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Archives de la catégorie : 'France'

Centre du Christ Libérateur, mariages, etc…

Le Centre du Christ Libérateur (CCL) est une église protestante fondée par le pasteur Joseph Doucé dans les années 1970. C’est une des seules églises françaises à célébrer le mariage de deux personnes du même sexe (avec probablement l’église MCC de Montpellier).
C’est ainsi que, samedi 24 juillet 2004, les deux hommes unis à Elbeuf (Franck et Thierry) ont aussi été bénis par la pasteure Caroline Blanco du CCL. (Autres articles dans L’Union, un ancien article de l’Express). Sur la pasteure Caroline Blanco il est possible d’écouter une émission de France Culture, Le Club des Religions, 8 février 2004 (format RealMedia). D’un autre côté, le magazine Témoignage Chrétien relate les tentatives de mouvement des églises protestantes françaises sur les questions homosexuelles (bénédictions d’union, ordination de pasteurs gays) : en Janvier 2004 et en février 2004.

Et pendant ce temps là, le mariage célébré à Bègles donne lieu à des actions juridiques : le tribunal de grande instance de Bordeaux devrait se prononcer mardi 27 juillet

Les deux formes du capital social

Il y a quelques mois maintenant, Brayden King, dans son blog, rendait compte d’un article publié dans l’American Sociological Review. The prestige of academic departments :

a department’s prestige is not only a function of quality of research and publications, but also a result of accumulated social capital – or, more specifically, the exchange networks of PhDs between institutions.

Dans cet article, le “capital social” (qui peut être grossièrement défini comme l’ensemble des ressources dérivant de l’appartenance à un réseau) est un des éléments qui permettent de comprendre le prestige d’un département universitaire.

Dans un article tout récent de la Revue Française de Sociologie (qui — le croyez vous? — n’a aucun site sur internet), Olivier Godechot et Nicolas Mariot explorent un des versants français du même problème, dans un article intitulé “Les deux formes du capital social: Structure relationnelle des jurys de thèse et recrutement en science politique”.
L’article se penche plus précisément sur la constitution des jurys de thèses en science politique et leur impact sur le recrutement des candidats aux postes académiques. La perspective générale de l’article s’éloigne de travaux qui, globalement, se plaçaient dans un cadre de sociologie des sciences (d’où la prise en compte du “prestige”) pour se placer dans un cadre de sociologie économique : un poste au CNRS ou à l’université est alors un “bien rare”.
Le jury de thèse a ceci d’intéressant qu’il matérialise, à un moment donné, un réseau dont les relations sont orientées (A invite B au jury), parfois répétitives (A peut inviter B à plusieurs reprises dans le temps). La soutenance de la thèse est l’étape qui permet le recrutement à la plupart des postes d’enseignant-chercheur ou de chercheur.

Ils concluent

L’examen de l’incidence des relations d’invitation (à un jury de thèse) sur la probabilité d’obtention de postes confirme l’existence de deux mécanismes relationnels, analytiquement distinguables, qui peuvent fonctionner au service de l’obtention de biens rares:

  • d’une part, la diversification à l’intérieur du groupe permet à l’échelle individuelle de gagner les doubles avantages, stratégiques et informationnels de la non-redondance,
  • d’autre part, la cohésion et la densité du groupe permettent au groupe d’exister, de limiter la concurrence en son sein et de se mobiliser contre les autres groupes pour l’obtention d’avantages pour ses propres membres.

La deuxième partie de la conclusion (sur la cohésion et la densité) traite de ce qui est couramment appelé le “localisme” (le recrutement dans un département d’une personne qui a effectué sa thèse dans ce département), dont Godechot et Mariot donne une mesure possible.
Si l’article de la RFS est absent d’internet, des versions préparatoires de l’article sont disponibles (ici, résumé, au format PDF dans le Bulletin de la Fédération Paris-Jourdan, ou ici, version longue, en PDF.

Jeanne Favret-Saada

Jeanne Favret-Saada, ethnologue, directrice d’études à l’EPHE, était l’auteure de Les Mots, la mort, les sorts, une anthropologie de la sorcellerie dans le bocage.
Elle a publié (avec Josée Contreras), Le Christianisme et ses juifs, une étude formidable, bien écrite, complexe, sur les antisémitismes catholiques. A partir d’un fil directeur, un spectacle de la Passion en Bavière, elle déroule une pelote bien plus importante. A signaler une interview de Jeanne Favret-Saada sur France Culture (émission Le Club des Religions du 4 juillet 2004)

Revue Trouble(s)

D’anciens élèves du lycée Henri IV du cinquième arrondissement de Paris publient, depuis le début de l’année, une revue, Trouble(s), qui vient de sortir son deuxième numéro. Un des intérêts de cette revue est la volonté permanente de relier — un peu à la manière des années soixante-dix, beaucoup à la manière des études queer — politique et sexualité. Le premier numéro de Troubles est disponible sur leur page d’archives ainsi que le numéro de leur précédente revue, Ravaillac, qui leur avait valu un renvoi du lycée (pour avoir posé nu en couverture, ce qui ne se fait pas, apparemment).

Tony Anatrella

Vers la fin du mois de juin est paru un texte de Tony Anatrella — prêtre catholique romain et psychanalyste — dans un bulletin publié par le Secrétariat général de la Conférence des Evêques de France, “Documents Episcopat” (2004, n°9). Ce texte d’une bonne quinzaine de pages, intitulé Homosexualité et mariage, s’élève contre les tentatives d’ouvrir le mariage aux couples du même sexe.
Tony Anatrella s’était déjà illustré à la fin des années 1990 en s’opposant au Pacte civil de solidarité selon des arguments tour à tour psychanalysants ou d’inspiration catholique. Jouant sur les deux tableaux sans jamais définir précisément une base théorique à ses réflexions, il produit depuis plus de quinze ans des ouvrages tels que “l’amour et le préservatif” ou “non à la société dépressive“.

Anatrella constate bien que le PaCS n’a pas ammené la fin de la civilisation, mais — il n’en démord pas — le mariage des couples du même sexe le pourrait bien. Dans le texte de Documents Episcopat, Anatrella revient sur des arguments déjà avancés à la fin des années 1990, avec de nouveaux ennemis, notamment une nébuleuse “théorie du gender” qui serait soutenue par la “Commission population de l’ONU” et “le Parlement européen de Strasbourg”.
Les arguments du prêtre romain tout comme celui du psychanalyste sont cependant intrinsèquement faussés. Pour étayer son argumentation psychologisante (les homosexuels sont souffrants et retournent leur souffrance contre l’autre en demandant des lois contre l’homophobie, p.9), Anatrella s’appuie sur une partie des écrits de Charles Socarides (un ouvrage traduit en 1970). Or Charles Socarides a été à plusieurs reprises publiquement désavoué par l’Association des Psychologues Américains (voir par exemple ici) pour avoir manqué à l’éthique professionnelle. Socarides est en effet membre d’une association cherchant à “réparer” les homosexuels en les transformant en hétérosexuels.
Pour étayer une réflexion religieuse, dans le même texte, le père Anatrella fait comme si les décisions du Vatican valaient pour toute la chrétienté. Le mauvais théologien écrit “chrétien” quand il veut dire “catholique romain”, oubliant que nombre d’Eglises chrétiennes reconnaissent les unions du même sexe, apportent leur aide à des luttes contre les discriminations ou ordonnent des pasteur-e-s gais ou lesbiennes.

La faiblesse des arguments de Tony Anatrella est facilement explicable. Lui même, au détour d’une phrase, comprend que le combat est perdu. Il écrit:

A présent, il faut non seulement expliquer, mais aussi justifier une réalité aussi simple qui a contribué, depuis le début de l’humanité, à civiliser les relations entre les deux sexes.

Il voit bien que ce qu’il pense être une sorte d’invariant universel est, en quelques années, passée de l’évidence à la question, mais il refuse de voir que la réalité n’est pas en accord avec son idéal.

L’hétérosexisme a été défini, entre autre, comme la croyance dans un fondement hétérosexuel de la civilisation (ou la société, ou le Tout…). Anatrella fournit, sans détour, un exemple parfait d’une telle croyance, où des enfants ne peuvent être élevés sans risque dans un contexte non couple-hétérosexuel-marié. Les enfants adoptés, les “enfants du divorce” (sic) sont déjà à plaindre. Les enfants qui seraient élevés “dans un tel système quasi-délirant” seraient “inscrit(s…) dans l’incohérence” (p.13 et 14). (Il prédit même un risque d’ “enfants psychotiques“)
Cet hétérosexisme se repère de manière troublante un peu partout dans son texte, où l’on peut constater qu’Anatrella (on ne sait si c’est le prêtre ou le psy qui parle) pense qu’il existe une sorte de hiérarchie des sexualités entre adultes consentants. Les actes hétérosexuels au sein du mariage lui paraissent situés plus haut que les actes hétérosexuels hors mariage, les actes homosexuels étant tout en bas (ils sont qualifiés, p.8, de “conduites primaires et superficielles”).
Sans jamais apporter la moindre preuve factuelle, empirique, vérifiable… à ses dires, Tony Anatrella s’enferme dans la répétition continuelle de “vérités humaines universelles” (p.10) qui postulent, sans démonstration, que “ce qui a toujours été tenu à distance par la société” (il veut parler de l’homosexualité) doit continuer à l’être.

Ailleurs : un mariage à Bobigny en septembre prochain (mais l’acte sera sans implication juridique.

Parodisques

Grâce à Olivier Godechot, j’ai découvert, lundi dernier, Beatlellica (Beatallica en réalité), qui propose des versions “Metallica” des chansons des Beatles. Hey Dude est sans doute leur chef d’oeuvre : MP3

La contrepartie française de Beatlellica est sans conteste possible Adonis, le chanteur non-commercial et pape de la gentillesse, qui vient de mettre son deuxième album en ligne.

Killers Academy

En mars 2004 est paru, aux éditions Descartes & Cie, un petit roman policier signé par un certain “Erik Rolle”, intitulé Killers Academy (mal référencé sous le titre Killer’s Academy sur Amazon).
Dans ce polar, un normalien, Alain Cholet, est retrouvé, mort assassiné, dans les sous-sols de l’Institut Supérieur d’Etudes Historiques (ISEH), mais il a en fait été assassiné dans le bureau du président de cette institution.
K.A. semble être un roman à clés: l’ISEH est très semblable à l’EHESS: situation géographique, description, origines, tout concorde. C’est d’ailleurs en en ayant entendu parler dans les couloirs de cette institution ainsi qu’à l’ENS, que j’ai décidé d’acheter le livre pour en savoir plus. J’avais moi-même, il y a quelques années de cela, écrit des nouvelles policières se déroulant à l’ENS, où l’on retrouvait invariablement des normaliens assassinés soit dans les sous-sols, soit dans le bureau du directeur.

Mais les comparaisons avec K.A. s’arrêtent là: c’est un roman dans lequel existent plusieurs niveaux de culpabilité. On passera sur la figure de la policière, pour qui cette enquête est un moyen de se découvrir elle-même. A un premier niveau de culpabilité, l’on trouve le/les tueur/tueuse/s, toujours le moins intéressant dans un polar. A un deuxième niveau de culpabilité, l’on trouve les fossoyeurs de la recherche française, essentiellement les normaliens-agrégés, des êtres soit arrogants, soit mécaniques, soit ambitieux, parfois les trois à la fois.

L’assassiné avait, peu de temps avant son meurtre, commencé à “ouvrir les yeux”, à effectuer sa “conversion”, dit l’un des personnages (un historien italien proche des “démographes (…) très malveillants” de la page 53), probablement un double de l’auteur, mais il reste figé dans un mécanisme. “Intelligent, mais sans imagination… Il produisait avec une certaine raideur un travail toujours minutieux, documenté et irréprochable. Mais il lui manquait ce petit je ne sais quoi qui fait le vrai chercheur…”

Ce livre n’est pas “minutieux (…) et irréprochable”. Tout comme dans les romans de Claire Chazal, les personnages ont tendance à brusquement changer de nom : Delier, le président de l’EHESS ISEH devient Dellier (page 64), Sylvie de Vaucassant (p.179) devient Vaucaussant (p.219), Valérie Bonneau (p.260) devient Valérie Bruneau (p.264)…

“Erik Rolle” est le pseudonyme d’un historien dont le nom n’a rien de secret, mais que je n’ai pas vu dévoilé dans des écrits publics (sauf sur ce site indiscret), et qu’il semble donc préférable de taire. K.A. n’est pas à recommander aux âmes sensibles ou à celles et ceux qui souhaitent commencer une thèse en histoire à l’EHESS.

Un article important dans le New York Times

Le New York Times d’hier (13 juin 2004) a publié un article fort intéressant sur le mariage gay en France — et propose une comparaison avec la situation étatsunienne.

The French political class, it often seems, likes to argue for the most conservative possible policies using the most liberal possible rhetoric and examples

écrit Christopher Caldwell. L’article de Duteurtre dans Libération y est présenté, ainsi que la loi sur le voile :

Last winter’s legislation banning the Islamic head scarf in schools was passed not on nationalist or religious grounds, but on feminist ones

Voyages de noces

Deux hommes ont donc été mariés hier par Noël Mamère, à Bègles. Avec le Débarquement, les journaux télévisés en ont peu parlé: les tribunes dans la presse et autres prises de parole publiques avaient eu lieu un peu auparavant. Benoît Duteurtre dans Libération, par exemple, par un billet cherchant l’outrage.
Quelques réactions ou non-réactions: Laurent Gloaguen, Padawan, Oboulaba (qui précise étrangement n’avoir jamais été militant).
Signalons aussi le blog de cette élue locale de Nanterre: Marie-Laure Meyer, qui parle, bien sûr, des enfants quand elle parle mariage…

Compétence territoriale

Le mariage prévu pour samedi à Bègles serait annulé immédiatement par le procureur non pas parce que Noël Mamère va unir deux hommes, mais parce que ces deux hommes ne résideraient pas à Bègles !
“C’est du flan” rétorque Mamère.