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Archives de la catégorie : 'USA'

Lettres sur les Etats-Unis d’Amérique

Vers 1832, Jacques Benjamin de Saint-Victor relate son voyage aux Etats-Unis, dans des lettres réunies en un volume imprimé à Lyon et acheté par le régent de l’université du Michigan qui en fait dont à la biblothèque locale qui le prête un moment à la Googlemachine qui le scanne et le met en ligne sur googleprint : Lettres sur les Etats-Unis d’Amérique, par J.B. de Saint Victor.
L’ouvrage est entièrement indexé, et entièrement lisible sur internet. Que dit donc l’auteur sur la bonne ville de New York : une “Babylone”, une “espèce d’archétype d’après lequel on peut se faire une idée exacte des grandes villes de l’Union”. On y trouve quelques description peu flatteuse du méthodisme (alors en pleine croissance)…

Que l’on considère donc le méthodisme dans son ensemble, on verra que le protestantisme n’a jamais produit de système religieux plus facile à mettre en pratique, par conséquent plus populaire (…)
de Saint-Victor, p.146

Il semble que, pour l’instant, les ouvrages postérieurs à 1850 ne soient pas entièrement lisibles (seuls des extraits sont disponibles… ce qui devrait quand même permettre fort à propos à Phersu de multiplier — si cela est possible — d’impossibles citations rares d’auteurs oubliés).
Enfin, les fous de Napoléon pourront lire Les Bonaparte et leurs oeuvres littéraires (sans aucun doute inoubliables), un ouvrage de 1845.

Marche des trans

J’ai eu l’occasion d’écrire quelques lignes au sujet de quelques transsexuels/transsexuelles/transgenres il y a quelques mois, quand des parents d’élèves d’une école de Rouen avaient dénoncé au journal local une institutrice, et quand Monsieur Alliot-Marie avait empêché deux personnes de se marier parce que l’une portait des jupes tout en étant un homme ([rappel 1], [rappel 2] [rappel 3], [rappel 4]).
La Marche des trans (video format QuickTime) est l’occasion de quelques mots supplémentaires. Cette manifestation, Existrans a déjà quelques années, et s’inspire fortement des Gay pride parades, maintenant “Marche des fiertés”. Quoi de mieux pour affirmer son existence dans l’espace public qu’une forme de visibilisation routinisée, la manifestation. Surtout si cet outil fait partie d’une boîte (à outils) identitaire composée d’associations trans (ASB, Caritig, PASTT…), de porte-parole, de slogans, de revendications s’adressant à l’arène publique…
Mais simultanément, une partie du travail identitaire consiste à gommer toute différence. Mis à part celles et ceux qui revendiquent une identité transgenre plus ou moins permanente, refusant d’être assigné à un endroit sexué particulier, les autres vont plutôt demander une forme d’invisibilisation : être trans’ est pour elles et eux un moment plus que la fin d’un “parcours” qui vise le changement de sexe (civil et/ou génital).
C’est comme un paradoxe, très intéressant, qui parcourt le mouvement associatif trans, où d’un côté l’utilisation d’armes de visibilisation doit servir à une meilleure reconnaissance, et où d’un autre côté l’utilisation d’armes d’invisibilisation (rééducation vocale, hormones, chirurgie, manières de marcher…) fait partie du travail quotidien — et des exigences des médecins spécialisés auxquels sont confrontés les transsexuels : pour un exemple, lire le blog Journal d’une Trans-formation d’un-e jeune trans de Montpellier.
Pour aller plus loin, et beaucoup plus loin, la somme de Joanne Meyerowitz, How Sex Changed (Harvard University Press) est à lire. [En attendant : Existrans (Reportage de France 3, video format QuickTime)

La commission générale de terminologie vous parle

Lue récemment dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale, une recommandation de la “Commission générale de terminologie et de néologie” :

COMMISSION GÉNÉRALE DE TERMINOLOGIE ET DE NÉOLOGIE
Recommandation sur les équivalents français du mot “gender”
NOR : CTNX0508542X
RLR : 104-7
RECOMMANDATION DU 22-7-2005 JO DU 22-7-2005
MCC
L’utilisation croissante du mot “genre” dans les médias et même les documents administratifs, lorsqu’il est question de l’égalité entre les hommes et les femmes, appelle une mise au point sur le plan terminologique.
On constate en effet, notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot “genre”, emprunté à l’anglais “gender”, utilisé notamment en composition dans des expressions telles “gender awareness, gender bias, gender disparities, gender studies…,” toutes notions relatives à l’analyse des comportements sexistes et à la promotion du droit des femmes. Le sens en est très large, et selon l’UNESCO, “se réfère aux différences et aux relations sociales entre les hommes et les femmes” et “comprend toujours la dynamique de l’appartenance ethnique et de la classe sociale”. Il semble délicat de vouloir englober en un seul terme des notions aussi vastes.
En anglais, l’emploi de “gender” dans ces expressions constitue un néologisme et correspond à une extension de sens du mot qui signifie “genre grammatical”. De plus, ce terme est souvent employé pour désigner exclusivement les femmes ou fait référence à une distinction selon le seul sexe biologique.
Or, en français, le mot sexe et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent parfaitement adaptés dans la plupart des cas pour exprimer la différence entre hommes et femmes, y compris dans sa dimension culturelle, avec les implications économiques, sociales et politiques que cela suppose.
La substitution de “genre” à sexe ne répond donc pas à un besoin linguistique et l’extension de sens du mot “genre” ne se justifie pas en français. Dans cette acception particulière, des expressions utilisant les mots “genre” et a fortiori l’adjectif “genré”, ou encore le terme “sexospécificité”, sont à déconseiller.
Toutefois, pour rendre la construction adjective du mot “gende” (sic), fréquente en anglais, on pourra préférer, suivant le contexte, des locutions telles que hommes et femmes, masculin et féminin ; ainsi on traduira “gender equality” par égalité entre hommes et femmes, ou encore égalité entre les sexes.

La Commission générale de terminologie et de néologie recommande, plutôt que de retenir une formulation unique, souvent peu intelligible, d’apporter des solutions au cas par cas, en privilégiant la clarté et la précision et en faisant appel aux ressources lexicales existantes.

La même commission (3 femmes sur 19 membres, aucune au titre des “personnalités qualifiées”) s’est attaquée au mot “coach” et au préfixe “e-” (comme dans e-mail) et l’on peut trouver ses conclusions dans le même Bulletin officiel.

Un petit dernier pour la route

Il a pu être écrit, dans le cadre d’une étude sur la ville de Flint, siège de General Motors, dans le Michigan, que « The car made Flint, and the car made Flint’s gay community ». L’auteur précise : « Homosexual life shifted gears from private networks to public commercial establishments almost as soon as cars came off the assembly line » (Retzloff 1997 : 229 et 243). Autour de la voiture, les parkings, les toilettes publiques des aires de repos… deviennent autant de lieux possibles d’une consommation sexuelle entre hommes comme le remarque Humphreys au début des années 1970.
Un article du New York Times s’intéresse à ces parkings :

There is a narrow parking lot in Cunningham Park in Queens surrounded by playing fields for adult softball and youth soccer and baseball. At one end of the lot, retirees arrive to practice their golf and mothers in minivans gather to wait for their Little Leaguers.

The other end is popular with another set with a much lower profile in this suburban setting: gay men cruising for sex. Their playing field is the parking lot itself and the goal is a sexual encounter, usually quick and anonymous.

Manhattan may have its gay bars and such traditional pickup spots as the woods of the Ramble in Central Park and the piers of the West Village. But in the less-accepting climate of the suburbs and the boroughs outside Manhattan, gay men often resort to courting one another from the relative safety and privacy of their cars. They troll remote parking lots that become de facto pickup spots well known in gay circles but not to the general public.

L’article s’intéresse au monde du parking, à ses règles implicites :

Each newcomer trolls this thoroughfare with all eyes upon him and surveys the other men in cars, who may either perk up and look interested or shut the window and look away. Then with a dramatic swoop, the driver will back his car next to the car of the man he is pursuing.

En France, l’année, dernière, un article du Monde s’était penché sur un parking, à Marmande dans le Lot, en raison d’un fait divers, l’agression d’un homme par un groupe de jeunes militants hétérosexuels:

L’agression homophobe qui a fait de Gérard M. un symbole
LE MONDE | 09.06.04 | 14h53
Marmande (Lot-et-Garonne) de notre envoyé spécial
Ni héros ni martyr. Ni porte-drapeau de la cause gay ni théoricien de la lutte antidiscriminations. Rien ne prédisposait celui que nous appellerons Gérard M., 39 ans, à devenir un symbole de la lutte des homosexuels pour le droit à la dignité et à la tranquillité. Ce modeste employé d’administration au parler ensoleillé et au profil épicurien vivait très discrètement sa sexualité dans une sous-préfecture du Lot-et-Garonne, plus connue pour ses tomates que pour ses lieux de rendez-vous entre messieurs. Jusqu’à cette soirée du 19 mai où, en garant sa voiture sur le parking de la Filhole, connu de tout Marmandais comme endroit de drague homo, il a trouvé sur sa route cette Volkswagen bleue, tous feux éteints, dont les cinq occupants éméchés ont commencé à l’insulter avec une vigueur peu créative : “Sale pédé ! sale pédé !”

Références : RETZLOFF T. (1997) « Cars and Bars : Assembling Gay Men in Postwar Flint, Michigan ». in BEEMYN B. (ed.) Creating a Place for Ourselves : Lesbian, Gay and Bisexual Communities. New York : Routledge, p. 226-252

Sociologie des prénoms, suite

Le New York Times consacre un article aux nouvelles “tendances” des prénoms donnés aux petits New Yorkais :

In the last several years, New York City has had more baby girls named Fatoumata than Lisa, more Aaliyahs than Melissas, more Chayas than Christinas. There have been more baby boys named Moshe than Peter, more Miguels than Jeffreys, more Ahmeds than Stanleys.
In New York Cribs, Jeff and Lisa Give Way to Ahmed and Chaya

Une petite étude du New York Department of Health décrit les Top Ten Most Popular Baby Name par “race”

Action collective et passager clandestin

Une des principales questions théoriques des recherches sur l’action collective est : mais pourquoi donc y en a-t-il ? Puisque le plus souvent, agir en “passager clandestin” permet de bénéficier des résultats d’une telle action sans avoir à en supporter les coûts. Je passe sur nombre de textes écrits dessus, forts bien résumés dans Sociologie des mouvements sociaux de Erik Neveu (un très très bon manuel de sociologie que je ne pourrais recommander suffisamment).
Une sorte d’expérience inverse a été mise en place par un “planning familial” de Pennsylvanie : Ils proposent à des donateurs de s’engager à donner de l’argent en fonction du nombre d’opposants à l’avortement qui viennent manifester. Plus il y a d’opposant, plus ils reçoivent des dons, et surtout, la mobilisation des “provies” se retourne contre elles et eux :

Here’s how it works: You decide on the amount you would like to pledge for each protester (minimum 10 cents). When protesters show up on our sidewalks, Planned Parenthood Southeastern Pennsylvania will count and record their number each day from October 1 through November 30, 2005. We will place a sign outside the health center that tracks pledges and makes protesters fully aware that their actions are benefiting PPSP. At the end of the two-month campaign, we will send you an update on protest activities and a pledge reminder.

(source : boingboing.net

11 Septembre

in memoriamVue de Wooster St. depuis l’appartement 6K, du 3, Washington Sq. Village où j’ai passé quelques années passionnantes. La photo a été prise quelques mois avant le 11 septembre.
(L’image au second plan, sur Houston St., était une publicité pour Altoids, elle aussi disparue aujourd’hui)

Mariage en Californie

Après le Sénat de l’Etat de Californie, c’est l’Assemblée (la chambre basse) qui vient de voter l’ouverture du mariage aux couples du même sexe (dans une loi qui a pour titre le “Religious Freedom and Civil Marriage Protection Act” (on dirait le titre d’une loi visant à interdire le mariage gay). Si le gouverneur, Arnold Schwarzenegger, signe, alors la Californie suivra le Massachusetts.
Comme le souligne la presse, du New York Times au Washington Post, c’est la première fois aux Etats-Unis qu’un parlement, sans y être obligé par une cour de justice, étend de lui-même la définition du mariage.

Justice Kennedy et les lois étrangères

Cette semaine dans le New Yorker : SWING SHIFT, by Jeffrey Tobin, How Anthony Kennedy’s passion for foreign law could change the Supreme Court.

Kennedy has a passion for foreign cultures and ideas, and, as a Justice, he has turned it into a principle of jurisprudence. Over the past two years, he has become a leading proponent of one of the most cosmopolitan, and controversial, trends in constitutional law: using foreign and international law as an aid to interpreting the United States Constitution.
(…)
in 2003, Kennedy drew on several foreign sources in the context of a majority opinion in one of the Court’s most important cases in recent years. In Lawrence v. Texas, the Court ruled, six to three, that states could not criminalize sodomy between consenting adult homosexuals, thus overturning a seventeen-year-old precedent on the subject, Bowers v. Hardwick.

Alabama, encore et encore

En Alabama, une loi interdit la vente des gadgets habituellement présents dans les “sex shops”. Depuis 1998, une action en justice tente de faire reconnaître l’inconstitutionnalité de cette loi. J’ai eu l’occasion de parler à plusieurs reprises, l’année dernière, de cette histoire qui dure depuis plus de sept ans maintenant.
Au début de cette année, la Cour Suprème des Etats-Unis a refusé d’examiner l’appel de la plaignante (Sherri Williams), sans donner de raisons ; et plus récemment (le 4 août), son avocat a demandé un ré-examen du dossier par une cour de justice fédérale de l’Alabama, en arguant que la décision Lawrence v. Texas rend de facto une telle loi inconstitutionnelle. La décision Lawrence v. Texas, rendue en 2003 par la Cour Suprême des USA, rendait inconstitutionnelles les lois “anti-sodomies” et — donc — la criminalisation des interactions sexuelles entre adultes consentants dans l’espace privé, mais plus largement, et c’est ce que cherche à faire reconnaître l’avocat de Sherri Williams, toute législation fondée uniquement sur des convictions morales.
Signe de l’épuisement de l’intérêt pour cette histoire, pour l’instant, rares sont les quotidiens à en avoir parlé :

Sex toy sale ban on familiar turf in federal court
Thursday, August 04, 2005 – By DAVID HOLDEN
The Hunstville Times

Attorneys point to Texas case in effort to strike state law
The lawyers for a group that has for six years fought Alabama’s law banning the sale of sexual aids are asking a federal judge to again rule the statute unconstitutional.
In 1998, the Alabama Legislature enacted a law that bans only the sale of sex toys, not their possession. Alabama residents may lawfully purchase sex toys out-of-state for use in Alabama, or use them if the devices have other recognized medical or therapeutic uses. The state law doesn’t regulate other items, such as condoms or virility drugs.
Sherri Williams, who owns the Pleasures adult toy shops in Huntsville and Decatur, seven other women and two men representing consumers, challenged the law. The ban has never been enforced because of their legal challenge.
In his motion, filed Tuesday, asking U.S. District Judge Lynwood Smith to render a summary judgment declaring the ban unconstitutional, Huntsville attorney Michael Fees maintains the U.S. Supreme Court’s 2003 ruling in Lawrence v. Texas protects sex toy users from unwarranted state intrusion in their bedrooms. The ruling in the Texas case decriminalized gay sex on privacy grounds in that state.

Signalons aussi un article du magazine XBiz, revue qui se présente comme une revue professionnelle de l’industrie pornographique.