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Anthropologies (suite – 2)

L’occupation de “l’Amphi A1” de l’université Paris 8 (Vincennes – Saint-Denis) continuait encore hier jeudi. Je suis passé voir l’organisation des activités hier après-midi. Devant la salle, baptisée “Zone libérée“, quelques tables servaient de présentoir aux revendications des étudiants d’anthropologie, et une autre aux revendications d’un autre groupe d’étudiant-e-s, autour de ce qu’on appelle informellement une “affaire de voile” (qui donne aussi lieu à nombre de tracts).
C’est principalement autour de l’Amphithéâtre que les tracts sont affichés, et que des espèces de dazibao tentent de replacer les revendications dans un contexte plus général de lutte anticapitaliste. Pour une série de tracts et d’affiches (PDF), consultez ce document. Le cadrage des revendications semble cependant s’effectuer, pour le moment, au moyen d’une tentative de publication périodique, L’Anthrop occupant où plusieurs étudiants, ainsi que le “capitaine” du département d’anthropologie, exposent les raisons de leur action.
L'Anthrop Occupant, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Avril 2005, Manifestation d'étudiants d'anthropologie
Sur ces événements, l’Humanité écrivait :

Université Paris VIII

Anthropologues en action

La tension monte à Paris-VIII. Depuis le 21 mars, plusieurs dizaines d’étudiants du département d’anthropologie de l’université dyonisienne occupent 24 heures sur 24 un amphithéâtre. En cause : la refonte de leur cursus, dont l’existence même est menacée par l’application de la fameuse réforme dite LMD (licence maîtrise mastère). Selon le projet défendu par la présidence de l’université, l’anthropologie serait, lors des deux premières années du cycle, une discipline « mineure » (optionnelle) intégrée au département de sociologie. Elle deviendrait « majeure » uniquement en troisième année. Mais pas plus. « Comme le laboratoire de recherche a été fermé l’année dernière, précise un étudiant, aucun mastère d’anthropologie n’est prévu dans le projet… » Passé la surprise, la présidence de l’université s’est voulue plutôt conciliante les premiers jours, laissant les étudiants occuper les salles, organiser des conférences d’information et des actions culturelles. Peu à peu, le mouvement s’est intensifié. Et les relations entre direction et élèves se sont tendues. Depuis mercredi, le rectorat demande aux vigiles d’assurer une présence jour et nuit, ajoutant à la tension. « La nuit dernière, raconte un étudiant, la direction a fait sonner l’alarme incendie de 23 h 30 à 4 heures du matin, histoire de nous faire ch… C’est dire l’ambiance qui règne ici ! » L. M.

Celles et ceux qui souhaitent lire une réflexion plus générale sur l’avenir de l’anthropologie liront avec intérêt le blog de François Briatte, et les chanceux qui, en France, ont accès à Jstor consulteront avec intérêt un article de Hirsch, Sacrifice for the Cause: Group Processes, Recruitment, and Commitment in a Student Social Movement, American Sociological Review, October 1990, 55: 243-254.

mise à jour : un message sur le forum de Télérama, le collectif Local des Anthropotes est présent sur internet.

Anthropologies (suite)

Depuis plusieurs jours maintenant, un professeur d’anthropologie de l’université Paris 8 (où j’enseigne) est en grève de la faim et depuis la semaine dernière en gros, des étudiants du département d’anthropologie occupent un amphithéâtre. Le but de ces actions est la sauvegarde du département et de ses enseignements. Cette action semble avoir pour conséquence aussi la solidification de frontières disciplinaires. La ” ‘sociologie’ statistique et normative ” se retrouve encore une fois une des cibles.
Ci-dessous l’un des tracts (non signé, j’ai ajouté les références) affichés dans l’université :

Une brochure plus longue et donc certainement plus complexe était photocopiée cette après-midi mais je n’ai pas pu avoir d’exemplaires.

L’inventivité

J’ai parlé précédemment du commerce des jouets pour adultes et de certaines de ses évolutions récentes (aux Etats-Unis et en France notamment).
Si l’on s’intéresse maintenant à ce qui y est vendu, on pourrait essayer d’en savoir un peu plus sur les objets eux-mêmes. L’historienne américaine Rachel Maines est la seule à ma connaissance à avoir tenté de déterrer l’histoire de ces gadgets. Dans The Technology of Orgasm (pdf), elle montre combien le vibromasseur est inscrit dans l’histoire du traitement médical de l’hystérie: les massages pelviens étaient l’un des traitements recommandés. Des médecins de la fin du XIXe siècle se spécialisaient dans les formes variées de friction des chairs, tels ce Docteur Taylor (le lien devrait vous envoyer vers la page du livre de Maines chez Google Print).
Des brevets ont donc été déposés dès la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment par le Dr. Taylor, afin de protéger certaines inventions (voici par exemple deux brevets du Dr. Taylor, de 1876 et 1882). Ces premiers brevets pratiquent de ce que Maines appelle des “technologies socialement camouflées” (ou “camouflagées” pour re-franciser le gallicisme utilisé par l’auteure) : rien n’y indique clairement que l’orgasme est le but recherché par la friction ou le massage du bas de l’abdomen. Les machines elles-mêmes semblent fort innocentes.
Quelques années plus tard, juste avant la Première Guerre mondiale, le camouflage commence à tomber. Un dénommé John T. Keough, en 1912, dépose un brevet concernant un dilateur vibratoire, qui ressemble par certains côtés à un objet contemporain.
Le site de l’office des brevets des Etats-Unis, uspto.gov permet de retrouver tous les brevets américains (entre 1790 et 2005, mais avant 1975 la recherche est limitée aux numéros de brevet). Certains se sont amusés à proposer une sorte d’anthologie des “sexual devices” brevetés (pdf) aux USA, ce qui montre l’inventivité et l’esprit capitaliste de certains créateurs de godemichés. A la fin du XXe siècle, le “camouflage” laisse la place à l’expression directe : une recherche sur “dildo” trouve 16 brevets acceptés entre 1976 et juin 2004, une recherche similaire sur “orgasm” ou “sexual AND device” donne d’autres résultats. A partir de ces brevets récents, qui citent les brevets sur lesquels ils reposent, il est possible de retrouver en partie l’histoire des techniques sur lesquels reposent les vibromasseurs contemporains. Le US Patents Office a même créé différentes classes 600/38, 601/70, etc… destinées uniquement ou principalement à ces jouets pour adultes.
Le Bureau des brevets américains n’est toutefois pas uniquement consacré à la facilitation des orgasmes par le moyen des “sex toys”: la préservation de la “chasteté” a aussi fait l’objet d’un bon nombre de brevets visant à empêcher certaines formes de masturbation ou de pénétration.

Une comparaison rapide avec l’institut national de la propriété industrielle en France est bien décevante et ne permet pas de débuter une recherche : le service, doté d’un nom ronflant (“Plutarque”) ne donne pas accès à grand’chose et toutes les inventions semblent être d’origine étrangère (allemande ou britannique).

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Département…

J’ai été chargé de construire le site du Département de sociologie de Paris 8, qui n’avait jamais existé (et qui n’est pas toujours accessible, ou toujours pas accessible, ça dépend…). Les lecteurs de ce blog ne seront pas du tout étonnés par la mise en page utilisée : j’ai repris en gros ce que j’utilise pour le blog. Je m’en suis tenu au plus dépouillé possible (exception faite d’une image très visible, même aggressive).
Comme je n’ai pas encore accès au serveur de P8 directement, j’ai envoyé les fichiers au responsable de la communication, qui les a placés sur le site… Et dans l’échange, les fichiers qui étaient en UTF-8 ont perdu leurs accents ou quelque chose comme ça… Quelques erreurs sont donc à craindre.
Je pense par la suite installer WordPress afin que le secrétariat ou moi-même puissions ajouter des “actualités”.

Tout se cartographie ?

Les “sex shops” parisiens, environ 130 boutiques en 2004, sont concentrés sur quatre artères principales (la rue Saint-Denis, le Boulevard de Clichy, la rue de la Gaîté et enfin la rue Sèze, à l’arrière de l’Église de la Madeleine) et des pôles secondaires à proximité des gares de l’Est, du Nord, de Lyon et surtout de la gare Saint-Lazare.
La catégorie “sex shop” n’est pas précisement définie et les boutiques représentées sur cette carte sont fortement hétérogènes. Les “Pages Jaunes” les classent dans un groupe qui a pour titre “librairies érotiques”. La base de données sur le commerce parisien (BD-com gérée par l’A.P.U.R.) considère comme “sex shop” les commerces de vidéos pornographiques. Pour la “Nomenclature d’Activités Française” (NAF de l’Insee) classe les “sex shops” dans la classe GA52.1J (commerce de détail non spécialisé sans prédominance alimentaire en magasin d’une surface de vente inférieure à 2500 m2).
Le terme lui-même, qui date du tout début des années 1970 est alors un substantif féminin considéré comme un “faux anglicisme” (en provenance probable de Scandinavie).
Les boutiques sont surveillées par la Brigade de Répression du Proxénétisme qui veille à l’opacification des fenêtres et à l’interdiction d’entrée des mineurs, mais aucune autorisation administrative n’est nécessaire (au contraire des “Peep Shows” qui relèvent d’une législation sur les spectacles vivants).
Localisation des sex shops parisiens en 2004, source APUR, Pages Jaunes et relevés personnelsune version PDF est disponible.

A Paris, les associations de quartier, les projets de rénovation urbaine… semblent s’intéresser d’assez près à ces boutiques qui attirent, comme les sandwicheries, les “indésirables” :

Le 1er arrondissement présente un nombre important d’établissements ouverts au public  (EOP) tels que sandwicheries, débits de boissons ou sex-shop, qui représentent autant de points de fixation pour les marginaux. Ces établissements […] attirent une foule qui génère des dégradations diverses et inquiétantes aux yeux des riverains qui font part d’un sentiment d’insécurité exacerbé.
source : Contrat local de sécurité, fiche action n°4

Ces établissements pornographiques, de part leur concentration, peuvent constituer une proportion importante de l’activité économique locale :

les sex-shops et autres établissements à vocation érotique représentent 46% des commerces du boulevard de Clichy.
source : Les boulevards de Clichy et de Rochechouart, sur le site municipal de Paris.

Ce n’est pas du tout ce type de sex shop que le journal de France2 a présenté, hier soir, dans un reportage signé E. Colin, J.-L. Melin, D. Auvrouin et I. Hassid (disponible ici au format QuickTime .mov). Une différence était faite, insistante, entre les sex shops “glauques” et les nouveaux “sex toys” ou “jouets pour adultes” présentés dans des écrins de bon goût. Alors que le reportage multiplie les angles permettant de montrer un grand nombre de vibromasseurs et de godemichés, tout est fait pour éviter la pornographie : les objets ressemblent à des sorbets, aucun DVD ou aucune vidéo ne sont présentés. Les clientes interrogées ressemblent à des cadres, des femmes de chirurgiens ou à des étudiantes en commerce international, les lieux sont situés dans “un quartier chic de la capitale” ou “un grand magasin”, ou dans le magasin d’une “créatrice de mode”.
France 2, reportage au journal télévisé du 01 février 2005, godemichés dans un grand magasin
D’autres “lieux” de vente sont abordés, notamment les catalogues de vente par correspondance qui vont au delà du vibromasseur pour proposer les mêmes gadgets que le Boulevard de Clichy.
France 2, reportage au journal télévisé du 01 février 2005, godemichés dans un catalogue de vente par correspondance
lien vers le reportage de France 2 au format QuickTime .mov

Pour aller plus loin on consultera avec intérêt l’article suivant : Proth, Bruno et Redoutey, Emmanuel, “Guide La Musardine, parcours érotique parisien”, Urbanisme, 2002, n°325, pp.54-56, ou mes autres écrits sur le même sujet.

Anthropologies

[bienvenue aux visiteurs de anthropologiep8. D’autres blogs de Paris VIII se trouvent ici]
A l’université où j’enseigne, Paris 8 (Vincennes – Saint-Denis), se trouvent un département de sociologie et un département d’anthropologie. Le département d’anthropologie n’est pas en bonne santé en ce moment : pour diverses raisons il est fort probable qu’il s’achemine vers sa disparition. C’est du moins ce qu’il faut croire selon les prospectii (prospecta ?) distribués ou affichés depuis quelques mois. En novembre dernier, un groupe d’étudiants avait affiché quelques tracts manifestant leur inquiétude devant l’absence d’information sur le devenir des enseignements en anthropologie : voir un diplôme dans lequel on est engagé disparaître d’une année sur l’autre est peu réjouissant.
Aujourd’hui j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un nouveau tract, signé du “Collectif des anthropotes” (que j’ai scanné et archivé ici) qui s’insurge contre la disparition programmée, selon lui, de l’anthropologie au profit de la sociologie :

il lui faut du temps, à l’anthropologue, pour se construire, se former, s’instruire, s’informer, rechercher, analyser, s’informer (encore), analyser (toujours)… Alors qu’un sociologue, c’est plus rapide. En même pas un an, il pourrait vous pondre une enquête bien ficelée sur des sujets à la mode bien comme il faut […]
Il faudrait donc se faire à l’idée que sociologue, c’est plus vendeur qu’anthropologue: laissons les sociologues traiter des phénomènes de société et les anthropologues partir en Nouvelle Guinée […]

Après avoir insisté donc sur ces différences et ces oppositions entre sociologie et anthropologie, le “Collectif des anthropotes” en vient au coeur de ce qu’il considère comme réellement problématique, à savoir un projet d’option “anthropologie” dans la future “L” (licence) de sociologie:

Alors voilà. Demain, on va nous vendre un diplôme “Deux en Un” (Soyez Sociologue ET Anthropologue -à vos heures perdues- pour le prix d’UNE SEULE INSCRIPTION!!!) comme autant de “shampoing-après-shampoing-gel-douche-bain-moussant” […] en oubliant l’objectif premier: acheter un shampoing c’est pour se laver les cheveux […] et… s’inscrire en anthropologie, ce n’est pas pour devenir… sociologue!

Dans ce tract, l’anthropologie est présentée un peu comme la poésie, comme une entreprise désintéressée et “non rentable” (ce n’est pas une “marchandise”) alors que la sociologie représenterait la rentabilité et le nivellement culturel (“Ardisson”, “les médias”…). Il me semble difficile de construire une mobilisation à partir de cette description, mais on verra bien…
Collectif des anthropotes, Université Paris 8, janvier 2005, Département d'anthropologie

Colloque “Expériences transgenres”

Un colloque se tient le 11 février à Marseille :
Les expériences « transgenres » et leurs narrations.
11 février 2005. MMSH. Aix-en-Provence. Responsable : Laurence Hérault. herault @ mmsh . univ-aix . fr MMSH. Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme. 5 rue du château de l’horloge. Quartier Jas de Bouffan. Aix-en-Provence. programme (pdf).

Cette journée d’étude propose une approche des expériences de transsexuation dans différentes sociétés au travers d’une exploration des récits qui en sont faits. Si les sociétés humaines ont traité et conçoivent les personnes « transgenres » de manière très diverses, le fait de raconter cette expérience revêt partout un enjeu important car la composition même du récit engage la légitimité de la personne « transgenre » et ses possibilités d’existence. Les récits sont, en effet, non seulement produits pour donner sens à une expérience singulière mais aussi pour engager des actions multiples et diverses par rapport à cette situation. Ceci invite, bien évidemment, à être attentif au statut et au rôle des différents narrateurs et aux formes de leur production (comptes-rendus cliniques ou juridiques, récits de vie ou autobiographies, récits ethnographiques ou de voyage) de manière à saisir les enjeux qui s’exposent à la fois dans le récit et dans le point de vue qu’il adopte. Cette exploration se fera à travers l’analyse de situations précises appartenant à des contextes historiques et culturels variés de façon à permettre une mise en perspective des procédures de narration des expériences « transgenres » et de leur « recevabilité » sociale et culturelle.

10 h. Introduction Laurence Hérault
10 h 15. L’expérience transsexuelle et sa mise en récit par la justice. Une analyse des procédures de changement de sexe à l’état civil. David Michels. Doctorant. EHESS. Centre d’Anthropologie (UMR 8555). Toulouse.
11h. 15. Identification personnelle et idéologie transgenre. Sébastien Sengenès. Doctorant. EHESS. Paris
12 h 15 Déjeuner. Cafétéria MMSH. (Tickets CNRS et T. restaurant acceptés. Repas complet 8 E. assiette de légumes 2,50 E)
14 h. L’homme qui croyait être une fille ou la démence singulière d’un gentilhomme de Bigorre au XVIIe siècle. Sylvie Steinberg. Maître de conférences. Université de Rouen.
15 h. Les explorateurs français et leur « berdache » : récits de voyages et regard européen sur les « transgenres » amérindiens. Laurence Hérault. Maître de conférences. Université de Provence. IDEMEC. Aix-en-Provence.
16 h. Pause.
16 h 20. Le raerae tahitien. Raconter son expérience pour exister en tant que femme. Sophie Campet. Doctorante. Université de Provence. CREDO
17 h 20. Conclusion
programme complet avec résumés (pdf).

Aristocratisation et féminisation

La grande enquête sur la sexualité des Français, effectuée au début des années 1990 (l’enquête dite “ACSF“, voir la bibliographie) ne s’était pas intéressée aux “jouets pour adultes”. Une question cependant portait sur la fréquence de l’usage (ou non) d’un “objet” (indeterminé) pour aboutir à l’orgasme. Seul un petit nombre de personnes répondaient utiliser un tel objet dans un tel but. Il est possible que ces chiffres aient, depuis, évolué, s’il faut en croire certains éléments.
Janine Mossuz-Lavau, dans un article consacré aux évolutions des lois liées à la sexualité, écrivait:

On a aussi beaucoup parlé, dans la période récente, des sex-toys, désormais en vente dans des boutiques de vêtements pour femmes, la précurseure en la matière étant Sonia Rykiel qui propose, dans l’atmosphère feutrée d’un sous-sol d’un de ses magasins, des vibromasseurs et autres godemichés et qui s’en est trouvée très vite, vu les échos médiatiques suscités par cette initiative, en rupture de stock. On a entendu des commentaires, parfois désobligeants, sur le “retour” à des pratiques solitaires, ne tenant pas compte de ce que des couples viennent aussi s’approvisionner dans ce type d’endroits. Et ne tenant pas compte non plus de ce qu’il est beaucoup plus facile pour une femme qui désire faire ce genre d’achat d’entrer dans une boutique de vêtements féminins que d’aller dans un sex-shop glauque où elle risque souvent d’être importunée. Cette mise en vente de sex-toys, même s’ils sont plus chers que dans les sex-shops et correspondent aussi à une opération de marketing, va également dans le sens d’une reconnaissance et d’une légitimation du désir et du plaisirs féminins, le succès rencontré par cette initiative en témoigne.
(source : Mossuz-Lavau, Janine, “La loi et les moeurs”, Cosmopolitiques, 4, 2003, pp.145-156)

Le passage du “sex-shop glauque” à “l’atmosphère feutrée” décrit à la fois un mouvement de classe (une aristocratisation du jouet) et un mouvement de genre (une féminisation du même jouet). Ces mouvements — et cette multiplication des lieux de vente — se sont accompagnés aussi d’une multiplication des producteurs de sex-toys. publicité pour un godemiché design Les designers semblent avoir quitté, récemment, le domaine des brosses à dents et des presse-citrons pour celui des jouets pour adultes. La designeuse Marine Peyre de “Cooked in Marseille” propose ainsi à la vente Enjoy, un godemiché design “en silicone phosphorescent” dont le “look coloré” en fait le “toy […] le plus tendance du moment”.
Dans un mémoire de DEA de l’université Paris 7 soutenu en septembre dernier, Marie Soutlages étudie l’usage des godemichés par des lesbiennes identitaires (recrutées principalement à partir de réseaux militants ou par l’intermédiaire d’associations et de librairies). La diffusion des gadgets les a rendu accessibles (notamment à partir de la deuxième partie des années 1990). Mais l’acte d’achat semble poser quelques problèmes : certaines acceptent difficilement de lier plaisir sexuel et acte commercial, d’autres font part d’un sentiment de honte.

Le sex-shop est d’ailleurs vécu par les interviewées comme une des difficultés majeures à surmonter pour utiliser un godemiché. Claude et Julie nous expliquent les atermoiements qu’elles ont connus avant de pouvoir entrer dans un sex-shop pour essayer leur premier godemiché. L’entrée dans le sex-shop parait encore plus insurmontable par les interviewées qui n’ont jamais utilisé de godemiché.
[…]
« Le truc c’est quand que Val l’a acheté euh, me l’a offert pour mon anniversaire ce truc… Elle est allée dans un sex-shop Gare de Lyon je crois. Je lui ai dit : “Moi j’y vais pas t’y vas toute seule.” [Sourire]. Elle me dit : “Bon d’accord.” Ben oui parce qu’elle entre dans le sex-shop avec sa gueule qui va bien parce que les cheveux jusque là, blonde, gaulée, je te raconte pas, donc euh. Tu vois les mecs alors : “Oui oui oui alors euh, vous voulez ça, quelle couleur euh.” C’était très bien, c’était mieux que j’y aille pas parce que, elle était moins cataloguée sans moi… Voilà. Enfin peut-être. Ouais j’pense quand même. J’pense. Ils ont dû se dire euh : “C’est une petite nana qui veut se faire plaisir [rire]. Rien de bien méchant” [rire]. »
Source: Marie Soutlages, Liberté, Égalité, Godemiché, mémoire de DEA, Université Paris 7, Septembre 2004 [Sous la direction de Sonia DAYAN-HERZBRUN]

Il resterait à avoir quelques élements de contextualisation (historique et sociologique) sur les “sex-shops” en eux-mêmes : leur création (les années 1950 ?), leur localisation, leur contrôle par le ministère de l’Intérieur… et finalement, plus récemment, leur lente diminution. Ou plutôt la stabilisation de leur nombre :
Evolution du nombre de commerces à Paris entre 2002 et 2003, source Données sur le commerce parisien, APUR, 2003, publié dans le magazine municipal 'A Paris', novembre 2004, page 7
Source : Données sur le commerce parisien recueillies par l’A.P.U.R., A Paris (pdf), journal municipal parisien (ISSN 1296-2902), novembre 2004, page 7. [mise à jour du 02/12/2005 : entre 2003 et 2005, le nombre de sex shops parisiens a baissé de 7%]

Autres articles sur le même sujet.

Standard American English

J’ai re-découvert assez profondément l’accent du Neuf Trois (surtout depuis octobre)… et plus récemment encore le DVD des sketchs de Dany Boon, A S’baraque et en ch’ti (c’est amusant, sur amazon les apostrophes sont mal placées).
Je ne sais pas quand je serai capable de localiser de la même manière les accents américains (ou canadiens), mais la National Public Radio des USA m’y aide. Une poignée d’émissions ou de reportages traitent des accents régionaux (surtout de ceux de Nouvelle Angleterre, de Boston et de Rhode Island, de New York et du Sud…) : l’accent de Boston perdure (c’est celui de Kennedy et de John Kerry), celui du Rhode Island fait plouc (c’est l’accent de Jim Carrey dans Me, Myself & Irene), celui de Caroline du Nord s’adapte (c’est certainement l’accent de Renée Zellwegger dans Cold Mountain), celui de Louisiane trompe les systèmes de reconnaissance vocale automatiques. Plus généralement, existent tout une mosaïque d’accents régionaux, qui cependant évoluent. L’on n’oublierrrrhhhharh pas, pour finir, l’accent Pirate, ni la volonté de certains d’éliminer tout accent étranger (ce n’est pas encore mon cas).
Pour aller plus loin, le professeur Bert Vaux, responsable du Harvard Survey of North American Dialects, propose sur son site le téléchargement d’une cartographie accents/dialectes des Etats-Unis.

Nouvelle année

Rocketboom est un vlog (un blog video) réalisé par une jeune new yorkaise, probablement une étudiante de NYU. Elle propose un reportage par jour depuis début novembre.

Sans lien direct, je signale aussi la journée de l’atelier AnthropENS. Mercredi 12 Janvier 2005 à l’Ecole Normale Supérieure – site de Jourdan 48 bd Jourdan 75014 Paris Salle E102 de 9h à 17h. L’Atelier AnthropEns réunit élèves, anciens élèves et doctorants de l’ENS autour d’un intérêt commun pour l’anthropologie.
Cette première journée de l’Atelier AnthropEns, organisée avec l’appui du LSS et consacrée à la présentation de leurs travaux par des doctorants ou post-doctorants, a pour ambition de rendre visible la diversité et la vitalité de la recherche anthropologique à l’ENS.

INTRODUCTION (9h-9h20)
ATELIER 1 : Anthropologie urbaine (9h20-10h50) “S’approprier l’anthropologie : les cheminements d’une enquête urbaine au Yémen” (Vincent Planel) “Familles intérimaires. A propos des réfugiés palestiniens au Liban” (Sylvain Perdigon)
PAUSE CAFE
ATELIER 2 : Anthropologie des savoirs (11h10-12h40) “Biopolitique de la critique et rationalité des experts en sécurité alimentaire” (Frédéric Keck) “Le Musée du quai Branly: un regard ‘résolument nouveau’ sur la diversité culturelle en France ?” (Sarah Froning-Deleporte)
DEJEUNER
ATELIER 3 : Anthropologie cognitive (14h-15h30) “Techniques du corps et cognition. Le rugby dans le Pacifique-Sud” (Julien Clément) “Les numéros de téléphone qui tuent. Téléphones portables, sorcellerie, rumeur et modernité au Gabon” (Julien Bonhomme)
PAUSE CAFE
CONCLUSION (16h-17h) AnthropEns et l’anthropologie à l’ENS (avec Benoit de l’Estoile et, sous réserve, Florence Weber) Pour tout renseignement, écrire à julienbonhomme (a) yahoo (point) fr ou planel (a) clipper (point) ens (point) fr