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L’affaire Olesniak, épisode 9

sweden with loveL’affaire Olesniak — cette concierge de Pigalle qui diffusait des films porno dans sa loge — a duré depuis suffisamment longtemps. Et, comme les policiers et les juges, j’ai bien envie de la conclure et de refermer le dossier. En voiture, donc, pour toute une série d’auditions, un peu longuettes, mais qui vous donnera une idée de ce que l’on trouve dans les archives judiciaires.

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*     *

Fin février 1969, une semaine après son mari, Isabelle Roix rencontre le juge. Toute volonté de rebellion a disparu, et ce sont même des paroles de contrition qui sont prononcées.

(…) Je ne juge pas très beau ce que nous avons fait, et nous ne sommes pas prêts de recommencer. Nous l’avons fait, pressés par le besoin de nous procurer de l’argent. Mon mari désirait obtenir un concordat ; le syndic lui avait dit qu’il était opportun qu’il puisse disposer d’une certaine somme d’argent lorsque la question du concordat serait étudiée.
Je ne connais pas l’homme qui a amené mon mari à imprimer les livres intitulés « Vice sans fin » et « Vicieuse et versa » et la revue intitulée « Sexus ». J’ai vu cet homme deux fois, en mai 1968, je crois. Je ne sais même pas si je le reconnaîtrais. Les nom et prénom Bénard Claude que vous énoncez ne me rappellent rien.
Cette personne devait être au courant des difficultés financières de mon mari parce qu’elle a insisté, après des refus successifs de mon mari pour qu’il accepte ce travail d’impression. Finalement et pour faire face à des échéances, mon mari a accepté.
Et il a conservé un certain nombre de ces livres et revues parce que celui pour le compte duquel il les a imprimés ne l’avait que très partiellement payé.
Mon mari a vendu de ces livres et revues un peu partout, dans des kiosques et librairies, mais je ne connais personnellement aucun acheteur.
La seule relation de mon mari sur le plan de la vente des livres, revues et films, que je connaisse, ce sont les époux Olesniak. C’est le portier d’un cabaret de strip tease qui a conseillé à mon mari d’aller voir les époux Olesniak, en les lui présentant comme des gens très versés dans le commerce de ce genre de marchandises.
Je situe fin octobre ou début novembre 1968 le premier contact entre mon mari et les époux Olesniak. Mon mari m’a dit ensuite que les Olesniak étaient très intéressés par des films. C’est cela qui nous a déterminés à nous rendre dans le courant de novembre 1969 en Suède ; ce fut pour moi le seul tel voyage, pour mon mari le premier de deux voyages.
Nous n’avons pas du tout préparé le voyage auquel j’ai participé. Sur des revues vendues en France, il était facile de relever des adresses. Et nous nous sommes adressés à une telle maison, choisie au hasard. Nous nous sommes rendus en voiture en Suède. J’ai eu l’impression que nous nous adressions à un grossiste ou demi-grossiste. Mon mari a acheté un certain nombre de films, peut-être aussi, mais je ne peux l’affirmer, des revues.
(…)
Ni à l’occasion du voyage que j’ai fait avec mon mari, ni à son retour du deuxième voyage qu’il a fait seul (début décembre, je crois) je n’ai vu de photographies obscènes.
Je ne me suis à proprement parler occupée moi-même des relations commerciales de mon mari avec les époux Olesniak qu’en janvier, lorsque j’ai fait plusieurs démarches chez eux pour obtenir le paiement des films flous ; mon mari devait entrer à l’hôpital, nous avions besoin d’argent et il ne pouvait plus s’occuper lui-même de la question.
(…)

C’est une histoire un peu triste que raconte Isabelle Roix. Son mari s’est fait rouler par une personne plus roublarde… mais comme Claude Bénard ne sera pas retrouvé, impossible d’avoir sa version de l’affaire.
«C’était pour des raisons financières» : l’argent n’excuse pas, mais peut-être que, si l’argent est nécessaire, il excuse un peu.
Philippe Roix se retrouve donc avec un stock de revues et de livres, imprimés sans être payé (n’a-t-il pas touché une avance ?). Il va chercher à les écouler : et Pigalle lui semble être le lieu idéal. On lui indique les Olesniak. Les Olesniak lui demandent des films. Il part à la recherche de films. Petit à petit — mais plutôt rapidement — Philippe Roix se retrouve engrenagé dans la circulation des objets pornographiques.

Raymonde Olesniak est interrogée à son tour par le juge, fin février 1969 :

Depuis le 19 décembre 1962 (…) je tiens le dimanche seulement, le poste de vente, c’est à dire le kiosque à l’angle du **** et de ****. Je suis payée sous la forme d’une commission sur la marchandise vendue.
C’est à l’occasion de cette activité que j’ai été sollicitée à de nombreuses reprises par des démarcheurs, nord-africains et métropolitains, inconnus, lesquels m’ont proposé d’acheter auprès d’eux, puis de revendre, des revues pornos. J’ai finalement accepté d’acheter un certain nombre de revues. J’ai commencé à faire cela dans le courant de l’année 1967. J’ai toujours vendu ces revues chez moi dans ma loge, donc jamais dans le kiosque.
Dans la mesure où je m’en souviens, j’ai acheté les titres suivants : « Good night », « sexus », « emotion », « climax », « Naktspiel » [sic]. Je payais les revues en noir et blanc 10 francs l’unité et le revendais 20 francs. Je payais les revues en couleur 30 francs l’unité et les revendais 40 francs.
J’estime avoir en tout acheté ainsi 90 revues.

Raymonde Olesniak précise donc, finalement, son implication : qui remonte ici jusqu’en 1967. Elle affirme ne rien avoir vendu auparavant, alors qu’elle tenait ce kiosque depuis 1962.

Monsieur Philippe, dont je sais maintenant seulement qu’il est monsieur Philippe Roix, est venu me trouver vers la fin de 1967 ou tout au début de l’anneé 1968 dans ma loge. Il m’a vendu des livres intitulés « Vices sans fin » et « Vice et Versa ». J’en ai acheté une dizaine au prix de 15 francs l’exemplaire, pour le revendre 30 francs.
Lors de sa visite suivante, M. Roix m’a livré les revues « Sexus », « Emotion », « Climax » et « Naktspiel » ça devait être vers juin ou juillet 1968.
Quelques jours plus tard, M. Roix est revenu cette fois il m’a apporté des films. Il en avait 40 mais je n’en ai pris que 20 ; je ne les ai pas pris tous car certains étaient de mauvaise qualité, flous. J’ai payé ces films au prix de 180 francs l’exemplaire et je les ai revendu au prix de 300 francs les bons et 250 francs les moins bons. J’ai vendu à peu près tous les films de cette première livraison.
Après mon retour de Pologne, et avant le retour de mon mari, c’est à dire entre le 16 août et le 9 septembre 1968, Monsieur Roix m’a livré une deuxième fois des films, autant que la première fois. Je n’ai pas vendu la totalité de ces films.
Puis, vers le début du mois de décembre 1968, M. Roix a déposé chez moi 14 films de mauvaise qualité en me demandant d’essayer de les vendre.
Environ 15 jours avant notre interpellation par la police (16 janvier), Mme Roix est venue déposer 10 films pour que j’essaie de les vendre. Je n’ai vendu aucun de ces 14 derniers films ; j’en ai confié 10 à un nord-africain qui ne me les a jamis payés ; c’est un prénommé Ali ; le 16 janvier, environ 1/2 heure avant l’arrivée de la police, ce Ali était venu me demander 10 films pour lesquels il prétendait avoir un client ; en fait, il m’a amené la Police ; je ne l’ai plus revu ; il ne m’a évidemment pas payé les films.
(…)

Pour Raymonde Olesniak, les choses sont claires : c’est “Ali” qui lui a amené les policiers, et sciemment, semble-t-elle dire. Elle déclare cela devant le juge : cette dénonciation n’apparaît pas dans les rapports rédigés par les policiers. Cette tentative de détourner le regard vers “Ali”, si elle intéresse le sociologue, laisse le juge de marbre. Il n’oublie pas, lui, que la perquisition chez les Olesniak a trouvé une centaine de revues d’origine suédoise ou danoise, environ 225 photographies, 18 gravures, 7 livres et 12 films… soit un nombre de revues plus élevé après vente qu’après achat (J’estime avoir en tout acheté ainsi 90 revues.). La minimisation est en partie une stratégie de survie : la douane, qui se porte partie civile, réclamera (aux six inculpés) en première instance “62600 Fr (pour tenir lieu des marchandises non saisies) et 125000 Frs, amende égale au double de la valeur des objets de fraude“, soit quelques 160 salaires ouvriers moyens à l’époque…

Au début de l’année 1967, j’ai acheté 7 films auprès de Sayed. J’en ai vendu 2 et j’ai gardé pour moi les 5 autres parce que je les trouvais bons. Je n’ai plus revu Sayed depuis très longtemps. J’ignore ce qu’il est devenu.
A l’époque, il était gardien d’un immeuble de la rue des Martyrs ; il a disparu en laissant des dettes un peu partout.
C’est Ali qui m’a envoyé tous les clients, c’est à dire tous ceux qui ont acheté chez moi des livres, des revues et des films.
(…)
C’est encore Ali qui m’amenait les clients pour la projection d’un film. Il ne m’amenait chaque fois qu’un client ; je ne sais pas ce qu’il demandait au client, à moi il donnait 50 francs pour la projection d’un film. (…)
J’ai procédé à des projections gratuites de films pornos, lorsque nous avions des amis à la maison. C’est pourquoi j’avais gardé les cinq films de Sayed.
(…)

“Sayed” sera identifié par la police (il est né en 1917 en Algérie)… mais il ne sera pas retrouvé, ni localisé. Le dénommé “Ali” ne fera l’objet d’aucune recherche officielle. Ou s’il y a eu recherche, les traces d’icelles ne figurent point dans le dossier de procédure.
L'”entrée” de Mme Olesniak dans le marché des films date — dans sa déposition — aussi de 1967 : mais du tout début de l’année.

Vous me demandez pourquoi j’ai fait ce qui m’est reproché.
Originaire de Pologne, ayant perdu sa famille au début de la guerre de 1939, mon mari a appris en 1966 qu’un frère et une sœur étaient encore en vie de même que ses parents. Mon mari a donc pu renouer avec sa famille ; il a appris que certains de ses parents étaient dans la misère. Il leur a envoyé des colis et de l’argent dès 1966. Désireux d’aller revoir les siens en Pologne, il a du au préalable se faire naturaliser français. En 1968, nous avons pu nous rendre en Pologne. Le désir de réaliser ces projets nous a fait accepter de faire ce qui nous est reproché, parce que nous y avons vu une source possible de revenus supplémentaires.

Mme Olesniak donne ici la dernière des raisons expliquant son implication dans ce petit commerce : aider la Pologne. C’est ici que la petite histoire rencontre la grande histoire : la famille de son mari a été détruite par l’invasion allemande de la Pologne, il a du s’exiler (en Allemagne comme travailleur forcé, puis en France) et a perdu tout contact avec ses parents. En 1945, des recherches effectuées par la Croix Rouge n’avaient rien donné. Il retrouve la trace d’un frère et d’une soeur vingt ans plus tard.

Une semaine plus tard, le juge lance une “commission rogatoire”… Un document l’intéresse, et il souhaite en savoir un peu plus.

Dans le véhicule automobile des époux Roix a été découverte une lettre écrite le 5 janvier 1969 par le sieur Marteau Bertrand, demeurant 49 route d’*** à ***. Cette lettre est ainsi rédigée : « Monsieur, il y a environ 8 jours je vous ai fait parvenir de l’argent (50 F français) pour une petite commande. Depuis, aucune nouvelle, je sais que avec les fêtes de fin d’année, cela retarde un peu le courrier, ou par hasard seriez-vous en congé. En tout cas d’un sens comme d’un autre, j’espère que vous me donnerez des nouvelles d’ici peu, ce qui me fera bien plaisir, car je suis très content de votre revue Sexus. En attendant veuillez croire, Monsieur, en mes amitiés et ma confiance les plus sincères. Voici ce que j’ai commandé : Sex seeing, revue de couples de 32 pages, 15×21 »

J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien faire entendre en qualité de témoin le sieur Marteau (ou Morteau) lequel donnera toutes explications utiles sur ses relations avec le nommé ou la nommée Roix, sur les conditions dans lesquelles il a connu ces personnes, sur les conditions dans lesquelles il a été amené à commander et à recevoir telle marchandise qu’il précisera, à tels prix qu’il précisera également

La gendarmerie d’un département situé au nord de Paris auditionne alors Bertrand Morteau, qui est “pontonnier” (militaire du génie chargé de la construction des ponts mobiles)

C’est bien moi qui suit le signataire de la lettre en date du 5 janvier 1969. J’avais adressé cette lettre à un dénommé Curesti 16 place de *** à Bruxelles (Belgique) afin de commander la revue « Sex Seeing revue des couples de 32 pages » en précisant que j’avais fait parvenir un mandat de 50 francs français.
J’avais été contacté directement par lettre en novembre 1968 afin de savoir si je voulais recevoir cette revue. Cette lettre m’avait été adressée par le dénommé Curesti. J’ignore comment celui-ci a pu obtenir mon adresse.
(…) Je n’ai jamais eu aucune relation avec la nommée ou le nommé Roix et je ne connais aucunement ces gens.
Comme je viens de le déclarer, j’avais commandé cette revue au reçu de la lettre du nommé Curesti lequel m’avait fait parvenir un exemplaire d’une revue sexuelle. J’ai détruit cet exemplaire. (…)

La piste “Curesti” n’est pas suivie, ni par le juge, ni — auparavant — par les policiers. Et Philippe Roix n’aura à répondre à aucune question à son sujet. C’est que la force de travail policière n’est pas extensible. L’affaire telle qu’elle a été construite ici “tient” toute seule :

Olesniak -> Roix -> Bénard (l’imprimeur)

D’autres affaires auraient pu être construites :

Olesniak -> Roix -> Curesti …

ou

Ali -> Olesniak -> …

mais sans certitude de réussite, et au prix d’une mobilisation importante. Or cela fait déjà deux mois (janvier – mars 1969) que l’Affaire Olesniak a débuté.

On ne peut pas lire les archives policières ou judiciaires comme des romans policiers. Elles commencent comme. Certes. Mais elles n’offrent aucune conclusion logique : le lecteur à la Pierre Bayard trouvera d’autres coupables. Le sociologue ou l’historien n’en a cure.

 

L’ensemble des épisodes de L’Affaire Olesniak est disponible ici. : categorie -> Olesniak.

heures complémentaires

Les mailing-listes ont chauffé aujourd’hui, avec une missive (en PDF) annonçant une augmentation du taux horaire des heures supplémentaires.
heures complémentairs
Il s’avère que c’est un canular, un faux grossier déclare même un collègue.

Un démenti officiel est rapidement tombé, et je crois effectivement que c’est un faux grossier. Il y a toute les recettes d’un bon troll dans cette lettre : langage trop direct, mauvaise foi.
Ce qui est significatif en revanche, c’est la vitesse à laquelle elle a fait le tour des universitaires et donc du crédit qui lui a été porté.
source : griffonages

Le faux n’est pas si grossier que ça… le mauvais scan d’une lettre officielle ressemble à ce que l’on reçoit assez souvent : la forme y est.
J’aime bien les canulars… et j’aimerais bien savoir quelle est son origine.

Mise à jour : voici le démenti ministériel :
heures complémentaires démenti

Deuxième mise à jour : le ministère va porter plainte :
Le ministère victime d’un “faux courrier” et porte plainte :

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est victime d’un “faux courrier” intitulé “charges d’enseignement et heures complémentaires”, qui “évoque une augmentation de la charge d’enseignement des enseignants chercheurs pour réduire le déficit public”. Le ministère oppose un démenti formel à ce faux et va porter plainte pour faux et usage de faux auprès du procureur de la République.

Trois petites choses à lire

Choisir le bon personnage par Gérard Rimbert :

Dans le même genre, des jeunes en errance (drogue, prostitution et tout le tralala) disent qu’ils “mettent une disquette” quand ils servent à l’éducateur un récit pour éducateur, au psychologue un récit pour psychologue, etc.

Unmistakeably German par Romain Garcier :

Citroën lance ces jours ci en Angleterre sa nouvelle berline, la C5. La campagne de publicité convoque, en s’en moquant, l’imaginaire géographique lié aux voitures de qualité. Le slogan est imparable : « New Citroën C5. Unmistakeably German. Made in France. » La vidéo de la pub met en scène une espèce d’aristocrate en culotte de peau dans une Bavière suprakitsch…

Affres scientifiques, par David Madore :

Si κ est le premier point fixe de α↦בα, est-ce que l’étape Vκ de la hiérarchie de von Neumann est close par Σ0-Remplacement ? (Ça me surprendrait parce que κ n’est pas si grand que ça, mais je n’arrive pas à trouver de contre-exemple.)

Liste (11?)

  • En Chineil ne faut pas voyager avec des DVD pornographiques (et c’est le moindre des inconvénients, certainement). [merci S.G.]
  • Gay scientists… have isolated the Christian gene :
  • Viceland fr me consacre une petite interview… “socio-cul”. L’interview a été réalisée par mail, et je pensais que tout ce que j’avais écrit serait repris, mais non, les propos ont été écourtés. Hmmm… Le mieux dans l’interview, c’est, de toute façon, la photo qui l’accompagne, prise par Jean-Denis Bellot au début des années 1970, et visible sur flickr : En sortant du bureau.
  • coulmont.com perd trois places au classement wikio des blogs scientifiques. Comme on dit… une de perdue…
  • Identités politiques – Eric Fassin ouvre un blog sur mediapart. Son premier billet : “Trop (noir ou femme), ou pas assez ?
  • Blogueurs, série de photographies par Antoine Doyen

Mains, chaussures

Autres temps, autres moeurs…

Ce fut à l’instigation de Pompidou et de René Brouillet que, en février 1959, de Gaulle accepta de présider le bal de l’Ecole(1), où plusieurs normaliens refusèrent ostensiblement de lui serrer la main ; de Gaulle, froissé, ne retourna jamais dans un établissement universitaire en France, tout en demandant instamment à en visiter lors de chaque voyage à l’étranger, et veilla à s’entourer de normaliens et d’universitaires qui manifestaient, par leur présence à ses côtés, que tous les normaliens ne participaient pas à cette rébellion.
source

Pour l’Elysée, «les sectes sont un non-problème» en France titra Libération-point-fr il y a quelques jours. Et la mission de vigilance contre les dérives sectaires (miviludes) est réduite à une instance de production de rapports. Les commentaires d’une partie des lecteurs de cet article laissent croire qu’une alliance occulte entre un président et Tom Cruise est à l’origine de cette annonce. [Un commentaire bien meilleur a été publié ici même.]
L’année dernière, dans le métro, j’avais photographié un graffiti au message similaire :

Eglise de $arkologie

Cirées ? Vernies ?
Sarko Chaussures

Notes :
(1) L’Ecole… Il s’agit bien évidemment de l’Ecole normale supérieure…

Liste, liste liste

Sexe (changements de) : Hermaphrodisme pour convenance personnelle :

Lors de son procès, dont les archives sont conservées jusqu’à aujourd’hui, le juge demanda à Hall s’il était homme ou femme : il répondit qu’il était les deux.

Université : Les étudiants sont nuls, et comment y remédier.
Politique : Kill Hill : racisme et sexisme dans la campagne américaine
Droit administratif : Rendez-vous le 27 février à 10h, pour une “partie orale”
Antisémitisme (accusation d’) : Militant connu d’extrême droite et major de l’agregation d’histoire du droit (du coup, les historiens du droit avaient peur… mais n’ont plus peur !)
Conseil national des universités et qualification des professeurs. Philip Milburn proteste… à travers un “conte socio-illogique” :

Le cauchemar du/de la sociologue ou les sabotiers aux pieds nus
Conte presque imaginaire
Par Merlin le Désenchanteur,

Imaginez, mes chers consœurs , mes chères confrères, un monde incroyable et dépassé ou notre collectivité des sociologues serait encadrée par un Conseil supérieur, sorte de Conseil de l’Ordre semblable à celui des médecins des pharmaciens ou des juristes, issu d’une époque où la France des Corporations suçait des pastilles Vichy. Imaginez que ce Conseil de l’Ordre des Sociologues Supérieurs et Universitaires, ce COSSU, ait le pouvoir considérable de dire qui est suffisamment digne d’appartenir au cercle savant et d’accéder aux strates supérieures de l’Ordre. Un tel COSSU aurait une assise bien virile. Pourtant, dans ce monde là, les sociologues défendent souvent desidées très progressistes sur l’égalité des chances et ne veulent laisser aucune place aux discriminations ou aux à prioris (sic) sexistes. La dominance masculine dans sa chefferie est due, croyez le bien, au pur hasard et non à des déterminismes qui échapperaient au contrôle des sociologuessur leur propre société savante ! Cela paraît évident. Aussi comment expliquer l’aventure singulière que je m’apprête à vous conter ? Une jeune sociologue, appelons-la Viviane Laffé, sollicite (…)

Liste de choses (9)

Playboy : et hop, encore un rêve réalisé… je suis apparemment cité dans Playboy (n°87, février 2008).
Trader flou ? : Olivier Godechot, l’auteur d’une sociologie des Traders, répond. D’ailleurs depuis une semaine son “téléphone n’a pas arrêté de sonner” :

Les journalistes travaillent dans l’urgence et sont en compétition les uns avec les autres pour produire de l’information. On ne saurait les en blâmer. Mais cela donne lieu à des interactions curieuses.
– Est-ce que cela vous serait possible de le relire d’ici une demie-heure ?
– Madame, je suis à Nantes en déplacement.
– Vous n’avez pas un Blackberry ?
– (?)

J’apprécie énormément ses commentaires sur le travail journalistique !
Oiseau Bleu décrit le monde de l’entreprise : L’Oiseau Bleu sur youtube (sur Dailymotion aussi). L’Oiseau Bleu (Arnaud Aymard) sera au théâtre de la Boule Noire en mars 2008. J’ai vu ce spectacle il y a un an et je le recommande : c’est de l’humour à tiroir.
Monde de la recherche :

Hungry Turkey : Un extrait vidéo hilarant d’un jeu télévisé américain. Tout : l’accent, les mimiques, l’ironie du présentateur, la shamelessité de la candidate… Tout, donc, est fort réjouissant.
Histoires de la sociologie : Quelques saintes trinités sociologiques sur Scatterplot, le blog… En France, seraient plutôt mentionnés Trois Mousquetaires nationalisés : Marx, Tocqueville, Durkheim, Weber… avec Planchon-Simmel … puis Gurvitch, Stoetzel, Aron, Friedmann… puis Crozier, Touraine, Bourdieu, Boudon… puis qui…? Beaud, Boltanski, Lahire et de Singly ?

Je lis en ce moment l’autobiographie de Michel Crozier (ne me demandez pas pourquoi) et aussi celle de Henri Mendras. On y perçoit, dans ces deux textes, sorte de complexe face aux Normaliens agrégés… que je n’avais pas totalement saisie (sûr, probablement, de la légitimité de ma propre noblesse, et conscient, certainement, de l’affaiblissement structurel du rôle de l’ENS dans l’academia) :

Laissons parler Crozier (né en 1922, ancien élève de HEC, docteur en droit) :

“J’avais trente-six ans. J’avais bien déjà une ceraine réputation, mais je restais un électron libre dans le milieu français. Je n’étais ni normalien, ni journaliste de gauche, ni économiste. Je ne gravitais pas autour des facs de droit, ni de la naissante ENA. Ma seule légitimité, c’était la recherche et mes amis américains.
Cette légitimité n’était absolument pas reconnue en France. Quelques années plus tard encore, je me souviens d’un propos tenu par un jeune collègue normalien qui me fut fidèlement rapporté : “Crozier, c’est un aigri.” “

Il présente déjà, il me semble, cette définition en creux de lui-même dans un texte de 1984… au lieu de présenter ses capitaux : les choses lui arrivent comme par miracle (ou alors parce qu’il a d’étranges intuitions qui marchent). Ses opposants sont simplement plus bêtes que lui. Au lieu d’essayer de décrire ses échecs pédagogiques… il préfère écrire “ils n’ont jamais compris…”
Vous voulez des exemples ? page 199 : “J’eu beaucoup de difficultés à faire comprendre cette thèse. Ni Alain Touraine ni Raymond Boudon ne comprenaient le concept de rationalité limitée. Aron lui-même (…) ne comprit pas vraiment la logique que je poursuivais.” Remarquons en passant que les trois interlocuteurs de Crozier sont archicubes.
Page 201 : “Factuelle mais plutôt mesquine [la note de lecture] ne laissait rien entrevoir de l’originalité du livre, que le recenseur n’avait manifestement pas comprise.” (Ce recenseur stupide doit être normalien…)
Page 202 : “François Wahl, en effet, qui supervisait la branche économique et sociologique (aux Editions du Seuil) était un philosophe qui ne comprenait rien à mes raisonnements” [Michel Crozier revient à l’attaque page 260 : “Ce fut une déception pour moi car, je l’ai dit, cet homme intelligent, encore jeune, ne comprenait ni mon objectif ni mon raisonnement.”]
Quand on rapproche ces citations de ce que Crozier écrit quelques pages plus loin, on rit. Page 207 : “il y avait pénurie de sociologues, les universitaires patentés étaient ennuyeux et les jeunes étaient illisibles. Comme j’écrivais de façon claire, j’émergeais facilement du lot.”

Laissons le conclure et présenter Pierre Bourdieu : “un jeune normalien aux dents longues” … “typique d’une génération de normaliens qui voulaient faire carrière en sociologie et qui, fort de leur excellence au concours, se croyaient autorisés à régler leurs compte aux anciens qui encombraient la place.” Crozier, vieux avant l’âge, devait se sentir visé.

Henri Mendras, me semble, à la lecture de son autobiographie, beaucoup moins désagréable… On me l’a même décrit aujourd’hui comme un “gentil nounours”. Chose étrange, il se décrit comme “timide”. Et Crozier aussi, décrit une forme de timidité maladive… Je ne fut pas surpris quand, ce matin, j’ouvris Esquisse pour une auto-analyse de Pierre Bourdieu, une petite non-autobiographie, dans laquelle il décrit sa grande timidité. [En passant : tous les trois décrivent aussi avec luxe de détail leurs modesties.] Pour être sociologue, il fallait être timide et modeste… je n’aurais jamais réussi !

Je terminerai par une question. Crozier mentionne, en passant, un texte d’un sociologue gauchiste dans lequel il serait décrit comme “le grand Zorcier”… Mais ce champion du name dropping ne donne pas les références. Une lectrice les aurait-elle ?

Mise à jour (14/1/2009 : J’ai trouvé la référence au Grand Zorcier.

Archiver et diffuser des vidéos sur internet

Depuis que j’ai switché il y a trois ans, je ne cesse de découvrir émerveillé les possibilités offertes par Mac OS X, le système d’exploitation des ordinateurs Apple, et par les programmes disponibles. Ci dessous, une liste de choses utilisées de temps en temps, soit pour des supports de cours, soit pour mes archives personnelles, soit pour diffuser mes interventions publiques ou celles de collègues (exemple 1, exemple 2…)

  • ffmpegx http://www.ffmpegX.com/ pour convertir des fichiers audio ou vidéo (par exemple du “real vidéo” ou “real audio” en MP4 / MP3, mais aussi un grand nombre d’autres formats)… Très efficace, notamment, pour transformer les émissions de radio disponibles en .rm en fichiers MP3 utilisables ailleurs (ce qui arrive avec certaines radios invitant des collègues mais diffusant en .rm et pas en MP3).
    ffmpegX permet aussi de créer des fichiers au format .flv : pour héberger sur son blog les vidéos que youtube ou dailymotion refusent (exemple ici, en bas de page). L’intérêt des fichiers .flv étant leur lisibilité sur tout ordinateur équipé de Flash, c’est à dire la quasi totalité.
  • cocoajt (http://jeanmatthieu.free.fr/cocoajt/) et sa fonction “magnétoscope”, pour enregistrer sur son disque dur des émissions disponibles uniquement en streaming (il est souvent nécessaire de trouver l’URL du fichier .ram, d’ouvrir ce fichier avec un éditeur de texte et de donner à cocoajt le long url commençant par rstp: et se terminant par .rm… La procédure est similaire pour les fichiers .asx / .wmv). Les journaux de France2, France3 ou Arte deviennent ainsi téléchargeables.
  • snapzproX, http://www.ambrosiasw.com/utilities/snapzprox/, un peu cher, mais très utile pour les copies d’écran vidéo, ou pour extraire rapidement un morceau de vidéo. Je m’en suis souvent servi.
  • MPEG Streamclip, http://www.squared5.com/ : très utile pour extraire des morceaux de fichiers vidéo (la touche “i” pour identifier le début de la séquence, “o” pour la fin…). Convertit aussi ce qu’il arrive à lire dans d’autres formats.
  • isquint, http://www.isquint.org/ : programme simple de conversion vidéo pour ipod. Littéralement un seul bouton.
  • handbrake, http://handbrake.fr/ pour transformer un dvd en fichier mp4
  • audacity, http://audacity.sourceforge.net/ pour éditer des mp3… gratuit mais un peu complexe et absolument pas intuitif.
    Si votre temps est précieux : acheter wiretap studio d’Ambrosia Software est peut-être rentable… surtout si vous avez besoin d’enregistrer en plus d’éditer.
  • Autres : Perian et Flip4Mac étendent Quicktime au delà de ses capacités initiales
  • Une partie de ces programmes sont disponibles aussi sur d’autres systèmes (windows, linux…), mais, je ne sais pas vraiment pourquoi, je n’ai jamais réussi sur un PC à faire ce que je fais sur Mac.
    Pour terminer : les Mac sont livrés avec iMovie, un programme qui permet d’éditer des vidéos dès qu’on a réussi à les importer… souvent la phase la plus complexe.

Hygiénismes

Au fur et à mesure que les non-fumeurs retrouvent l’usage des espaces collectifs (universités, restaurants, cafés…) meurent les dernières protestations. La dernière en date, marquante, étant celle de Robert Castel : Mort aux fumeurs, un peu embrouillée par l’addiction.
J’ai essayé, par esprit de comparaison, de dénicher des protestations équivalentes visant les interdictions de cracher dans les lieux publics. En novembre 1846, par exemple, une ordonnance royale interdit de cracher dans les trains. La peur de l’époque n’est pas le cancer, mais la tuberculose. Trouverai-je un Honoré de Castel dans une tribune du Journal des Débats, qui pourrait commencer ainsi…

Il faut se réjouir que la décision soit enfin sur le point d’être prise d’interdire de cracher dans tous les lieux publics. Pourront ainsi être punis des individus assez inconscients ou assez cyniques pour s’autoriser à écouter un menuet dans une taverne en expectorant quelque mucosité, ou à terminer un bon repas entre amis en accompagnant leur café ou leur cognac d’un gros molard.

Mes recherches furent trop rapides, et je n’ai rien découvert : peut-être parce qu’au XIXe siècle, l’espace des opinions publiques était différemment structuré… On trouve bien quelques textes mentionnant des protestations, mais c’est pour les ridiculiser… je ne trouve pas ces protestations elles-mêmes. Ainsi, par exemple, cet extrait d’un livre d’Eugène Fournières glorifiant le bon sens ouvrier :
Eugene Fourniere Ouvriers et Patrons 1905
“Inutilement vexatoire” : il semble bien que certains aient protesté vigoureusement contre ces mesures d’hygiène publique. Mais la Ligue des Anticracheurs — fondée en 1901 et remarquée par les Annales d’hygiène publique et de médecine légale(1901, série 3, n° 46, p.567-568) — fut victorieuse… et les cafés, trains et restaurants plus agréables.
Vivement le 2 janvier…

Censures…

Une correspondante, qui travaille dans un collège du Nord de la France, m’écrit :

dans mon bureau j’ai internet mais je ne peux pas accéder à ton site/blog car le filtre de l’inspection académique me dit:

Le contenu de ce site n’est probablement pas conforme à l’exigence de qualité attachée au service académique d’accès à l’internet

ça m’a bien fait rire.

Ça me fait moins rire… A part quelques billets ironiques et quelques sous-entendus légers, j’ai du mal à comprendre où, exactement, l’exigence de qualité m’aurait fait défaut. Il n’y a même pas de publicité sur coulmont.com (à part quelques liens vers amazon)… Ainsi mes (maigres) biblio de cours — à mettre à jour, je m’en rends compte –, mes cartes, mes articles… sont inaccessibles aux élèves de lycée au lycée. Si elles ne constituent probablement pas mes lectrices principales, ces lycéennes peuvent se demander quand même ce que fabrique un sociologue professionnel.

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Sans commune mesure, mais de manière connexe, François phnk Briatte détourne la censure chinoise en hébergeant un texte de science politique banni dans l’Empire du Milieu.
Y aura-t-il une bonne âme pour héberger quelques godemichés sociologiques bannis par l’inspection académique ?