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Action seins nus

J’ai reçu, sur une liste de diffusion, l’information suivante :

Les TumulTueuses à la piscine : le retour en force!
Quatre fois en 2008 et 2009, les militantes féministes les TumulTueuses sont allées se baigner torse nu dans des piscines de Paris. Malgré les nombreuses réactions de soutien de baigneuses et parfois de baigneurs, à deux reprises les directeurs ont fait venir la police… espérant sans doute nous ramener à plus de « décence ».
Preuve était faite que les femmes ne peuvent toujours pas s’habiller ou se déshabiller comme elles le veulent, que certaines parties de leurs corps, comme leur torse, sont mystérieusement considérées comme sexuelles (mais pas celui des hommes), bref que nos corps sont toujours sous contrôle – si besoin policier.
Toujours plus déterminées, nous seront de retour le 15 décembre dans une piscine de Paris pour faire appliquer, par de nouveaux moyens, l’égalité entre les hommes et les femmes.
Venez participer à l’action avec le maillot de vos rêves…

On trouve quelques précisions sur le site des Tumul-Tueuses.
Il y a deux ans, en 2008, j’avais relayé quelques débats que ces actions seins-nus avaient soulevés. Mais ce qui m’intéressait, principalement, c’était l’utilisation de la piscine comme espace de lutte politique.
Les TumulTueuses (qui doivent être une dizaine, en gros) participent de ces petits groupes féministes, comme La Barbe, qui font part de leurs revendications par d’autres canaux que la pétition ou la manifestation. Elles impliquent leur corps différemment, peut-être un peu à la manière des “zaps” de l’association Act-Up.
Récemment, la revue Multitudes a interviewé quelques Tumul-Tueuses :

Les gens qui nagent s’en foutent globalement, après quand ils voient la police qui débarque, ils sont quand même choqués qu’il y ait plus de flics que de TumulTueuses, alors ils demandent les tracts et, surtout les femmes, ils sont plutôt solidaires avec nous. Mais les actions piscine mettent les maîtres nageurs hommes ou femmes dans un état d’excitation incroyable, comme s’ils étaient soudain les garants d’une espèce d’ordre moral. « Il y a des enfants dans la piscine ! » « Vous ne ferez pas ça dans ma piscine ! » Ou bien on tombe sur des ultras beaufs sexistes : « Moi, ça ne me dérange pas que vous les montriez vos jolis seins, mais… » Je crois qu’en plus les maîtres nageurs ont l’habitude qu’on leur obéisse, ils sifflent et hop les gens sortent. Nous on s’en fiche.
[…]
je n’aime pas aller à la piscine, je ne le fais pas pour y gagner la liberté d’être seins nus. En fait, ce qu’on veut démontrer, c’est l’interdit sur le corps des femmes, le contrôle du corps des femmes.
[…]
d’une façon plus générale, la piscine, c’est un prétexte pour une action dans l’espace public sur l’inégalité de traitement social entre les corps. La revendication est immédiatement visible, elle peut immédiatement susciter la discussion, et attirer l’attention, notamment médiatique, ce qui est un enjeu fort pour l’efficacité d’une action publique et la diffusion du message politique.
source : entretien de cinq féministes avec Pascale Molinier. Multitudes, 2010-3, n°42

Les femmes et les sex-shops

Une enquête a enfin relevé la proportion d’hommes et de femmes entrant dans les sex-shops. Petite victoire, peut-être, mais qui permet d’en savoir un peu plus sur les modes genrés de consommation. Des travaux précédents s’étaient intéressés à certains magasins mais n’avaient pas procédé à un relevé méthodique des entrées sur plusieurs magasins (Berkowitz, Hefley — mentionné rapidement ici).
Que nous apprend alors l’article de Richard Tewksbury [cv] et Richard McCleary [cv], Female Patrons of Porn ? [Notez : en anglais, “Patron” signifie client. L’article porte sur les clientes.]
Un mot sur la procédure de recherche : 9 assistants de recherche ont observé 33 sex-shops californiens : 271 observations, le tout ayant duré 162 heures, réparties sur l’ensemble du jour et de la nuit.
Qu’est-ce qui a été observé :

Of the 1,258 patrons who entered the 33 stores during 162 hours of observation, 1,044 (83 percent) were men, 214 (17 percent) were women. Most men (75.6 percent) entered alone, most women (86.9 percent) entered in groups, either same-sex (49.1 percent), mixed-sex (22.4 percent), or in a traditional couple (15.4 percent).

Les femmes constituent donc 17% du public des sex-shops. C’est non négligeable, mais minoritaire. Si les hommes visitent le plus souvent ces magasins seuls, les femmes font partie de groupes.

Quel type de magasin préfèrent-elles ? Plusieurs caractéristiques ont été relevées. “Toutes choses égales par ailleurs”, la présence de vigiles à l’extérieur fait fortement augmenter la probabilité que des femmes soient observées parmi les clientes. Une forte fréquentation est aussi lié à une forte proportion de femmes parmi les clients. La présence de cabines vidéo est négativement reliée à la présence de femmes parmi les clientes. Plus étrange, les femmes sont moins présentes dans les magasins qui emploient des vendeuses, ce qui semble opposé au “bon sens” des entrepreneurs (notamment en France, où la présence de femmes parmi les vendeuses est présentée comme le signe que le magasin s’adresse aux femmes).
L’on trouve, sur le site de l’association qui a financé la recherche, un rapport de McCleary qui donne d’autres informations, sur la variation journalière et horaire (en nombre de clients par heure) :

Les femmes sont du milieu de la semaine et du milieu de la journée, les hommes plutôt de la fin de la semaine et du milieu de la nuit. Comme si l’on avait, finalement, deux publics prêts à s’éviter.

 

Ailleurs sur internet : ceci.

Bibliographie :
Berkowitz, Dana. 2006. Consuming Eroticism: Gender Performances and Presentations in Pornographic Establishments. Journal of Contemporary Ethnography 35, n°. 5: 583-606. doi:10.1177/0891241605285402.
Hefley, Kristen. 2007. Stigma Management of Male and Female Customers to a Non-Urban Adult Novelty Store. Deviant Behavior 28, n°. 1: 79-109. doi:10.1080/01639620600987491.
McCleary, Richard, et Richard Tewksbury. 2010. Female Patrons of Porn. Deviant Behavior 31, n°. 2: 208-223. doi:10.1080/01639620902854985.

Varia

  • Technologies de surveillance : Hyperbate / le dernier des blogs décrit quelques chaussures équipées pour la chanson d’Alain Souchon (Voir sous les jupes…). Une auto-thèse du M.I.T. y semble avoir été consacrée.

    My thesis project consists of producing and wearing a system of self-surveillance that has been subversively inserted into an already existing informational and electronic system. By bringing surveillance technology closer in and attaching it to the body, I have been able to personalize a form of technological mirroring through which subjectivity and the body are reconstructed.

    Bah bien sûr…

  • Faut-il inscrire Lolita en master ?Le prof de fac“, qui blogue anonymement, se demande. [Note : les blogs sous pseudonyme sont toujours à prendre avec des pincettes et un grain de sel. Le prof de fac met en scène un enseignant-chercheur qui apparaît à la lecture parfois un peu mythomane et nymphomane — certainement éloigné de la personne in real life. Il se sent souvent poursuivi des ardeurs étudiantes.]

    Au sujet de Lolita, mon conseil : en parler avec le modérateur, ou la modératrice, de l’université. Ou contacter le CLASCHES.
    Rappel de l’épisode précédent :

    La fille que j’ai remarquée au milieu d’une marée d’étudiants le jour de la rentrée est là devant moi, en robe de soirée courte, décolletée, maquillée et belle comme jamais, et me demande de la raccompagner chez elle. Des kilomètres seul avec elle dans la voiture dans la nuit, pour finalement arriver chez elle, sachant qu’il apparait clairement que je lui plais.

    Plus récemment :

    un appel tout à fait inattendue de ma “Lolita”. Je vous laisse lire le billet où je parle d’elle car je ne vais pas vous la refaire… en tout cas. Un appel de la fameuse Emilie !
    “Allo M le Prof ?
    – oui bonjour
    – c’est émilie X
    – Emilie !!! Comment allez vous ?
    – Très bien merci (…) J’aimerai que vous me preniez en thèse. Je comprends que cela ne peut pas se faire comme ça, je suis prête à repartir sur un master recherche
    – …”
    Silence ! Je ne sais pas trop quoi lui dire. Pour l’instant j’ai temporisé en lui disant qu’il faut bien qu’elle réflechisse bien, qu’elle a une bonne situation, et que peut-etre que l’enseignement et la recherche ce n’est pas aussi trépidant comme vie que ce qu’elle veut bien croire.

  • Rotisserie Obama
    4031892
  • Le choix est dur :
    amazon20090909
  • Les calendriers érotiques

    En travaillant sur l’histoire des sex-shops, je me suis peu intéressé aux usages quotidiens de la pornographie, et j’ai confiné cette dernière dans un espace spécifique. Les images de femmes nues sont pourtant présentes ailleurs : sur des calendriers exposés au travail notamment.

    Les “pin up” accompagnaient les soldats américains au milieu du XXe siècle. Les cabines des camions étaient parfois ornées de calendriers osés, jusqu’à des changements d’organisation du travail (ref 1).
    Les sociologues du monde du travail ouvrier ont aussi rencontré ces images pornographiques. Anne Monjaret principalement, dont j’explore ici les articles. Beaud et Pialoux aussi, qui mentionnent, en passant, dans Retour sur la condition ouvrière (ref 2) la personnalisation des boîtes à outils [ils citent un ouvrage de Durand, Grains de sable…]

    …on la personnalise, on la décore, on la transforme (…) Pas assez de place pour coller une femme entière. Bouts de seins et gras de fesses se juxtaposent habilement.

    De manière anecdotique, j’avais trouvé dans des archives judiciaire la trace d’un ouvrier de Renault Billancourt qui faisait un petit traffic d’images pornos. Et Robert Linhart, dans L’Etabli signale un traffic similaire : des camionneurs qui apportent à Citroën des pièces de machines font aussi entrer dans l’usine d’autres objets (dont une revue qui propose une fellation en couverture) (ref 3). Une fois dans l’usine, ces photos et ces images continuent à circuler.

    En cherchant bien, l’on trouve enfin sur internet des photos d’ateliers, dans lesquels les pots de peinture disputent l’espace aux calendriers pornos :

    Ludo-ludovic sur flickr propose la visite d’un atelier :


    Sur la photo ci-dessus, l’on voit que certaines images sont préférées à d’autres, et que les calendriers, même périmés, ne sont pas jetés : de l’autocollant permet d’avoir sous les yeux les photos souhaitées… et peut-être de les dissimuler en cas de visite impromptue.

    (voir aussi : dans une usine à l’abandon, dans une usine abandonnée, un entrepot abandonné et encore un entrepôt abandonné et encore un entrepôt, et enfin : [1], [2], [3]…)

    Comme on peut le voir dans certaines des photos, ces calendriers sont proposés par des fournisseurs. Ils savent que le calendrier sera affiché si les images sont érotiques.

    Ces illustrations sont perpétuellement en vogue. Ainsi en mars 2002, lors d’une visite, le responsable des garages d’un établissement public explique que les fournisseurs cherchent qu’elles soient conservées. «Il y a les calendriers “pratiques” en carton ou ceux avec des femmes dessus. Personne ne réclame les premiers alors que les autres sont demandés. Les fournisseurs le savent, il ne faut pas gaspiller.» (ref 4)

    calendrier-catalogueMais sortons un moment du monde ouvrier.
    Parmi les grands distributeurs de calendriers, l’on trouve la Poste, ou plutôt les facteurs. En décembre, ils passent diffuser “Le Calendrier du Facteur”. Dans un article (ref 5) Marie Cartier précise

    L’activité des calendriers s’étend sur toute l’année. Les calendriers sont produits par quatre entreprises. Les épreuves sont soumises au contrôle de la Poste en février. Des catalogues présentant les collections de calendriers et dotés d’un bon de commande sont envoyés chaque année en mars dans les bureaux de poste. Après avoir choisi les calendriers sur catalogue, les facteurs envoient leurs commandes aux fournisseurs. Ils reçoivent les calendriers dans les bureaux durant l’été.

    Si La Poste contrôle et valide ce qui est proposé dans les catalogues, il y a peu de risque que l’on se trouve face à une femme nue.
    calendrier-chaton Les calendriers les plus connus représentent de petits chatons, des chevaux, des paysages… Des chasseurs pour les régions rurales, des châteaux historiques pour les autres…
    Mais les fournisseurs de calendriers organisent aussi, en parallèle, un petit traffic. Les facteurs ont la possibilité de commander, par un bon “rose” spécial, des calendriers “SPECIAUX NUS X”, “NUS HARD” ou “NUS SOFT”.
    Ces calendriers, est-il précisé, « ne peuvent être commandés qu’à titre personnel (…) Vous ne devez en aucun cas les présenter aux usagers. Seuls les Almanachs du facteur peuvent être distribués dans le public. »
    facteur-calendrier-hard
    Commandés “uniquement à titre personnel“, certes, mais il y a la possibilité d’en commander plusieurs exemplaires, et la commande est faite avec celle de l’Almanach. J’aimerai bien savoir ce que ces calendriers deviennent. Face à quelqu’un qui ne veut pas de petit chat ou de cascade, de cheval ou de scène bucolique, mais qui demande “Vous n’avez pas un peu plus… osé ?”… les facteurs ne sont-ils pas tentés de proposer “autre chose” ? Cela m’étonnerait.
    Aujourd’hui, la commande se fait en ligne, chez Oberthur comme chez Oller. Ces entreprises proposent-elles toujours ces calendriers parallèles ?
    [Note : si oui, je suis preneur de copies d’écran !]

    *

    Cette excursion vers la Poste et ses facteurs n’était pas qu’une digression. Celles et ceux qui ont rencontré les calendriers érotiques dans le monde ouvrier signalent leur disparition : les camions perdent leurs femmes nues (ref 1), les ateliers sont expurgés des posters “osés”. Anne Monjaret (ref 7) l’a observé de près : les restructurations, l’arrivée des femmes ou de générations plus jeunes, des modes de management nouvelles ôtent tout sens aux posters de nus :

    Après le déménagement (…), les équipes qui ont suivi le mouvement ont dû fusionner, les « anciens » ont dû se confronter à la venue de « jeunes » formés autrement qu’eux. Les ateliers ne ressemblent plus à des ateliers, les établis sont devenus des bureaux. La construction d’un espace viril et plus encore corporatiste n’a, semble-t-il, pour le moment, plus lieu d’être. Quand le corporatisme n’a plus de sens, les signes référents sont abandonnés, les images de nus en faisaient partie. Elles se retrouvent parfois discrètement sur l’écran de veille de l’ordinateur. Certains « anciens » se retranchent dans cette pratique d’affichage, mais ils se savent isolés. Des « jeunes » se sont, eux, amusés brièvement avec ces images.

    Les usages de la pornographie sortent du monde du travail et se privatisent : sous cette hypothèse, les calendriers “SPECIAUX NUS X” des facteurs sont sans doute destinés à des usages privés.

    Il existe donc (ou du moins il existait), j’ai essayé d’en montrer des exemples, une circulation publique d’images de femmes nues, circulation connue (prise en compte par les fournisseurs d’outillage industriel, repérée par les sociologues) mais que je n’avais pas vraiment pris en compte dans ma réflexion (centrée sur le caractère privé de la consommation). Je suis fort heureux, donc, d’avoir pu lire récemment les articles d’Anne Monjaret.

    *

    Je suis preneur d’autres références (anglophones ?) et d’autres photos (plus anciennes par exemple)… Des anecdotes aussi m’intéressent.

    Références
    ref 1 : Bruno Lefevre, “La ritualisation des comportements routiers”, Ethnologie française, 1996-2,
    ref 2 : Beaud & Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999
    ref 3 : Robert Linhart, L’Etabli cité par Anne Monjaret “Posters de nus dans les espaces masculins” in Charif et Le Pape, Anthropologie historique du corps, Paris, L’Harmattan, 2006
    ref 4 : Anne Monjaret, “les calendriers illustrés de nus féminins dnas les espaces de travail masculins”, in Tamarozzi et Porporato, Oggetti e immagini, Omega Edizioni, 2006.
    ref 5 : Marie Cartier “le calendrier du facteur, Les significations sociales d’un échange anodin“, Genèse, 2000-4, n°41
    ref 7 : Anne Monjaret, “Images érotiques dans les ateliers masculins hospitaliers : virilité et/ou corporatisme en crise“, Mouvements, 2004 n°31

    Terminaisons des prénoms

    Comment se terminent les prénoms féminins ? Au début du XXe siècle, pour la quasi-totalité des bébés filles, par “-E” (comme beaucoup de prénoms masculins : de Alphonse à Maurice…). Mais aujourd’hui, les terminaisons sont plus variées : les parents, régulièrement au cours du XXe siècle, ont retenu des prénoms en “-S” (Agnès, Inès…), puis en Y (Kelly, Kimberly), en H (Elizabeth, Sarah, Léah…) en N (Megann)… voire, aujourd’hui, en “-U” (Lilou). Mais ce sont les prénoms en “-A” qui marquent aujourd’hui, et de manière croissante, les prénoms féminins. Il doit, aujourd’hui (en 2009) naître plus de “filles en -A” (Rosa, Lisa…) que de “filles en -E” (Rose, Lise).
     

    Le graphique suivant représente, pour chaque lettre terminale (sauf Q), le nombre de naissances féminines annuelles :
    terminaisons féminines
    On passe bien du “tout -E” à un peu plus de variété.
     

    Mais l’étude de la dernière lettre, sincèrement, ne suffit pas. Héloïse et Gabrielle sont deux prénoms en -E, mais l’une se termine en /Z/ et l’autre en /L/. carriere-terminaisons
    Ce qu’il me faudrait, c’est une routine (avec “grep” ?) qui transforme pour chaque prénom, le groupe de lettres finales en sonorités : /B/ (Callèbe), /D/ (Elfriede)… jusqu’aux /Z/ de Denise. On verrait apparaître /K/ (Dominique…) absent des lettres finales. Qui sait comment faire ? Je n’ai fait à la main pour “-ETTE”, “-INE”, “-A”…
    Mais il faudrait être plus systématique.

    Epicène

    Epicène, quel joli mot. Voici une occasion de l’utiliser.
    Parce que, dans la grande majorité des cas, le prénom indique assez bien le sexe, les prénoms ont été utilisés pour trouver le sexe des pacsés [PDF]. Dans son article pour Infostat Justice, Valérie Carrasco décrit la méthode qu’elle a suivie : elle a notamment considéré qu’un prénom donné à plus de 98% à un sexe était un prénom indiquant ce sexe.
    Mais si je vous dit : Camille, Dominique, ou Claude… vous allez me demander “un ou une ?”. Ce sont, en français, des cas classiques de prénom ayant indiqué, à un moment plutôt un sexe, à un autre moment plutôt un autre. Des prénoms épicènes.
    Prenons “Camille” : l’évolution au cours du XXe siècle est frappante. Jusque vers 1940, le prénom se masculinise : et plus de deux Camille-hommes naissent pour une Camille-femme. Mais à partir de 1940-1945, Camille se féminise : aujourd’hui plus de 15 Camille-filles naissent pour un Camille-homme (“Camille” est même l’un des dix ou vingt premiers prénoms donnés aux filles au début des années 2000). Les graphiques ci-dessous représentent la même chose (d’une image à l’autre, le rapport est inversé) : du point de vue “masculin” et du point de vue “féminin” pourrait-on dire.
    camille-prenom
    Il n’y a pas que Camille, Dominique ou Claude. Si je vous dit : Alix, Andrea, Loan, Noa ou Lou, Louison, Sacha (ou Sasha)… Dany ou Yannick… Sandy et Jessy… Morgan ou Lois… Vous y verrez peut-être une fille, peut-être un garçon.
    4prenomsepicenes

    Prenons deux prénoms assez récents en France, Jessy et Dany, dont l’évolution est retracée juste au dessus : au début de leur carrière, quand moins de 10 Jessy ou 10 Dany naissent chaque année, le rapport (nombre de Dany-filles) / (nombre de Dany-garçons) varie autour de l’unité. Mais il arrive un moment où le genre de Dany et Jessy se fixe. “PAF” ! En quelques années, ces deux prénoms deviennent des prénoms “de garçon”.
    On n’observe pas de stabilisation durable autour du rapport 1 pour 1. C’est peut-être cela que repérait Stanley Lieberson dans The Instability of Androgynous Names (que je dois relire plus précisément). Un contre-exemple : “Alix”, au cours du XXe siècle, alterne assez rapidement entre “périodes masculines” et “périodes féminines” [il faudrait pouvoir suivre conjointement les évolutions d’Alice, Alex[andre] et Alix…], mais reste plutôt féminin (il n’y a jamais plus d’1,6 fois plus de garçons) et longtemps proche du rapport unitaire.

    Yael prenom epiceneLe prénom “Yael” illustre peut-être mieux l’instabilité de l’épicénité : ce “prénom de fille” se masculinise régulièrement entre 1970 et 2000. Mais il ne reste pas androgyne plus de deux ou trois ans : en un clin d’oeil, il devient un prénom deux fois plus donné à des garçons qu’à des filles. Pour ce prénom l’on trouverait des explications ad hoc : l’usage féminin ferait plutôt référence à une héroïne biblique, l’usage masculin s’inscrirait plutôt dans les inventions de prénoms celtiques. Une telle explication incite à ne pas seulement utiliser les rapports mais aussi à utiliser les valeurs absolues : est-ce que l’usage féminin diminue (ou n’est-ce pas plutôt une explosion des usages masculins de Yael sans que ne diminue le nombre de bébé-filles Yaël naissant chaque année?)…

    Après tous ces exemples, ne peut-on pas être un chouïa synthétique ?
    naissances-epicenesLe graphique représente ici le nombre annuel de naissances “presque épicènes” : je n’ai retenu que les prénoms donnés aux deux sexes, et donnés moins de 4 fois plus à un sexe qu’à un autre [c’est à dire les prénoms où les garçons représentent entre 20 et 80% du total].
    L’ «Effet Dominique» domine le graphique : autour des années soixante, Dominique est à la fois un prénom épicène et l’un des grands succès. Il faudrait le refaire en enlevant ce prénom…
    Mais la fin du graphique est intéressante : L’augmentation du nombre d’enfants recevant un prénom épicène depuis 1995 n’est pas attachée à un seul prénom, mais bien à la multiplication de prénoms rares utilisés à la fois pour des garçons et pour des filles.

    Total sur 5 ans : 2000-2004
    Nom Nbr filles Nbr garçons Proportion
    CAMERONE 33 22 0,40
    SADIO 104 70 0,40
    LILO 42 30 0,42
    NOUHA 35 25 0,42
    WISSAME 15 12 0,44
    TAYLOR 89 74 0,45
    NEHEMIE 53 45 0,46
    JANYS 14 12 0,46
    AELIG 30 26 0,46
    LENAICK 40 35 0,47
    MORGANN 108 96 0,47
    SASHA 648 582 0,47
    ANAEL 277 250 0,47
    ISA 38 35 0,48
    ANH 16 15 0,48
    KERANE 16 15 0,48
    JOANY 18 17 0,49
    EOLE 24 23 0,49
    ELISEE 52 51 0,50
    JAEL 34 35 0,51
    LYSSANDRE 25 26 0,51
    KELIANE 46 49 0,52
    MANOE 26 28 0,52
    KRISTEN 63 69 0,52
    ILYANE 16 18 0,53
    ALAA 23 26 0,53
    NOLANE 57 66 0,54
    ANGY 49 58 0,54
    OUISSAM 10 12 0,55
    LOUISON 609 761 0,56
    NIMA 20 25 0,56
    LEAN 11 14 0,56
    KINSLEY 17 22 0,56
    MAHE 230 298 0,56
    TAYSSIR 10 14 0,58
    JANIS 86 123 0,59
    LOAN 1031 1511 0,59
    GAYA 17 25 0,60
    MADY 59 87 0,60
    NATHY 10 15 0,60

    Au cours des dix à quinze dernières années l’on assiste à l’augmentation du nombre de prénoms identiques utilisés pour des filles ou des garçons : il y a un plus grand nombre de prénoms “mixtes” qu’avant. Des prénoms auparavant “masculins” mais se terminant en “-a” sont donnés à des filles (la terminaison en -a devenant l’un des marqueurs du genre, comme -ette ou -ine il y a quelques années).

    Mais, comme on peut le constater sur le tableau ci-contre, ce sont surtout des prénoms assez rares qui sont donnés à la fois à des garçons et à des filles, dans des quantités similaires. La libéralisation du choix du prénom — depuis 1993 les Françaises sont libres de donner ce qu’elles souhaitent à leurs enfants — a poussé à la dispersion. Avec la conséquence suivante : Est-ce que Kérane, Eole, Lyssandre, Manoë ou Aelig sont plus “fille” ou plus “garçon”… personne ne sait (à part les parents, qui choisissent une fois sur deux pour l’un des camps). Les références culturelles habituelles ne peuvent ici servir de guide. Mais dans dix ans, il est bien possible que, si tel prénom est encore donné, le choix sera fait, le prénom sera genré, en faveur de l’un des sexes.

    Notes : Les statistiques utilisées ici proviennent du “fichier des prénoms” de l’INSEE, version de 2005, obtenu à des fins de recherches par le Centre Quêtelet (Centre Maurice Halbwachs). Ces données ont été travaillées avec le logiciel R (GNU-R). Pour que certaines évolutions temporelles soient plus claires, j’ai lissé les courbes (elles sont en rouge ici).

    Le féminin neutre

    Il n’est plus sérieux, aujourd’hui, si l’on est sociologue, de parler des “jeunes”, des “ouvriers” ou des “employés” sans préciser que ces populations sont le regroupement d’individus en partie hétérogènes. Il y a notamment, et toujours, des hommes et des femmes. Utiliser, par défaut, le masculin pour parler de ces classes d’êtres équivalents sous certains rapports conduit insensiblement à ne plus parler que des jeunes hommes, des ouvriers mâles ou des employés virils.
    L’une des solutions qu’emploient des collègues sociologues est la suivante : on parlera d’employé°e°s ou d’ouvrier-ère-s, de sans-papiers et de sans-papières. Le modèle, probablement, est allemand : depuis les années quatre-vingt, si je me souviens bien, l’on y écrit parfois “Lehrer/Innen” pour parler des instituteur/trice/s
    Je préfère, de loin, un modèle anglais, où le genre utilisé est par défaut féminin. Je cherchais des exemples, et en écrivant ce billet, je suis tombé sur cet extrait de Seeing Like a State de James C. Scott (dont La domination et les arts de la résistance a été récemment traduit et publié aux Editions Amsterdam).

    gender-neutral

    Dans l’exemple, “an outsider” a besoin d’un guide, mais “the outsider” est une femme : le pronom “her” l’identifie comme telle. Tous les exemples proposant un être a priori indéfini, “a doctor“, “a pilot“, “a guide“… seront traités au féminin.
    Ce procédé est courant : la quasi totalité des textes anglographiés que je lis, en sociologie, histoire, “gay and lesbian studies“… procèdent ainsi. Et si l’on trouvait une mention spécifique en début d’ouvrage, pour ceux qui ont été publiés dans les années quatre-vingt, c’est fini maintenant.
    C’est ce que je fais parfois dans ce blog, écrire au féminin neutre : pas systématiquement — ce serait, me semble-t-il, faire preuve de rigidité — mais quand ça m’amuse. Cela n’aurait pas (encore) de sens pour parler des prêtres catholiques ou des compagnies républicaines de sécurité (deux groupes qui sont encore fermés aux femmes), mais dans de nombreux cas, cela permet de changer de perspective, plus radicalement qu’en multipliant les redondances superflues (du type “ouvriers et ouvrières”).
    J’utilise aussi pilotesse, directeure, instituteure et autres inventions.
    Et j’ai été surpris de l’étonnement de certains lecteurs (jamais des lectrices) à cet usage. Je ne m’imaginais pas avoir une écriture aussi étrange. D’où, en forme de justification et d’explicitation, ce billet.

    Note : quelques trolls ayant envahi les commentaires, j’ai du faire du ménage, effacer leur prose et fermer le formulaire.

    Des hauts et débats… Seins nus à la piscine

    Sur une mailing-liste milifique (*), il y a plusieurs semaines, le mail suivant circulait :

    (EXTRAIT) Une action ‘seins nus à la piscine’ est en train de se créer. C’est une action féministe visant la réappropriation de l’espace public et le droit des femmes à disposer de leur corps .

    Ce mail a suscité quelques réactions, dont voici l’une d’entre elles :

    Alors à qui s’adresse cette action ?
    J’en ai marre de voir des nanas, en dehors des réalités, dévoyer autant le féminisme.
    Et si des nanas voilées ou juste pudiques veulent faire une action féministe, elles doivent se débrouiller autrement? Ou arrêter d’être pudique? (…)
    Sans parler de cette facilité de montrer des seins pour les filles normées . Il va falloir réfléchir aussi au fait que pour certaines filles, montrer des seins qui tombent et qui sont “moches” suivant la norme, est une vraie difficulté. Et pas la peine de dire que c’est ce type d’action qui peut nous libérer car je n’y crois pas une seule seconde. Quand on est grosse, comme moi, le stigmate qu’on t’a collé te suit à la trace…mais peut être ne suis je qu’une idiote…Et qu’une aliénée

    Et une réaction de soutien à la réaction :

    Profondément d’accord avec toi, [***], depuis mon point de vue de lesbienne trans blanche moche aigrie (sans doute !). Les “contre-normes “(euh ?) de nos milieux sont obstinément indexées sur nos valeurs classe moyenne sup blanches et valides, déjà, et par ailleurs sur le culte de “la vie intense pour celles qui relationnent”, bref le libéralisme en toutes matières.

    D’autres réactions soutenaient la démarche. Le débat s’est rapidement éteint, du moins dans l’espace semi-public de la liste-mail, mais il témoigne de tensions internes au féminisme, même au sein des générations les plus jeunes.
    L’action, organisée par les Tumul-Tueuses, a eu lieu cette semaine, et plusieurs blogs mentionne de nouveaux débats. Eléonore Quesnel décrit cette opération seins nus à la piscine :

    Tandis qu’elles nagent comme tout le monde, les maîtres-nageurs parlent aux organisatrices, qui leur distribuent des tracts. Cinq minutes plus tard, une maître-nageuse va prévenir un vigile, sans que personne n’ait parlé aux amazones dans l’eau – à part un « C’est dégoûtant ce que vous faites ! » de la part d’une quadra outrée. Un vigile vient vers la dizaine de baigneuses en monokini. « Sortez de la piscine maintenant », ordonne-t-il du bord. Malgré le dialogue qu’elles essaient d’instaurer, l’homme ne veut rien savoir. Il obéit aux ordres, c’est tout. « Nous aussi, et on doit attendre le signal de notre chef pour sortir. » Ce dialogue de sourds dure jusqu’à ce qu’une des porte-parole leur fasse le signal convenu, le fameux « on se tire » universel. Elles sortent de la piscine, suivies par un autre vigile, plus sympathique. « Les avancées, vous les avez déjà ! Ce que vous avez fait ce soir, c’est déjà une avancée ! » confie-t-il discrètement. « On en veut encore, des avancées ! » rétorquent les militantes, qui, toujours topless, rejoignent les douches.

    Le blog de Camille, Rue69, mentionne certaines des suites de l’action :

    , la direction de l’établissement, elle, a jugé qu’il y avait là un trouble à l’ordre public (et que les seins nus pourraient choquer les enfants) et a appelé la police. Cette dernière est venue (mater une rebelion de femmes dangereuses ou mater des participantes dénudées?) et a menacé des femmes dans les vestiaires de poursuites pour exhibition sexuelle….

    Le débat reprend, mais il va impliquer maintenant d’autres acteurs : directeurs de piscines, policières…

    La monstration des seins a une longue histoire, et même, depuis le très bon ouvrage de Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d’hommes (5 étoiles au coulmont), une histoire dans la sociologie. Mais il me semble qu’il manque encore une histoire de la pratique : je connais trop peu les étapes ayant conduit les juges à accepter les seins nus sur la plage et pas vraiment ailleurs… Si un étudiant en histoire contemporaine pouvait se pencher sur les dossiers de procédure du côté de Saint Tropez, il ferait un beau mémoire de master. [Si cela a été déjà fait, je suis preneur des références.]
    Il y a probablement eu, à Saint-Tropez au milieu des années soixante, quelques arrestations pour seins nus… et une petite affaire qui a été aujourd’hui oubliée. Mais parlait-on de féminisme à l’époque ? ou de bronzage ? Des actions de groupes étaient-elles organisées ? Comment la séparation s’est faite avec les naturistes (qui ne devaient pas accepter ce mi-nudisme) ? La diffusion de la pratique sur toutes les plages françaises a-t-elle donné lieu à de nouvelles mobilisations (de la police ou d’autres groupes) ?
    Et enfin… une question m’intéresse : depuis quand la piscine est-elle un espace politique. Je crois comprendre le rôle des piscines, depuis le début du XXe siècle, dans les politiques municipales (c’est un établissement coûteux qui est utile à la fois aux écoles, aux sportifs, aux centres aérés etc…). Mais était-ce un espace objet d’autres investissement politiques ?
    Depuis quelques années, la piscine est comme une extension de l’école en tant qu’espace “laïc” et sexué : les demandes de personnes souhaitant des piscines non-mixtes à certaines heures ont été qualifiées de communautaristes, et des reportages ont pointé du doigt la déviance anti-républicaine de certains maires…
    Une bonne thèse avait été réalisée, il y a quelques années, par un sociologue (maintenant MCF à Lille, Frédéric Poulard), sur les musées locaux. On voyait bien le rôle des conservateurs dans les politiques culturelles, aux échelons locaux et nationaux. A quand une thèse sur les piscines ?

    Liens :
    Maïa Mazaurette sur sexactu
    Eléonore Quesnel sur Agoravox
    Des naturistes se réjouissent
    Camille Rue69 / Rue89
    Le journal suisse Le Temps
    Eléonore Quesnel (encore) sur Rue69/Rue89
    Un billet sur Pladond-de-verre, blog féministe.
    Réactions sur un forum de nageurs.
    Cousture à Montréal
    AlicesWonderVerden, commentaire.

    Notes
    1- (*) milifique : scientifique et militant
    2- j’ai posé beaucoup de questions et je n’ai pas fait les recherches minimales… Que les auteurs de travaux sur les piscines me pardonnent !

    La commission générale de terminologie vous parle

    Lue récemment dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale, une recommandation de la “Commission générale de terminologie et de néologie” :

    COMMISSION GÉNÉRALE DE TERMINOLOGIE ET DE NÉOLOGIE
    Recommandation sur les équivalents français du mot “gender”
    NOR : CTNX0508542X
    RLR : 104-7
    RECOMMANDATION DU 22-7-2005 JO DU 22-7-2005
    MCC
    L’utilisation croissante du mot “genre” dans les médias et même les documents administratifs, lorsqu’il est question de l’égalité entre les hommes et les femmes, appelle une mise au point sur le plan terminologique.
    On constate en effet, notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot “genre”, emprunté à l’anglais “gender”, utilisé notamment en composition dans des expressions telles “gender awareness, gender bias, gender disparities, gender studies…,” toutes notions relatives à l’analyse des comportements sexistes et à la promotion du droit des femmes. Le sens en est très large, et selon l’UNESCO, “se réfère aux différences et aux relations sociales entre les hommes et les femmes” et “comprend toujours la dynamique de l’appartenance ethnique et de la classe sociale”. Il semble délicat de vouloir englober en un seul terme des notions aussi vastes.
    En anglais, l’emploi de “gender” dans ces expressions constitue un néologisme et correspond à une extension de sens du mot qui signifie “genre grammatical”. De plus, ce terme est souvent employé pour désigner exclusivement les femmes ou fait référence à une distinction selon le seul sexe biologique.
    Or, en français, le mot sexe et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent parfaitement adaptés dans la plupart des cas pour exprimer la différence entre hommes et femmes, y compris dans sa dimension culturelle, avec les implications économiques, sociales et politiques que cela suppose.
    La substitution de “genre” à sexe ne répond donc pas à un besoin linguistique et l’extension de sens du mot “genre” ne se justifie pas en français. Dans cette acception particulière, des expressions utilisant les mots “genre” et a fortiori l’adjectif “genré”, ou encore le terme “sexospécificité”, sont à déconseiller.
    Toutefois, pour rendre la construction adjective du mot “gende” (sic), fréquente en anglais, on pourra préférer, suivant le contexte, des locutions telles que hommes et femmes, masculin et féminin ; ainsi on traduira “gender equality” par égalité entre hommes et femmes, ou encore égalité entre les sexes.

    La Commission générale de terminologie et de néologie recommande, plutôt que de retenir une formulation unique, souvent peu intelligible, d’apporter des solutions au cas par cas, en privilégiant la clarté et la précision et en faisant appel aux ressources lexicales existantes.

    La même commission (3 femmes sur 19 membres, aucune au titre des “personnalités qualifiées”) s’est attaquée au mot “coach” et au préfixe “e-” (comme dans e-mail) et l’on peut trouver ses conclusions dans le même Bulletin officiel.

    Les mariages religieux

    Qui se marie religieusement et qui choisit une cérémonie civile ? Ce type de question est généralement assez complexe, principalement parce que les données concernant le mariage civil et celles concernant le mariage religieux sont conservées séparément, par des institutions fort différentes. Aux États-Unis, comme les membres du clergé ont la possibilité d’agir en tant qu’officiers d’état-civil quand ils célèbrent des mariages, l’État recueille des données sur les mariages “religieux”. En 1988, environ 70% du total des mariages civils étaient des mariages religieux, et des données précises sur quelques 780 000 couples sont disponibles.
    Alors, les mariages religieux sont-ils ceux des plus typiques des mariés (ceux qui se marient à l’âge moyen, qui ont une différence d’âge réduite mais favorable à l’homme) ?
    L’image ci-dessous apporte quelques éléments de réponse, mais surtout de jolies couleurs. Cette représentation graphique est à lire comme une série de courbes de niveau : pour une couleur donnée (disons jaune) X % (ici entre 30 et 40%) des couples qui se marient choisissent un mariage religieux. On constate que c’est environ là où les mariages sont les plus nombreux qu’ils sont aussi les plus religieux (pour des couples jeunes). Les couples “discordants”, pour lesquels l’écart d’âge est trop important, se marient plutôt civilement. Mais les couples les plus âgés, où l’homme et la femme ont plus de 65 ans, se marient aussi, surtout, religieusement.
    Pourcentage de mariages religieux selon l'âge des époux
    La réponse, provisoire, est donc mitigée. De plus, je n’ai pas distingué entre les couples dont le mariage est un premier mariage des couples comptant un-e divorcé-e ou une veuve, deux populations qui n’ont pas le même accès où la même attitude face au mariage religieux : les remariages religieux sont moins fréquents (ne serait-ce que parce que l’Eglise catholique romaine met des freins au remariage des divorcés).