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Archives de la catégorie : 'France'

Bigre : Le Tigre !

Demain lundi 26 juin, Le Tigre sort de la brousse :

Lundi 26 juin 2006, Le Tigre bouclera son numéro d’été « en direct et en public » lors de la journée « Paris, capitale du libre », de 9h à 19h au Palais Brongniart.
Quatre personnes mettront en page le journal avec Scribus, logiciel libre de mise en page.
Le même jour, vous pourrez retrouver Raphaël Meltz sur France Culture, entre 18h30 et 19h30 dans l’émission « Travaux publics » consacrée à « la presse en 2010 » [lien RealMedia].

On rappellera ici que Le Tigre est un hebdomadaire curieux sans publicité, réalisé avec des logiciels libres, sur papier recyclé, qui en est actuellement à son quinzième numéro. Il est possible d’acheter Le Tigre en kiosque, par abonnement, et directement en PDF (n°15).
mise à jour : L’Agitateur analyse le Tigre…

Nonglauque

Le supplément “Sortir” du magazine Télérama apprécie les sex shops, dès lors qu’ils ne sont pas “glauques”. Il y a quelques années déjà, un petit article mentionnait une “boutique réservée aux femmes”. La semaine dernière, un autre magasin était présenté :
Telerama Sortir
Ce type de magasin, s’il faut en croire le courrier volumineux que je reçois, est à la mode. Extraits.
Jessica, de Nancy :

[A]vec une amie, nous avons comme projet d’ouvrir un sex-shop “classe” exclusivement réservé aux femmes, dans le genre de ceux qui existent en Angleterre. J’ai énormement de mal à trouver des infos sur ce type de magasin en France, auriez vous des adresses de sites en parlant ou de personnes à contacter.

Patrick, de Paris (?)

[C]oncernant mon projet, l’objectif est de créer une structure commerciale axée sur le plaisir au féminin par la commercialisation de produits sensuels.
Auriez vous la possibilité de me communiquer des adresses de fabricants ?

Jean, de ?? (avec orthographe d’origine)

[N]ous sommes trois associés sur ce projet, […] nous somme en train de développer un concept commercial autour du sex toy dans un univers proche de celui de l’entreprise tabooboo au royaume uni ( voir www.tabooboo.com) étant pour l’instant en train de déposer la marque et de protéger notre projet je ne peux vous en dire plus pour des raisons de confidencialité

Nicolas, de NNN :

pour info nous devrions ouvrir un sexy shop à NNN en septembre

Jeremy, de Paris (?)

tout d’ abord je tiens a vous dire a quel point votre blog m’a interpellé. Déja parce que je projette également la conception d’ une boutique érotique et ensuite parce qu’ il est bien compliqué de mener a bien un projet de creation d’ entreprise sans élément pertinant et indispensable qui permette de mieux évaluer le marché.

Leyla, de Paris

Je suis actuellement en train de monter ma boite : un boudoir, erotic shop au féminin comme il y en a tant, et si peu, en France. Je souhaitais savoir si à votre connaissance, une étude ou des chiffres clés avaient été publiés sur la l’apparition de ces nouveaux sex shops pour femmes

Françoise, de MMM.

Je suis propriétaire d’un local commercial à MMM. et je suis en train de rédiger un bail pour un sexchop. Le locataire ne souhaite pas cette appellation, […] De plus je ne souhaite pas trop que l’activité dérive vers des cabines collectives et plus….Jusqu’aux cabines individuelles, ça me va, mais après…
Sinon votre site est super! mais je n’ai pas retrouvé l’article d’une étudiante sur les interview des salariés et “nettoyeurs de cabines” de sexshop.

[Note : l’article sur le nettoyage est ici]
D’autres demandes en commentaire d’un blog sur le Marché du sex shop

Derrière le rideau

J’ai entendu parler, récemment, de cette personne, professeur d’une université, recrutée dans une autre université, qui avait en douce fait modifier la page d’accueil du site internet de son département pour y placer ses nouvelles coordonnées, ainsi que les coordonnées du secrétariat de sa nouvelle université. Ainsi, les étudiants qui cherchaient à s’inscrire dans le master de l’université “Sigma Mu” se retrouvaient-ils à téléphoner à l’université “Phi Alpha”…
Les services de “Sigma Mu” ont mis un petit moment avant de s’en rendre compte et de fermer l’ancien site.
J’ai aussi entendu parler, récemment, de ce candidat classé premier au recrutement sur un poste universitaire, et dont la commission de spécialistes s’est rendu compte, ensuite, du caractère fantaisiste du CV et du rapport de soutenance (deux faux en écriture, apparemment).
J’ai aussi entendu parler dans une université, assez connue, “Pi Bêta”, d’une commission de spécialistes qui avait refusé d’auditionner certains candidats. Ces derniers, souhaitant comprendre les raisons du refus, demandent au président de la commission la consultation des rapports. Ce dernier répond, par écrit, qu’il n’y en a pas : motif d’annulation, car tous les textes règlementaires insistent sur la nécessité de ces rapports :

Les rapports doivent impérativement être écrits, signés et datés : leur caractère communicable à l’issue du concours de recrutement implique que ces rapports doivent être rédigés avec la plus grande rigueur(1) : tout manquement à ces règles élémentaires peut provoquer l’annulation d’un concours pour vice de forme.
source : le Guide du fonctionnement des commissions de spécialistes

Il est par ailleurs précisé que :

Ne doivent en aucun cas prendre part à la séance de la commission au moment de l’examen des dossiers : Les personnes dont la situation est examinée, ainsi que leurs parents ou alliés jusqu’au troisième degré inclus, ainsi que l’ancien conjoint d’un candidat.

Or la femme du président de la commission était candidate, et fut même classée.
Il est de même précisé que ne peut siéger :

Tout membre d’une commission de spécialistes, s’il a manifesté ostensiblement, oralement ou par
écrit, une animosité à l’égard d’un candidat

et qu’une personne, siégant, avait déclaré son opposition à une classe entière de candidats, les “normaliens”.
J’ai aussi entendu parler de ce livre, Petits crimes contres les humanités, de Pierre Christin, scénariste de Valérian avec Mézières, mari de Rosine Christin (l’ancienne secrétaire du Laboratoire de Bourdieu au Collègue de France) et père de Olivier Christin (l’historien)…

Salles de cours fermées, sans clé, ou sans électricité, ou sans chaises, ou sans prof, ou sans étudiants, ou sans rien… Préfabriqués provisoires devenus définitifs, bibliothèques barricadées, ordinateurs détraqués, cafet’ pourrie, gazon râpé… On est sur le campus d’une modeste université de province, où la fac de lettres et sciences humaines devient soudain la cible d’e-mails aussi vengeurs qu’anonymes…

– – –
(1) Je m’aperçois à la relecture que mes propres rapports, bien que “rigoureux”, sont rédigés souvent de manière télégraphique. Il faudra que je passe à un style plus narratif la prochaine fois.

Le coeur et les marges

Selon les relevés de l’APUR (l’Association parisienne d’urbanisme), il y avait à Paris :

année      2000   2003   2005
sex-shops   118    123    111

Soit une chute brutale de quelques 7% en deux ans… La disparition du petit commerce ?
En étudiant les données de la BD-com (la base de données de l’APUR), on peut constater qu’en l’espace de cinq années, seuls 99 magasins restent en place (au même endroit, sous le même nom) sur les quelques 133 qui ont existé, à un moment où à un autre entre 2000 et 2005. 99 magasins solidement implantés et 34 plus fragiles ?
Mais c’est en fait le coeur qui est attaqué : onze magasins disparaissent de la rue Saint-Denis et des environs (Faubourg Saint-Denis, Bd. Bonne Nouvelle, Bd. Saint-Martin…), quelques uns du boulevard de Clichy.
Et les marges se peuplent : Certains magasins repérés par l’APUR ouvrent à l’extérieur de ces quartiers : Boulevard Magenta, Square Sainte-Croix de la Bretonnerie. Mais globalement, les repéreurs de l’APUR ne considèrent pas comme appartenant à la catégorie un ensemble de magasins ressemblants, de l’extérieur, plus à des magasins de lingerie féminine qu’à ce qui est considéré comme relevant des sex-shops. Les marges sont floues. Ainsi “Yoba”, “Amours, délices et orgues“, “1969”, “Dollhouse“, “Rykiel Woman” échappent à l’oeil classificatoire de l’Association parisienne d’urbanisme (mais pas à celui du Guide Musardine du Paris Sexy).
Ces derniers magasins échapperont-ils à un autre regard taxinomisant, celui de l’administration des finances, qui s’est intéressé de prêt à la taxation des sex-shops. Dans le Code Général des Impôts, il est ainsi précise, à l’article 235 ter MB que :

Le prélèvement spécial prévu à l’article 235 ter L s’applique également aux bénéfices industriels et commerciaux imposables à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés réalisés par les établissements mentionnés au 4° de l’article 279 bis.

Certes, certes… mais encore faut-il expliciter cela.
L’article “235 ter L”, auquel il faut se reporter, précise qu’ “un prélèvement spécial de 33 % est perçu sur la fraction des bénéfices industriels et commerciaux imposables à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu qui résulte de la production, de la distribution ou de la représentation de films pornographiques”
Il semblerait donc à première vue que l’absence de films permette d’échapper à cette taxe.
Mais le quatrième alinéa de l’article 279 bis (auquel l’article 235 ter MB renvoie) déclare lui que le taux réduit de TVA ne s’applique pas

aux prestations de services ainsi qu’aux livraisons de biens réalisées dans les établissements dont l’accès est interdit aux mineurs en raison de leur caractère licencieux ou pornographique, soit en application de l’ordonnance n° 59-28 du 5 janvier 1959 réglementant l’accès des mineurs à certains établissements, soit en vertu des pouvoirs de police que le maire et le représentant de l’Etat dans le département tiennent des articles L 2212-2, L 2212-3 et L 2215-1 du code général des collectivités territoriales.

Le 279bis n’est donc plus basé sur les films, mais sur le “caractère licencieux” des magasins, et, parce qu’il constitue la base du 235terMB, étend probablement la taxe spéciale à ces sex-shops “lingerie”…
Chaque article renvoyant (outre à des articles interne au code des impôts) à des textes de loi, et donc à des débats parlementaires, il m’est pour l’instant assez difficile de comprendre le contexte de la naissance cette surtaxation et les justifications qui ont pu y être attachées. Mais il semble bien que les établissements qui s’interdiraient d’eux-mêmes aux mineurs courent un petit risque de “prélèvement spécial”…

Jurisclasseur pénal

Le Jurisclasseur pénal est une sorte de publication périodique nécessaire aux juristes, qui les tient au courant des évolutions permanentes du droit. Ce sont des “feuillets” réunis dans un volume. Et c’est la compagnie LexisNexis qui s’occupe de la distribution des feuillets, de manière directe : un employé de LexisNexis vient physiquement dans les bibliothèques apporter le nouveau feuillet et enlever l’ancien feuillet correspondant.
Ce qui fait que les bibliothèques sont bien up to date, mais que le sociologue ou l’historien du droit se retrouve confronté à une absence totale de profondeur historique (profondeur qui doit dormir dans les entrepôts de LexisNexis). Le Jurisclasseur est bien disponible en version électronique, mais ce ne sont que les dernières années qui le sont.
Le centre du droit parisien, Cujas, n’a ainsi aucune collection patrimoniale de Jurisclasseurs. Pire, la Bibliothèque nationale : il y a bien une sorte de collection de feuillets (non classée, à peine cataloguée, sans certitude d’exhaustivité), mais elle est considérée comme “amiantée”, donc indisponible pour les cinq à dix prochaines années, en attendant un désamiantage prévu.
Où trouver alors un Jurisclasseur ancien, mais récent ? 1991 me suffirait !

Varia

La fin de l’année scolaire est un peu chargée, et le blog est réduit à la portion congrue.
Juste deux photos sans rapport aucun entre elles, en attendant le retour de textes écrits :

Le Lapin anti-pub
Le Lapin anti-pub du métro

Un concert ?
Une conférence ? (très masculine)

Joies perverses

Deux étudiantes de Paris 8, par ailleurs membres du “Comité pour une validation équitable“, relaient dans leur blog la création d’un journal local, ayant pour titre Saint-Denis News.com. Un journal qui promet, sur son site internet “indépendance, satyre et investigation”…
J’en redemande. Surtout des Satyres… on en voit trop peu en ce moment. De la satire, heureusement, ce journal n’en propose pas, mais bel et bien de bons vieux Satyres, un peu pervers-pépères, avec l’imperméable et l’oeil nécessairement torve.

Satyrique à souhait, SaintDenisNews.com se voudra d’être aussi une véritable plateforme de journalisme d’investigation.

On sait déjà où l’investigation du créateur de ce journal se portera, non ? Une comparaison des correcteurs d’orthographe ?

La dissolution du sex-shop

En Italie, les pharmacies vendent des vibromasseurs, pendant qu’en Caroline du Sud, un député républicain tente de les interdire.

L’on trouve peu de sources cohérentes permettant de comprendre l’évolution du nombre ou de la localisation des sex-shops. On ne les trouve pas beaucoup dans les guides touristiques, très peu dans les pages jaunes… Les magazines échangistes sont plus intéressants (ils servent de ressources aux échangistes ayant besoin d’adresses), mais souvent trop éphémères : ils ne vivent que quelques années.
Cette carte de Toulouse (parue en 1977 dans le magazine semi-pornographique Elle et lui) est donc bien rare : elle recense une partie des établissements (sex shops, bars “où les couples peuvent élargir le cercle de leurs connaissances”, etc…)

Depuis 2000, un guide touristique spécifique, le “Guide Musardine“, recense et note plusieurs centaines d’adresses. Les “sex-shops” figurent de manière centrale dans ce livre. Au fil des années, c’est à leur dissolution que le lecteur assiste. Voici quelques extraits, entre 2000 et maintenant.

Musardine 2000 :

Il y a plus d’une centaine de sex-shops à Paris, la petite musardine en a visité un grand nombre, furetant entre les rayons, interrogeant les vendeurs, se délectant au passage de belles images, s’extasiant parfois devant le génie des hommes qui surent créer des objets si compliqués juste pour le plaisir de faire plaisir. Autant le dire — sans haine et sans violence –, une bonne partie de ces boutiques ne valent pas que l’on courre le risque de se salir rien qu’en y pénétrant ou de glisser sur quelque Kleenex oublié à l’entrée d’une cabine.

Musardine 2002 :

Comme nous l’avions prévu l’année dernière, les sex-shops sont de plus en plus menacés par la rénovation des quartiers où ils se sont installés. Pourtant la plupart d’entre eux ont bien résisté aux offensives combinées de la morale et de la promotion immobilière. (…) Avouons-le au risque de sembler bégueule, nous préférons aller dans des magasins plus clean, situés dans des quartiers moins ouvertement consacrés au sexe, quand il s’agit de faire nos emplettes intimes – très intimes !

Musardine 2005 :

En l’espace de quelques mois, l’usage des sextoys, en particulier pour les filles, est devenu un véritable phénomène de mode. Ansi en juillet dernier, nous apprenions que Halle Berry en personne était une cliente régulière de la boutique Pleasure Chest de Los Angeles. (…) Donc, plus d’hésitation, on y va ! Et sans hésiter puisqu’aujourd’hui les godes et les vibros sont en vente aux galeries Lafayette.

Musardine 2006 :

Le terme “sex-shop” risque de disparaître bientôt de notre vocabulaire. (…) Nous préférons désormais parler de boutiques sexy! (…) Cette révolution que nous avons longtemps appelée de nos voeux dans ce guide est enfin en cours. Le sex-shop nouveau est arrivé!

On le constate, le Guide musardine du Paris sexy n’est pas qu’une simple collection d’adresses, il tient sur les magasins pornographiques un discours esthétique. Pas un discours moral, ni un discours économique (les tenants de l’ordre moral et les promoteurs immobiliers sont dénigrés en 2002). Mais un discours esthétique : ce qui est mis en valeur c’est la propreté, le bon goût et les décisions d’achat d’actrices américaines. Le Guide musardine laisse donc de côté les sex-shops “traditionnels” en valorisant “ces boutiques charmantes, voire élégantes [qui] sont l’exact opposé du magasin sombre et dégoûtant que nous avons souvent dénoncé dans nos colonnes.”
Pas d’ordre moral, donc, mais un beau goût de classe.
Certes, mais y a-t-il encore des oppositions morales aux sex-shops ? Le cas de la rue Saint-Denis est fort intéressant : les oppositions aux sex-shops se font explicitement sur une base non-morale. J’entends déjà certains écrire en commentaire que ces déclarations ne sont que la surface, et que c’est bien un ordre moral que soutiennent les opposants. Mais il me semble au contraire important de comprendre l’abandon du registre moral, ainsi que ce qui le rendait utilisable auparavant. Car les premières oppositions à l’implantation des sex-shops, au cours des années 1970, se fait bien sur une base morale, explicitement. A cette époque, le registre moral n’était pas seulement un registre permettant une mobilisation, ou une “monté en généralité” des arguments, c’était aussi un registre juridique et politique. Certaines forces cherchaient à représenter l’ordre moral. Et la notion de “bonnes moeurs” était protégée par un article du code pénal. Aujourd’hui, le code pénal a abandonné l’outrage aux bonnes moeurs. Le registre moral ne mène plus nulle part.
Les sociologues avaient cependant construit la notion de “croisade morale” (ou, pour citer Howard S. Becker, d'”entreprise de morale”) qui permet assez bien de rendre compte des mobilisations collectives contre ces magasins. Aurait-on donc affaire à une “croisade morale” sans morale ?
Un élément de réponse se trouverait dans le fait que le passage de la mairie du deuxième arrondissement de Paris de la droite (et la droite dure) à la gauche écologiste en 2001 n’a pas changé grand chose à la volonté du personnel politique élu de limiter l’implantation des sex-shops (et des peep-shows) rue Saint-Denis. Le maire du deuxième arrondissement déclare alors qu’il “n’y a pas de volonté de moraliser le quartier” (dans Le Parisien, 27 mars 2006) en commentant son rôle dans le remplacement de certains magasins par des commerces d’un autre type. C’est au nom de la tranquillité publique que les actions sont menées.
Recherche de la tranquillité et croisade esthétique se conjuguent pour faire disparaître les ambiances glauquissimes des sex-shops

Mes autres billets sur ces magasins

Les Putes (point org)

Il y a quelques mois, la Marche des trans – Existrans reprenait des formes de mobilisation — et de visibilisation dans l’espace public — dérivées des parades gaies et lesbiennes, les gay prides. Il y a quelques semaines, c’était au tour du groupe Les Putes de proposer une “pute pride”. Pour comprendre, tout d’abord, regardons ensemble deux reportages sur la Pute Pride (i>Télé et France3).
On constate que le répertoire de la “pride parade” n’explicite pas tout. Les parades mettent en valeur une succession de combinaisons identitaires (gay/techno, lesbienne/hard-rock, LGBT/chrétien, HEC/gay-lesbiennes, etc…) sous un même parapluie. La “pute pride” reste mono-identitaire (et l’on pourrait croire aussi à une sorte d’usage tourné vers la dérision ou l’ironie de certains codes des manifestations publiques gaies et lesbiennes).
La “pute pride”, beaucoup plus, semble répondre directement au constat problématique que fait Lilian Mathieu au début de son ouvrage, Mobilisations de prostituées :

pourquoi les individus qui se trouvent dans les situations les plus défavorisées et les plus dévalorisées, qui vivent dans les conditions les plus précaires, les individus soumis à des formes multiples de domination, de marginalisation ou de stigmatisation, sont-ils aussi ceux qui se révoltent le moins contre cette situation négative

La situation prostitutionnelle devient ainsi un cas “paradigmatique”, un cas extrême permettant d’accentuer certains traits. Mathieu analyse alors différentes mobilisations publiques (occupations d’églises dans les années 1970, tentatives de constitution d’un mouvement transnational dans les années 1990, actions “communautaires” dans le cadre de la lutte contre le sida…). Il porte son attention non seulement sur les ressources collectives (soutien d’associations…) mais aussi sur les “ressources individuelles” qui favorisent l’investissement dans l’action collective : “L’investissement dans l’action sociale peut ainsi apparaître comme une stratégie plus ou moins consciente de rattrapage, de reclassement, ou de repositionnement social.”

Esso tigré

La semaine dernière, Le Tigre a tenté un poisson d’avril. Le Tigre, hebdomadaire curieux, sans publicité, réalisé entièrement à l’aide de logiciels libres… déclarait accepter une offre de la compagnie ESSO — qui souhaitait devenir actionnaire majoritaire.
Un bon nombre de lecteurs a cru que, comme Libération, Le Tigre, dès le troisième numéro, se pliait aux “règles du marché” : la rédaction a reçu lettres et mails, coups de téléphones… demandant des explications ou le remboursement d’un abonnement.

La Une de cette semaine revient sur “un poisson d’avril trop réussi”.

(Tiger Party du 29 mars dernier)
mise à jour : Billet du Hibou philosophe sur le poisson, billet de Benoît Le Globuleux.