monjaret, “Images érotiques dans les ateliers masculins hospitaliers : virilité et/ou corporatisme en crise“, Mouvements, 2004 n°31

    Terminaisons des prénoms

    Comment se terminent les prénoms féminins ? Au début du XXe siècle, pour la quasi-totalité des bébés filles, par “-E” (comme beaucoup de prénoms masculins : de Alphonse à Maurice…). Mais aujourd’hui, les terminaisons sont plus variées : les parents, régulièrement au cours du XXe siècle, ont retenu des prénoms en “-S” (Agnès, Inès…), puis en Y (Kelly, Kimberly), en H (Elizabeth, Sarah, Léah…) en N (Megann)… voire, aujourd’hui, en “-U” (Lilou). Mais ce sont les prénoms en “-A” qui marquent aujourd’hui, et de manière croissante, les prénoms féminins. Il doit, aujourd’hui (en 2009) naître plus de “filles en -A” (Rosa, Lisa…) que de “filles en -E” (Rose, Lise).
     

    Le graphique suivant représente, pour chaque lettre terminale (sauf Q), le nombre de naissances féminines annuelles :
    terminaisons féminines
    On passe bien du “tout -E” à un peu plus de variété.
     

    Mais l’étude de la dernière lettre, sincèrement, ne suffit pas. Héloïse et Gabrielle sont deux prénoms en -E, mais l’une se termine en /Z/ et l’autre en /L/. carriere-terminaisons
    Ce qu’il me faudrait, c’est une routine (avec “grep” ?) qui transforme pour chaque prénom, le groupe de lettres finales en sonorités : /B/ (Callèbe), /D/ (Elfriede)… jusqu’aux /Z/ de Denise. On verrait apparaître /K/ (Dominique…) absent des lettres finales. Qui sait comment faire ? Je n’ai fait à la main pour “-ETTE”, “-INE”, “-A”…
    Mais il faudrait être plus systématique.

    La chemise cagoule

    Lu récemment sur sexactu de Maïa Mazaurette, un billet intitulé “La chemise à trou”, sur une chemise de nuit trouée (à l’emplacement du sexe) utilisée pour des relations sexuelles avec contact minimal.
    Je me souvenais avoir vu en photo ce genre de chemise de nuit, parfois appelée “chemise cagoule”. On en trouve une reproduction dans l’ouvrage de Hans-Peter Duerr, Nudité et Pudeur : le mythe du processus de civilisation, Paris, ed. de la MSH, 1998, qui est reproduit en partie sur google books (Nudité et pudeur).
    chemisecagoule-duerr-p163Je ne sais pas de quelle collection est extraite cette photo, et cette chemise, très probablement de l’ancien Musée des Arts et Traditions Populaires (à vérifier).
    L’on remarque, à l’emplacement de la fente, le mot d’ordre, brodé, “Dieu le veut”.
    Comme dans le blog auquel sexactu fait référence, cette chemise a souvent été comprise comme une manifestation physique du carcan conservateur qui enserrait le corps (et la sexualité) des femmes. De l’existence de l’objet, et de discours parfois religieux, il en a été déduit que l’objet n’avait qu’un seul sens. Il est fort rare de pouvoir disposer de connaissances sur les pratiques effectives des personnes qui possédaient de telles chemises.
    Par simple esprit de contradiction, et parce que d’autres sous-vêtements troués existent, voici une page de publicité parue dans le magazine éphémère et érotique, Flair, en 1969, et qui propose des culottes fendues. Comme le souligne la publicité, les illustrations sont extraites d’un livre intitulé Fétichisme et amour publié lui aussi vers 1968-1969.

    frivolites-flair1969
    lien vers l’image entière

    Les objets accompagnent constamment les gestes de l’amour. Certains accompagnements sont constants (je pense au lit, ou aux coussins). D’autres sont plus rares, chemises à trou aussi bien que culottes à trou. Et ces objets sont rarement disponibles sans un discours d’accompagnement, qui précise ce en quoi consiste une “bonne” sexualité, qu’elle soit basée sur les commandements divins ou sur une injonction à la libéralisation ou à l’esthétisation du fantasme.