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Archives de la catégorie : 'Université'

Les “jeunes popu”

Un groupe de jeunes, mais de Jeunes Populaires (Sarkozystes) squattaient hier le hall d’entrée de l’Université Paris 8 à Saint-Denis. Pour tout dire, ils n’avaient l’air ni populaires (au sens de “classe populaire”, ouvriers et petit(e)s employé(e)s), ni bien populaires (au sens où l’on parle de la popularité d’un acteur, par exemple). Il faut dire qu’hier, c’était en partie un jour de pont et que l’université était un peu vide. Pas de stand d’étudiants communistes, pas de stand de groupes trotskystes, pas de stand de l’UNEF, pas de tracts anarchistes… les Jeunes Populaires étaient bien seuls, Sarkozy en photo.
Je ne sais pas s’ils ont remplacé le syndicat étudiant de droite dure-dure (l’UNI) ou si ce n’est qu’un changement de nom: les “jeunes popu” ne semblent pas s’intéresser directement au monde étudiant, mais bien plutôt aux “jeunes”, d’après leur tract, que je reproduis ci-dessous:
Les Jeunes Populaires, 31 octobre 2005, Paris 8
Je crois avoir entendu qu’ils souhaitaient obtenir une vingtaine d’adhésions à Paris 8…

Diffusion du travail universitaire (homosexualités, etc…)

Saviez-vous qu’Eric Fassin avait une sorte de “page secrète” sur laquelle il est possible de lire une dizaine de textes en ligne, dont une communication très claire donnée récemment devant la “Mission d’information sur la famille et les droits des enfants” de l’Assemblée nationale :

Conjugalité et filiation à l’aune de la démocratie sexuelle
Si le pacte civil de solidarité marque une étape importante dans l’évolution du droit et de la société en France, c’est qu’il s’inscrit au croisement de deux logiques démocratiques. D’un côté, il participe d’une logique d’égalité : c’est la raison pour laquelle il est ouvert également aux couples de même sexe et de sexe différent. Cette logique d’égalité entre les sexualités vient ainsi prolonger l’évolution des lois et des normes portant sur l’égalité entre les sexes. D’un autre côté, le pacs relève d’une logique de liberté : non seulement le mariage s’assouplit, et devient moins contraignant, mais aussi, en même temps, la conjugalité se résume de moins en moins au seul mariage. C’est ainsi que notre société et notre droit renoncent progressivement à stigmatiser le divorce, mais aussi le concubinage, et même les naissances hors mariage. Entre le concubinage et le mariage, le pacs marque un degré intermédiaire dans les droits et les devoirs conjugaux.
Lire la suite…

Par ailleurs, l’émission La nouvelle Fabrique accueillait aujourd’hui Régis Revenin et Florence Tamagne, deux historiens de l’homosexualité. L’émission est disponible au format RealMedia pendant encore un petit moment. Revenin est l’auteur d’un livre sorti il y a quelques semaines, Homosexualité et prostitution masculines à Paris (1870-1918).

CNRS

Michel Maffesoli nommé (par le ministre) au conseil d’administration du CNRS ?

A ce scandale interne s’ajoute l’étrange nomination par le ministère du sociologue Michel Maffesoli, professeur à Paris-V, au conseil d’administration, au titre des personnalités scientifiques. «Même pas de droite», précise François de Singly (sociologue à Paris-V), Maffesoli s’est fait remarquer […] comme directeur de thèse d’Elisabeth Teyssier, l’astrologue de François Mitterrand. Une «mascarade» commise «sur ordre» qui, en voulant réintroduire l’astrologie à l’université, n’a pas amélioré l’image des sciences humaines dans les labos.
source : libération

De plus, comme le souligne une lettre-ouverte-pétition :

Une seule femme figure […] dans une liste de 21 membres dont 12 personnalités qualifiées nommées par décret pris sur proposition du Ministre chargé de la recherche. Le précédent conseil en comprenait 7. Dans un organisme qui a fait de la parité une exigence majeure de sa politique interne, le constat est pour le moins surprenant : le monde scientifique et universitaire ne manque pas de femmes de haut niveau capables de siéger dans une telle instance.

Le site un peu shabby-crappy de l’Association française de sociologie (entièrement fait à la main apparemment…) s’en émeut lui aussi. Par ailleurs une pétition : Un conseil d’administration du CNRS doublement inacceptable ! est ouverte à la signature sur liens-socio.org.

La rentrée à Paris 8

(Une liste des blogs de Paris 8 est tenue à jour ici)
J’éviterai pour le moment d’exposer la rentrée chaotique à Paris 8 (problèmes de salles, d’emplois du temps…).

Il me semble cependant intéressant de chercher à savoir comment cette même rentrée a été vécue par les étudiants de Paris VIII tenant un blog, et dont j’ai réussi à retrouver la trace :
Le Canadien Polo écrit :

C’est terrible le chaos qui règne ici à l’Université.
Bordel que c’est mal foutu.
Je devais assister au cours « Histoire de l’expressionnisme européen » (cours d’histoire de l’art du département d’arts plasiques) à 9h00. Finalement, je n’ai jamais pu assister au cours à cause de conflit d’horaire et de salle de cours. Ça arrive souvent ici.
Évidemment à 9h30, le prof n’est toujours pas là. Des rumeurs nous disent que le cours est décalé à 12h00 sur le nouvel horaire. À 12h00, je me présente à la salle et c’est un autre cours qui se donne. Je repars revoir l’horaire affiché sur le babillard et constate qu’on a aussi changé de local. Mais au nouveau local, c’est un autre cours. C’est alors qu’une fille d’arts plastiques m’apprend que le prof est venu en avant-midi! Où? Elle ne sait trop. Elle est autant consternée par le manque de communication qui règne ici.
Bordel que c’est mal foutu.
Aujourd’hui, j’ai été soulagé de savoir que j’étais sûrement le plus renseigné des étudiants étrangers. […]

Jud l’étudiante gothique en psycho :

Nous avons commencé par la psychologie cognitive. Trois heures. Notre prof est caricatural. On dirait un hippy, ou alors Jesus ! Assez jeune avec les tifs au milieu du dos et de la barbouze.
[…]
Encore trois heures après (sans pause), psychologie du développement. Sur mon emploi du temps, je lis :”Préfa 6″. Kouâââ ??!
Quand j’arrive devant ladite salle, j’le crois pas une seule seconde qu’il s’agit des baraques préfabriquées pour les travaux.
On s’entasse jusque par terre dans cet ampji de fortune. Quel prestige, Paris 8 !
Après professeur Jesus : TINTIN !! En personne !! Je me demande s’il font exprès d’engager des sosies ! […]
Psychologie sociale. Le prof ressemble à personne en particulier mais est hyper convivial. Par contre…L’amphi…..
S’ils n’ont pas de fric pour construire des salles au lieu de nous foutre dans des baraques de chantier, ils en ont a jeter par les fenêtres pour le chauffage !! Il faisait 40 degrés ! Thermomêtre à l’appui ! Je sais pas comment je suis pas morte en trois heures, sans fenêtre ouverte et sans eau !!

Rick Parys a réussi à trouver la salle, mais l’enseignant a un problème :

Ce matin j’étais dans un amphi abritant une bonne centaine de cerveaux estudiantins ainsi que celui d’un prof de critique ciné. Tout se passait paisiblement quand celui-ci décida de projeter un extrait d’un film d’Hitchcock sur le grand écran. Et c’est ce dernier détail qui a eu toute son importance.
Il se dirige vers le lecteur de DVD, y glisse le disque, appuie sur play et là….rien. Du son, mais pas d’image. Il trifouille dans le placard et sort une télécommande, puis une deuxième….puis une troisième…il appuie sur les boutons avec une maladresse déconcertante : un gosse de huit ans cherchant la chaine pour adultes! Mais moi, j’ai passé 4 ans à bosser sur des projets de type audiovisuels ; régler son problème ne me prendrait probablement pas plus de 15 secondes. Cette reflexion formulée à voix haute dans ma tête m’a provoquée une brûlure dans l’estomac engeandrant un irréversible processus d’accéleration cardiaque : et si j’allais l’aider? […]

Nightfire lui aussi fait un compte-rendu détaillé :

Mais parlons de la petite vie sociale et administrative de la fac.
Les ouvertures des bureaux n’en parlons pas, ça travaille 4h et ça vous claque la porte au nez, et si vous avez de la chance quand c’est ouvert on vous renvoie dans un second bureau si possible à l’extremité du bâtiment. J’ai découvert que l’université comporte 3 bâtiments principaux : Arts, Langues, Informatique. C’est grand, ça fait mal aux pieds.

Mise à jour
Histoire sans fond dans “Fac, mon amour”, raconte une rentrée un peu floue :

La fac, c’est un vrai bordel. Mais ça, on le savais.
Certe.
Ce qu’on ne savais pas, c’est que ça l’est aussi pour les profs.
Ce matin, départ pour la fac a 12h15. Pour un rendez vous à 14h. Tout est normal.
Et puis arrivée à la fac, impossible de trouver le batiment concerné. A croire qu’il a disparu. Non! Il est simplement… Caché tout en haut d’un autre batiment. On voit tout de suite que ce n’est pas une fac de scientifiques. Niveau logique, ça laisse tout de même à désirer.

Les épisodes précédents : les étudiants blogueurs de Paris 8
Et pour celles et ceux qui apprécient la vie politique de Paris 8, un rappel de la grève des anthropologues

Etudiants bloggeurs de Paris 8

(Une liste des blogs de Paris 8 est tenue à jour ici)
Une petite liste constituée au hasard :
Jud, étudiante gothique, qui entre en psychologie :

Moi à qui l’on avait dit qu’en psycho il n’y avait que des marginaux, v’la t’y pas que je me retrouve petite punk solitaire devant une armée de weshs, weshettes, filles tristement assorties en jeans, nikes, et pulles roses. Tous formant un parfait ensemble de neuneux profondément ancrés dans leur stupidité. Espèront que la psycho leur sera bénéfique.

Polo, canadien à Paris ;

Je me suis rendu à l’amphithéâtre Y, une grosse demi-boîte de conserve découpée en éventail, avec dix enveloppes pré-affranchies à 0,75€ chacune et pré adressées, l’université ne disposant pas de budget pour envoyer à leurs étudiants les documents importants en cours de session.
D’ailleurs, il ne semble pas avoir beaucoup de budget ici pour tout et pour rien. Les murs sont fissurés et sales. Les toilettes sont publiques, dans le sens que c’est au public de les entretenir. Mauvaise blague, mais c’est presque. À l’Uqàm, les employés d’entretien sont partout. Ici, je n’en ai pas croisé un seul.

Du soleil ;
Rick Parys ;
Nighfire, étudiant en arts (plastiques ?) :

Je suis arrivé à la Gare de Lyon à 9h15, le stress s’en est allé, j’ai fait mon chemin avec Ashlee Simpson dans les oreilles “no oh oh I didn’t steal your boyfriend !”. Etonnemment le métro 13 n’était pas blindé à St-Lazare. A la fac, je vais au bureau des transferts et horreur, c’était pas une file d’attente ! c’était l’entrée à un concert que je devais subir ! J’ai attendu quoi…3 bons quarts d’heures bien tassés. Puis quelque chose m’a surpris, je sais pas je dois me faire des idées, mais un mec jetai toujours des regards dans ma direction (…)

LéoO.

PrivateJoke (a.k.a. Eva) est une ancienne étudiante de Paris VIII, maintenant à Montreal :

jme suis inscrite à la bibliotheque nationale de montreal (c’est la classe! j’ai une carte de membre et tout! j’ai l’impression d’etre dans un club! c’est fun!)
elle est gigantesque et regorge de trésors… j’ai trouvé “the pencil of nature” de william henry fox talbot (dans une édition des années soixante…) pratiquement introuvable en france (du moins à la fac de paris 8, j’ai jamais cherché plus loin…)
j’vais pouvoir enfin lire les biblio qu’on me donner à la fac et que je n’ai jamais consultée!!
mais quand meme ça fait bizar.

Hélène raconte son inscription à Paris 8 (qui lui a pris trois jours) :

S’inscrire à Paris 8, ça rappelle un peu le début de l’Auberge Espagnole, au moment où Romain Duris fait les démarches de son dossier Erasmus.
Pour s’inscrire à Paris 8, c’est très simple.
1/ compléter le dossier de transfert, photocopier les documents demandés, préparer des enveloppes, des photos de ma tronchounette souriante (air légèrement ahuri… ma Laura Ingallsitude me poursuit), une lettre de motivation etc…
(…)
10/ 15h20 retour au bureau des transferts-inscriptions… qui ferme à 15h15.

Anya, étudiante en Arts

…As many of you know, I applied to this Paris 8 university in June and they didn’t bother to give me any answer till now, even though the studies start, like, next week. So after pointless metro rides to the uni, more pointless phone-calls (since they never actually answer the goddamn calls), I finally got some luck today when I went to see them for the 938422948th time…
After standing in lines in some 3 offices, I finally got rewarded with “Oh what’s your name… Hmm… Oh yeah, you’re accepted. We haven’t actually got around to send you something to tell you, but you see how BUSY we are… Just come to this student meeting on the 6th (my birthday haha) and wait for an indefinite period of time for out lazy asses to actuall send you the paperwork”. (source)

D’autres ?

CAIRN : groupe de revues en ligne

François Briatte attire mon attention sur CAIRN, qui, comme persee propose le texte intégral de revues académiques. On y trouve pour le moment une soixantaine de revues, et un petit nombre (200 ?) d’articles sont en version PDF, apparemment consultables et téléchargeable sans frais (certains sont payants, notamment les plus récents). L’occasion de découvrir ou de redécouvrir :
– Renaud Le Goix Les « communautés fermées » dans les villes des États-Unis Aspects géographiques d’une sécession urbaine [PDF] dans Espace géographique, 2001, n°1 (vol.30).
– Alain Desrosières, Entre réalisme métrologique et conventions d’équivalence : les ambiguïtés de la sociologie quantitative [PDF], dans Genèses, 2001, n°43
Et tant d’autres articles…

Persee et la revue “Vingtième siècle”

La revue d’histoire Vingtième siècle arrive sur www.persee.fr. On signalera un article de Martine Sevegrand, Limiter les naissances: le cas de conscience des catholiques français (1880-1939).

La commission générale de terminologie vous parle

Lue récemment dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale, une recommandation de la “Commission générale de terminologie et de néologie” :

COMMISSION GÉNÉRALE DE TERMINOLOGIE ET DE NÉOLOGIE
Recommandation sur les équivalents français du mot “gender”
NOR : CTNX0508542X
RLR : 104-7
RECOMMANDATION DU 22-7-2005 JO DU 22-7-2005
MCC
L’utilisation croissante du mot “genre” dans les médias et même les documents administratifs, lorsqu’il est question de l’égalité entre les hommes et les femmes, appelle une mise au point sur le plan terminologique.
On constate en effet, notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot “genre”, emprunté à l’anglais “gender”, utilisé notamment en composition dans des expressions telles “gender awareness, gender bias, gender disparities, gender studies…,” toutes notions relatives à l’analyse des comportements sexistes et à la promotion du droit des femmes. Le sens en est très large, et selon l’UNESCO, “se réfère aux différences et aux relations sociales entre les hommes et les femmes” et “comprend toujours la dynamique de l’appartenance ethnique et de la classe sociale”. Il semble délicat de vouloir englober en un seul terme des notions aussi vastes.
En anglais, l’emploi de “gender” dans ces expressions constitue un néologisme et correspond à une extension de sens du mot qui signifie “genre grammatical”. De plus, ce terme est souvent employé pour désigner exclusivement les femmes ou fait référence à une distinction selon le seul sexe biologique.
Or, en français, le mot sexe et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent parfaitement adaptés dans la plupart des cas pour exprimer la différence entre hommes et femmes, y compris dans sa dimension culturelle, avec les implications économiques, sociales et politiques que cela suppose.
La substitution de “genre” à sexe ne répond donc pas à un besoin linguistique et l’extension de sens du mot “genre” ne se justifie pas en français. Dans cette acception particulière, des expressions utilisant les mots “genre” et a fortiori l’adjectif “genré”, ou encore le terme “sexospécificité”, sont à déconseiller.
Toutefois, pour rendre la construction adjective du mot “gende” (sic), fréquente en anglais, on pourra préférer, suivant le contexte, des locutions telles que hommes et femmes, masculin et féminin ; ainsi on traduira “gender equality” par égalité entre hommes et femmes, ou encore égalité entre les sexes.

La Commission générale de terminologie et de néologie recommande, plutôt que de retenir une formulation unique, souvent peu intelligible, d’apporter des solutions au cas par cas, en privilégiant la clarté et la précision et en faisant appel aux ressources lexicales existantes.

La même commission (3 femmes sur 19 membres, aucune au titre des “personnalités qualifiées”) s’est attaquée au mot “coach” et au préfixe “e-” (comme dans e-mail) et l’on peut trouver ses conclusions dans le même Bulletin officiel.

Un débat trotsko-lénino-chevènementiste

Contre le grand capital, la mobilisation étudiante de la “Renaissance” communiste… (on lira avec intérêt les commentaires).
Toujours dans le monde étudiant, l’UNEF de Paris 8 a un moignon de blog, qui ne demande qu’à se développer.

Sociologie des prénoms

 

 

Ce billet a été écrit en 2005 : depuis, j’ai publié un livre, Sociologie des prénoms (2011, La Découverte).

 

 

Depuis les travaux fondateurs de Philippe Besnard en France (et Stanley Lieberson aux Etats-Unis), les sociologues se sont rendus compte du formidable matériaux que constituent les prénoms. Un bien symbolique gratuit dont la consommation est obligatoire offre un objet incomparable pour repérer le goût de classe sous le goût tout court, pour étudier la “mode” sans parler, comme on le fait trop souvent, des vêtements. [voir Besnard, Philippe, “Pour une étude empirique du phénomène de mode dans la consommation des biens symboliques : le cas des prénoms”, Archives européennes de sociologie, 1979, vol.20 p. 343-351]
L’ouvrage de Besnard, constamment remis à jour depuis 1986, La Cote des prénoms est maintenant repris en main par sa fille Joséphine Besnard (Philippe Besnard est décédé en 2003. LE co-auteur, Guy Desplanques, est toujours dans l’aventure). C’est un ouvrage mixte, où le coeur est constituée de la “cote” des prénoms proprement dite, et où la dose de sociologie est présente en début et en fin d’ouvrage. [Je n’ai pas lu les dernières éditions, je me réfère aux éditions d’avant la mort de Besnard père]
Dans un article écrit avec l’historien Cyril Grange [Besnard, Philippe, et Cyril Grange “Prénoms de l’élite et du vulgum” L’Année sociologique, 1993, vol. 43, p. 269-294], Besnard étudie les relations qu’entretiennent les prénoms de l’élite née (celle du Bottin Mondain) avec le reste de la société française. On y voit à la fois une accélération de la diffusion des prénoms de l’élite [les prénoms qui se diffusent se diffusent beaucoup plus vite maintenant qu’avant], mais aussi une segmentation plus importante des goûts [les non-élites développent des goûts indépendants et ne peuvent plus être dites “à la traine”].

J’ai repensé à tout cela en préparant un cours de “L1” (première année d’université). Mais aussi en conseillant à une étudiante qui souhaitait faire son mémoire de licence sur la “perte” de la culture d’origine chez les enfants d’immigrés de travailler plutôt sur les petits-enfants et le choix des prénoms — réalisés par des français nés de parents originaires d’Afrique du Nord. Quand, aujourd’hui, Rachid et Karima, pour prendre un exemple possible, choisissent le prénom de leur enfant, que choisissent-il ? En la faisant réfléchir sur les enfants de ses amies, l’étudiante a produit une liste à laquelle je ne m’attendais pas du tout [un signe que je n’y connais pas grand-chose] : le choix se porte sur Shain, Chinese, Ryan et une poignée d’autres que j’ai oubliés. Ces exemples sont anecdotiques, mais il me semble possible de pouvoir accumuler assez facilement un petit corpus comprenant à la fois prénoms-profession-origine sociale des parents et prénoms des [petits-]enfants : un matériaux doté d’une forte objectivité, plus souple d’utilisation que les discours sur le ramadan ou la “perte” des “traditions”.

N’y connaissant pas grand’chose, j’ai demandé à A. B. [je vais lui demander si je peux la citer avant de mettre son nom en entier] si elle connaissait des travaux portant sur le même corpus. N’en connaissant pas, elle propose une petite sociographie “à la hussarde” — qui ne demande qu’à être testée grandeur nature. D’un côté des prénoms de classe populaire mais néo-arabisants : Lyssa, Shahinez… (Shain de mon exemple) seraient l’équivalent, en terme de position sociale, du choix de Jordan, Kevin ou Jennifer. Les références sont peut-être plus moyen-orientales que maghrébines.
Du côté de populations pratiquantes (ou néo-communautaires), on trouvera une marque identitaire jusque dans le choix des prénoms, coraniques ou prophétiques (révélant à la fois une culture religieuse, mais aussi une appropriation autonomisée, individualisée, du message) : Doua (invocation), Fourqane (discernement et titre d’une sourate), Noh pour Noe, adam etc…
L’augmentation du capital culturel, social et économique produit des Yannis ou des Elias, ou encore la réappropriation de références à la culture classique arabe (les savants, personnages historiques…)

La seule recherche sociologique que je connaisse portant sur le prénom comme signe d’intégration ou d’acculturation est de Liliane Kuczynski [« La dictature du nom. Du patronyme au pseudonyme chez les marabouts ouest-africains de Paris », L’Homme 1997, n°141 : 101-117 : “La dictature du nom” disponible en PDF sur le site de persee]
Dans un contexte de diversité culturelle, sociale et “raciale” (au sens où les Nord-Américains utilisent le terme), le choix d’un “prénom noir” est un désavantage, selon l’étude de Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, deux économistes. [L’étude entière, The Causes and Consequences of Distinctively Black Names est disponible.
Une autre étude, fort étrange, porte sur le choix des prénoms de personnages par une jeune écrivain contemporaine… Le choix du prénom de son fils mériterait d’ailleurs une étude…