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Archives de la catégorie : 'USA'

Commodification du plaisir…

Par “commodification”, les sciences sociales de langue anglaise entendent la transformation de relations sociales en marchandises ou en relation d’échange (marchand), en choses qui s’échange (en commodity). Par extension, des “choses” comme l’identité, le genre, la sexualité… peuvent être commodifiées, être insérées dans une relation comprenant une valeur monétaire. C’est un terme assez vague, intéressant pour démarrer un argument qui emprunte un peu à Marx, un peu à Max (à Max Weber : la commodification est une rationalisation de la consommation et de la production de relations sociales).

Les “sex toys” (godemichets, vibromasseurs, etc…) ont assez souvent été analysés comme une manière de commodifier la sexualité (voir Debra Curtis : Commodities and sexual subjectivities: A look at capitalism and its desires. Cultural Anthropology, 19(1):95–121, 2004)
. Cette commodification restait jusqu’à présent imparfaite : la relation d’échange commercial elle-même impliquait des formes différentes de l’interaction quotidienne avec le boucher ou la boulangère (entrer dans un sex-shop, choisir l’objet, payer… autant de nécessités de maintenir une forme d’anonymat menacé : l’article central sur ce thème étant celui de David A. Karp : Hiding in pornographic bookstores: A reconsideration of the nature of urban anonymity. Urban Life, 1(4):427–451, 1973).
Il existait certes depuis quelques années l’internet, qui diminue largement les risques d’interaction, sauf quand un paquet vibrant dans le bureau de post fait croire à une bombe… (selon un article du Savannah Morning News) :

Vibrating package gets Bluffton buzzing — Stephanie Ingersoll — Bluffton Today
Call it a case of bad vibrations.

A suspicious package prompted police to evacuate the Bluffton Post Office and several surrounding businesses for more than two hours Thursday while a bomb squad from Columbia stepped in.
What they found was battery-powered and very, very personal.
“I told you it was a vibrator,” yelled one postal worker on his way back into the building after the bomb scare finally ended without a bang.
The suspicious package was reported to police at 9:33 a.m. after it began making a strange noise when post office workers tossed it into a sorting bin.
(…) The bomb squad finally arrived by helicopter and rushed inside with their gear. Their exploration was over in minutes and ended in laughter and relief.
Chief Brown said the effort wasn’t really a waste of time because it turned out to be good practice for the Bluffton officers, Beaufort County Sheriff’s Office, Federal Bureau of Investigation, Beaufort County EMS, Bluffton firefighters, South Carolina Law Enforcement Division bomb squad and postal inspectors.
“It’s bad that it happened, but is also showed us how our resources came together at a moment’s notice,” he said. “It’s better to be safe than sorry.”

(un autre article sur le même sujet, mais qui parle de “novelty gift”, terme euphémisé…Avec photo de la Bomb Squad ! et une photo de la “bombe” en question)

Mais (heureusement ?) il existe désormais des distributeurs automatiques !


The “Eromatique,” an automatic dispenser set up in February outside of a bar in the Dutch southern city of Tilburg. It’s the first vending machine of its kind in the Netherlands. PHOTO: AFP PHOTO, source : Taipei Times

L’illustration précédente est extraite d’un article du Taipei Times sur l’industrie chinoise (de Chine Populaire) des sex-toys : la Chine est le premier fabricant mondial apparemment, et une part croissante de la production est destinée au marché intérieur.

Encore un procès ecclésiastique

Le révérend Norm Kansfield vient d’être jugé par un tribunal ecclésiastique composé de délégués de son Église, la Reformed Church of America. Il avait célébré le mariage de sa fille… avec une autre femme. Les amis de Norm Kansfield proposent une sélection d’articles de presse sur son procès. Une petite vidéo : The Church Trial of Norm Kansfield en provenance d’une chaîne locale (de Schenectady, NY) est disponible.
C’était le premier procès religieux (connu) dans la R.C.A. depuis près de 50 ans, mais il s’inscrit dans une série de procès d’église autour des questions homosexuelles :
– orientation sexuelle des pasteurs, comme dans le cas de la Rev. Stroud dont j’avais un peu parlé en décembre dernier (et qui a été re-froquée récemment) ;
– célébration de mariages “gays”, comme dans le cas des revs. Creech, Dell et dans diverses affaires presbytériennes… J’en ai récemment tiré un article, “Entre droit, norme et politique, un procès ecclésiastique contemporain” dans Droit et société.

Et les Anglais-e-s dans tout ça ?

[Bienvenu aux visiteurs d’Arte – Tracks sur le sexe à Londres]
Au cours de mes explorations sociologiques et historiques des sex shops, je me suis surtout concentré sur les États-Unis et la France. Or il existe en Angleterre, peut-être sous des traits plus accentués, un ensemble de sex shops aux caractéristiques intéressantes.
Sh! est un sex shop lesbien-féministe qui a ouvert à Londres au début des années 1990. Une étude (courte), par deux professeures de management, donne un portrait de ce magasin.
Malina (Danusia) et Schmidt (Ruth A.), It’s business doing pleasure with you: Sh! A women’s sex shop case, Marketing Intelligence & Planning, 1997, 15(7), 352-360 [ doi : 10 . 1108 / 02634509710367926 ]
Sh! a été créé en 1992 à destination spécifique des femmes déçues par les sex shops du quartier londonien de Soho, en s’inspirant de magasins américains comme Good Vibrations : pour les créatrices de ces officines, il s’agissait d’étendre en partie le féminisme au monde commercial, et au commerce sexuel en particulier. Avec une restriction, de taille: si la pornographie “matérielle” est présente au travers des “marital aids” ou “sex toys”, la pornographie visuelle (cassettes, DVD) est absente. Tout un ensemble de cadres, matériels et discursifs, tentent de séparer “Sh!” du “sex shop” : un procès est gagné contre les autorités municipales qui demandaient le paiement d’une licence (nécessaire pour ouvrir un sex shop) et le magasin devient un “women’s erotic emporium“; à l’opposé des sex shops “traditionnels” l’intérieur du magasin est peint en rose, on y entend de la musique, les objets sont accessibles, manipulables, le “staff” vient proposer ses services et le tout est vivement éclairé par de larges vitres.

The design of the store recognizes that for most women sex toy shopping will be inherently embarrassing. The way products are displayed could (potentially) heighten customer discomfort. Whereas in traditional sex shops stock is often on view behind glass, or counters, product in Sh! are unpackaged, batteried and ready to handle and compare before purchase.
Malina and Schmidt, art. cit. p.356

Mais entre le sex shop “traditionnel” et Sh! existe une sorte de particularité anglaise, Ann Summers. Cette chaîne de magasins a été fondée au début des années 1970 par une Anglaise qui s’était explicitement inspirée des magasins allemands ouverts par Beate Uhse. Après un rachat par des investisseurs britanniques qui ont fait croître la marque, en développant simultanément le nombre de magasins et le système de vente par correspondance, Ann Summers a introduit, en 1981, la pratique des “réunions Tupperware”, où le Tupperware était remplacé par de la lingerie “fine” et des jouets sexuels.
Ces “parties” ont été étudiées en détail par la sociologue Merl Storr, dans Latex and Lingerie: Shopping for Pleasure at Ann Summers Parties (Oxford, Berg, 2003).

Cet ouvrage replace fort bien ce type de réunions commerciales/privées dans les divisions de classe et de genre de l’Angleterre contemporaine (ce sont des pratiques de classes populaires, et les hommes sont fortement désincités à y participer). Il décrit avec minutie comment ces parties sont loin de remettre en cause la domination masculine — Storr fait explicitement référence à Bourdieu — et définissent la sexualité “normale” comme devant s’exercer et s’inscrire au sein d’un couple hétérosexuel. La proximité de Storr avec son terrain (deux de ses soeurs ont été organisatrices de telles réunions) en fait parfois un ouvrage de socio-analyse.
Sh! s’est donc développé explicitement contre les sex shops traditionnels et contre Ann Summers (trop “ringard”, trop déclassé, trop “popu”). Plus récemment encore, le champ s’est diversifié. Des magasins comme “Coco de Mer” se rapprochent de la bijouterie fétichiste; et des “stands” comme “Tabooboo” (site très amusant) inscrivent le sex shops au coeur des grands magasins bourgeois de Londres (Selfridges, mais aussi dans la chaîne Urban Outfitters), à côté des stands Levi’s ou Calvin Klein.

Là aussi, le but visé est de s’éloigner de la pornographie :

Tabooboo, which sells products from vibrators to lubricants, challenges people to think differently about the category. ‘People are put off sex toys because they associate them with porn,’ says [the creator of Tabooboo]. ‘But if you take away the porn, there is no problem. We focus on participation and our products are accessories – just like massage oil or condoms – that enable people to have better sex.’
source : BrandRepublic

C’est en séparant pornographie et pornographie que ces magasins tentent de s’imposer : aucun d’eux ne repose sur la vente de pornographie visuelle, tous au contraire ont à leur centre le godemiché.

Liens vers mes autres billets sur les sex-shops.

Jim West, maire de Spokane

Jim West, le maire de Spokane (200 000 hab.), dans l’Etat de Washington, est un Républicain qui a bâti toute sa carrière sur la loi, l’ordre et les “family values”. Ancien sheriff adjoint, ancien député puis sénateur du parlement de l’Etat de Washington (et sénateur-républicain en chef en 2003), il a été élu maire de Spokane il y a moins de 2 ans.

West opposed gay rights, abortion rights and teenage sex during his legislative career. He made headlines in 1990 when he proposed marriage from the floor of the Senate to Ginger Marshall while she was visiting the Capitol. Their marriage ended five years later and they had no children.
source : Mayor embroiled in sex scandal was known as a tough customer, By NICHOLAS K. GERANIOS, ASSOCIATED PRESS WRITER

Pour mieux comprendre la constance des choix législatifs de West Voici un exemple des mesures qu’il a soutenues :

On Christmas Eve 1985, Gov. Booth Gardner signed an executive order banning discrimination in state hiring based on sexual orientation. West and 14 other Republicans responded by introducing a bill in January 1986 that would have barred gay men and lesbians from working in schools, day-care centers and some state agencies. The bill called for screening prospective employees for sexual orientation and firing state workers whose sexual identities became known. The bill failed. Also in 1986, West voted to bar the state from distributing pamphlets telling people how to protect themselves from AIDS during sex.
West opposed gay rights bills introduced in 1985 and 1987. In 1989, West opposed a proposal to expand a needle exchange program to protect people from AIDS from Pierce County to the entire state. In 1990, as part of a bill on AIDS education, West proposed that teen sex be criminalized. The bill, written by the abstinence group Teen Aid, would have made sexual contact a misdemeanor for unmarried teenagers under 18. Sexual contact was defined as “any touching of the sexual or other intimate parts of a person” for sexual gratification. West voted in 1998 for the Defense of Marriage Act, which defined marriage as between a man and a woman. Gov. Gary Locke vetoed the bill, but the Legislature overrode his veto. As Senate majority leader, West and other Republicans in 2003 bottled up the gay-rights bill in committee and it died. As Spokane’s incoming mayor in November 2003, West said he’s opposed to extending City Hall benefits to domestic partners, citing the cost. In April 2005, the City Council approved domestic partner benefits in a 5-2 vote, enough to withstand a mayoral veto.

Quelle ne fut pas la surprise, lorsque, jeudi dernier, le Spokesman Review de Spokane consacra plusieurs pages aux aventures homosexuelles de West, avec des accusations de “pédophilie” remontant aux années 1980 quand il était chef scout (le terme de pédophilie est largement utilisé aux Etats-Unis pour parler de relations entre un adulte et des adolescent-e-s). Il semble que West ait passé ses soirées sur gay.com à essayer de rencontrer de jeunes adultes et à leur offrir des stages à la mairie de Spokane. Il a été piégé par le Spokesman Review, où un enquêteur s’est fait passer pour un jeune homme de tout juste 18 ans…
Au contraire du gouverneur du New Jersey, qui, l’année dernière, a fait son coming out en utilisant une phrase concoctée par le Human Rights Campaign chargée de réinscrire l’orientation sexuelle dans l’ambiance patriotique, “I am a gay American“, West a été outé à son corps défendant. Je m’intéresse peu aux dimensions éthiques de l’outage ou au type de journalisme pratiqué par le Spokesman Review, ou à la moralité de West. M’intéresse beaucoup plus un rapprochement du type d’existence que West menait avec un ouvrage fondamental du sociologue Laud Humphreys, Tearoom Trade, une étude des relations sexuelles entre hommes dans les toilettes publiques (cette étude, d’ailleurs, avait eu lieu dans l’Etat de Washington).
Humphreys dans T.T. en arrive (après tout un travail que je ne décrirai pas ici) à proposer une expression lui permettant de décrire le comportement, les opinions éthiques et politiques…, des hommes pratiquant en cachette les fellations dans les toilettes publiques. Il les décrit comme vivant derrière un “Breastplate of Righteousness“, a “protective shield of superpropriety” (un bouclier protecteur de surconformité).

Motivated largely by his own awareness of the discreditable nature of his secret behavior, the covert deviant develops a presentation of self that is respectable to a fault. His whole lifestyle becomes an incarnation of what is proper and orthodox. In manners and taste, religion and art, he strives to compensate for an otherwise low resistance to the shock of exposure.
Humphreys (Laud), Tearoom Trade, chapitre 7.

Zonages et sex shops : où se trouvent-ils ?

Pas n’importe où, très certainement.
La politique new-yorkaise, rappelle cet article récent du New York Times intitulé Sex Shops Expect the Other Stiletto to Drop, est basée sur une description précise de ce que constitue un magasin pour adultes et sur les endroits où ils peuvent s’installer :

sex shops are banned from residential and most commercial zones. They are allowed in industrial zones and some commercial ones, including parts of Eighth Avenue, the garment district in Midtown, and the West Side of Manhattan. But there is a catch: No sex shop may sit within 500 feet of another such business, of a zone from which they are prohibited, or of “sensitive receptors” like schools or houses of worship

C’est que, dans le cas de New York comme ailleurs aux USA, les régulations sont laissées dans la grande majorité des cas au pouvoir municipal. A New York, c’est la Zoning Resolution (Article IV, Chapitre 2) du Department of City Planning qui précise les implantations autorisées :

42-01-a : Adult establishments are not permitted in a Manufacturing District in which residences, joint living-work quarters for artists or loft dwellings are, under the provisions of the Zoning Resolution, allowed as-of-right or by special permit or authorization. […]
42-01-b : In all other Manufacturing Districts, no adult establishment shall be established less than 500 feet from a house of worship, a school, a Residence District, a C1, C2, C3, C4, C5-1, C6-1, C6-2 or C6-3 District, or a Manufacturing District, other than an M1-6M District […]
42-01-c : No adult establishment shall be established less than 500 feet from another adult establishment. […]
42-01-e : Adult establishments shall not exceed, in total, 10,000 square feet […]
Sources : New York City, Zoning Resolution, Chapiter IV, Article 2.

Les justifications de ces zonages importent. Un article assez intéressant, écrit par un groupe d’universitaires américains nous renseigne [Linz, D., Land, K., Williams, J. Ezell, M. & Paul, B. (2004). An Examination of the Assumption that Adult businesses are Associated with Crime in Surrounding Areas: A Secondary Effects Study in Charlotte, North Carolina. Law and Society Review, Volume 38, Number 1, pp.69-104, DOI : 10.1111/j.0023-9216.2004.03801003.x]
Aux Etats-Unis, c’est la question des “effets secondaires” de l’implantation des “commerces pour adultes” qui est au coeur, car c’est en vertu de ces effets secondaires supposés (hausse de la criminalité, effondrement du marché immobilier…) que des interdictions d’implantation de sex shops et autres topless theatres peuvent être promulguées (d’où des études municipales). Interdire en fonction du contenu (nudité, actes pornographiques…) serait considéré (et l’a été) comme une atteinte à la liberté d’expression :
Sur la base des “effets secondaires”,

In City of Los Angeles v. Alameda Books, Inc., et al., the [U.S. Supreme] Court maintained that it was “reasonable for Los Angeles to suppose that a concentration of adult establishments is correlated with high crime rates because a concentration of operations in one locale draws, for example, a greater concentration of adult consumers to the neighborhood, and a high density of such consumers either attracts or generates criminal activity.”

Mais il faut aussi, depuis cette décision du début des années 2000, que ces effets secondaires soient prouvés par des méthodes méthodologiquement correctes, d’où l’arrivée de la science sociale dans l’affaire (c’est en 1993 que la Cour, dans l’affaire Daubert v. Merrell Dow, 509 U.S. 579 (1993), avait précisé ce qu’elle entend par méthodes reconnues).
L’article cité ci-dessus s’inscrit dans une telle démarche, et ses conclusions s’opposent à l’idée même des effets secondaires de la présence des “adult businesses” (en l’occurrence, pour leur étude, des bars-à-seins-nus) :

[W]e asked: once variables known to be related to crime events suggested by social disorganization and routine activities theories have been taken into account, does the presence of an adult business in a localized area increase the concurrence in space and time of offenders motivated to commit crimes together with suitable targets for the crimes in the absence of guardians capable of preventing or deterring the crimes? We found that, at least in Charlotte, North Carolina, it is not the case that the presence of an adult nightclub increases the number of crime incidents reported in localized areas surrounding the club as compared to the number of crime incidents reported in comparable localized areas that do not contain an adult nightclub. Indeed, the empirical data and analyses reported above imply the opposite, namely, that the nearby areas surrounding the adult nightclub sites have smaller numbers of reported crime incidents than do corresponding areas surrounding the three control sites studied.

Les auteurs tentent d’expliquer que l’absence d’effet criminogène a deux origines. C’est parce que ces établissements se sont banalisés et rapprochés du monde commun du commerce respectable (et la recherche du profit impose une forme de stabilité), et c’est aussi parce qu’ils sont extrêmement surveillés et qu’une forme de “civilisation” forcée leur a été imposée. Autocontrainte et contrainte imposée vont ici de pair.
En France, beaucoup moins de débats apparents, et les municipalités ont peu de marge de manoeuvre. Une loi nationale, l’article 99 de la loi du 30 juillet 1987 qui régit les choses (et elle a été l’inspiration d’autres projets de loi “anti-racolage passif” qui tentent d’inclure les lieux de culte à l’ensemble formé par les écoles).
Citons cet article :

LOI n°87-588 du 30 juillet 1987, Article 99
Modifié par Loi n°92-1336 du 16 décembre 1992 art. 284 (JORF 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994).
Est interdite l’installation, à moins de cent mètres d’un établissement d’enseignement maternel, primaire ou secondaire, d’un établissement dont l’activité principale est la vente ou la mise à disposition au public de publications dont la vente aux mineurs de dix-huit ans est prohibée. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 F d’amende.
Pour cette infraction, les associations de parents d’élèves régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile.

Il semble donc bien que sex shops et peep shows ne puissent s’installer à trop grande proximité des écoles sous peine d’une action en justice de la part de la PEEP. Cette contrainte spatiale transforme l’entrepreneur en membre de l’OuGePo – l’Ouvroir de Géographie Potentielle : le lieu X est-il à moins de 100 mètres d’une école ? Le sex shop suivant, situé rue de la Gaité à Paris, l’est :

Mais à Lyon, en 2002, l’installation d’un tel revendeur de sex toys et de vidéos pornographiques (dans le quartier de Monplaisir – sic-) avait été jugé suffisamment importante par TF1 pour qu’un reportage (au format .mov Quicktime) y soit dédié (le reportage est aussi accessible sur http://hautdebit.tf1.fr/ ).
S’il faut en croire L’Humanité (en forme papale ce 10 juin 2002) cette loi est toujours jugée valable :

Pas de sex-shop pour Jean XXIII
Il fallait être représentant d’une firme suédoise pour oser imaginer installer un sex-shop sur le boulevard Jean XXIII, à Lyon, dans le quartier de cinq établissements scolaires fréquentés par 4000 élèves, et à moins de cent mètres d’une école maternelle et d’un lycée. Le tribunal de grande instance de Lyon a donc jugé, vendredi, l’initiative illicite. Le propriétaire réfléchit à une nouvelle définition de son activité.

MISE A JOUR : En juin 2005, le juge des référés du Conseil d’Etat a modifié la jurisprudence. Un sex shop de la ville de Houilles a été interdit.
Mise à jour du 22 février 2007 L’article 99 de la loi du 30 juillet 1987 a été modifié en février 2007 : l’interdiction d’installation est de deux cents mètres, et la définition des sex-shops change. Pour plus d’informations, consulter cet article.

Agir en justice

En ce moment, la firme “Fried, Frank, Harris, Shriver & Jacobson LLP“, énorme cabinet d’avocat new yorkais (plus de 500 avocats y travaillent), recherche des pasteur-e-s, des rabbin-e-s… plus largement des membres du clergé, qui seraient intéressés à signer un mémorandum judiciaire qui sera déposé à la cour suprême de l’Etat de New York afin de soutenir les demandes d’ouverture du mariage (civil) aux couples du même sexe.
L’un des avocats écrit :

We write to ask you and other people of faith to support equal marriage rights for gay and lesbian citizens of New York.  Your voice can be heard by signing a legal brief to be filed in New York state courts on behalf of a diverse array of individual clergy, religious leaders, congregations and religious organizations that support civil marriage between same-sex couples.  Specifically, we are gathering the names of clergy, congregations and representatives of religious organizations who are interested in lending their support in this important civil rights struggle.

Il y a en ce moment trois actions en cours, dans trois cours différentes de l’Etat de New York, et il est probable qu’au moins une de ces actions en justice, voire une “consolidation” des trois actions en une seule, parvienne au plus haut niveau judiciaire. La voix de ministres du culte progressistes est donc vivement recherchée, surtout face à la mobilisation d’Eglises (comme l’Eglise romaine) vivement mobilisées dans le camp judiciairement opposé.
Ces mémorandums (qu’ils soient progressistes ou conservateurs) sont très intéressants : ils proposent une sorte de théologie politique, une manière d’articuler une/des théologies(s) dans le monde sécularisé des cours de justice. Il faut en effet que les arguments théologiques aient une once (au moins) de sens juridique pour qu’ils puissent figurer dans des mémorandums rédigés par des professionnels de l’action en justice.
Assez souvent les arguments pro et contre finissent par être soutenus par des groupes hétéroclites de protestants libéraux, de rabbins et de sociétés d’éthique d’un côté, et un rassemblement étrange de catholiques, de mormons et d’églises fondamentalistes de l’autre.

Gay police

Un long article dans le Washington Post de ce matin, sur le “Gay Liaison Office” de la police de la capitale fédérale américaine. (En général, pour lire le Washington Post, il faut être “registré” et donner son e-mail. Il est plus simple d’utiliser http://www.bugmenot.com/).

The Stewards of Gay Washington
The D.C. police Gay and Lesbian Liaison Unit walks a tightrope, balancing empathy for a vulnerable population with lock-’em-up authority. Like the community, the squad is still shaping its identity.
By Anne Hull
Washington Post Staff Writer
Monday, March 28, 2005; Page A01
Sgt. Brett Parson rides in his cruiser, groggy and unshaven, gripping a chai latte between his kneecaps. He will crisscross the city several times before the night is over. More sociological than geographical, his beat is gay Washington.
“Cruiser 9670, request assistance,” the dispatcher calls.
“Brett, we got one of yours,” a patrol officer radios.
Inside a Northwest apartment, a 39-year-old man has been beaten by his male partner. The victim is a lieutenant colonel who works at the Pentagon and can’t show up at a military hospital with injuries caused by same-sex domestic violence without risking his career.
(…)The D.C. police department has a Latino Liaison Unit, an Asian Liaison Unit and a Deaf and Hard of Hearing Unit, but unlike the other specialized squads, the Gay and Lesbian Liaison Unit deals with the half-truths and complexities of sexuality.
When Parson teaches officers at the police academy how to deal with the gay community, he starts with Gay 101. They are blue-collar, white-collar, French collar and no collar. They may withhold the whole truth from you because their lives often are shrouded in necessary fictions. They might be uncomfortable dealing with you because they have been humiliated by you in the past.

Homer Simpson en pasteur

Dans l’épisode des Simpsons diffusé hier soir aux Etats-Unis, le maire de Sprindfield décide de légaliser le mariage des couples du mêm sexe pour développer le tourisme dans sa bonne ville (voir springfieldisforgayloversofmarriage.com). Le révérend Lovejoy, un pasteur évangélique, refuse de célébrer l’union des couples qui viennent à Springfield, et Homer se fait donc ordonner sur internet (grâce à la e-Piscopal Church online) de manière à pouvoir célébrer, au nom du pouvoir civil, des mariages.

Le New York Times y consacre un article.
Cet épisode des Simpsons me rappelle l’un des entretiens les plus amusants que j’ai réalisés au cours de ma thèse et dont voici un extrait, fort long, mais qui n’a pas d’intérêt s’il est coupé.

In 1991, I was approached by a friend, a woman, who wanted to marry a man, who was a secular person, and she wanted me to perform the ceremony for her.
In the U.S., you have the choice between a judge, a justice of the peace or a minister of a church. She is not religious, she didn’t know any justice of the peace, and she didn’t know any judges. And in her mind, she knew me, she loved me and we were very close, and she wanted someone she was close to, to perform the ceremony. So we started to research how would we make that happen. In some states, it’s very easy to become a justice of the peace, and in Vermont, it’s an elected office. You need to be nominated by a party, you have to affiliate yourself with a party, you need to get on the ballot, and then you need to get elected.
So that was to out of bound, too long. So we researched other avenues and what we found is that Vermont is one of the many states in the U.S. that don’t clearly define what a minister is, in their state statutes. Through word of mouth we learned that someone we both knew has been asked to do the same for his own brother. He had found an ad in the back of a magazine, I think it was Rolling Stone magazine, and you know, for five dollars, you get a certificate that says you were ordained.
From that we did some asking around. I think we made one call to the State’s Attorney General, just to inquire : « Is this true ? » « Yes, it’s valid. » So I sent them my five dollars and was ordained. My ordination was only good for a short time. You had to make an « offering » to the church to get re-ordained. But my intention was entirely to do it only for this one person.
In talking about it as we were planning it, other people heard that I was doing this… I don’t know why people choose me ! Maybe they think I’m particularly spiritual. They still want something… always, secular people, they still seem to crave something.
So I was asked by another couple… before I could even perform the one I was trying to perform.
In that first year, I performed two [marriages].
At that point, I started to get a reputation as someone who could stand up in front of a crowd and make people feel comfortable, put people at ease, you know. At that point, my reputation started to grow.
After the first two, a gay couple that are friend of mine – I’m gay – decided they were gonna have a commitment ceremony. There were no legal recognition at that time, it was in 1994, I think. They say : « Would you be that person for us, would you represent… even if we know it’s not legally binding… » And I said : « Sure ».
So, after that one, I think, over the years, there would have been six other opposite sex unions and… in december of 2000, the couple that I’ve married… performed a ceremony for them in 1994, still friends of mine, came to my home one day and said « We want to have a civil union ».
We were six of us, sitting around the table. I signed their certificate, we drank champagne, and that’s how you found me, I mean, that’s the only civil union that I’ve done.
I’ve also done one baptism… (laugh) but it doesn’t mean anything either. But it shows you how, I think, the way the other ones came to me… I try to make it always for personal friends of mine but even that one I did for someone I didn’t know that well because they had been at one of the weddings that I performed, and so they just came to me. And, again, these were all secular people for whom affiliation with a religious entity was not important, and for whom… they didn’t have any relationship with any of the state people… so they had relationship with me or they liked what they saw and so they chose me.
The first church, when my « ordination » lapsed… in quotes, my « ordination »… I couldn’t find them again… I had only the address and they were gone… I made the joke that perhaps they had been arrested… I didn’t know, you know. They disappeared, I couldn’t find them again. [But] because people were asking me, I had to get ordained again, and I did find another one, again in Rolling Stone, a different church, that’s called « The American Christian Fellowship Church » and that one was, for a small donation… offering… [whatever] the word they use, a lifetime [ordination], and that is the certificate that I have.
I guess I’m a lifetime ordained minister, or reverend. […]
I have a book with everything that I have read at different ceremonies. [I keep a book, because] it means something to me that I married people. What does it mean? Hard to say! I like that people I know, and some of whom I love… that I’m important enough to them they chose me to play this ceremony. And I like that two people, whatever their partnership is, care enough about each other to get together. That’s one of the reasons actually why I don’t like to perform this for people I don’t know, because I like to know that the couple is serious, you know, and sincere, and committed, and understand what they’re going into. I need to have some kind of relationship with the people, on a friendly level.
That couple, a secular couple, that asked me to… I call it a baptism, but, of course, it’s not, it was a “naming ceremony”. They wanted to name their infant and they had been to three of the weddings. It’s a small circle of friends. And they said “We’re not going to baptize our infant in a church, we’re just gonna have our family together, and we would love if you just come and…”
Actually, they asked me to create their ceremony! Which I did. It was really pagan, actually. It involved the four points of the compass, and hearth, water, wind and fire, all the four elements. If anything it was fairly celtic, or… old pagan religion.

(source : Entretien avec “David Higgins” réalisé dans le Vermont en mai 2002, retranscrit dans ma thèse, “Que Dieu vous bénisse!” Le mariage religieux des couples du même sexe aux Etats-Unis, EHESS, 2003, pp.319-322.)

L’inventivité

J’ai parlé précédemment du commerce des jouets pour adultes et de certaines de ses évolutions récentes (aux Etats-Unis et en France notamment).
Si l’on s’intéresse maintenant à ce qui y est vendu, on pourrait essayer d’en savoir un peu plus sur les objets eux-mêmes. L’historienne américaine Rachel Maines est la seule à ma connaissance à avoir tenté de déterrer l’histoire de ces gadgets. Dans The Technology of Orgasm (pdf), elle montre combien le vibromasseur est inscrit dans l’histoire du traitement médical de l’hystérie: les massages pelviens étaient l’un des traitements recommandés. Des médecins de la fin du XIXe siècle se spécialisaient dans les formes variées de friction des chairs, tels ce Docteur Taylor (le lien devrait vous envoyer vers la page du livre de Maines chez Google Print).
Des brevets ont donc été déposés dès la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment par le Dr. Taylor, afin de protéger certaines inventions (voici par exemple deux brevets du Dr. Taylor, de 1876 et 1882). Ces premiers brevets pratiquent de ce que Maines appelle des “technologies socialement camouflées” (ou “camouflagées” pour re-franciser le gallicisme utilisé par l’auteure) : rien n’y indique clairement que l’orgasme est le but recherché par la friction ou le massage du bas de l’abdomen. Les machines elles-mêmes semblent fort innocentes.
Quelques années plus tard, juste avant la Première Guerre mondiale, le camouflage commence à tomber. Un dénommé John T. Keough, en 1912, dépose un brevet concernant un dilateur vibratoire, qui ressemble par certains côtés à un objet contemporain.
Le site de l’office des brevets des Etats-Unis, uspto.gov permet de retrouver tous les brevets américains (entre 1790 et 2005, mais avant 1975 la recherche est limitée aux numéros de brevet). Certains se sont amusés à proposer une sorte d’anthologie des “sexual devices” brevetés (pdf) aux USA, ce qui montre l’inventivité et l’esprit capitaliste de certains créateurs de godemichés. A la fin du XXe siècle, le “camouflage” laisse la place à l’expression directe : une recherche sur “dildo” trouve 16 brevets acceptés entre 1976 et juin 2004, une recherche similaire sur “orgasm” ou “sexual AND device” donne d’autres résultats. A partir de ces brevets récents, qui citent les brevets sur lesquels ils reposent, il est possible de retrouver en partie l’histoire des techniques sur lesquels reposent les vibromasseurs contemporains. Le US Patents Office a même créé différentes classes 600/38, 601/70, etc… destinées uniquement ou principalement à ces jouets pour adultes.
Le Bureau des brevets américains n’est toutefois pas uniquement consacré à la facilitation des orgasmes par le moyen des “sex toys”: la préservation de la “chasteté” a aussi fait l’objet d’un bon nombre de brevets visant à empêcher certaines formes de masturbation ou de pénétration.

Une comparaison rapide avec l’institut national de la propriété industrielle en France est bien décevante et ne permet pas de débuter une recherche : le service, doté d’un nom ronflant (“Plutarque”) ne donne pas accès à grand’chose et toutes les inventions semblent être d’origine étrangère (allemande ou britannique).

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Mappemonde, en ligne

En octobre 2003 j’ai publié dans la revue Mappemonde (n°71, 2003) un petit article de géographie sociale sur les “unions civiles”, cette forme de “PaCS” créé dans le Vermont. Cet article, pour la rédaction duquel Romain Garcier m’avait beaucoup aidé, est maintenant en ligne, Géographie de l’union civile, au format PDF (et il est disponible aussi sur le site de Mappemonde). On en rappelera le résumé :

Le Vermont, État rural du Nord des États-Unis, a créé en 2000 les «unions civiles», réservées aux couples du même sexe. Cette forme de mariage s’est appuyée sur une communauté gay et lesbienne locale, tout en contribuant à développer un «tourisme homosexuel» et à pousser certaines églises à revoir leur traitement des couples homosexuels: homosexualité et ruralité ne sont pas nécessairement opposées.

Signalons dans le même temps que tous les numéros de Mappemonde entre 1994 et 2003 sont intégralement en ligne (pdf). Comme l’accès aux sommaires-résumés de Mappemonde est compliqué, je l’ai mis en ligne dans une version complète, (1994-2003).
Ceux qui trouveront que les données de cet article commencent à dater un peu pourront consulter ce graphique représentant l’évolution des unions civiles sur les 4,5 dernières années.