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Petite sociologie de la signalétique

J’ai rédigé un compte-rendu pour liens-socio.org, sur le livre de Jérôme Denis et David Pontille, Petite sociologie de la signalétique [amazon].
Le compte-rendu est là bas en ligne sur liens-socio, et je le reproduis ci-dessous :

De très nombreuses études sur le métro : des musiciens (Anne-Marie Green) aux personnes « encombrantes » (Emmanuel Soutrenon), l’environnement humain est bien connu. Restaient, peut-être, les « non-humains ». Jérôme Denis et David Pontille réparent cet affront fait aux objets dans une « sociologie de la signalétique ». Cette recherche centrée sur « ceux qui cherchent à déléguer des formes d’action à des dispositifs graphiques » (p.18) commence par un premier chapitre qui pose l’établissement de « la norme » graphique – les standards suivis par la RATP depuis quelques années. Il était sans doute nécessaire de poser le contexte, le passage de la RATP à une forme commerciale d’interaction avec les usagers. Mais j’ai trouvé ailleurs l’intérêt de l’ouvrage.

Pour Denis et Pontille, le métro (même s’il fut choisi comme abri contre les bombes pendant la dernière Guerre mondiale) est un assemblage « fragile ». Le terme est assez présent pour qu’un lecteur amusé le remarque (entre autres p.48, p.55, p.73, p.110, p.151). Comment comprendre cette fragilité ? Elle est d’abord liée à un parti-pris théorique. « [I]l n’est plus possible aujourd’hui de prétendre analyser les lieux publics et les formes de sociabilité qui y ont cours en prenant pour acquis leur dimension structurée et pré-ordonnée » (p.11) : il faut comprendre le travail d’ordonnancement, les « activités ordinaires » qui permettent à la signalétique d’être fabriquée, mise en place et maintenue. Les auteurs vont donc insister sur le caractère « en construction » des mondes et des choses observées.

L’on trouve alors de la fragilité tout au long de l’ouvrage (c’est peut-être pour cette raison qu’il se nomme « petite sociologie de la signalétique »). Le chapitre 2, qui décrit la place, dans l’entreprise RATP, des départements de la signalétique (création et maintenance) souligne « la grande fragilité du dispositif de la signalétique au sein de l’entreprise ». Il lui est fait une petite place dans une organisation du travail structurée autour du monde industriel du transport des voyageurs plus qu’autour du monde commercial de l’information aux usagers. Les professionnels de la signalétique (sémiologues et autres designers ou typographes) doivent donc lutter pour s’imposer face à l’imagination des ouvriers, des responsables de station ou des publicitaires. La norme signalétique doit donc être en permanence négociée.

Les chapitres 4 et 5 reposent sur l’observation du travail des ouvriers qui placent les panneaux et qui les maintiennent. La fragilité, ici, est encore à rapporter aux standards de la signalétique : c’est l’alignement « entre les règles, les corps des agents, ceux des objets graphiques (…) et l’environnement » qui est fragile. Dans ces deux chapitres, qui ne s’appuient pas sur « l’interprétation des signes », mais sur le travail de placement et de maintien, c’est la mise en place d’un « ordre » qui est décrite : mais un ordre social qui est toujours le « résultat temporaire » des actions. Ce qui apparaît aux voyageurs comme une forme immuable (les panneaux de signalisation du métro) est en réalité le fruit du travail quotidien des ouvriers.

Ces chapitres sont d’autant plus intéressants qu’ils s’éloignent un peu des panneaux pour laisser s’exprimer les ouvriers suivis. Certes, ces ouvriers n’ont ni classe, ni origine sociale, ni âge (mais ce sont des hommes). Herbert, Léonard, David et Jonathan n’ont pas d’histoire et leurs prénoms apparaissent interchangeables. Mais les auteurs saisissent bien ce que j’appellerai la place dominée de ces « travailleurs invisibles » du métro. Comment cette invisibilité est-elle objectivée ? À l’aide d’une réflexion sur les « ficelles du métier » : s’il faut y recourir, c’est parce que les objets ont été pensés, fabriqués… sans envisager les ouvriers qui les répareraient (et il est nécessaire de bricoler pour les faire tenir). Les ficelles du métier sont un moyen utilisé pour « apaiser les tensions » liées à la division du travail.

J’ai laissé de côté le chapitre 3, qui est certes situé au cœur de l’ouvrage mais qui m’apparaît proposer un petit déplacement théorique. Dans ce chapitre, les auteurs s’intéressent à une question classique « peut-on suivre une règle ? » en étudiant les conceptions plus ou moins implicite des règles suivies portées par les créateurs de signalétique. Si « chaque composant de la signalétique peut (…) être considéré comme un micro-instrument de discipline », alors il faut étudier les « représentations des compétences et des actions des utilisateurs (de signalétique) telles qu’elles ont été mobilisées et présupposées » par les concepteurs de signalétique. Ces concepteurs proposent, plus ou moins explicitement, des anthropologies associées à leurs objets.

Pour en savoir plus :

a dégommé gloomy ?

Depuis 2008, “Pandore” rédige Kalai Elpides, un blog consacré à son expérience de candidate aux postes de maîtres de conférences.
Pandore a créé tout un vocabulaire. Un gloomy, par exemple :

En numéro un, il y a Gloomy. Gloomy n’a qu’une publication dans une revue qui est d’ailleurs la publication de la seule conférence affichée dans son CV, Gloomy n’a même pas pris la peine de changer le titre. Gloomy n’a pas fait de postdoc, A priori, Gloomy n’a pas été auditionné ailleurs. Gloomy n’a pas postulé au CNRS, ni même peut-être dans une autre université. Gloomy n’a rien fait d’autre que d’être le doctorant du président de la commission de spécialiste. Godechot, Oh Godechot, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils sont devenus fous! (source)

Les commissions deviennent des “KKK” (KKK : Komissions Konsultatives Korruptibles : assemblée secrète de décideurs choisis pour offrir une configuration propice à entériner les décisions souterraines dites “de couloir”).
Un style fleuri, forcément ironique, parsème ses billets de références jamais entièrement explicitées (références littéraires, musicales et professionnelles) :

Un jour que j’étais au Ministère pour prostiputer, j’étais en avance (je suis toujours en avance, c’est pour ça que je ne pourrai jamais travailler au CNRS quand je serai grande. Demandez au troll, il vous dira que pour travailler au CNRS, il faut se lever à 16h pour aller à son rendez-vous de 14h30 pour finir le rapport de la semaine dernière!). Donc un jour que j’étais en avance pour une séance de prostiputage, je furetais dans les couloirs plein de quinquagénaires en costumes velours et piles de bouquins sous le bras. Comme je suis née sous le signe chinois de la fouine, mon sang badeaud n’a fait qu’un tour quand j’ai vu une porte entrouverte. Elle était petite comme dans les histoires d’Alice à Wonderland, il fallait escalader une grande marche… mais une fois dedans, j’ai découvert que je me trouvais DANS la Galaxie! (source)

C’est l’ensemble de ces choses, avec l’anonymat (ce pourrait être une collègue proche), qui a fait le succès de ses textes.
Enfin, après trois sessions de candidatures, “Pandore” a été recrutée.

Zotero, outil collaboratif ? (Utiliser Zotero, 2)

Au coeur de l’été dans Paris assoupi, je termine un manuscrit (et j’aurai prochainement besoin de relectrices sociologues). Pour ce texte, j’utilise maintenant quotidiennement zotero et Dropbox : j’écris en effet un texte sur deux ordinateurs, et j’ai besoin d’un suivi automatique des versions.
Zotero me semble moins buggué maintenant et fort utilisable. J’ai donc souhaité passer à l’utilisation d’autres fonctions offertes par le logiciel bibliographique, en créant un “Group Library” (Bibliothèque groupée). Cette bibliothèque porte sur les églises noires en France et ne contient pour le moment qu’une trentaine de références. Certaines sont très récentes, comme la thèse, touffue, de Sarah Demart.
Ce groupe est joignable et, je pense, éditable par les personnes à qui je donnerai certains privilèges. Chaque référence que ces personnes entreront dans la “bibliothèque groupée” se retrouveront ajoutées automatiquement à ma base bibliographique (utilisable directement dans Word quand j’écris). La “veille documentaire” pourrait ainsi être collaborative.
On verra bien ce que cela donnera… Cela devrait être plus utile dans d’autres domaines (la “sociologie de l’émotion” par exemple, a un groupe bien actif).

Recrutements universitaires

Cette année encore, en sociologie, le wiki auditions de l’ASES a bien fonctionné, et la prochaine version du wiki auditions (automne 2010) est en ligne.
J’ai contribué à la marge à ramasser diverses informations, tant auprès de candidats que de collègues déjà en poste. Encore une fois, cette année, certains collègues n’ont pas souhaité diffuser les décisions des comités de sélection, avec divers arguments.
1- “cela peut nuire au candidat classé premier” : l’idée ici est qu’un département ne recrutera pas quelqu’un qui a été déjà classé premier ailleurs. Certes, cela s’est vu déjà. Mais : un comité demandera systématiquement à tous les candidats s’ils ont été classés ailleurs, si l’information n’est pas connue. L’argument ne tient donc pas vraiment : les seuls qui ne sauront pas, ce sont les autres candidats et la communauté des sociologues.
2- “on attend la décision du C.A.” : l’idée de cet argument est que le comité de sélection n’est pas légitime, qu’il faut “attendre la décision du CA”. Il est encore une fois utile de répéter que ce n’est pas la décision du CA qui importe ici, mais celle des comités de sélections. L’intérêt du wiki est de rendre visible le travail des collègues, leurs principes de sélection et de classement. Ainsi, même si les informations concernant l’université de Strasbourg ont été parfois difficiles à recueillir, disposer du classement sur le recrutement que le CA a annulé est très intéressant. Que le classement ait été connu avant que le CA se prononce a sans doute contribué à rendre l’affaire publique.

Continuons : cela fait maintenant une douzaine d’années que les mathématiciens français, avec le soutien et l’appui du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, organisent ce qu’ils appellent “l’opération Postes“, où toutes les décisions des comités sont rendues publiques. Dans cette discipline, la volonté de garder secrètes les décisions, de ne les faire circuler qu’entre soi, de ne prévenir que le premier classé et pas les autres… sont considérés comme des erreurs éthiques. Dans leur bilan, les matheux le signalent : “Seuls quelques établissements irréductibles demeurent, il semble s’agir en général d’établissements un peu en marge du système universitaire“.
J’aimerais qu’il en soit de même en sociologie, d’où le wiki auditions : on peut repérer les marges universitaires (ce sont les départements qui gardent leurs recrutements secrets).

Comment faire, alors, quand l’informations ne circule pas. Personnellement : j’écris aux candidats que je connais, même vaguement, pour leur demander s’ils ont l’information. J’écris à un collègue (plutôt un jeune collègue) membre du comité. Si rien n’arrive, j’envoie un mail collectif. Cette année, le département de sociologie de l’université de Tours a mis du temps à diffuser l’information : sur un poste, plus de 15 jours après les auditions, les candidats n’étaient même pas au courant du classement. J’ai donc envoyé un petit mail ironique et pince sans rire qui a eu pour effet de libérer le classement. Rien ne me motive plus qu’un comité qui tente de garder secret son travail.

Ce petit travail de suivi m’a fait prendre conscience de la spécificité du département de sociologie de l’université Paris 8. Les discussions sur les profils de postes y sont publiques, en réunion de département. La composition des comités de sélection est aussi publique, de même que les dates des réunions. Il en va différemment dans les départements de socio d’autres universités, presque d’autres univers : Nanterre (Paris 10) semble être balkanisée (avec une information qui ne circule pas, même en interne, ce qui oblige à avoir des oreilles un peu partout) ; Paris 7 semble avoir un fonctionnement dans lequel les laboratoires (CSPRP, urmis, Gaulejacquiens) pré-emptent des profils… Il est alors plus difficile de trouver une personne qui connaîtra l’ensemble des informations. Les universités de Lille sont au contraire très réactives : les informations ont été mises en ligne sur le wiki très vite.

La suite ? Je pense que les “wiki auditions” vont se développer dans d’autres disciplines. Il y en aura un, au moins en “test”, en histoire l’année prochaine (dès la rentrée ?). Des géographes se tâtent encore. L’expérience du wiki en philosophie, section 17 n’a pas connu de succès cette année.
Si l’on me permet un petit usage de concepts : s’impliquer, sous son nom, dans un tel suivi du processus de recrutement est une petite mise en jeu de capital. Je ne doute pas avoir énervé certains collègues, mais je pense disposer de suffisamment de capitaux pour me permettre cette petite perte. Surtout que, à mon avis, ce qui est perdu d’un côté est retrouvé de l’autre. Enerver de manière passagère les barons, les baronnets et leurs minions, c’est somme toute assez amusant.
Mon conseil, donc, est le suivant, aux collègues d’autres disciplines : impliquez-vous personnellement dans la création d’un tel outil, sous votre nom. Une fois en poste, vous ne risquez rien (je n’ai eu qu’une seule menace de procès). Ou, mieux, trouvez le soutien d’une association, comme l’ASES en sociologie. Il est très probable que, sans l’ASES (et celle de Matthieu Hély), ma petite initiative de 2007 n’aurait pas connu de suite.

Réseaux musicaux

A quoi est dû le succès ? Aux qualités intrinsèques de l’oeuvre ? D’autres caractéristiques ne joueraient-elles pas ?
Cette question ne trouvera pas facilement de réponse : avant tout parce que mes collègues sociologues rechignent à étudier de trop près les goûts populaires. Combien de thèses sur des acteurs comme Bernard Ménez (par comparaison avec Jean Vilar) ? Sur des chanteuses comme Catherine Lara ? Et combien sur le théâtre de boulevard ? Combien de thèses sur la variété populaire utilisant les mêmes outils que ceux que Bourdieu utilisait dans Homo Academicus ? Il y a de bons articles sur la bande-dessinée (Boltanski). Sur le Rap, le Jazz, et d’autres styles aptes à l’élévation distinctive… Mais je n’en connais pas sur la variété, sur les artistes invités par Drucker à la grande époque de Champs Elysées [car il y eu une grande époque…]
C’est probablement parce que la hiérarchie sociale dicte en partie les intérêts sociologiques (on me souffle qu’une thèse est en préparation qui s’intéresse aux carrières de Bourdieu, Derrida et Foucault…) C’est aussi que la popularité de la variété ne se prête pas facilement à l’objectivation. Il n’y a pas d’académie (ni de chanteurs de variété à l’Académie française, à part Giscard). Pas d’intellectuels organiques (sauf Drucker ?). Pas même d’association des artistes de variété (la SACEM a un autre but, je crois). Il est en fait difficile de mesurer la popularité, quoi qu’on en dise. Qui croit sérieusement que les chiffres de vente annoncés reflêtent les ventes réelles ? Et qui a la base de données exhaustive de ces ventes ?

Prenons donc un chemin de traverse.
Le concours de l’Eurovision nous donne accès — via wikipedia — à une base de données. En cherchant un peu, il serait possible de comparer le succès que remporte un “groupe” par rapport à une personne toutes choses égales par ailleurs, de repérer l’effet de la langue ou du sexe, ou encore de l’ancienneté du pays dans le concours.
L’intérêt des données de l’Eurovision, écrivait perfidement Kieran Healy il y a quelques années, c’est l’absence de qualité intrinsèque de toutes les chansons : la popularité n’est donc ici pas “polluée” par la qualité. Il n’y a que de la merde, plus ou moins populaire. [Je mets ABBA de côté, ils jouaient dans une autre ligue.]
Je vais m’intéresser ici à la composition des votes lors de la dernière épreuve, samedi dernier, parce que je ne peux pas tout faire, non plus. Que voit-on ?
Une toile d’araignée, certes, mais que l’algorithme Kamada-Kawai construit d’une certaine manière. Les votes, en fait, rapprochent certains pays et éloignent d’autres pays. La RFA (ou Allemagne, mais j’en suis resté à la Grande Epoque du Mur) est au centre : sa chanteuse a remporté le concours. Les perdants sont sur la frange extérieure : ils n’ont reçu aucun vote, ou presque.

On peut essayer de mettre un peu de sens dans ce graphique. J’ai donc simplifié le précédent, en ne représentant que les votes de “twelve points” et “ten points” (mais les autres votes sont pris en compte dans la construction du réseau). Les rapprochements semblent avoir une base géopolitique :


Les patatoïdes permettent de se rendre compte que l’Eurovision n’est que la continuation de la diplomatie par d’autres moyens [si je pouvais placer une référence aux deux corps du Roi je le ferai ici]. Le bloc russe [je suis gaulliste sur ce point là, l’URSS n’étant que le corps mortel de l’immortelle corps russe], bien que scindé, plissé et morcelé, a des pratiques de votes similaires. Le monde balkanique se recompose dans la variété. L’Europe des démocraties libérales est unitaire (ce qui montre bien, s’il le fallait encore, que ce que raconte Esping-Andersen est un peu fumeux).

Je ne fais ici que reprendre l’analyse proposée il y a déjà six ans par Kieran Healy, qui, malheureusement, avait écrasé ses données en voulant constituer une base de grande ampleur (1975-1999). En effet, des périodes plus courtes sont nécessaires pour saisir les conséquences de l’éclatement de l’URSS (en créant plein de petits pays avec droit de vote).

Précisions : Vous venez de lire un billet ironique. Mais rien n’empêche d’étudier statistiquement l’Eurovision, ses principes de votes, les conditions du succès… Il devrait être possible, à mon avis, d’élaborer ainsi une stratégie gagnante pour la France, qui, souvenez-vous n’a gagné qu’une seule fois. Non les carottes, ne sont pas cuites. Rendez-nous vite, Marie Myriam!

Quelques réseaux d’invitations académiques (suite)

[Suite]
Il y a quelques jours, j’ai présenté le réseau composé par les jurys de maîtrise au département de sociologie de l’université Paris 8 (entre 1968 et 1983). Dans le département apparaissaient deux pôles (qui se sépareront ensuite). L’étude d’un autre département, par Marie-Pierre Pouly (qui vient de soutenir une thèse sous la direction de Stéphane Beaud) donne ce réseau [que M.-P. Pouly représente sous une forme matricielle dans ses travaux, mais que j’ai transformé ici en graphe] :

[La légende et les principes de lecture se trouvent dans le billet précédent : le graphe est construit sur le même principe]
Ce département apparaît plus éclaté que le département de sociologie, dont les membres entretenaient — somme toute — de nombreux liens croisés d’invitations aux jurys de maîtrise. Ici, ce que l’on voit, et que l’étude historique assure, ce sont des stratégies d’évitement, entre un pôle qui aspire à la noblesse de la vraie littérature (anglaise, pas américaine), un pôle de linguistes et un autre plus proche de la civilisation.
Pour en savoir plus sur l’utilisation de la sociologie des réseaux pour l’étude du monde académique, je ne peux que vous renvoyer vers les travaux d’Olivier Godechot.

Quelques réseaux d’invitations académiques

La vie académique est faite de conflits politiques, épistémologiques et statutaires. Elle est aussi faite de collaborations nécessaires. Une étude de ces collaborations pourrait sans doute mettre en évidence la cristallisation des conflits. Prenons Paris 8. Sous la direction de Charles Soulié une histoire de Vincennes est en cours de finalisation. Un étudiant de master, Frédéric Carin, a ainsi relevé la composition des presque 450 maîtrises soutenues entre 1968 et 1984 au département de sociologie.
Après un petit passage sous “R” (avec le package “sna”), on peut obtenir de beaux graphes, objectivant sous une forme synthétique ces invitations croisées. Dans le graphe suivant, les ronds rouges correspondent aux individus (et leur taille au nombre de personnes avec qui ils sont en relation de soutenance). Les traits noirs ou gris correspondent au nombre d’invitations (les traits sont noirs quand les invitations ont été supérieures à 2, la taille des traits est proportionnelle au nombre de soutenances en commun).

Ce graphe fait sens quand on l’associe à une histoire du département de sociologie : l’on y distingue deux pôles de coopération, pôles encore en lien entre 1968 et 1983, et qui s’autonomiseront par la suite. Le pôle nord, autour de Terray-Rey-Lazarus-Benzine-Poulantzas, est celui des anthropologues, qui vont fonder un département d’anthropologie ou quitter Paris 8 (Quiminal partira à Paris 7, Poulantzas se suicidera…). Le pôle sud, avec Castel-Gaudemar-Defert-Dufrancatel-Passeron-Martinon, constitue le pôle “sociologique” (une partie quittera aussi rapidement Paris 8). Il est fort probable que ces pôles correspondent aussi à des options politiques (PC/autre) ou à des “clientèles” différentes.

Sociologie économique

Je présente mercredi 19 mai 2010, dans quelques jours, un travail intitulé “Sociologie policière de l’échange commercial : « l’outrage aux bonnes mœurs » comme objectivation d’un marché” dans le cadre du Séminaire de sociologie économique organisé par Anne Jourdain (Université d’Amiens – CURAPP) et Sidonie Naulin (Université Paris IV – GEMAS).
Voici un résumé de mon papier :

À la fin des années soixante, pour constater un « outrage aux bonnes moeurs », les policiers avaient besoin de considérer certaines relations sociales sous l’angle du marché.
Extrait de l’article 283 du code pénal : « Sera puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 360 F à 30.000 F quiconque aura : Fabriqué ou détenu en vue d’en faire commerce, distribution, location, affichage ou exposition (…) Vendu, loué, mis en vente ou en location, même non publiquement » (je souligne)
On peut donc relire — c’est du moins ma perspective — leur action comme celle de personnes cherchant les indices d’un marché, mais aussi comme celle de personnes donnant une structure à un marché (ne serait-ce que parce que les personnes surveillées ou inculpées résistent à la définition policière de leurs actions).
Sources : Dossiers de procédure pour “outrage aux bonnes moeurs”, Archives de Paris, en gros entre 1967 et 1972

Comme je ne connais pas grand chose à la sociologie économique, que c’est un séminaire de spécialistes et que le discutant est Pierre François auteur de Sociologie des marchés, je vais sans doute pouvoir profiter de la discussion pour la suite de mon travail.

Cela se passera de 17h à 19h en salle 421 à la Maison de la Recherche de Paris IV (28 rue Serpente, 75006 Paris).
Plus d’informations en écrivant à seminaire.socio.eco@gmail.com

Période chargée

La période est chargée et m’empêche d’écrire ici. Mais voici quelques liens qui pourraient vous intéresser :

  • Le wiki auditions en sociologie est presque à jour. Il manque des informations sur l’université de Corte (en Corse), mais ça semble normal de ne pas savoir comment les Corses recrutent. Compiègne, Strasbourg et Tours posent problème aussi (ils sont très cachottiers, là bas).
    Le wiki permet à tous de se rendre compte que nombre d’auditions se chevauchent. Par exemple, le 17 mai, en plus de l’INED, certains candidats peuvent être auditionnés à Lille et à Lyon :
    11. UNIV. REIMS (IUT REIMS), emploi n°545
    12. UNIVERSITE DE REIMS, emploi n°128
    16. UNIVERSITE LILLE 1 (SC & TECHNOLOGIES), emploi n°1583
    20. UNIVERSITE LYON 2 (LUMIERE), emploi n°446
    35. UNIVERSITE MARNE LA VALLEE emploi n° 2062
    43. UNIVERSITE LILLE 3 CHARLES DE GAULLE emploi n° 201
    Je sais que certaines personnes ont du renoncer à participer à des auditions parce qu’elles étaient aussi auditionnées ailleurs. Le calendrier imposé par le ministère de la recherche et le manque de coordination entre collègues sociologues et démographes a conduit à cette situation absurde. [liste des chevauchements ici]
  • Politique de la publication : certaines revues américaines demandent qu’on les cite. Il faudrait que je fonde le Journal of Self Citations
  • Petit métier ou métier de petit ? Promeneur de pokémon.
  • Démocratie et pornographie. Mathieu Trachman au sujet du dernier Iacub
  • Comment noter quand tout est copié ? Politique de la correction.

Recherche étudiants de master

L’année dernière, je proposais ici même une liste de sujets de master que j’aimerais encadrer. Un an après, je suis toujours à la recherche d’étudiant-e-s intéressé-e-s. Je republie partiellement donc ce billet.

*

C’est l’époque : les étudiantes en fin de licence ou de M1 sont à la recherche d’un sujet de mémoire de master. Voici quelques sujets qui feraient, je pense, des mémoires de master intéressants, et que j’aimerais encadrer. Les étudiants et étudiantes qui seraient intéressées peuvent me contacter (ou laisser un commentaire plus bas).

  1. Les demandes de changement de prénom : les travaux de Nicole Lapierre nous renseignent sur les changements de nom de famille. On a relativement peu d’information sur les changements de prénom mis à part une série d’articles de presse. Ce mémoire s’inscrirait à la fois en sociologie du droit (il me semble que des observations in situ sur le travail des juges est nécessaire) et en sociologie de la famille ou de l’immigration…
    Françoise veut s’appeler Hania, Une histoire de prénoms, Quand Olivier préfère s’appeler Saïd, Quand Jean-Pierre préfère s’appeler Mohamed, The Obama effect and why François becomes Mohammed :

    The trend in which Louis, Laurent or Marie want to become Abdel, Said or Rachida has made the media recently, so, along with Marie Tourres, our Paris reporter, I looked into it.

    Mise à jour : ce billet sur le rajeunissement social lié aux changements montre mon intérêt persistant pour cette question. Un lecteur pointe l’intérêt d’une étude des prénoms pris par les Résistants entre 1940 et 1944 : il devrait être possible de faire à ce sujet un beau travail.

  2. La nomination des animaux : Qui choisit le prénom des animaux domestiques ? Comment ces prénoms sont utilisés (par les vétérinaires notamment) ? Un début de réflexion ne me suffit pas. Ce sujet sera sans doute plus difficile à traiter : la question de départ est très mince si l’on ne trouve pas l’accès à des données solides. Mais comme les animaux domestiques (les chiens seulement ?) sont tatoués, il doit y avoir, quelque par un registre des animaux tatoués. La difficulté : obtenir l’accès à un extrait de cette base de données.
  3. Les dédicaces de BD (d’après une idée de Denis Colombi) :

    Y a-t-il pratique plus étrange que celle de la dédicace telle qu’elle s’est peu à peu institutionnalisée dans le monde de la bande-dessinée ? Elle consiste, lors de certains événements (sorties d’album, festivals, invitations de librairies…), à donner – le terme est important – un dessin réalisé sur le moment aux lecteurs ou à toute personne qui se présente. (…) Pourtant, ce don revêt souvent un caractère obligatoire à partir du moment où le dessinateur est présent. (source)

    Les dédicaces sont-elles présentes depuis le début des salons de la BD ? Voit-on une augmentation de leur place dans les programmes publiés ? Des entretiens avec des dessinateurs âgés pourrait donner des informations intéressantes. Prendre l’angle des dédicaces permettrait d’impliquer dans la recherche à la fois les producteurs et les consommateurs.

En conclusion : étudiants intéressés par un master de sociologie à Paris 8, prenez contact avec le département de sociologie, ou alors directement avec moi.