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Archives de la catégorie : 'Université'

Faire un comité (de sélection)

Pour un poste de maître de conférences en sociologie prochainement publié sur “Galaxie”, et qui sera renseigné sur le wiki auditions 2011, j’étais en charge de constituer, à partir des propositions des collègues, le comité de sélection.
Ce fut une tâche un peu complexe, car l’université Paris 8 ne nous a donné que très tardivement le calendrier que nous devions suivre… alors que les autres universités avaient déjà commencé à constituer leurs comités. Il fallait de plus, étant donné le profil du poste, trouver plusieurs spécialistes disponibles à certaines dates.
Voici ce que donne ma “feuille de suivi” principale :

Après avoir raturé deux noms et entouré un troisième, je me suis aperçu que j’étais en train de faire du scriptopolis en direct.

L’imagination sociologique

Depuis quelques années, les “autorités de tutelle”, mais principalement le ministère de la recherche, poussent à réduire le nombre de centre de recherche, en les fusionnant. Cela donne, en sciences sociales, de grosses structures dont la cohérence scientifique n’est pas toujours évidente. Cela se fait parfois dans la joie, comme le décrit, à Lyon, Pierre Mercklé. Parfois dans la souffrance.
Mais cela donne lieu à la recherche de nouveau nom, aptes à nommer ces nouvelles structures. Quel nom ont ces (plus ou moins) nouvelles structures de recherche sociologique :
Centre Max Weber (Lyon)
Centre Maurice Halbwachs (Paris – ENS)
Centre Pierre Naville (Evry)
Laboratoire Georges Friedmann (Paris – Paris 1)
Institut Marcel Mauss (Paris – EHESS)
Centre Emile Durkheim (Bordeaux)
Centre François Simiand (Paris – EHESS)
Centre Edgar Morin (Paris – EHESS)
Centre Norbert Elias (Marseille – EHESS)
Centre Raymond Aron (Paris – EHESS)
Celles et ceux qui ont baigné, ne serait-ce qu’un peu dans les sciences sociales, ont déjà reconnu une liste de grands ancêtres. Tous morts (ou quasi, puisqu’un centre est à son nom). Tous hommes. Et tous blancs. Et je suis loin d’être le seul à avoir fait la remarque.
Même les féministes de Toulouse-2 n’ont pas trouvé de grande ancêtre : Le Centre Simone Sagesse ne fait pas référence à Mme Sagesse.
Les décès récents, ou inévitablement proches, de sociologues femmes, devraient remédier à cela. Si Madeleine Guilbert « nous a quittés, comme elle le désirait, dans la plus grande discrétion », rien n’empêche un centre à son nom. Le Centre Germaine Tillion, ça aurait aussi un peu de classe.
Merci à @SH_labo à @totoroinparis et à @nholzschuch.
[Nos collègues matheux ou physiciens sont plus imaginatifs avec le BiPop par exemple.]

Apoapside…

La mise en place du logiciel de management des étudiants et des cours, “Apogée”, à Paris 8, pose de gros problèmes. Une lettre ouverte a été envoyée au président de l’université pour lui faire part des revendications du personnel administratif et des universitaires :

Deux courriers (…) font déborder la coupe Apogée.
Passe encore que l’on nous assène que le logiciel est « absolument nécessaire » : peut-être, mais quand le débat supposé nous en convaincre a-t-il eu lieu ? Vieille pratique de gestion, on a enclenché un processus à marche forcée dont l’urgence, constamment martelée et malheureusement réelle, devient le seul élément de mobilisation des personnels.
Passe encore que l’on nous enjoigne de « ne pas baisser les bras », alors que cette rentrée n’a pu se faire que parce que les personnels l’ont portée, justement, à bout de bras. Si le sens de cette implantation n’a pas été explicité au tout-venant du personnel de l’université, le tout-venant estimait pourtant de son devoir que les étudiants puissent s’inscrire et étudier.
Mais lorsqu’on explique que les difficultés rencontrées (pardon, « ressenties » ! il ne faudrait pas laisser penser qu’elles sont réelles) sont liées à une « déstabilisation des habitudes de travail », cela devient carrément insultant pour les personnels qui ont à peine le temps de sortir le nez d’Apogée pour lire cette prose institutionnelle.
source

Un compte-rendu, celui de la réunion du 20 janvier 2011, explique les raisons des problèmes d’implantation :

(…) la mise en place [d’Apogée] suit un processus itératif non séquentiel qui nécessite de la part de la cellule apogée un travail plus important que ce qui peut être perçu dans les composantes et crée nécessairement des phases de mises en attente des demandes de ces dernières.
[je souligne, mais je n’invente pas.]

Et un schéma vient nous expliquer les raisons de l’itération non séquentielle :

Et c’est vrai qu’à la lecture de ce schéma, on comprend tout.
Un petit malin s’est amusé à améliorer ce schéma :

[L’illisibilité est, je pense, voulue.]

Heureusement que, pour l’instant, les problèmes d’Apogée n’empêchent pas l’université de tourner. Au moins — à la différence des problèmes d’hygiène — Apogée ne donne pas la gastro.

Être visible

Je suis, entre autres activités administratives, le “webmaster” du site du Département de sociologie de l’université Paris 8. Depuis sa création, vers 2005, j’ai essayé de le rendre vivant : on y trouve par exemple des compte-rendus des séjours Erasmus des étudiantes, des informations concernant les publications diverses des collègues (dans Le Monde ou ailleurs) des interviews dans Sud Ouest etc… C’est un site “mixte”, au sens où il présente à la fois le département de socio pour l’extérieur (publications, présentation des collègues) et pour l’intérieur (surtout pour les étudiants). Il y a donc des informations sur les problèmes liés au passage à Apogée et sur les recrutements, auditions, classements aux différents postes (ATER, Prag, MCF et PR) ouverts en sociologie à P8. C’est, je pense, ce qui en fait la complexité.
Mais qu’il soit “vivant” (et avoir utilisé wordpress), c’est peut-être la raison pour laquelle, si vous tapez « sociologie paris » dans google, ce résultat intriguant s’affiche :

Avez-vous, chez vous ou au travail, le même résultat ?
Et, suivant les jours, les heures, les lieux et les “cookies”, taper “sociologie” tout simplement amènera le Département de sociologie au 3e, 4e ou 5e rang :

Les résultats sont un peu moins bons pour des recherche portant sur « licence sociologie » (peut-être parce qu’on l’appelle Licence de sociologie), et encore moins sur le master de sociologie.
Et pour ce qui est des statistiques de visite ? Voici une courbe amusante :

C’est une moyenne mobile, qui prend en compte des visites quotidiennes, depuis 2006. Les points roses montrent la chute des visites au cours des mois d’été, les points bleus les chutes au moment des vacances d’hiver. Les pics sont soit liés aux rentrées, soit aux mouvements sociaux (et j’ai eu la flemme de repérer les mouvements CPE, LRU et autres). Les visites augmentent, année après année, ce qui me satisfait. D’autres indicateurs, comme le nombre de pages vues par utilisateur, ou le temps moyen passé sur le site… sont très stables sur 5 ans (3 pages, et environ 2 minutes).

Note : Je suis conscient que mettre en avant ces formes d’objectivation sans raison participe indirectement à la course à l’évaluation fort bien décrite par Grégoire Chamayou, qui repose sur des classements, des distinctions honorifiques, des classements de classements, des sommes de citation, etc… Et ici, en multipliant les liens vers le site du département de sociologie, j’essaie, modestement, d’influencer le classement de google, qui repose, en grande partie, sur la multiplicités des liens.

Aaah, Paris 8…

Dans le collimateur présente cette photo d’un tout nouveau panneau d’indication installé à Paris 8 cette semaine :

et écrit :

À l’Université Paris 8, il y a des portes qui ne ferment plus, des radiateurs qui ne marchent pas, des toilettes qui ne sont pas éclairées, des ordinateurs qui ont perdu leur souris, des placards qui ne servent à rien et un système de saisie des notes qui causerait, dit-on, quelques soucis aux secrétaires (contraints d’afficher les notes comme les résultats du bac, nan mais où va le monde, je vous le demande).

Comment ça, des problèmes de notes ? Pouvez-vous m’expliquer ?
Il semble, en effet, que l’installation d’un nouveau système de gestion des cours et des étudiants, “Apogée”, pose de nombreux problèmes. Par exemple, des étudiants d’une autre discipline que la sociologie ont pu recevoir ceci :

Peut-on en savoir plus ? Oui. Une note du Conseil des études et de la vie universitaire vient nous préciser les choses.

A ce jour, sur les 170 versions d’étape (VET) modélisées au niveau administratif, les deux tiers sont modélisés au niveau pédagogique, saisie et structurés. Un peu plus de la moitié ont des inscriptions pédagogiques et un tiers sont en phase opérationnelle. Le projet a donc bien avancé, mais force est de constater que nous avons pris du retard. […]
A l’heure actuelle, on peut estimer que la saisie des notes sera possible sur un peu plus de la moitié des VET mais seuls un ou deux diplômes seront en mesure de préparer leur jury à l’aide du logiciel faute, pour les autres, d’avoir récupérer (sic) l’historique des résultats. L’état d’avancement du travail laisse cependant espérer que la préparation et la tenue des jurys à l’aide du logiciel sera possible d’ici la fin du second semestre. Ce n’est donc pas le moment de baisser les bras.

Je comprends qu’il ne faut pas baisser les bras. Mais pour faire quoi ? Ce texte est très étrange, parlant de modélisation administrative et autres phases opérationnelles. Heureusement, on nous traduit quand même les choses. Des informations comme la suivante circulent :

Une lettre du vice-président du CEVU, JM Meunier, nous enjoint, étant donné le foutoir total (c’est dit dans un langage plus poli et
administratif) et que la plupart des composantes ne peuvent matériellement
pas tenir de jury, de se contenter d’afficher les notes sur un panneau
d’information.

Donc maintenant, à Paris 8, en plus des salles non chauffées, des toilettes qui fuient et autres inconvénients matériels, nous n’avons plus de suivi informatique des évaluations pédagogiques. Ou plutôt, ce suivi n’est pas encore entré dans sa phase opérationnelle.

Mais on a de beaux panneaux lumineux, style “sex shop”.

Prénoms et sociologie

Je suis fort heureux de pouvoir annoncer, presque quatre mois avant la publication effective, la sortie prochaine de Sociologie des prénoms dans la collection Repères aux éditions La Découverte (le 9 juin).
Il reste du travail à faire sur le manuscrit, les graphiques et autres illustrations, mais la date est fixée, l’ISBN est alloué et le numéro de série accroché. J’ai mis en ligne une page consacrée à Sociologie des prénoms, qui sera enrichie au cours de l’année. Vous trouverez sur cette page l’inscription possible à une “liste de diffusion” de l’information concernant ce livre (j’ouvrirai peut-être aussi une page “facebook”).
Et parce que cela m’amusait, j’ai même créé une couverture imaginaire (on n’en est pas encore là, mais les couvertures de la collection Repères se ressemblent assez pour se faire une idée de leur état final).
Ce livre, c’est à la fois une sorte d’aboutissement : celles et ceux qui lisent mon blog depuis 2003 savent que j’ai commencé à parler de ce thème le 6 juillet 2003, celles et ceux qui suivent mes cours à Paris 8, dont le cours de présentation des méthodes des sciences sociales savent aussi fort bien que c’est un de mes dadas.
Mais c’est aussi, pour moi, une base de travail : la “revue de littérature” faite pour écrire ce livre me sert dans le cadre de recherches sur les changements de prénom.

En ligne, tous…

Voilà un nouveau collègue en ligne : http://pierremerckle.fr/ (Pierre Mercklé, de l’ENS Lyon). À ajouter, donc, à la Liste des sociologues en ligne (ayant acheté leur nom-de-domaine).

Faire semblant de travailler…

On apprenait récemment sur le blog de Pierre Dubois qu’un livre dont l’auteur est Ali Aït Abdelmalek, professeur de sociologie à l’université Rennes2, était pour partie constitué de citations sans guillemet d’un autre auteur (Edgar Morin). Mon collègue de Rennes 2 semble avoir oublié que l’usage des guillemets est de rigueur dans la citation de textes dont on n’est pas l’auteur. Il a mis en place sa propre stratégie de citations, en usant de périphrases comme “Selon les mots d’Edgar Morin”.
Je me suis permis, sur le blog de Dubois, de faire un peu d’ironie. Mais le commentaire du directeur de la collection dans laquelle l’ouvrage a paru m’a fait sursauter. Voici ce qu’il écrit [notez l’utilisation, pour la citation, d’un style particulier de la syntaxe HTML, le “blockquote”] :

Concernant le rôle d’un directeur de collection, je ne le conçois pas comme devant vérifier ligne par ligne si les guillemets ont été ou non mis.

Je souhaite ici faire part de mon expérience personnelle. J’ai récemment soumis un manuscrit pour une “grande” collection d’une “grande” maison d’édition… et je pense avoir compris, une fois le manuscrit revenu, une des raisons pour lesquelles cette collection est si renommée. Non seulement mon manuscrit a été relu ligne à ligne, mais une partie des articles que je cite, eux aussi, ont été relus par la personne ayant fait la lecture du manuscrit. Vous ne me croyez pas ? Regardez plutôt ce qui est arrivé à mon manuscrit : j’ai scanné un morceau de page. J’y cite un article de Héran. Manque de pot (ou de sérieux de ma part), Héran (qui n’est pas le relecteur de mon manuscrit) dit aussi autre chose, à la même page que je cite… ce qu’a vu le relecteur, qui m’écrit : « Héran dit pourtant (avec raison) “C’est davantage l’affaire […]” (même page) ».

Le relecteur me demande même de corriger certains guillemets. J’avais, dans une citation, utilisé des guillemets “à la française” [«.»], et non pas des guillemets “à l’anglaise” [“.”]. Et c’est comme ça, page après page : la moindre incohérence (rhétorique, argumentative ou même graphique) a été traquée, pointée, entourée, griffonnée, référencée…
Et je sais par ailleurs que le relecteur est l’un des directeurs de la collection.
Revenons maintenant au cas de départ : quand le directeur de collection considère que sa tâche n’est pas de “relire ligne à ligne”… il encourage ses auteurs à ne pas vraiment écrire ce qu’ils écrivent. Et le livre ne sera pas lu (si tout le monde sait que la collection n’est pas vraiment dirigée et que ce qui s’y publie n’a pas fait l’objet d’une évaluation). Cela s’appelle faire semblant de travailler.

Aller au CNU ?

La section 19 du CNU examine les dossiers des docteurs demandant leur “qualification” aux fonctions de maître de conférences en sociologie et démographie (la “qualification” est cette chose nécessaire pour pouvoir ensuite candidater sur les postes ouverts au recrutement). Le CNU gère aussi une partie des avancements de carrière des enseignants-chercheurs, notamment leur passage en “classe exceptionnelle”.
Il y a deux ans maintenant, un scandale a secoué la 19e section : des membres de cette section s’étaient “auto-promus”, s’accordant réciproquement la “classe exceptionnelle”. Les deux tiers du CNU avaient ensuite démissionné, protestant contre cette pratique. Les restants (ceux qui s’étaient autopromus et leurs affiliés) avaient ensuite coopté certains collègues pour former une nouvelle section. Je passe sur les détails les plus affligeants, l’on en trouve des traces sur la liste de diffusion de l’ASES.
L’année prochaine, des élections auront lieu pour renouveler le CNU. Il ne s’agit pas seulement de faire sortir celles et ceux qui se sont compromis dans des pratiques déontologiquement douteuses, d’empêcher que ces personnes soient candidates, ni d’empêcher qu’elles soient élues si elles formaient une liste. Si je me portais candidat (ou si, au Ministère, “on” décidait de me nommer membre du CNU) — je réfléchis encore — ce ne serait pas (que) dans ce but (mais plutôt comme une manière de poursuivre, par d’autres moyens, ce que j’avais commencé avec le “wiki-auditions”).
La chose est assez grave : le CNU, depuis la dernière réforme universitaire, a reçu de nouveaux pouvoirs. Les sections vont notamment évaluer les dossiers individuels des collègues en poste, en plus de gérer l’avancement “exceptionnel” et la qualification des docteurs.
C’est en prévision de ces responsabilités accrues qu’un décret et un arrêté sur les indemnités des membres du CNU a été publié en juillet dernier.

Prière de ne pas citer

L’on peut trouver, dans les communications envoyées en avance d’un colloque ou d’une journée d’étude, parfois l’avertissement suivant : « Ne pas citer sans l’accord préalable de l’auteur » ou des variations sur le thème de la publication interdite, de la republication interdite, de la diffusion interdite, sans l’accord de l’auteur.
Chose amusante, une floppée de ces textes à ne pas citer se trouvent diffusés tels quels : exemples google 1 et google 2.
La richesse de la langue anglaise, qui différencie la “quotation” de la “citation“, est mal rendue en français dans le “ne pas citer”, qui voudrait interdire toute citation longue d’un extrait, mais aussi même toute référence au papier (alors même qu’il existe, sous la forme d’une littérature grise s.d.).
Je ne me souviens pas avoir jamais demandé à un auteur si j’avais la permission de citer un de ces textes restreints. C’est un peu comme ces “licences” que l’on doit accepter pour avoir accès à tel ou tel logiciel (iTunes ou Word), et qu’on ne lit jamais totalement.
Bref, plus j’y réfléchis, moins je comprends l’intérêt de l’usage. J’éviterai d’y avoir recours à l’avenir. Et ça fera peut-être augmenter mon indice-h.