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Archives de la catégorie : 'USA'

Les sex-toys…

Je m’amuse à suivre de près ce que l’on pourrait appeler l’actualité des “sex toys” aux Etats-Unis, principalement l’actualité de leur contrôle administratif et judiciaire. Zonage des activités “pour adulte”, interdiction de la vente de certains objets “obscènes”, contrôle policier des sex shops… tout se joue, en grande partie, au niveau local, celui de la commune ou du “County”. Exemples récents :

Porn law heads to vote, Atlanta Journal and Constitution :
[In Georgia, the city of] Sandy Springs will consider adopting its own obscenity law, a move that’s a reaction to the 11th U.S. Circuit Court of Appeals ruling in February that the state’s obscenity law was unconstitutional.
The city’s proposed ordinance would make it unlawful to sell, lend, rent, lease, give or even advertise obscene material. And it provides a list of acts to be defined as obscene, including sex and sex toys.

Dans l’Utah :

Salt Lake Tribune :
Sex shop owner John Haltom won’t back down and he won’t go away.
In 2000, the Nebraska native came to Utah to thumb his nose at the state’s new porn czar. He opened the first of three Dr. John’s Boutiques in Utah, and has been battling city councils and prosecutors ever since.

Dans le Maine, une histoire qui dure depuis le début de l’année 2006 est partiellement conclue :

Sea Coast :
KITTERY, Maine – Amazing.net lost its last-minute attempt to prevent the town from enforcing an ordinance that changes the way the porn shop does business.

En Caroline du Sud, où un député local souhaite interdire les vibromasseurs et a déposé une proposition de loi :

The State :
SPARTANBURG, S.C. – Two adult-oriented businesses have agreed not to sell certain items at their stores and to drop a federal lawsuit against the county in exchange for having some merchandise that was seized during a raid returned.

Guerres hassidiques

New York Chabad Telethon August 2004La mort récente du Grand Rebbe Moses Teitelbaum, de Williamsburg à Brooklyn, a déclenché une sorte de guerre fratricide entre ses deux héritiers spirituels, ses deux fils Aaron et Zalmen. Teitelbaum était le chef des Satmar, un groupe religieux hassidique “ultra-orthodoxe”, fort d’environ 120 000 fidèles. Aaron avait, depuis une vingtaine d’année, pris la direction de Kyrias Joel, une sorte de théocratie communale située à une centaine de kilomètres de New York. Zalmen était rabbin satmar à Jérusalem.
Depuis la mort de leur père, les deux fils tentent de prendre le contrôle du petit empire social et religieux qui avait été confié à Moses Teitelbaum à la mort de son oncle. Les travaux de Jacques Gutwirth, qui, depuis le début des années 1960, a étudié le Hassidisme (d’abord en Europe, puis sa mondialisation), soulignent la permanence des conflits, parfois violents, entre groupes (Lubavitch, Satmar…) et entre héritiers présomptifs. (Son livre La renaissance du Hassidisme est la synthèse en français). Aaron et Zalmen sont théologiquement très proches l’un de l’autre, même si l’un accepte lesEruvim et pas l’autre.
Cette guerre locale a fortement intéressé les médias américains. Le magazine New York y consacre un long article Hats On, Gloves Off, The War for Hassidic Williamsburg, qui relate les coups de force et les coups tordus entre les deux frères et leurs factions, les Aaronis et les Zalis.
Mais c’est un article un peu plus ancien, d’un magazine juif américain, qui permet de comprendre une des raisons sous-jacentes à la dureté du conflit actuel, en s’intéressant plus spécifiquement à la gentrification, l’embourgeoisement, du quartier de Williamsburg : A Plague On All Your Art Houses [PDF] :

a group of ultra-Orthodox Jews known as Satmar Hasidim (…) are waging an ongoing campaign to stem the tide of gentrification in their Williamsburg neighborhood.
(…)
The Hasidim of Williamsburg, in fact, constitute one of the last urban Jewish communities in America with a large working-class population. It’s these working-class Hasidim who are most threatened by the forces of gentrification, and no one has been more vocal about the changes in the neighborhood.
(…)
The gentrification issue, unfortunately, has also threatened to divide the Hasidic community itself, mostly along economic lines

Mais le centre de l’article de Nathaniel Deutsch porte sur la sanctification de l’espace par les Hassidim : “In their struggle for Williamsburg, though, the Satmar Hasidim are motivated by more than just the need for affordable housing, the fear of losing their jobs, or even a powerful sense of home. For them, Williamsburg has become a holy place, and being forced out of the neighborhood is akin to being exiled yet again.”
La gentrification remet donc en cause la possibilité de se maintenir dans un espace vécu parfois comme le Nouvel Israel (les Satmar sont vigoureusement anti-sionistes).
Enfin, aujourd’hui, un long article du Washington Post, Sons of the Father, revient sur l’hostilité entre les deux frères, mais en s’intéressant moins à la gentrification et plus à l’intérieur de la communauté. La fin de l’article est même centrée sur la vie familiale.

Espaces Temps (point net)

Après avoir commis, il y a un peu moins de deux ans, un petit article sur mon dispositif talmudique préféré, l’érouv, c’est une petite, toute petite réflexion sur l’usage des cartes dans les travaux d’histoire des communautés gays américaines qui est e-publié.

Sexe, genre, etc…

Certaines distinctions apparaissent naturelles ou essentielles jusqu’au moment où l’on essaie de les préciser. La distinction entre “homme” et “femme” semble a priori évidente, mais il est possible de remarquer assez vite que les bases de la distinction sont assez floue.
Prenons l’exemple de la signalisation des toilettes et autres gender signs (signes et panneaux rassemblés par Eszter Hargittai de Northwestern University.
On sait que la plupart des toilettes demandent une répartition des êtres qui les fréquentent en deux classes. La répartition a une origine technique (le mobilier est adapté à l’appareil urinaire) et pratique (certains usages sociaux du corps). Mais en droit la répartition s’opère selon l’appartenance sexuée des êtres (les plus jeunes peu autonomes étant dispensés).
Les signes les plus courants opèrent une distinction vestimentaire. Le sexe de la personne est désigné par des normes vestimentaires (robes / pantalons) apparemment exclusives l’une de l’autre.
DSC00014
Le caractère conventionnel est évident : les personnes ne basent absolument pas leur comportement suivant le pictogramme. Cinq minutes d’observation attentive révèlent qu’un bon nombre de personnes en pantalon choisissent d’entrer dans des toilettes pour robes.
D’autres signes s’appuient sur une distinction grammaticale (Il/Elle, Lui/Elle, He/She, Him/Her…)

Photo Kosmar

Ici encore c’est à groupe d’appartenance que se réfèrent les affichettes.
D’autres sur des formes habituelles de comportement (certaines personnes urinent debout, d’autres assises) :

Photo Delta Avi Delta


Photo Olijfblad

ou encore :

Photo jakebouma

Et les panneaux indiquent le mobilier le plus probablement disponible à l’intérieur. Mais ce n’est pas en fonction d’un choix personnel que la répartition doit se faire : c’est en fonction de ce que les personnes s’imaginent être le choix de comportement de la grande majorité de ses congénères. Il n’y a pas de sujet citoyen, créateur de ses propres règles ici.
Rares sont les panneaux à s’appuyer sur l’apparence physique de l’appareil urinaire pour en déduire une appartenance sexuée (et donc un WC plutôt qu’un autre) :

Sans doute pour clarifier, c’est le “sexe chromosomique”, le sexe déduit de la composition chromosomique des personnes, qui est choisi comme base de la répartition des individus en deux catégories séparées :

Photo Kosma

Mais le sexe chromosomique est invisible à l’oeil nu, et fait rarement partie des connaissances immédiates (comme le niveau de radioactivité, il n’est visible qu’indirectement, grâce à un appareillage spécifique).
Ce signe, humoristique, qui provient du musée de la science fiction de Seattle, essaie de proposer une répartition universelle :

Photo Liz Henry

Mais ce n’est pas très clair : ce panneau se présente comme une pierre de Rosette, où les hiéroglyphes sont traduits et groupés en deux classes d’équivalence (robe, XX, “female sign” ♀ — Unicode U+2640 –) où sexe (biologique, social, chromosomique, etc…) et genre sont finalement similaires.
Le fait que rares soient les personnes à se tromper de toilettes (qu’elles aient le sentiment de se tromper ou que des observateurs aient ce sentiment) est une belle preuve de la naturalisation des normes sociales, qui apparaissent immédiates et évidentes. Et leur remise en cause nécessite un important travail politique, du type de celui que propose le Sylvia Rivera Law Project, qui parle “the persistent discrimination, harassment, and violence that people who transgress gender norms face in gender segregated bathrooms

Dans le même ordre d’idée : Une histoire des bonshommes de feu rouge

Antimormonisme (2) ?

A Villepreux, charmante commune, l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (les Mormons, ou “LDS Church”), veulent installer leur temple. [J’en ai parlé il y a une dizaine de jour : Des Mormons à Villepreux et une mailingliste inconnue en a parlé : que dit-elle, mystère ?]
Une association municipale, “Villepreux Autrement“, s’oppose vigoureusement au projet :

Le principe de précaution, inscrit dans la constitution et appliqué régulièrement aux risques alimentaires, ne devrait-il pas être utilisé dans le cas présent, alors que de nombreux documents montrent les dérives d’un tel mouvement ?

Les Mormons ressemblent — selon cette association — à une religion génétiquement modifiée… La même association avait fait circuler un tract décrivant l'”Eglise des Mormons (comme) un mouvement reconnu polygame et apocalyptique mettant en oeuvre le prosélytisme afin de recruter de nouveaux adeptes”, oubliant que, si l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours avait en effet soutenu la polygamie après 1843 et jusqu’au début des années 1890, une révélation divine était revenue dessus.
L’Association de défense du vieux Villepreux (attention, leur site est pourri par des “pop-under”) en rajoute dans l’amalgame :

Chacun est libre de penser ce qu’il veut des Mormons. En ce qui nous concerne, notre association, conformément à ses statuts, continuera à se battre pour la protection du site classé PLAINE DE VERSAILLES comme elle a déjà combattu la décharge du Trou Moreau, l’implantation des gens du voyage et le projet de déchetterie à la station d’épuration, situés dans la plaine classée .

Nous sommes toutefois reconnaissant à cette association de nous laisser libre de penser ce que nous voulons.
Devant cette montée de boucliers armés, France 2, récemment, a proposé un reportage “éducatif” : qui sont les Mormons. L’Eglise apparaît comme une “communauté” (il faut repérer l’absence d’utilisation du terme “Eglise” par le présentateur du journal). Une communauté de classe moyenne-supérieure, conservatrice socialement, moralement et politiquement, attachée à la défense de normes de genre traditionnalistes. Chose amusante, la journaliste les confond avec les Amish (“ici, pas de lampe à pétrole”), une confusion très fréquente [alors que les Amish sont un mouvement dont l’origine est véritablement européenne — géographiquement dans un triangle de 500 km entre la Suisse, l’Alsace et l’Allemagne]. Reportage très lisse, dont les sources manquent : comment les journalistes ont-ils trouvé cette famille modèle ? et qui semble suivre une plaquette de présentation officielle.
On remarquera, dans ce reportage, l’absence de ton polémique et la présence de Noirs dans l’assemblée religieuse (alors que, jusqu’à la fin des années 1970, les Noirs d’origine africaine étaient considérés par la LDS comme étant marqués d’une malédiction divine et donc interdits de prêtrise, alors que tous les hommes âgés de 12 ans et plus sont prêtres… Un dogme dont l’Eglise n’est pas très fière aujourd’hui.)
Reportage de France 2 (format Quicktime)
Le reportage est précédé d’une brève en provenance d’une télévision de l’Utah, où la LDS est la principale Eglise (on peut estimer à 80% la population mormone de cet Etat des USA — en se basant sur les types de mariages célébrés). Pour aller plus loin : une carte de la répartition des Mormons aux Etats-Unis (pdf).

Le Bedroom Cube

Une ancienne publicité (aux environs de 2000) parue dans le Village Voice… L’imagination américaine est parfois sans limite !
Bedroom Cube

Sex machines

Le Bureau des brevets des Etats-Unis a recueilli, depuis plus de deux siècles, un grand nombre de dépots d’inventeurs cherchant à soigner, à réguler ou à améliorer la sexualité humaine. Mais ceci ne constitue que la forme la plus objectivée et la plus facilement accessible des capacités inventives.
Un livre de photographies, Sex Machines [amazon] de Timothy Archibald, s’intéresse à un groupe d’inventeurs du dimanche, de bricoleurs, cherchant à combiner perceuse et godemiché, siège percé et vibromasseur.
Timothy Archibald a un blog : The Sex Machines Diaries et surtout, l’éditeur, Process, a mis en ligne un mini site “sex machines” où l’on trouve une série d’extraits au format PDF.

Ce livre a connu une petite gloire, avec notamment une interview avec Archibald sur Gizmodo (en anglais), et un article sur Wired News (en anglais).

Dé-gay-ification

Key West est avec Provincetown (Massachusetts) et Fire Island (sur Long Island, NY), un village de vacances réputé pour être gay. Bed and Breakfast avec sauna communautaire, hotels “all-male“… finissaient d’en faire la réputation. Et bien voilà que, d’après le New ork Times, Key West Is Going Straight : Key West nous la joue hétéro. Le succès de la rénovation-commercialisation de ce petit bout d’île au sud de Miami a attiré à la fois les chaînes commerciales (Hard Rock Café, Margaritaville) et l’un des publics les plus stéréotypé des Etats-Unis, les “fraternity brothers” (ou frat boys : les membres masculins des sociétés d’étudiants, réputés pour leur alcoolisme, leur peu d’intérêt universitaire et leur “hétéronormativité” assumée).
D’habitude, comme dans cet article récent du Washington Post sur une église pentecôtiste dans un quartier en voie de gentrification, les homosexuels mâles sont présentés comme les bobos en France : ils arrivent dans des quartiers en voie d’embourgeoisement. Dans l’article du NYT, c’est une sorte de retournement pervers qui est présenté : trop de succès tue la poule.

La constitution de ces lieux de vacances gaies au XXe siècle est très intéressante, et deux ouvrages sont à lire par celles et ceux que ça intéresse : Cherry Grove, Fire Island de Esther Newton (trois étoiles à mon classement personnel), et Provincetown de Karen Krahulik (que je suis en train de lire).

Communauté, religion, médecine

A quelques jours de distance, deux articles fort intéresants dans le New York Times.
Le premier s’intéresse aux maladies génétiques qui touchent principalement les Amish et les Mennonites : ces deux communautés religieuses anabaptistes sont fortement endogames et réduites en nombre. Certaines maladies très rares les touchent en priorité : certaines variations chromosomiques(nanisme, 6e doigt) ne mettent absolument pas en jeu la vie de ceux qui en sont touchés, d’autres sont fatales.
Le deuxième article s’intéresse à la polio chez des Amish du Minnesota, et à la difficulté rencontrée par les campagnes de santé publique quand elles sont confrontés à certaines règles de vie bien différentes.
Les Amish sont ici vus comme un cas extrème de vie communautaire, et, plus ou moins explicitement, comme une forme de vie un peu dangeureuse. D’autres religions sont associées à des formes de mortalité particulière. J’avais lu, je ne sais plus où, la spécificité de l’Utah (une région presque totalement mormone) : les Mormons vivent vieux (ils ne sont pas autorisés à fumer, à boire du café ou de l’alcool…) mais ils meurent beaucoup plus que le reste des américains des conséquences du diabète (leur seule drogue est le sucre…)

Privacy could only be had in public…

Privacy could only be had in public écrivait George Chauncey dans son formidable Gay New York : l’absence d’espace privé repousse les pratiques sexuelles dans l’espace public… et les transforment en questions sociales.
Le Washington Post de ce jour consacre un long article (Sex at School Increasing) aux relations sexuelles au lycée… plus précisément dans certaines salles du lycée. L’article est étrangement neutre : on y discerne une condamnation morale, mais aussi tout un monde lycéen dont il faudrait pouvoir comprendre la place de la sexualité et des pratiques (orales, génitales, de groupes, de couple, en tant que voyeur, en tant que participant, en public, en “privé”…) dans les classements… et l’étrange place des joueurs de football dans tout cela.
Ceux qui voudraient aller plus loin peuvent lire en complément, l’article de Bearman, Moody et Stovel, “Chains of Affection” sur les relations affectives et sexuelles (envisagées sous l’angle du réseau social) de lycéens américains, et, pour remonter plus loin, dans une autre perspective, lire “The Social Integration of Queers and Peers” de Ira Reiss, dans Social Problems (1961, 9:102- 120), sur les relations entre groupes de jeunes hommes (ouvertement virils et hétérosexuels) — les “Peers” — et homosexuels masculins — les “Queers”…