Categories

Archives

Archives de la catégorie : 'Université'

Liste de choses à lire

Allons-y :

Enseigner Bourdieu dans le 9-3, par Fabien Truong.
Ce corps-là : l’Europe des identités nationales, par Eric Fassin.
Politique du langage et dénonciation du plagiat.
Le goût amer de l’autonomie, texte anonyme. Pourquoi le monde académique italien est médiocre (par Diego Gambetta) et pourquoi le monde académique français est peu compréhensible.
Comment faire la sociologie de processus d’alignements ? avec du mouvement (par Erik Voeten et surtout Adam Bonica).

L’art de ne pas être gouverné

[Petit hommage à moitié ironique à James C. Scott via Daniel Little]
 
L’amphithéâtre est un espace social politique. Il suffit d’en avoir fréquenté pour savoir que les people of the hills, ceux qui s’assoient tout en haut, sont rétifs à l’étatisation représentée par le professeur. Le discours enseignant classique leur a donné une nature propre, presque une ethnicité : ils seraient les étudiants potentiels non civilisés, ils représenteraient in vivo une condition pré-étudiante ancestrale. Leur destin serait de descendre, petit à petit, de la “zomia” (cette zone haute peu accessible au pouvoir étatique en raison de la “friction” du terrain) pour se rapprocher du centre étatisé.
Mais une autre tradition de recherche comprend ces rebelles comme ayant été générés par l’étatisation : on peut comprendre toute leur organisation sociale comme une réponse rationnelle à la pression étatique. Egalitarisme des relations sociales, agriculture non sédentaire…

La rebellion estudiantine ne s’objective pas dans des raids esclavagistes, mais dans l’absentéisme ou diverses formes de grèves du zèle. Un indicateur archéologique existe cependant — archéologique au sens où il persiste dans le temps : le graffi-table (graffiti sur table).

Proposons un plan d’un petit amphi universitaire (à peine six rangées). Il est probable que l’on puisse observer ceci, où l’intensité des graffitis à un endroit donné (i) est fonction du carré de la distance au professeur (d) :

i=ƒ(d²)

et — de manière plus qualitative — où, à des rangées particulières, sont associés des types de graffitis particuliers.
Un espace sans graffitable a été repéré dans plusieurs amphithéâtres. Les versions professorales y voient une objectivation de l’espace du charisme personnel — ou du charisme d’institution — reconnu au professeur. D’autres y voient l’espace dit des postillons, une zone trop proche de l’État pour que des étudiants s’y installent.

 


 
En bon empiriste positiviste, il me fallait vérifier cela. Ce fut fait lors d’une surveillance d’examen.

Pour en savoir plus : Une longue tradition d’enquête sur graffitis existe, dont je ne donnerai que quelques exemples : 1, 2, 3

Autogérée

Cela faisait quelques semaines que je n’avais pas proposé des photos de l’université Paris 8. En voici donc quelques unes.

Commençons par ma salle de cours du vendredi matin (la C224). La fenêtre cassée n’a pas été réparée (malgré le signalement fait en février, il y a plus de deux mois). Mais il y a eu un travail de peinture… qui s’est arrêté à 1m70 du sol. Etrange… Je pense que c’est une manière de montrer que “on a travaillé alors arrêtez de vous plaindre” tout en soulignant, de manière “passive-agressive”, l’existence pérenne des graffitis (qui, eux, ne s’arrêtent pas à 1m70 du sol).
Mais comme me l’a dit l’un des responsables de l’entretien (ou des travaux, je ne sais plus) : “au moins, vous avez une salle, pourquoi vous vous plaignez”. Il est vrai que, par tradition, les salles doivent être gagnées par les enseignants-chercheurs, comme l’écrit un collègue de l’université de Toronto ayant enseigné à P8 :

[…] on my very first day of class. Faculty and students crowded closely around the department secretary, who shouted out the classrooms we had been assigned as they were communicated to her by the central administration via the telephone she gripped tightly to her ear.
Twenty minutes after my course was to have begun, but still without a room, I was collared by an imposing man – my first meeting with the then department chair, Michel Cordillot, a former lyce´e principal and historian of labour and utopian socialist movements. With a twinkle in his eye and a voice filled with conviction, he explained that in such cases it was our duty to protest the administration’s failure to manage its space better by cancelling class. So it was that my first act as a teacher at Paris-8 was to write out a formal letter to the university president to this effect and go home. It would be three weeks before a classroom could be found and I could begin teaching.
source : Paul Cohen « Happy Birthday Vincennes! The University of Paris-8 Turns Forty » History Workshop Journal Issue 69 doi:10.1093/hwj/dbp034

Mais ce qui m’a surpris en arrivant ce matin, c’est la présence d’une cantine autogérée dans les locaux d’une cafétéria (fermée depuis deux ou trois ans), et n’appartenant pas à l’université, déclare, rapidement, le président :

A la communauté universitaire,
Les locaux actuellement occupés par des étudiants au niveau de l’entrée principale du campus universitaire appartiennent à la société SA IACU (Société Anonyme Immobilière pour l’Aménagement des Campus Universitaires) en vertu d’une convention datant de 1998. L’université n’a en conséquence aucune compétence sur ces locaux. Le propriétaire est seul en mesure de garantir le respect de l’affectation desdits locaux, conformément à l’affectation prévue par ladite convention.
Bien cordialement
Le président

Cette cantine a vu le jour à la suite de quelques assemblées générales étudiantes. Il paraît — je n’ai pas enquêté — que ce seraient “des étudiants de SUD” qui en seraient responsables (même si, comme dans toute bonne autogestion, il n’y a pas de responsables).

Autogérée ?
Cela signifie que personne n’a de place attitrée ni de spécialité, qu’il n’y a pas de chef-fe, que les tâches tournent et que les décisions sont prises collectivement. Pour y parvenir, nous essayons de visibiliser tous les aspects de l’organisation pour assurer leur transmission, aussi de mutualiser nos savoirs (cuisiner, écrire des tracts, etc), et menons une réflexion collective et politique sur nos pratiques.
Nous voulons casser les automatismes marchands, sortir de la relation service/usager-e et de la posture de consommateur-trice.
source

Un tract, avec drapeau pirate et tête de mort (et menace d’un concert de slam) a été produit : cantoche.pdf [et produit avec un logiciel libre, attention !].
L’autogestion semble s’accompagner de vandalismes et de dégradations (oups) d’expressions artistiques contre-culturelles sur lesquelles il ne faudrait porter de jugement :

Ces photos, prises hier (et recadrées pour insister sur les graffitis, pour dramatiser un peu et pour les besoins de l’administration de la preuve), ne résument pas la journée. Il faisait beau, et, pris de haut (depuis la B336), le cliché suivant montre des étudiants “fourmis” en train de réviser au soleil ou de se reposer entre deux cours. Disons que c’est une forme d’autogestion individualisée du temps…

ENT, DSI, LDAP

L’été dernier, je reçois de mon université, Paris 8, une feuille ainsi rédigée :

Dans le cadre du déploiement futur de l’ENT à Paris 8, la DSI met en place un service de gestion unique des mots de passe du type LDAP (…)

Il s’agissait d’ouvrir un compte mail. En suivant les instructions données sur la feuille, j’aboutis à une sorte de mur : je donne un mot de passe, on me donne un nom d’utilisateur, mais impossible d’accéder à ma boite mail. Je réessaye les jours suivants, mais rien ne se passe.
Je n’y pense plus pendant plusieurs mois, me disant que c’était probablement pas encore en état de fonctionner.
Il y a quelques jours, je reçois avec mes fiches de traitement (celle de décembre, que l’on reçoit en mars à P8…) une feuille de la fameuse « DSI » me disant d’aller sur une adresse commençant par https://
Et là, je découvre plusieurs mois de mails, arrivés sur un compte que je pensais n’avoir pas été ouvert. Dans ces mails, il y avait notamment une invitation à participer à un séminaire qui m’aurait beaucoup intéressé, et à laquelle j’aurai répondu, si le mail m’était parvenu.

Pour la modestie, je ne crains personne

Il y a quelques semaines, j’ai abordé ici même la question de la gestion des “primes d’excellence” à l’université Paris 8 : réservées aux professeurs, sans que l’on connaisse les heureux bénéficiaires des 6400€.
Mon université ne donnant même pas accès au classement individuel, j’ai du écrire à une sous direction du ministère pour avoir accès à mon évaluation. La voici :

Vous constaterez l’anonymat de l’évaluation (je ne sais pas qui a étudié mon dossier) et la précision des critères utilisés.
J’ai apparemment une production de qualité [Merci !], et un rayonnement moyen [je pensais avoir un “rayonnement” un peu plus important : il faudra que je pense à donner à mes évaluateurs d’autres indicateurs que ceux que j’avais placés dans le CV et probablement que j’arrête de refuser les invitations aux colloques, j’ai beaucoup trop pris l’habitude de dire non…].
Maintenant, il faut que j’encadre des thèses et que je dise que je suis chef d’un truc : ça va être un peu difficile pour cette session (il faut rendre les dossiers de demande de prime d’ici quelques jours), mais pour l’année prochaine, pas de problème, j’aurai “renforcé mes responsabilités scientifiques”. [Les amateurs de grammaire française auront remarqué la faute qui figure dans le texte des évaluateurs : il aurait fallu accorder le participe passé “renforcé” à “l’encadrement et les responsabilités” et pas seulement à “les responsabilités”. Mais passons, c’est certainement un usage particulier du féminin neutre. Les puristes, même, se diront que “il en résulte un avis global sur votre dossier en C” n’est pas plus correct.]
Le problème qui se pose, cependant, c’est que « chaque comité d’expertise fixe des conditions minimales requises » (conditions qui, pour la section 19 du CNU, ne sont pas rendues publiques) et que ces conditions sont « susceptibles d’être reconsidérées chaque année »… Ce qui me laisse dans l’incertitude relativement à la stratégie à suivre pour aboutir aux 6400€.
P.S. : la citation de titre est, bien évidemment, de Alphonse Allais. Je l’ai trouvée, par hasard, dans le n°3 du Tigre.

Publier en anglais

Une étude intéressante, rédigée par Yves Gingras et Sébastien Mosbah-Natanson, La question de la traduction en sciences sociales [PDF]
s’intéresse aux effets de la publication en anglais de la revue française de sociologie et de la revue Population.
A partir d’une méthode bibliométrique, les auteurs étudient « l’effet en termes de citations de cette stratégie linguistique dans les années qui suivent sa mise en œuvre, comparant ainsi un « avant » et un « après » de la visibilité de la revue »
Un premier résultat de l’étude est contre-intuitif : « les sociologues et les démographes français s’insèrent largement dans le champ scientifique international en publiant directement en anglais, en particulier depuis les années 1990. […] [Cependant] La stratégie linguistique mise de l’avant par Population et la Revue française de sociologie repose, entre autres, sur l’idée selon laquelle la démographie et la sociologie françaises, c’est-à-dire les sociologues et démographes français, seraient mal connues à l’étranger, idée pour le moins discutable ».

Quand l’étude se penche sur la revue Population, les choses deviennent intéressantes. En publiant tous les numéros en français et en anglais (il y a deux éditions), « l’objectif [était] de donner à la revue une meilleure position dans le champ international des revues de démographie.» Mais ce « n’est pas nécessairement compatible avec celui de faire connaître à l’étranger les travaux français, à moins de faire augmenter le nombre d’articles par numéros ou d’accroître le nombre de numéros publiés par année » car ce qui s’est passé, c’est une diminution du nombre d’articles publiés par des chercheurs “français” (repérés par leur adresse professionnelle).

Sur la Revue française de sociologie, les auteurs concluent sur :

les limites de l’effet-traduction pour la Revue
française de sociologie
, limites qui ne renvoient pas seulement à un problème de diffusion et donc de visibilité de la revue dans son édition anglaise mais aussi, plus largement, aux pratiques de citation à la revue dans les sciences sociales de langue anglaise, pratiques qui, à leur tour, renvoient aux intérêts de connaissance qui animent les chercheurs anglo-saxons ou non francophones qui citent la revue.

Un collègue à qui j’ai forwardé cette étude me répondait ces lignes (et ne pouvant dire mieux ou même aussi bien, je recopie) :

Ce qui prouve, une fois de plus, qu’il faut faire un double effort de traduction pour publier en anglais: au dela de la langue, il faut s’inscrire dans un espace de discussion aux enjeux et formes épistémologiques propres (cf. notre absence d’interet pour 90% des articles de socio US).

Le sociologue dans la cité

Le premier numéro de la revue Sociologie arrive : dans moins de trois semaines maintenant.
Pour accompagner ce premier numéro — et en plus d’un Que Sais-Je collectif, Les 100 mots de la sociologie — un colloque est organisé le 15 avril 2010, « Le Sociologue dans la Cité »


Programme du colloque, version PDF

Le programme du colloque a aussi l’intérêt de proposer, en version presque sub-liminale, le sommaire du premier numéro.

Les wiki-auditions…

Sur son blog Kalaï Elpides, “Pandore” fait la liste des suivis collectifs des recrutements universitaires, par section du CNU.

  • en section 04 : ici
  • en section 17 : ici
  • en section 19 : ici
  • en section 20 : ici
  • en section 25, 26,27 : ici
  • thématiquement pour “les historiens et les littéraires spécialistes du XVIe siècle”, section 08, 09 et 22 : ici

    J’ai découvert à cette occasion http://panurge.pbworks.com/, le wiki-auditions des “seiziémistes”, qui, gentiment, déclare s’inspirer de mon travail.
    Ce que fait aussi le wiki des philosophes, http://mcfsection17session2010.pbworks.com/, qui avait bien fonctionné l’année dernière.
    Avec la pérennisation du wiki audition en sociologie et démographie, pour l’instant à l’adresse suivante http://matthieu.hely.perso.sfr.fr/spip.php?article85, je me dis que j’ai bien semé, et que des petits arbres ont poussé. [Même si, moi-même, je me suis fortement inspiré de ce que faisaient les mathématiciens depuis longtemps, et les membres de l’ANCMSP en sciences politiques]
    Je regrette vraiment, donc, qu’en 2007 l’initiative d’Olivier Ertzscheid, un suivi des recrutements en “InfoCom”, n’ai pas rencontré l’enthousiasme collectif de sa discipline. Et j’espère voir la naissance de “wiki auditions” en histoire, en géographie… et ailleurs. Car le crowd-sourcing appliqué au recrutement académique a un avenir.

    P.S. : ce que je souhaite mettre en place, à l’avenir, c’est un système de sondage (ou d’enchères fictives) par poste, où il serait possible de déclarer qui est le/la candidat/e pressenti/e à certains postes. La personnes qui aurait le plus de réponses validées par les comités de sélection gagnerait, par exemple, l’un de mes livres. [Les votes seraient secrets jusqu’à la fin de la procédure, le but n’étant pas d’identifier les heureux élus, mais de repérer qui en sait le plus.]

  • Conférence à Nancy mardi

    Je serai à Nancy mardi (dans deux jours) sur invitation de l’association des étudiants en sociologie de l’université Nancy 2 (Associo)

    Le 2 Mars de 16h à 18h en A104, nous invitons Baptiste Coulmont, sociologue à Paris 8, pour nous parler de la sociologie de la sexualité, notamment de son dernier ouvrage “Sex-shop : Une histoire française. Sa conférence s’intitulera “sociologie historique des sex-shops”.

    Je pense que l’entrée est libre.

    D’autres informations sur l’Associo.

    Les primes d’excellence scientifique

    L’année dernière ont été créées les primes d’excellence scientifique, et, pour y postuler, il suffisait d’envoyer un CV. Ce que j’ai fait. Je me disais que même si je n’obtenais pas les milliers d’euros prévus par cette prime, j’aurai au moins une “évaluation” gratuite de mon excellence — dont je ne doute pas.
    Il semble que les dossiers ont été transmis à un quadriumvirat composé de quatre brillants hommes (aucune femme) : Valade, Cuin, Duran et Cochoy (source). On ne sait pas comment ces personnes ont été choisies (même si Valade et Cuin, par leur âge respectable, semblent être devenus des évaluateurs professionnels), ni comment les dossiers ont été étudiés : autant les mathématiciens ont décrit en détail leurs procédures (ils ont publié une Note d’information du comité d’experts d’attribution de la PES) autant mes collègues de la section 19, “sociologie, démographie” sont restés muets malgré les demandes d’explicitations.
    On a une idée des conclusions générales auxquelles les experts nommés ont abouti. Il semble que, bien que cette prime d’excellence scientifique a été présentée comme une manière d’encourager les jeunes chercheurs (par des incitations financières personnelles), les personnes classées “A” soient plus souvent des professeurs d’universités que des maîtres de conférences.

    L’université Paris 8 a fait la même chose, en réservant les primes aux professeurs :

    Pour l’instant, le nom des heureux destinataires des 6000 euros n’est pas disponible, ni dans les compte-rendus du conseil d’administration, ni dans ceux du conseil scientifique. Mais je ne suis pas dedans.

    L’expérience que j’en retire est médiocre : si mon dossier a été évalué, je n’en connais pas l’évaluation (il n’y a visiblement aucun moyen d’obtenir les rapports ou sa note, aucun des experts ne m’a contacté); et surtout, ne sachant pas qui, dans mon université ou ma discipline, a été bien classé, il est difficile de se faire une idée des exigences des évaluateurs.

    En conclusion : c’est fort étrange, une évaluation sans retour. C’est flou.

    Note : Je n’ai pas abordé ici l’opposition collective à la mise en place de ces primes. Ce sera pour une autre fois.