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Recrutements et petits arrangements

Les procédures de recrutement aux postes universitaires sont complexes et assez souvent peu transparentes (en tout cas en sciences humaines, en mathématiques c’est différent). Les dates des auditions ne sont pas diffusées, les candidats auditionnés restent secrets, le classement final des candidatures circule plus ou moins publiquement. Tout cela contribue souvent à laisser penser que ce sont des “candidats locaux” qui sont recrutés, c’est à dire des personnes ayant fait leur thèse dans l’université. Souvent même, en contradiction flagrante avec les textes règlementaires, les commissions de spécialistes chargées d’étudier les dossiers des candidats refusent d’envoyer aux candidats les rapports. Il faut ici rappeler ce que précise le Guide de fonctionnement des commissions de spécialistes (que tous les candidats devraient lire, parfois ils ou elles s’imaginent des droits qui n’existent pas dans les textes) :

Les rapports doivent impérativement être écrits, signés et datés : leur caractère communicable à l’issue du concours de recrutement implique que ces rapports doivent être rédigés avec la plus grande rigueur : tout manquement à ces règles élémentaires peut provoquer l’annulation d’un concours pour vice de forme.
source : Guide de fonctionnement des commissions de spécialistes, Bureau DPE A2, ministère de l’éducation nationale, 2002

Caroline Legrand en a fait l’expérience, comme d’autres.
Comment faire pour que les commissions de spécialistes respectent leurs obligations ? Mes propositions sont minimalistes et gardent en place la structure…

  • Il faudrait tout d’abord que leur composition soit bien connue, et que les secrétariats (de département ou des bureaux du personnel enseignant) les diffusent (parfois, un coup de téléphone donne pour réponse : nous ne diffusons pas ce genre d’information). J’espère que le tout nouveau site de l’UFR de sciences sociales de l’université Marc Bloch de Strasbourg proposera ces informations. Je sais par ailleurs que l’association Droit d’Entrée tente de mettre en place un système inspiré du fonctionnement des recrutements en mathématiques, que les matheux appellent L’opération postes. Si vous avez connaissance de la composition actuelle d’une commission de spécialistes en section 19 (sociologie) ou 20 (anthropologie), n’hésitez pas à la laisser en commentaire de ce billet, et à contacter Droit d’Entrée.
    L’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique réalise un travail important d’information : et sa liste de diffusion très réactive annonce parfois aux candidats auditionnés leur recrutement avant même que les membres des “com’ de spé'” aient pu les prévenir individuellement (ce qui devrait se faire impérativement, ne serait-ce que par simple politesse). L’ANCMSP a même mis en ligne une Charte du recrutement qui contient un bon nombre d’idées de bon sens.
  • Il faut aussi que les candidats qui s’estiment lésés avertissent les associations de doctorants ou de jeunes docteurs (Droit d’Entrée, ANCMSP), qui pourraient ainsi, au minimum, avoir une connaissance un peu plus précise des situations problématiques. Mais aussi les associations professionnelles qui, souvent, ont des prétentions éthiques ou déontologiques, comme l’Association française de sociologie (AFS), ou l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES). Il serait intéressant de connaître le taux d’annulation pour vice de forme par section du CNU…
  • Des “blogs” (je pense à ceux de candidats ou futurs candidats, comme Fabrice Fernandez, ou Xavier Zunigo, ou Samuel Lézé, ou Titejuju…) pourraient aussi rester alertes. Ceux de jeunes universitaires “statutaires” (je pense à Nicolas Auray… mais il y en a d’autres) pourraient dévier un moment de leurs thèmes de prédilection pour parler un peu du fonctionnement interne de leur institution. L’auteur anonyme du blog “Faut pas rester Là” proposait des mesures plus radicales, et le portrait de Frédéric ou la qualification.

Ceci s’ajoute à mes précédents conseils concernant la rédaction des CV analytiques, et aux études profondes d’Olivier Godechot et Nicolas Mariot sur le localisme, le recrutement et la science politique.
Enfin, pour finir : au département de sociologie de l’université Paris 8, nous (plutôt le président de la commission) envoyons les rapports aux candidats qui le souhaitent. Comme la procédure est maintenant affichée clairement sur le site internet, nous avons probablement plus de rapports à envoyer que d’autres départements. Et les candidats souhaitant leurs rapports ne sont pas marqués d’une croix noire, ce contrairement à une opinion qui court et qui se résume souvent à “je vais passer pour le chieur de service”.
Mise à jour : Suite à ce billet,

  • Affordance (Olivier Ertzscheid, maître de conférences) propose quelques pistes de réflexion supplémentaires.
  • Psychologie sociale fait de la publicité pour le wonderful Guide de fonctionnement des commissions de spécialistes.

De l’Ange

Savalette de LangeMademoiselle Henriette-Jenny Savalette de Lange fait partie, pour de nombreux site internet américains, des famous LGBT. Mlle Jenny, qui a vécu des années 1780 à 1858, a en effet été découverte homme au moment de sa toilette mortuaire. Mais elle avait vécu, tout au long de sa vie, comme femme, sans éveiller le moindre soupçon. Napoléon, puis Charles X, lui avaient accordé une pension (pour services rendus par sa famille à la France). Les éditions Dilecta ont publié il y a quelques mois un texte étrange mais très instructif, rédigé peu après la mort de l’homme-femme, à la fois compte-rendu factuel des différentes adresses occupées par Mlle Jenny, mais aussi copie des lettres envoyées par des soupirants, lui demandant sa main, et par d’illustres comtesses, comme celle-ci :

Mon cher ange,
Mon mari vient de partir pour Paris, où il doit rester un mois. Tu ne voudra s pas, bien certainement, me faire le chagrin de me laisser seule ici pendant tout ce temps. Vient donc de suite, je t’en prie. Tu sais que mon mari est très jaloux et, bien qu’il n’ait manifesté aucun sentiment de défiance en me laissant seule, je désire lui apprendre au plus tôt, pour sa tranquillité, que tu me tiendras compagnie en son absence.

Sur l’homme-femme connu sous le nom de Mademoiselle Savalette de Lange, de Hérail, a de plus une préface très instructive, de Frédéric Prot.
Jenny de Lange était elle transgenre ou “invertie” ? Etait-elle attirée par les femmes (et les femmes par elle… si l’on lit la lettre précédente avec l’esprit malin) ? Par les hommes (les nombreuses demandes en mariage laissent penser qu’elle n’éconduisait pas immédiatement tous les prétendants) ? Par l’argent (Savalette de Lange est un peu le Christophe Rocancourt des années 1830…) ? Les questions furent nombreuses dès sa mort (l’on crut même, un instant, qu’il s’agissait de Louis XVII, et que son travestissement était une protection)…
Sans transition, l’on apprend ce jour la mort de Coccinelle, sans doute la transsexuelle la plus célèbre des années soixante.

Décès de la meneuse de revue transsexuelle Coccinelle
AFP 10.10.06 | 17h23
La chanteuse et meneuse de revue Coccinelle, première transsexuelle médiatisée, est morte lundi soir à Marseille à l’âge de 75 ans, à la Timone où elle était hospitalisée depuis fin juillet à la suite d’un accident vasculaire cérébral, a annoncé mardi son entourage.
Né à Paris en août 1931, Jacques-Charles Dufresnoy, alias Coccinelle, son nom d’artiste, était devenu à l’état-civil Jacqueline-Charlotte Dufresnoy après son opération en 1958 à Casablanca (Maroc).
Sa carrière d’artiste avait débuté en 1953 “Chez Madame Arthur”, célèbre cabaret parisien de transformistes, avec une chanson de Danièle Darrieux tirée du film “Premier rendez-vous”. Après son opération, Coccinelle était devenue l’icône de la cause transgenre en France et avait connu dans les années 60 la notoriété comme chanteuse et meneuse de revues.
Depuis une quinzaine d’années, elle vivait à Marseille.
Son dernier album, sorti en 2005, contenait des reprises de chansons de ses revues de l’Alcazar ou du Carrousel de Paris.
Ses funérailles seront célébrées “dans la plus stricte intimité” samedi à Marseille, a indiqué l’un de ses proches à l’AFP.

J’espère que ses textes, ses lettres, ses archives personnelles seront transmises aux Archives nationales ou à un centre de documentation. L’histoire de la transsexualité en France est un chantier à peine commencé, un chantier pourtant important (ne serait-ce que pour comparer avec l’histoire américaine de la transsexualité) et dans lequel la figure de Coccinelle fut un moment centrale.

Moitié de Full Disclosure : J’ai reçu l’ouvrage sur Mlle Jenny gratuitement.

Mise à jour du 11/10/2006 : je découvre (et achète) ce jour Histoire des transsexuels en France de Maxime Foerster (éditions H.O.).

En finir avec les mariages civils-religieux

Le diocèse épiscopalien du Massachusetts se demande s’il ne serait pas préférable d’en finir avec la célébration des mariages civils-religieux. Aux Etats-Unis, les pasteurs, prêtres, rabbins, imams, etc… sont autorisés à célébrer, au nom de l’Etat, des mariages civils. Ils sont, au moment de signer la “licence” de mariage (le document nécessaire à l’établissement d’un mariage aux yeux des autorités civiles), dépositaires d’un pouvoir étatique. Et, en général, la formule utilisée dans le cadre de la cérémonie religieuse est “By the power vested in me by the State of … I now pronounce you husband and wife” (dans le cas des mariages ou les personnes sont de sexes différents, bien sûr).
Cette caractéristique étrange de la séparation des Eglises et de l’Etat n’a jamais été fortement contestée, principalement, à mon avis, parce qu’elle n’impose pas de nuisance particulière aux dénominations religieuses ni n’instaure de différences entre religions (vous êtes ordonné, OK, vous pouvez célébrer…). [Un exemple, anecdotique, Homer Simpson, le personnage du dessin animé, se fait ordonner dans un épisode de 2005, pour célébrer le mariage de deux hommes. Un autre exemple, dans le même billet, est extrait d’un entretien avec un homme du Vermont s’étant fait ordonné par correspondance, pour célébrer l’union civile d’un couple de ses amis]
Mais voici que le mariage gay, dans l’Etat du Massachusetts, vient remettre ce consensus en question :

A group of local Episcopal priests, saying that the gay marriage debate has intensified their longtime concern about acting as agents of the state by officiating at marriages, is proposing that the Episcopal Church adopt a new approach. Any couples qualified to get married under state law could be married by a justice of the peace, and then, if they want a religious imprimatur for their marriage, they could come to the Episcopal Church seeking a blessing from a priest.
source : The Boston Globe)

Le principal problème, tel que le relate le Boston Globe, est un problème d’égalité de traitement entre couples du même sexe et couples de sexes différents. L’Eglise épiscopalienne ne permet pas la célébration religieuse d’un mariage pour les couples du même sexe, elle n’autorise qu’une bénédiction générale. Alors que l’Etat a ouvert le mariage à ces couples, depuis plus de deux ans (et promeut donc une égalité de traitement). L’assemblée générale des épiscopaliens du Massachusetts va donc examiner une résolution (un projet de règlementation) :

The resolution would declare diocesan convention’s desire that, starting in January 2008, Episcopal marriages be presided over by an agent of the state, and not Episcopal clergy, whose role would be limited to blessing a married couple. That is the system currently in place for gay and lesbian couples at Episcopal churches. In some cases, the civil and religious ceremonies both take place in the church; the couple can bring a justice of the peace, or a minister of another denomination, who signs the state marriage license and pronounces the couple married, and then the Episcopal priest blesses the couple. In other cases, the civil and religious ceremonies take place separately.

L’établissement de compromis de ce type, au Vermont, m’avait énormément intéressé en son temps. Le Vermont avait créé un système d’unions civiles en 1999, et autorisé les personnes ordonnées à célébrer et certifier ces contrats au nom de l’Etat, qui devenaient des “Religious civil unions. J’avais essayé aussi de passer en revue, autour du mariage, l’histoire récente de l’utilisation du clergé comme agent of the state (dans un article publié dans Matériaux pour l’histoire de notre temps). Je regrette donc de ne pas être en ce moment au Massachusetts pour étudier cette accommodation du monde religieux à l’innovation juridique que constitue le mariage (civil) des couples du même sexe.
Les fans des compromis séculier-religieux pourront aussi s’amuser avec un début d’analyse statistique : quelle sorte de couple se marie religieusement ?.

Droit des religions

Je redécouvre ce site consacré au droit des religions, appelé droitdesreligions.net et qui se penche principalement sur l’application du droit séculier aux confessions (et pas sur le droit interne des Eglises). Ce n’est donc pas sur ce site que l’on connaîtra l’évolution de la jurisprudence catholique sur les annulations de mariage, pourtant très utile quand on est princesse monégasque. Une plongée dans droitdesreligions.net permettra cependant de se tenir au courant des derniers jugements impliquant des croyants, des fidèles ou des institutions religieuses (je me demande d’ailleurs bien comment Sébastien Lherbier, le responsable du site, fait pour être au courant des jugements des cours administratives… Legifrance ne les indexe pas…). On regrettera l’absence de fil RSS et de “permalinks” évidents (l’ensemble du site se trouvant dans une “frame”).
De manière connexe, le New York Times consacre un dossier aux différentes exemptions légales dont bénéficient les organisations religieuses :

In recent years, many politicians and commentators have cited what they consider a nationwide “war on religion” that exposes religious organizations to hostility and discrimination. But such organizations — from mainline Presbyterian and Methodist churches to mosques to synagogues to Hindu temples — enjoy an abundance of exemptions from regulations and taxes. And the number is multiplying rapidly. (source)

Cette absence de taxation, de contrôles… pourrait-elle expliquer en partie la force des institutions religieuses ? Il nous faudrait un économiste, ici, qui relierait le nombre de fidèles (ou la participation aux offices) et la somme des taxes ou des régulations auxquelles sont soumises les Eglises. Aux Etats-Unis, il semble bien que les institutions religieuses bénéficient d’un avantage comparatif face aux institutions séculières offrant les mêmes services.

As religious activities expand far beyond weekly worship, that venerable tax break is expanding, too. In recent years, a church-run fitness center with a tanning bed and video arcade in Minnesota, a biblical theme park in Florida, a ministry’s 1,800-acre training retreat and conference center in Michigan, religious broadcasters’ transmission towers in Washington State, and housing for teachers at church-run schools in Alaska have all been granted tax breaks by local officials — or, when they balked, by the courts or state legislators.

Un des usages les plus folkloriques, et peut-être le plus connu, a été promu par la Universal Life Church : elle ordonne ses pasteurs sur simple demande postale, et dans les années soixante-dix, un village entier s’était fait ordonner, afin d’échapper à toute taxation, en tant que communauté religieuse. Cela n’a pas tenu longtemps. Mais il apparaît avec cet exemple et de nombreux autres moins exotiques qu’il y a un intérêt financier (et pas seulement symbolique) à obtenir un classement de ses activités dans la catégorie “religion”. Qui classe ? Qui définit les frontières de la catégorie ? Assez souvent, semble-t-il, c’est après une négociation, un conflit, une action en justice… — et donc un contact prolongé avec le monde séculier et ses pratiques — que le caractère religieux, et donc la possibilité d’une plus grande liberté d’agir, est reconnu.

Janet T. Neff

Il y a deux ans, j’ai publié, dans Critique Internationale un article intitulé « Devant Dieu et face au droit, le mariage religieux des homosexuels aux Etats-Unis ». Il commençait par la citation suivante :

Karen Debra Adelman et Mary Catherine Curtin ont célébré leur partenariat hier à Pittsfield (Massachusetts, dans la résidence de Cynthia et Steve R. Adelman, parents de Mme Adelman. La Révérende Kelly A. Gallagher, ministre de la United Church of Christ, a conduit la cérémonie d’engagement avec la juge Janet T. Neff de la cour d’appel du Michigan…
source : The New York Times, 22 septembre 2002, Section 9, p. 19.

Cet exemple m’intéressait : on y voyait une cérémonie d’union, publiée dans le NYT, qui avait comme célébrantes une pasteure protestante libérale et une juge séculière. Visiblement, le couple avait essayé, faute d’avoir accès au mariage légal — encore restreint aux couples de sexes différents –, de maximiser l’efficacité symbolique qu’offraient ces figures. Bien entendu, la juge Neff, même si elle était présente en tant que juge, n’a pas agit en fonction des pouvoirs que lui confère son poste. Elle n’a pas légalisé ce mariage. C’était probablement une amie de la famille. En revanche, la révérende Gallagher dispose de la bienveillance de sa dénomination, la UCC, pour pouvoir invoquer la bénédiction divine sur cette union (mais elle ne pouvait pas, dans ce cas précis, agir en tant qu’agent of the state).
Il n’empêche, un sénateur américain (l’affreux Brownback du Kansas, pour les connaisseurs) menace la promotion de la juge :

Same-Sex Rite Stalls Judge Nomination
Oct 06 12:28 PM US/Eastern By SAM HANANEL and KEN THOMAS
Associated Press Writers WASHINGTON
A Republican senator is holding up a Michigan judge’s nomination to the federal bench because she reportedly helped lead a commitment ceremony for a lesbian couple four years ago.
Sen. Sam Brownback of Kansas, an opponent of gay marriage who has presidential aspirations, said Friday he wants to know whether there was anything illegal or improper about the ceremony in Massachusetts.
He also said he wants to question Michigan Court of Appeals Judge Janet T. Neff about her views on gay marriage and how her actions might shape her judicial philosophy. (sources)

Le sénateur parle d’activisme judiciaire, de choses à vérifier. Il se demande si la juge n’a pas commis un acte illégal. Il relie sa présence chez les Adelman à des actions de désobéissance civile, et surtout à la décision du Massachusetts, quelques mois après, d’ouvrir le mariage (civil) aux couples du même sexe.
Pour essayer de démêler un peu tout cela, mon article, Devant Dieu et face au droit est disponible en ligne (sur la plateforme cairn.info de manière payante, et en “version préliminaire” sur HAL-SHS)

Le site de socio…

Il y a un an et demi, j’ai mis en place le site internet du département de sociologie de l’université Paris 8, pour donner une visibilité au travail des enseignants-chercheurs, mais aussi, si possible, à celui des étudiants. Après quelques semaines en html, le site est passé à wordpress, le système de publication que j’utilise sur ce blog.
J’ai agi en despote, en privilégiant le minimalisme dans la décoration (pas d’images, pas de gifs-animés, pas de fond coloré) et la structure générale (l’idée étant de minimiser le nombre de clics), et sans consulter ni réunion de concertation ni collectif d’évaluation. Il n’y a pas non plus de “première page” qui dise : “vous êtes sur le site de…, cliquez pour entrer, passer l’introduction, attendez le téléchargement…”, car ces pages sont inutiles. De l’autre côté, contrepartie de ce despotisme, j’ai pris seul en charge le remplissage du site (bibliographie des enseignants, photos prises en douce lors des réunions de département, constitution d’une base de données des ISBN des ouvrages individuels et collectifs…) afin qu’il n’y ai, jamais, au grand jamais, de page “en construction” ou “prochainement”. Mais le but n’était pas de créer un système où seule la personne versée dans le FTP, le php ou le CSS pouvait mettre à jour le site. D’ailleurs, l’idée de “mise à jour” est abandonnée : le site est, et j’en suis content, vivant, jour après jour. Les secrétariats de licence et de master ont en effet, progressivement, sans conversion brutale, commencé à utiliser le formulaire de publication, et désormais, la quasi-totalité des informations qui étaient “affichées sur les tableaux à l’entrée du secrétariat” sont mises en ligne (cela se constate sur le site, en consultant les archives). Il semble que les étudiants aient de plus en plus connaissance du site (dont l’adresse figure sur les brochures, est affichée sur les murs, est distribuée en début d’année dans les cours…) : si je laisse ouverte la possibilité de commenter, les messages et les questions arrivent assez rapidement. Les personnes extérieures à l’université trouvent aussi le site assez rapidement : lors des périodes de recrutement, l’affichage du “profil” des postes ouverts, la publication des dates des auditions longtemps à l’avance… permettent aux candidats de bénéficier d’informations que certaines universités refusent même de dévoiler (notamment la composition de la “commission de spécialistes”).
C’est bien joli tout cela, mais comment est-ce traduit, concrètement ? Voici un an de visites résumées sur un petit graphique. Je me suis restreint ici au nombre de visiteurs distincts, par jour (identifiés par leur adresse IP). Je “moniteure” les statistiques à l’aide de deux services différents (google analytics et statcounter). Ces deux services s’entendent sur les tendances générales, mais pas vraiment sur le “vrai” nombre de visites. Il serait illusoire, donc, de proposer trop de chiffres.
visites sur le site internet
Les visites sont cycliques : le samedi est toujours le jour de repos, les vacances (hiver, juillet-août) amènent moins de monde. En mars-avril dernier, les mouvements d’étudiants opposés au CPE, les blocages-fermetures d’universités… ont amené un bon nombre d’étudiant à vérifier, avant de se déplacer, l’état d’ouverture de l’université. Nous avons utilisé le site internet du département de socio (qui peut être modifié à distance) pour diffuser certaines informations.
Depuis la fin août, le nombre de visiteurs sur le site augmente de manière exponentielle (mais à ce jour, cette hausse est finie) : il est possible qu’un réflexe soit pris, et que les étudiants en sociologie, nouveaux ou anciens, cherchent de manière routinière l’information sur le site.
Les “visiteurs” restent plus ou moins longtemps sur le site, ils cliquent sur un plus ou moins grand nombre de pages. Si l’on se concentre sur les visiteurs arrivant sur le site par l’intermédiaire d’un moteur de recherche et sur les mots-clés utilisés, l’on peut constater que l’origine de la recherche conduit à des comportements différents. Voici une liste des principaux mots clés utilisé par des visiteurs pour aboutir sur le site du département, pendant une période de quelques mois. La recherche la plus courante porte sur “sociologie”, et conduits les internautes à regarder, en moyenne, 3 pages (c’est à dire qu’ils cliquent sur deux liens hypertexte avant de s’en aller). La recherche donnant le comportement le plus “visqueux”, dans cette liste, est plus précise, et porte sur le département lui-même (entre 10 et 7 “pages vues”). Cela me semble être une bonne chose : le site semble être pile-poil ce pourquoi il était conçu.
mots clés utilisés, site internet
Pendant cette période, les membres du département les plus recherchés étaient Rémy Ponton (professeur et président de la commission de spécialistes), Charles Soulié (maître de conférence et assesseur de la commission de spécialistes), Thomas Sauvadet (ancien moniteur et “ATER”, ayant effectué sa thèse à Paris VIII) et Christelle Avril (“PRAG” au département de sociologie). D’autres enseignants (moi-même, d’autres) sont plus visibles sur d’autres sites (l’un d’entre eux a même une page sur wikipedia) et chercher leur nom sur google mènera principalement ailleurs. Il ne faudrait donc pas prendre cette liste pour un indice de popularité ou de célébrité, même s’il est tentant de le faire.
Les critiques sont les bienvenues. DirtyDenys, par exemple, trouvait que la restriction à 800 pixels de la largeur utilisée était trop sévère, étant donnée la grande disponibilité des écrans atteignant au moins 1000 ou 1200 pixels de large. Mes statistiques laissent quand même croire qu’un visiteur sur six possède un écran “800 x 600”. Mais dans le cours de l’année, il est fort probable que l’on passera à un layout plus large. Le choix de wordpress plutôt que SPIP était avant tout lié à ma connaissance du logiciel, et à la possibilité de ne laisser qu’une interface minimale aux utilisateurs-secrétaires (le manuel d’utilisation que j’ai fait tient en 4 copies d’écran sur deux pages A4) : “C’est comme envoyer un mail avec yahoo”, ai-je expliqué. Pas besoin, ainsi, de journées de formation à l’usage de SPIP (qui existent, mais qui semblent avoir un succès mitigé).
Il ne faut pas comprendre mon propos comme du Urfist f*cking : les Urfists de France (que je connais peu) diffusent peu à peu des techniques et des savoirs, je ne distribue qu’une technique “clique-ici” sans aucune réflexion ou partage de connaissance, je n’ai pas non plus intégré le site du département avec HAL-SHS (même si plusieurs enseignants y déposent leurs pré-publications)… Le tout est minimaliste et peut-être pas très évolutif (même si on peut faire des miracles avec des flux RSS : celui du site de sociologie est : http://www.univ-paris8.fr/sociologie/?feed=rss2, utilisez-le !).

Scandale à la Star Ac’

Scandale à la Star Academy ! Selon le Journal de Saint-Denis, la candidate nommée Eloïsha n’est pas dionysienne, elle n’est même pas de Seine-Saint-Denis :

La rappeuse, « enfant du R’n’B », présentée comme originaire de Saint-Denis, vient en fait de Seine-et-Marne, Savigny-le-Temple. Une ville certes moins parlante à l’imaginaire que notre cité du rap et du slam. Un coup de communication?
source : Marylène Lenfant “Eloïsha la fausse dionysienne”, Le Journal de Saint-Denis, n°673, 20/09/2006, p.7

eloisha star ac
Le scandale est donc avéré ! Que fait la police ? Que fait le maire de Saint-Denis (à part exposer cela dans son journal municipal, dont la couverture porte l’odieuse contrepèterie “A partir du 22 septembre au Stade de France, Ben-Hur lance son char)” ? Ce formidable “coup de pub” pour Savigny-le-Temple sera-t-il puni comme il se doit ? Phersu, en prenant conscience de ce scandale, s’est écrié “Από την πόλη έρχομαι, και στην κορφή κανέλα.. L’hérésiarque obsidien paléologue, اترك الشر يتركك !!” et j’avoue avoir été un peu surpris par sa réaction.
Mais ma colère s’apaise devant ce spectacle observé sur la Grand’place de Copenhague au Danemark : un groupe de Sud-américains déguisés en indiens des plaines, jouant à la flûte de pan une version remixée de Aïsha, par Jean-Jacques Goldmann… A mon avis, ces faux-indiens ont dit aux Danois qu’ils venaient de Saint-Denis…

(lien vers la vidéo / dailymotion)

The Breastplate of Righteousness… a encore frappé

Dans son Epitre aux Ephésiens (6:14), Saint Paul écrivait :

Tenez donc ferme: ayez à vos reins la vérité pour ceinture; revêtez la cuirasse de la justice;

Le prêtre épiscopalien et sociologue Laud Humphreys, dans Tearoom Trade, a utilisé cette dernière expression, “cuirasse de justice”, en anglais “Breastplate of Righteousness” (plastron de rectitude…) pour signaler l’un des modes de protection des “déviants”. Son étude portait plus particulièrement sur les hommes participant à des relations sexuelles rapides et anonymes dans les toilettes publiques. Une partie de ces participants s’avèrent être des personnes aux opinions politiques et sociales très conservatrices (pasteurs fondamentalistes, hommes politiques, “workers” de droite…). Pour se protéger du risque de dévoilement associé à des actes à l’époque non seulement jugés pervers, mais aussi criminels (l’étude de Humphreys date de la fin des années 1960), ces hommes se sont construits une personnalité publique que le sens commun jugerait opposée à la personnalité supposée des “déviants”. Ces conservateurs exhibent fièrement un plastron de rectitude : opposition publique à l’homosexualité, vote à droite ou à l’extrême droite, opinions religieuses ostentatoires…

Motivated largely by his own awareness of the discreditable nature of his secret behavior, the covert deviant develops a presentation of self that is respectable to a fault. His whole lifestyle becomes an incarnation of what is proper and orthodox. In manners and taste, religion and art, he strives to compensate for an otherwise low resistance to the shock of exposure.
Humphreys (Laud), Tearoom Trade, chapitre 7.

Cette semaine, un jeune stagiaire mineur au Congrès a révélé une série de mails et de “instant messages qu’un Représentant (député) américain lui a envoyé. D’autres stagiaires ont suivi :

“What ya wearing?” Mr. Foley wrote to one, according to the network. “Tshirt and shorts,” the teenager responded. “Love to slip them off of you,” Mr. Foley replied.

Foley s’était fait remarqué non seulement pour avoir voté le Defense of Marriage Act (qui visait à instaurer une interdiction fédérale du mariage gay), mais pour être l’un des grands défenseurs des mineurs face aux “prédateurs sexuels” et autre pédophiles de l’internet.

Representative Mark Foley, a Republican, became well known for his ardent efforts to safeguard the young and vulnerable, leading the House caucus on missing and exploited children and championing laws against sexual predators.
source : New Tork Times

Il ne semble pas, pour l’instant, y avoir eu autre chose que du flirt virtuel entre un homme d’une cinquantaine d’année et des adolescents d’environ 17 ans… Mais la révélation de ces histoires (homosexuelles) dans le cadre d’une campagne électorale a suffit à pousser Foley à la démission [à la fin des années 1990, Foley avait été outé par le magazine gay The Advocate sans que cela nuise à sa carrière et à sa réélection].
Le blog de Brian Ross de la chaine ABC – The Blotter a bien plus.
Le tout rappelle l’histoire du maire de Spokane.

Laïcité et financement des cultes

Je signale, au passage, un texte critique très intéressant sur le blog de Sébastien Fath, au sujet d’un rapport sur le financement des cultes et la laïcité, le “Rapport Machelon”.

Les inscriptions à Paris 8 (deuxième année)

L’un des intérêts d’un blog est de pouvoir parler de ce qui nous amuse. Et certaines choses nous amusent de manière chronique. La manière avec laquelle les étudiants parlent de l’université Paris VIII est l’une de ces choses. Les inscriptions à l’université semblent chaque année similaires et, du point de vue de certaines étudiantes, mal, voire très mal, organisées. Il semble assez étrange que ces dysfonctionnements structurels et se répétant chaque année ne trouvent pas de solution. Certains étudiants, il est vrai, dans cette situation, semblent y mettre un peu du leur.
Chtiterikku écrit :

Mercredi, direction la gare de saint denis pour aller à ma fac. Tout ça pour une stupide inscription de merde qui a pris keu même pas mal de temps. J’avais payé par internet et tout donc j’avais pas toute la queue à faire. Mais le pb c’est que quand tu fais la file, à la fin y’a une fiche avec ton nom et ils t’appellent pour te donner ta carte. Mais quand t’as fait par internet, vu que y’a pas de fiche, ils t’appellent pas. Et ca a été le merdier car la fille devant moi ne comprenait pas qu’il fallait se signaler et tout =_= Donc au bout de 30 minutes à poireauter, j’en ai eu ma claque et j’ai fait du forcing. Resultat, 5 minutes plus tard j’avais ma carte loool *proud*

Talulu écrit :

Cette semaime à été très très chargée! En effet, il y avait ma réinscription à ma fac (Paris VIII) et ça a été de la folie, elel était prévue pour lundi et j’ai mis 3 jours pour y arrivé! Vive l’organisation des secretaires!
En gros le lundi c’était une convocation de 14h à 16h30, j’arrive après mon boulot il est 15h et ben! au moins 200 personnes! il faut prendre un ticket! Vous savez comme à la boucherie XD
J’ai le numéro 449, le compteur indique 250…. à 20h je passe devant la fille et elle me dit: il me faut ce papier sinon je ne vous accepte pas! Je suis en RAGE!
Le lendemain c’est de 9h à 12h… J’arrive à 8h45 et une dizaine de personnes attendent déjà! J’attend à 9h20 (vive la ponctualité) la secrétaire arrive pour mettre les tickets tout le modne se précipite, mais pour rien! Ils ont décidé de ne prendre que les tickets de la veille! Heureusement que je l’avais gardé XD
A 9h40 je resssors avec ce précieux papier, je cours à un autre bâtiment (…)
la suite ici

Nihilya essaye de s’inscrire aux tests de langue :

J’ai retrouvé, il y a une semaine, un petit papier rouge me disant que je devais m’inscrire à un test de niveau en Anglais pour pour m’inscrire à des cours de LV1. Normal donc… Le dit papier expliquait, en jolies lettres noires, qu’on pouvait prendre connaissance des “modalités d’inscription” auprès du bureau B216 les 10&11 septembre.(…) Je suis donc allée ce matin, fraiche et pimpante comme vous vous l’imaginez sûrement, au secrétariat B216 avec la ferme intention de leur expliquer à quel point le téléphone c’est formidable quand on a pas envie de se taper 1h15 de trajet pour deux pauvres papiers. Naïvement, je pensais que ce serait ouvert… Après donc, avoir cherché mon chemin dans cette “choses” qu’est St Denis… Je me suis retrouvée (avec une quinzaine d’autres naïfs étudiants comme moi) devant une porte fermée… Jusqu’à 14h30. Inutile de vous préciser à quel point je crevais d’envie d’attendre 4h devant une porte blindée dans un couloir.

Zazen bizarre est dépitée :

J’ai repris le travail, bientôt la fac, ça me dépite un peu d’aller me peiner le cul à st denis après avoir visité les Colleges de Cambridge.

Il est possible de retourner en arrière et de constater que c’était pareil l’année dernière. Pour éviter certains désagréments, nous avons pris l’habitude, au département de sociologie de prévenir en avance et en essayant d’être clair. Il n’empêche, les étudiantes ont des questions parfois inattendues.