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Terminaisons des prénoms

Comment se terminent les prénoms féminins ? Au début du XXe siècle, pour la quasi-totalité des bébés filles, par “-E” (comme beaucoup de prénoms masculins : de Alphonse à Maurice…). Mais aujourd’hui, les terminaisons sont plus variées : les parents, régulièrement au cours du XXe siècle, ont retenu des prénoms en “-S” (Agnès, Inès…), puis en Y (Kelly, Kimberly), en H (Elizabeth, Sarah, Léah…) en N (Megann)… voire, aujourd’hui, en “-U” (Lilou). Mais ce sont les prénoms en “-A” qui marquent aujourd’hui, et de manière croissante, les prénoms féminins. Il doit, aujourd’hui (en 2009) naître plus de “filles en -A” (Rosa, Lisa…) que de “filles en -E” (Rose, Lise).
 

Le graphique suivant représente, pour chaque lettre terminale (sauf Q), le nombre de naissances féminines annuelles :
terminaisons féminines
On passe bien du “tout -E” à un peu plus de variété.
 

Mais l’étude de la dernière lettre, sincèrement, ne suffit pas. Héloïse et Gabrielle sont deux prénoms en -E, mais l’une se termine en /Z/ et l’autre en /L/. carriere-terminaisons
Ce qu’il me faudrait, c’est une routine (avec “grep” ?) qui transforme pour chaque prénom, le groupe de lettres finales en sonorités : /B/ (Callèbe), /D/ (Elfriede)… jusqu’aux /Z/ de Denise. On verrait apparaître /K/ (Dominique…) absent des lettres finales. Qui sait comment faire ? Je n’ai fait à la main pour “-ETTE”, “-INE”, “-A”…
Mais il faudrait être plus systématique.

La chemise cagoule

Lu récemment sur sexactu de Maïa Mazaurette, un billet intitulé “La chemise à trou”, sur une chemise de nuit trouée (à l’emplacement du sexe) utilisée pour des relations sexuelles avec contact minimal.
Je me souvenais avoir vu en photo ce genre de chemise de nuit, parfois appelée “chemise cagoule”. On en trouve une reproduction dans l’ouvrage de Hans-Peter Duerr, Nudité et Pudeur : le mythe du processus de civilisation, Paris, ed. de la MSH, 1998, qui est reproduit en partie sur google books (Nudité et pudeur).
chemisecagoule-duerr-p163Je ne sais pas de quelle collection est extraite cette photo, et cette chemise, très probablement de l’ancien Musée des Arts et Traditions Populaires (à vérifier).
L’on remarque, à l’emplacement de la fente, le mot d’ordre, brodé, “Dieu le veut”.
Comme dans le blog auquel sexactu fait référence, cette chemise a souvent été comprise comme une manifestation physique du carcan conservateur qui enserrait le corps (et la sexualité) des femmes. De l’existence de l’objet, et de discours parfois religieux, il en a été déduit que l’objet n’avait qu’un seul sens. Il est fort rare de pouvoir disposer de connaissances sur les pratiques effectives des personnes qui possédaient de telles chemises.
Par simple esprit de contradiction, et parce que d’autres sous-vêtements troués existent, voici une page de publicité parue dans le magazine éphémère et érotique, Flair, en 1969, et qui propose des culottes fendues. Comme le souligne la publicité, les illustrations sont extraites d’un livre intitulé Fétichisme et amour publié lui aussi vers 1968-1969.

frivolites-flair1969
lien vers l’image entière

Les objets accompagnent constamment les gestes de l’amour. Certains accompagnements sont constants (je pense au lit, ou aux coussins). D’autres sont plus rares, chemises à trou aussi bien que culottes à trou. Et ces objets sont rarement disponibles sans un discours d’accompagnement, qui précise ce en quoi consiste une “bonne” sexualité, qu’elle soit basée sur les commandements divins ou sur une injonction à la libéralisation ou à l’esthétisation du fantasme.

Sex toys en boîte

Je n’avais aucune idée de la fréquence des “soirées sex-toys” dans les discothèques, que j’ai découvertes en lisant un petit mémoire de recherche. J’ai en effet, récemment, reçu le travail de deux étudiants sur les sex-toys (Melchior P. et Eugénie F.). Ils ont comparé, de manière classique, deux lieux de vente, un sex-shop et un magasin de lingerie qui propose des gadgets. Mais ils se sont aussi penchés sur un nouveau circuit, les discothèques.

Petite collection de flyers de “soirées sex toys” dans diverses discothèques françaises

Source : soonnight.com

On entend parfois parler de “banalisation”, ou, pire, de “démocratisation” de ces gadgets, parce qu’une série télé en a montré ou que la fille d’une couturière en a vendu quelques milliers. Se posent alors de fausses questions : “est-ce banal ?”, “est-ce vraiment démocratisé ?”, “en tant que sociologue, que pensez-vous de ce phénomène social ?”.
J’essaie toujours de répondre en insistant sur ce qui m’apparaît comme une démarche sociologique : l’objectivation des circuits d’accès à ces jouets pour adultes.
Jusqu’aux années 2000, on en trouvait dans les sex-shops, dans les catalogues de vente par correspondance (Trois Suisses, La Redoute, etc… sauf Camif apparemment), dans quelques arrière-boutiques de magasins de lingerie en province profonde, dans des magasins de farce et attrape. Les circuits étaient déjà variés.
Au cours des dernières années, des magasins spécialisés en sex-toys, la reconversion de quelques magasins de lingerie, des “gadgèteries”, des sites internets, des vendeuses à domicile, des sex-shops de zones commerciales… ont ouvert d’autres circuits, qui ont en commun de présenter l’achat des vibromasseurs comme une décision féminine. Mon intérêt pour les circuits vient de la lecture des ouvrages de Viviana Zelizer : aux circuits différents qu’emprunte l’argent, les biens et les services sont associés des significations différentes (le “cadeau” circule entre intimes, le “pot de vin” entre corrupteurs et corrompus, la “rétribution” entre deux parties définies encore autrement, etc…).
Disons que j’étais bien content avec mes petits circuits et que je me suis endormi d’un bon sommeil dogmatique.

Comment avais-je pu passer à côté de cette acculturation à l’objet que représente les soirées “Spécial Sex Toy” en discothèque ? Probablement parce que ces lieux ne sont ni de mon âge, ni de mon milieu, ni à proximité. [Comptez-donc le nombre d’articles ou de livres sociologiques rédigés sur ces lieux d’intense sociabilité juvénile… A part les travaux de Bertrand Réau, je n’en connais pas. Voilà encore un beau sujet de thèse pourtant : il existe probablement des sources d’archive policière, des associations professionnelles, des tonnes d’articles dans la presse pour adolescent, la possibilité d’un public captif et à moitié îvre pour des entretiens…]

*

Donc, non seulement ai-je appris quelque chose en lisant le travail de ces deux étudiants, mais j’ai apprécié leur esprit d’initiative. Voici, ci-dessous, un extrait :

« Ces interrogations nous ont orientés dans notre enquête, et nous ont permis de nous pencher sur différentes approches du concept de sex toy. Nous avons par exemple découvert qu’il y avait une soirée « * * * * » en boite de nuit à * * * * qui avait pour thème accrocheur : « Spécial Sex toys ». Nous y avons eu l’occasion de mieux cerner le public touché par ce type d’effets d’annonce, et avons pour cela préparé un questionnaire visant à sonder les clients pour nous donner des pistes, des orientations, et répondre à nos deux questions centrales : qu’est-ce qu’un sex toy et qui l’utilise ?
Cette étude a été un relatif échec. La principale raison en a été que nous étions face à un public très jeune (17-20 ans), et de fait, comme nous l’expliciterons plus loin, peu sensible à ces questions. Le sex toy était perçu exclusivement dans sa dimension de rite de passage, symbole de l’entrée dans « la sexualité », et non pas comme objet d’une pratique, d’un type de sexualité. Mais les torts de cette enquête ont aussi eu pour nous des avantages, puisque cela nous a permis de mieux cerner les limites de notre questionnement, notamment en fonction des âges concernés »

Je ne partage pas entièrement l’idée de l’échec, ne serait-ce que parce qu’expérimenter une méthode est toujours profitable. Voici donc ci-dessous quelques tableaux croisés. Précisons tout de suite que tous ces chiffres sont à prendre avec de grosses pincettes : les deux étudiants ont été apparemment attirés par les chiffres ronds (30 filles, 20 garçons) et cet échantillon de 50 individus n’a probablement pas même la structure des clients de la discothèque ce soir là.
Mais viser l’excellence statistique en permanence, c’est comme critiquer le château de sable du petit neveu parce qu’il n’a pas de pont-levis.

Plus largement, il convient d’associer autant que possible ethnographie et statistiques. Dans un article de 2005, Le questionnaire ethnographique, Emmanuel Soutrenon écrivait :

Vouloir administrer un « petit questionnaire » dans le cours d’une enquête de terrain est une tentation que bien des ethnographes ont expérimentée à un moment ou à un autre. Aussi banal qu’il puisse paraître, ce projet n’est pourtant que rarement mis en œuvre, comme si sa légitimité était au fond douteuse ou mal assurée.

L’exemple proposé par les deux étudiants, bien que bancal, est donc à relever : enquête de terrain et petit questionnaire ne s’opposent absolument pas. Je vais ici insister sur quelques tableaux croisés.

L’une des questions posée était : “Voudriez-vous repartir de cette soirée avec un sex-toy ?”

En fonction du sexe des enquêtés :

oui

non

Total

F

25 (83%)

5 (17%)

30 (100%)

M

12 (60%)

8 (40%)

20 (100%)

Total

37

13

50

Les hommes et les femmes (ici de jeunes hommes et de jeunes femmes) en tant que population ne manifestent pas le même enthousiasme face aux objets proposés. Mais le test du chi-deux vient diminuer notre propre enthousiasme : en fait, on trouve surtout qu’il n’y a pas de liaison statistiquement significative.

En fonction du “statut matrimonial”

oui

non

Total

Célibataire

20 (77%)

6 (23%)

26 (100%)

En couple

17 (71%)

7 (29%)

24 (100%)

Total

37

13

50

Les comportements des célibataires et des couples ne diffèrent pas (le chi-deux est ici de 0,0282 bien trop petit pour indiquer une liaison entre variables).

En fonction de l’âge

oui

non

Total

16 à 18 ans

16 (73%)

6 (27%)

22 (100%)

19 ans

10 (90%)

1 (10%)

11 (100%)

20 ans et plus

11 (65%)

6 (35%)

17 (100%)

Total

37

13

50

Rien de bien significatif ici en fonction de l’âge… Sinon que la population a l’air bien jeune : dans un des flyers reproduit en dessous, l’on peut lire “Nuit du Bac !!! Sex Toys Party !!!”. Et c’est sans doute ceci qu’il faut retenir : pour une partie de la population, les adolescents de discothèque, le premier vibromasseur est un cadeau reçu en boîte.

Suite de la collection de flyers…

Les petits ennuis des sex-shops

Je surveille un peu, grâce au Grand Oracle Omniscient Général, Lumineux et Eveillé (G.O.O.G.L.E.), ce qui arrive publiquement aux sex-shops. Revue de presse.
Commençons par les Etats-Unis : “Feminique Boutique” (FeminiqueBoutique.com) est un magasin sexy “pour femmes” qui a ouvert dans un quartier gentrifié d’une ville de Pennsylvanie. La gérante du magasin, Jill McDevitt, est longuement interviewée (45min) par un journaliste-bloggeur local. Et un article du quotidien local avait mentionné les principaux point de l’affaire :“Adult novelty store triggers debate”

A new adult novelty store coming to North Church Street sparked a debate at Tuesday’s planning commission meeting about whether the borough should expand its zoning code to include more types of adult entertainment.
Jill McDevitt, a resident of Montgomery County, applied to the borough for a permit to open Feminique Boutique LLC, a business that “seeks to enhance the level of romance in our patrons’ lives,” according to a flier posted in the window of the business at 104 N. Church St.

Le curé catholique local s’y oppose. La vidéo, qui suit et qui met en scène le prêtre, est intéressante :

[flashvideo filename=https://coulmont.com/blog/fichiers/2008/sexstore-20080528.flv width=400 height=300 /]

Passons à ce qui arrive en France, maintenant. L’affaire du New Millenium (article sur e-illico.com) est une affaire classique de banque qui ne souhaite pas avoir de sex-shop parmi ses clients. Mais les sex-shops “gays” ont l’habitude de se mobiliser :

Discrimination : un sex store gay client indésirable au Crédit Lyonnais.
La discrimination n’échappe à aucn secteur de la société. Les banques, elles aussi, discriminent leurs clients. Pour preuve ce cas survenu à Paris où LCL menace de se débarasser de son client New Millenium, qui exerce une activité de sex store gay.
(…)L’affaire New Millenium n’est pas isolée. Interrogés par E-llico, plusieurs exploitants de sex store ou même de saunas homos expliquent avoir rencontré des difficultés avec les banques et devoir “tricher” sur la nature exacte de leur activité pour ouvrir des comptes bancaires.
L’un d’eux (qui préfère rester anonyme) raconte s’être vu répondre par l’agence du Marais de la Société Générale que sa banque “ne travaillait avec l’argent sale”. Le même décrit la gêne d’une responsable d’agence du Crédit Agricole quand il lui a révélé son activité, puis le silence persistant valant fin de non recevoir pour l’ouverture d’un compte.

Toujours en France. Les jouets de l’amour, quand ils sont “chics et sexys” (comprendre “féminins” et “hétérosexuels” et pas de classes populaires), sont bien vus :

Jouets de l’amour au grand jour
Les « love stores », nouveau concept de boutiques, banalisent les accessoires dédiés au sexe :
Mais que se passe-t-il sous la couette ? L’amour serait-il en train de « s’accessoiriser » ? En 2002, la griffe Sonia Rykiel avait ouvert le bal en commercialisant des godemichéś. Désormais, à l’instar de Londres, des boutiques chic et sexy s’installent au grand jour dans des quartiers cossus de Paris, loin
de Pigalle ou de la rue Saint-Denis.
Sandrine Blanchard dans Le Monde, 21 mai 2008

Mais ce qui m’apparaît, en ce moment, comme tout aussi intéressant, c’est la suburbanisation des sex-shops de province, et les tensions que les sex-shops de zones commerciales génèrent :
Guerre de paroisse dans les sex-shops, écrit “20 Minutes” (22 mai 2008) en présentant un sex-shop de zone commerciale, Sexity. L’article a un intérêt : celui d’insister sur l’absence d’unité de l’univers professionnel des sex-shops. Entre “anciens” et “nouveaux” se joue une lutte symbolique.

[source : 20 minutes édition de Nantes]
Terminons par une action devenue traditionnelle depuis quelques années, le “vide grenier” de la Rue Saint Denis, organisée par une association de riverains souhaitant reprendre possession de l’espace public de cette rue :
vide grenier rue saint denis
[photo trouvée ici, sur vide-greniers.org… j’en recherche d’autres]

Que trouve-t-on dans les sex-shops ?

Je serai, mardi 5 juin 2007, invité de l’émission de Brigitte Lahaie sur RMC «Lahaie, l’amour et vous». Le thème de l’émission : “Que trouve-t-on dans les sex-shops?”. [l’émission peut être écoutée ici] Intéressant à plusieurs titres. D’abord parce que ce n’est pas “qui trouve-t-on ?”, et que la discussion est ainsi, dès le départ, tournée vers les objets et les techniques.

Dans une partie de ces magasins, on trouve des cabines vidéo. Quelques entreprises — principalement allemandes (il existe quelques entreprises françaises, plus petites) — sont responsables de ces installations, qui entourent la masturbation d’un halo technique, presque d’une cuirasse technologique. Je m’explique.

C’est au début des années 1980 que les cabines vidéo remplacent, dans les sex-shops, d’anciens systèmes de projection de films “super 8” installés dans la première moitié des années soixante-dix. L’avantage du passage à la vidéo : le client avait désormais la possibilité de choisir entre huit films différents, puis, le progrès aidant, entre seize, trente-deux… et plus. Aujourd’hui, il est même parfois possible de choisir l’angle de prise de vue de certaines scènes, de zoomer… Du point de vue des responsables de magasin, le passage à la vidéo, puis à des versions numériques permet de suivre de près les goûts et de ne proposer que des films “qui marchent” : le suivi statistique des clients est automatisé.
Du point de vue des clients : à la possibilité de choisir s’ajoute un anonymat plus grand : les cabines “super 8” ne projetaient qu’un seul film, en boucle, et le type de film (homosexuel ou non, etc…) était affiché en dehors de la cabine. Les goûts des personnes choisissant telle cabine étaient de même affichés. Charles Sundholm, dans un article de 1973, reliait ainsi les habitués à certaines machines : “They [Les habitués] may have a favorite machine because of its location or because of its special brand of pornography.” [Charles A. Sundholm “The Pornographic Arcade: Ethnographic Notes on Moral Men in Immoral Places”, Journal of Contemporary Ethnography 1973; 2; 85, DOI: 10.1177/089124167300200104]
Les cabines vidéos permettent au contraire de réserver le choix à l’intérieur, dans un colloque singulier avec la machine :

Hereby for the very first time it became possible for the customer to watch a film anonymous, without any outsider knowing witch film he was actually looking at.
source : TCDiVid

L’architecture des cabines et des lieux dans lesquelles elles sont installées continue à entourer la masturbation masculine d’un halo technique.
S’il est désormais possible de choisir, en toute tranquillité, à l’intérieur d’une cabine, le type de film désiré, il faut aussi inciter le client à entrer. DVV-GmbH construit ainsi la “cabine Millenium” Plan cabine millenium DVV-gmbh

Avec sa coupe sans pareil, ses coulisses extraordinaires la cabine de luxe Millenium est fascinante. Les entrées sont conçues de façon à permettre au visiteur de jeter un regard discret sur les écrans pour l’inciter à s’y engager.
source : DVV-GmbH

Non seulement l’inciter à entrer, mais aussi ne pas l’intimider :

“The generation of customer is getting older and usualy (sic) is at war with computers. The simple service ability is therefore really important”
But Micro-tech’s managing director thinks that there will always be cubicles. “Cubicles offer the possibility to anonymously live one’s personal lust without disturbing others or being watched.”

Les clients appartiennent à des générations âgées souvent “en guerre” avec les ordinateurs. La facilité d’usage est donc très importante.
Malgré cela, le directeur exécutif de Micro-Tech pense qu’il y aura toujours des cabines : “Les cabines offrent la possibilité de vivre anonymement ses désirs personnels sans déranger les autres ou être découvert.”
source : Micro-Tech

Cabine sex shop : cabine doubleMais immédiatement après, la même personne précise : “Micro-tech even offers cubicles for two persons or with LCD glass for people who like being watched.” : Micro-tech propose aussi des cabines pour deux personnes ou avec une partition en verre-LCD pour les personnes qui aiment être vues…
C’est que ces cabines peuvent aussi servir de lieu de rencontres sexuelles plus ou moins anonymes, entre hommes : elles ne servent pas seulement à des pratiques solitaires.

Virilisme et automobile

La voiture a longtemps été un symbole masculin. Si bien que, comme pour la chirurgie ou la profession d’avocat, l’on connaît le nom de la première femme à avoir obtenu un permis de conduire : « la Duchesse d’Uzès, la première femme au monde à avoir bénéficié d’un permis de conduire… » (dixit ce site). Que ce soit vrai ou non ne change rien : entre mécanique rutilante et crasse du mécanisme interne, la voiture, le camion, la camionnette ou le quatre-quatre furent longtemps, de fait, des territoires réservés.
Il n’en va, évidemment, plus de même aujourd’hui. Il est même probable que, comme pour la réussite scolaire dans le secondaire, les femmes décrochent plus fréquemment que les hommes le permis de conduire. Les grosses voitures ne sont pas épargnées, et il n’est peut-être pas de meilleur exemple que les Etats-Unis, où Hummers et autres petits tanks sont conduits aussi bien par des hommes que par des femmes. La voiture, mais aussi le pick-up, finissent par devenir des équivalents symboliques de la matrice originelle : les conducteurs et conductrices y passent un temps important, ils s’y sentent bien, l’aménagement y est organique
En bref, la voiture est dévirilisée.
Cela explique peut-être l’émergence de testicules artificiels attachés à l’arrière des voitures les plus susceptibles de virilisation, les Truck Nutz, Truck Nuts, ou Truck Balls
Truck Nuts - USADes voitures qui en ont… Il était difficile de reviriliser plus explicitement ces automobiles, même si le résultat est un peu ridicule. On ne peut exclure un certain humour potache à vouloir ainsi animaliser son véhicule (qui transparait fort bien sur le site de ce fournisseur), et surtout, à donner à voir à ceux qui suivent un spectacle peut-être humiliant — pour celui qui regarde (similaire à ce rituel d’humiliation, le teabagging).
Les oppositions à l’exposition de fausses parties privées se sont donc faites entendre : Fake Private Parts Are No Joke, Myers Says titrait, récemment, le Washington Post : un député du Maryland, les trouvant vulgaires et immorales, cherche à légiférer et interdire leur utilisation (House Bill 1163).

His bill would prohibit motorists from displaying anything resembling or depicting “anatomically correct” or “less than completely and opaquely covered” human or animal genitals, human buttocks or female breasts. The offense would carry a penalty.
traduction partielle : Son projet de loi cherche à interdire aux automobilistes d’exposer ce qui ressemble ou représente des organes génitaux humains ou animaux, des fesses humaines ou des poitrines nues féminines, qui seraient “anatomiquement correctes” ou “incomplètement couvertes ou opacifiées”.

“Nettoyons nos rues, pour nos enfants”, dit-il plus loin dans l’interview.
La revirilisation automobile est donc une initiative contestée : il est probable, avec ces “truck nuts” — sex toys paradoxaux — que l’automobile soit définitivement sortie de l’empire masculine.

De l’Ange

Savalette de LangeMademoiselle Henriette-Jenny Savalette de Lange fait partie, pour de nombreux site internet américains, des famous LGBT. Mlle Jenny, qui a vécu des années 1780 à 1858, a en effet été découverte homme au moment de sa toilette mortuaire. Mais elle avait vécu, tout au long de sa vie, comme femme, sans éveiller le moindre soupçon. Napoléon, puis Charles X, lui avaient accordé une pension (pour services rendus par sa famille à la France). Les éditions Dilecta ont publié il y a quelques mois un texte étrange mais très instructif, rédigé peu après la mort de l’homme-femme, à la fois compte-rendu factuel des différentes adresses occupées par Mlle Jenny, mais aussi copie des lettres envoyées par des soupirants, lui demandant sa main, et par d’illustres comtesses, comme celle-ci :

Mon cher ange,
Mon mari vient de partir pour Paris, où il doit rester un mois. Tu ne voudra s pas, bien certainement, me faire le chagrin de me laisser seule ici pendant tout ce temps. Vient donc de suite, je t’en prie. Tu sais que mon mari est très jaloux et, bien qu’il n’ait manifesté aucun sentiment de défiance en me laissant seule, je désire lui apprendre au plus tôt, pour sa tranquillité, que tu me tiendras compagnie en son absence.

Sur l’homme-femme connu sous le nom de Mademoiselle Savalette de Lange, de Hérail, a de plus une préface très instructive, de Frédéric Prot.
Jenny de Lange était elle transgenre ou “invertie” ? Etait-elle attirée par les femmes (et les femmes par elle… si l’on lit la lettre précédente avec l’esprit malin) ? Par les hommes (les nombreuses demandes en mariage laissent penser qu’elle n’éconduisait pas immédiatement tous les prétendants) ? Par l’argent (Savalette de Lange est un peu le Christophe Rocancourt des années 1830…) ? Les questions furent nombreuses dès sa mort (l’on crut même, un instant, qu’il s’agissait de Louis XVII, et que son travestissement était une protection)…
Sans transition, l’on apprend ce jour la mort de Coccinelle, sans doute la transsexuelle la plus célèbre des années soixante.

Décès de la meneuse de revue transsexuelle Coccinelle
AFP 10.10.06 | 17h23
La chanteuse et meneuse de revue Coccinelle, première transsexuelle médiatisée, est morte lundi soir à Marseille à l’âge de 75 ans, à la Timone où elle était hospitalisée depuis fin juillet à la suite d’un accident vasculaire cérébral, a annoncé mardi son entourage.
Né à Paris en août 1931, Jacques-Charles Dufresnoy, alias Coccinelle, son nom d’artiste, était devenu à l’état-civil Jacqueline-Charlotte Dufresnoy après son opération en 1958 à Casablanca (Maroc).
Sa carrière d’artiste avait débuté en 1953 “Chez Madame Arthur”, célèbre cabaret parisien de transformistes, avec une chanson de Danièle Darrieux tirée du film “Premier rendez-vous”. Après son opération, Coccinelle était devenue l’icône de la cause transgenre en France et avait connu dans les années 60 la notoriété comme chanteuse et meneuse de revues.
Depuis une quinzaine d’années, elle vivait à Marseille.
Son dernier album, sorti en 2005, contenait des reprises de chansons de ses revues de l’Alcazar ou du Carrousel de Paris.
Ses funérailles seront célébrées “dans la plus stricte intimité” samedi à Marseille, a indiqué l’un de ses proches à l’AFP.

J’espère que ses textes, ses lettres, ses archives personnelles seront transmises aux Archives nationales ou à un centre de documentation. L’histoire de la transsexualité en France est un chantier à peine commencé, un chantier pourtant important (ne serait-ce que pour comparer avec l’histoire américaine de la transsexualité) et dans lequel la figure de Coccinelle fut un moment centrale.

Moitié de Full Disclosure : J’ai reçu l’ouvrage sur Mlle Jenny gratuitement.

Mise à jour du 11/10/2006 : je découvre (et achète) ce jour Histoire des transsexuels en France de Maxime Foerster (éditions H.O.).

Greenpeace, l’Union et les sex-toys

L’association écologiste a demandé à l’Union européenne de bannir l’usage de produits toxiques dans les godemichets et autres jouets sexuels, plus précisément l’usage des “phthalates” (ou phtalates) , qui peuvent “déranger le système hormonal humain, diminuer la fertiliter et attaquer le foie et les reins”. Greenpeace recommande l’usage de sex-toys non-toxiques.
Sex toys contain toxins

08/09/2006 20:31 – (SA)
The Hague – Environmental group Greenpeace called on Friday on the European Union to ban the use of chemical plastic softeners in sex toys because they contained dangerous substances known as phthalates.
“Adult sex toys contain the same toxic substances that EU banned from use in children’s toys,” said Greenpeace.
The environmental group said it was shocked to find that seven of the eight sex toys it had tested contained between 24% and 51% of phthalates.
“It is unbelievable that such toxic substances can be used in adult toys.
Greenpeace spokesperson Bart van Opzeeland said: “We have tested many products in the last few years but never have we encountered such high concentrations.”
Greenpeace research has shown that phthalates can disrupt the human hormonal system, diminishes fertility and adversely affects the kidneys and liver.
The substance is used to soften plastics and PVC plastic.
Greenpeace stressed that a ban on phthalates would not mean the disappearance of people’s favourite sex toys as there are plenty of non-toxic alternatives.

C’était une revendication déjà présente dans bon nombre de site dédiés à la santé sexuelle comme tinynibbles, et dans les “sex shops” féministes américains. Un magazine environementaliste américain, Grist, avait, en décembre 2005, consacré un article sur les toxines dans les sex-toys :

Unlike other plastic items that humans put to biologically intimate use — like medical devices or chew-friendly children’s toys — sex toys go largely unregulated and untested. And some in the industry say it’s time for that to change.

Un reportage vidéo de treehugger TV vous explique comment acheter un sex toy vert.
Ces phthalates, interdits dans les jouets pour enfants (“garantis sans phthalates” est-il écrit en évidence sur les paquets), pour de bonnes raisons, se retrouvent ailleurs.
Le quotidien Libération avait fait une sorte de clin d’oeil à cela en présentant ironiquement ceci :

Ecolo jusqu’au bout du vibro
REUTERS. Par Emmanuelle PEYRET
Libération, Jeudi 10 août 2006 – 06:00
C’est fou tout ce qu’on peut faire de très simple pour passer un été pur bi et écologiquement hyper correct. Utiliser la puissance du soleil pour votr plaisir sexuel, par exemple, proclame la page d’accueil d’un site californie (1). Tiens, good idea, mais comment ?
La bête à deux dos en plein midi : pas très nouveau. Caresses solaires à l’entrejambe : risqué. Non, la vraie bonne idée, c’est le
vibromasseur à énergie solaire. (…)

Je n’ai pas encore vu, sur l’internet francophone, de revendications portant sur les phthalates dans les godes. Le commerce sexuel sur internet (les sex-shops on line) semblent ne pas avoir tenté de diversification vers l’écologie personnelle. Le site “chambre69” propose de laver son godemiché à l’eau et au savon pour éviter les bactéries, mais ne dit rien des fameux phthalates :

Gardez votre godemiché propre.
Après chaque usage, nettoyez avec de l’eau chaude et du savon, (n’utilisez pas de produits agressifs), rangez-le seulement lorsqu’il est bien sec. Les bactéries ont besoin d’humidité pour se développer.
Il est préférable de couvrir votre godemiché avec un préservatif, même si vous êtes la seule à l’utiliser.
Changez le préservatif chaque fois que vous vous échangez un gode avec un partenaire ou lorsque vous passez de l’anus au vagin.
chambre69

Voici, par comparaison, l’extrait d’un prospectus d’information (la totalité est 4 fois plus longue) disponible dans les magasins “Toys in Babeland” de New York, en 2003.
Toys in Babeland Phthalates
source : Toys in Babeland (archives personnelles)
Le rapport de Greenpeace, en néerlandais, est ici : Extreem hoge concentraties weekmakers in seksspeeltjes. L’original, en anglais, (version PDF) est là : Determination of phthalates in sex toys.
La synthèse de UPI est ci-dessous :

Harmful chemicals found in many sex toys
AMSTERDAM, Netherlands, Sept. 8 (UPI) — A report released Friday by Greenpeace Netherlands reveals that many plastic sex toys have high concentrations of phthalates, a toxic chemical softener.
Greenpeace reported that a wide range of sex toys, including vibrators and dildos, contain hazardous levels of phthalates, which is used to make plastic more soft and flexible.
Researchers reportedly tested eight sex toys for phthalates, finding that seven of them contained dangerous amounts of the chemicals — which are said not to biodegrade well and can be hazardous even in small amounts.
Three years ago, research into children’s toys such as teething rings turned up similar levels of the chemicals. Toy manufacturers were forced to come up with alternatives, since phthalates can be ingested through direct contact with sensitive tissue.
Greenpeace said the research indicates exposure to the chemicals can disrupt the body’s ability to regulate hormone production. The chemicals also reportedly can damage reproduction, and cause liver and kidney defects — and possibly cancer.

Sur le net :
Réaction du Babeland Blog,
Commentaire de tinynibbles,
traduction française du communiqué de Greenpeace, sur sextoyer.com
Mise à jour :
L’agence de protection de l’Environnement du Danemark vient de rendre public un rapport (en danois) (le premier, à ma connaissance, par une agence gouvernementale) sur les Phthalates dans les jouets sexuels [qui se disent sexlegetø]. Udansk en fait un résumé, en anglais :

moderate use of dildoes (less than 15 min/week) is not associated with any significant health risk [l’utilisation modérée de godemichets (moins de 15 minutes par semaine) n’est pas associée à un risque significatif pour la santé]
heavy usage (1 hour/day) is not associated with any significant health risk, except for pregnant and breastfeeding women who should abstain from heavy usage [l’usage intensif (une heure par jour) n’est pas associé à un risque significatif pour la santé, sauf pour les femmes enceintes ou allaitant, qui devraient s’abstenir de toute utilisation intensive]

Le rapport danois propose quelques conseils :

avoid oil-based lubricants as they increase the transfer of phthalates
don’t buy PVC toys
use PVC toys with a condom

Cory Silverberg écrit :

I’ve been told by some manufacturers that you can tell if a toy has phthalates by the strong chemical smell many jelly rubber sex toys have out of the package, and that the stronger the smell, the more phthalates are likely in your toy.
[Des fabricants m’ont dit qu’il est possible de dire si un toy a des phtalates juste à partir de l’odeur chimique très forte que de nombreux sex toys caoutchoucteux dégagent à l’ouverture du paquet. Plus l’odeur est forte, plus il y a, probablement, des phtalates dans votre toy.]

suite de la mise à jour : un article du Register s’intéresse à la législation européenne ; et un article de Stats (George Mason University) s’intéresse aux différences de règlementation entre l’Europe et les Etats-Unis (ces derniers refusant de bannir l’usage de certains phtalates dans les jouets pour enfants).

Sociologie, sexualité et réticences à répondre

Les enquêtes sur la sexualité sont certainement aussi difficiles à réaliser que les enquêtes sur les revenus. Voire plus difficile, car les revenus sont pour partie connus du fisc, et que ce dernier, en estimant par exemple le nombre de clients d’une boulangerie, peut se faire une idée du chiffre d’affaire. L’observation des comportements sexuels est peu fréquente (ou limitée et restreinte à des contextes où elle fait partie de la relation : voyeurisme / exhibitionnisme, échangisme, saunas…). Les enquêtes par questionnaires souffrent du scepticisme a priori des profanes : personne ne dirait la vérité, les gens tricheraient avec leurs actes privés, les chercheurs seraient dupes des réponses, seraient naïfs.
Dans un article fameux [Béjin, André, “La masturbation féminine : un example d’ estimation et d’analyse de la sous-déclaration d’ une pratique”. Population, 1993, 48: 1437-1450, disponible sur JSTOR], André Béjin analyse les réponses à quelques questions au sein d’une enquête sur la sexualité des Français et des Françaises, réalisée au début des années 1990, l’enquête ACSF. Dans cette enquête – réalisée principalement afin de mieux connaître les pratiques sexuelles pour mieux lutter contre les risques de transmission des maladies sexuellement transmissibles – deux questions portaient sur la masturbation. Une question « directe », qui demandait aux personnes interrogées si elles s’étaient déjà masturbées. Une question « indirecte », qui s’intéressait à l’efficacité de la masturbation pour aboutir à l’orgasme.
Béjin va s’intéresser aux réponses féminines, et principalement à deux choses. Premièrement il constate une forte différence entre la proportion de réponses affirmatives à la question directe dans l’enquête ACSF d’un côté et les réponses à des questions sur la masturbation dans diverses enquêtes américaines ou allemandes (les Américaines seraient plus masturbatrices). Deuxièmement, il s’intéresse précisément aux incohérences entre les réponses à la question « directe » et les réponses à la question « indirecte ». La question indirecte n’étant pas « filtrée », même les personnes ayant répondu « non » à la question directe ont du répondre à la question indirecte. Alors que les réponses des hommes sont comparables entre les deux questions (une proportion semblable d’hommes déclarent s’être déjà masturbé et avoir atteint un orgasme par la masturbation), les réponses des femmes ne le sont pas : un nombre non négligeable de femmes ayant répondu « non » à la question directe déclarent pourtant aboutir à l’orgasme plus ou moins facilement en se masturbant.
Les sceptiques diront : “ah ah, c’est bien la preuve qu’on vous ment”. Et ils jetteront le bébé avec l’eau du bain (parfois en pensant que seules des enquêtes “qualitatives” donneront des résultats de “qualité”). Ce n’est pas ce que cherche à faire Béjin.
Ce dernier va tenter de travailler avec les réponses données, et « redresser » les chiffres. Il appelle « masturbatrices sincères » les femmes qui répondent « oui » à la question directe (ces « sincères » peuvent répondre « non » à la question indirecte, c’est à dire trouver peu efficace la masturbation), « non-masturbatrices » celles qui répondent « non » aux deux questions et « masturbatrices réticentes » celles qui répondent non à la question directe et oui à la question indirecte. Si l’on additionne les populations des catégories « sincères » et « réticentes », on obtient une population de « masturbatrices » qui représente plus de la moitié des femmes interrogées (et non plus 4 sur 10).
Le « redressement » le plus important a lieu pour la tranche d’âge la plus jeune (18-24 ans) : seul un tiers des jeunes femmes répondaient « oui » à la question directe (proportion issue de l’enquête ACSF), alors que plus de deux tiers des mêmes jeunes femmes sont repérables au moyen de la méthode de Béjin. Au lieu d’être une pratique plus rare que la fellation ou le cunnilingus, ou une pratique expérimentée par les femmes après l’entrée dans une sexualité avec un partenaire, la masturbation pourrait être maintenant décrite comme une des formes de l’entrée dans la sexualité.
L’étude de l’insincérité apporte ainsi quelques résultats intéressants. Il faut toujours associer, à la valeur brute des chiffres issus d’enquêtes statistiques, les conditions de leur construction.

Viols collectifs et banlieues : du “barlu” aux “tournantes”

Nouvel Adam, viol collectifIl y a quelques années, autour de 2002, le scandale des “tournantes” faisait rage, et était souvent décrit comme un symptome de la déliquescence du “lien social”, comme résultant d’un défaut d’éducation… et encore plus souvent — nouvel habit de la xénophobie selon Mucchielli — comme un signe de l’impossible intégration des hommes musulmans.
Mais les viols collectifs n’ont rien de neuf, ni même les viols collectifs perpétrés, en banlieue, par des bandes de jeunes, qui faisaient déjà, en janvier 1967, l’objet d’un article du magazine semi-pornographique et luxueux, Le Nouvel Adam [PDF], découvert par hasard alors que je dépouillais les magazines de la fin des années soixante, à la recherche d’autre chose. Il y a quarante ans, nos grands-parents ne parlaient pas de “tournantes”, mais de “rodéos” ou de “barlus” :

Le phénomène débute aux environs de 1950, mais il ne prend de réelle ampleur qu’en 1964. (…) De quoi s’agit-il ? D’une véritable cérémonie moderne organisée par des bandes de jeunes. (…) Jusqu’à présent, en effet, le viol — si viol il y avait — était le fait d’un individu isolé, à la rigueur de deux personnes — souvent ivres, et qui regrettaient leur geste. (…) Aujourd’hui, le viol est devenu collectif, c’est à dire qu’il se pratique en bande, devant un parterre de spectateurs soigneusement choisis — et les participants sont de plus en plus fréquemment des moins de vingt et un ans. Il se déroule dans les grandes banlieues de Paris…
source : Le Nouvel Adam, janvier 1967.

Lien vers l’article du Nouvel Adam au format PDF
Pour aller plus loin que ces quelques lignes : Laurent Mucchielli, “Les « tournantes » : mythes et réalités”
mise à jour : ce petit billet (et surtout l’article du Nouvel Adam) a été remarqué par Citron Vert [que je ne connaissais pas encore] et d’une brève sur rezo.net