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Homologie structurale

La collection Que Sais-je? ressemble parfois aux couvertures du Point, ou à celle de l’Express

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La lutte des graffs

Depuis quelques temps, un artiste multiplie ces dessins :

(voir aussi ici)
et il décline ces dessins en pendentifs et t-shirt (le « street-art » n’est pas directement rentable, mais il est rentabilisable).
Ces dessins sont devenus l’objet d’une lutte, non pas des services de nettoyage de la ville de Paris — qui, j’imagine, n’apprécient pas trop les graffitis — mais d’un groupe de riposte féministe :

[cette] imagerie […] nous semble dangereuse car sacralisant l’image du fœtus. Son dessin confond très clairement fœtus et bébé («areuuh», vraiment ?) et le discours qui accompagne son œuvre semble présenter le fœtus comme symbole qui dépasserait la question du choix des femmes

Ce groupe utilise donc les foetus-de-trottoir comme support matériel de leurs revendications :

Une cartographie des foetus est disponible, qui vous permet de trouver votre foetus à graffiter (c’est le côté “open-data” du féminisme 2.0)
J’appelle ça la lutte des graffs.

Les combinaisons du cœur

Le style télégraphique des annonces matrimoniales publiées par le Chasseur français à la fin des années quarante ouvre la porte d’un monde perdu.

François de Singly, dans un texte célèbre Les manœuvres de séduction (RFS, 1983), avait analysé un corpus de 645 annonces (datant de la fin des années 1970).
Un autre article, que je ne connais pas “Images de la femme et du mari, les annonces de mariage du Chasseur français (RHMC, 1980).

Et sur internet : ilovebanco (avec quelques pages scannées); ici aussi; des annonces de 1924

Dis-moi ton prénom…

J’ai reçu, suite au billet sur les prénoms et les mentions au bac, un grand nombre de demandes. “Je m’appelle Axelle, c’est quoi mes statistiques ?” ou “Je n’arrive pas à voir où se trouve Simon sur le graphique”… etc…
Voici donc une réponse collective à toutes ces demandes, le Projet mentions :

Cet outil, disponible sur https://coulmont.com/bac/, vous permet de trouver quelle fut, en 2012, la répartition des notes des candidats portant un prénom donné. Il vous donne une liste de prénoms ayant le même profil de notes, et il compare graphiquement la répartition des notes de ce prénom à la répartition moyenne. Il vous suffit d’entrer un prénom dans le formulaire [sans accent, sans cédille, sans apostrophe].
[Aides diverses apportées par Etienne O*, phnk/Fr., Cyrille Rossant…]

Prendre une veste

Si je continue à passer à la télé, il va falloir acheter une autre veste :

(Penser aussi à élargir la palette de couleur des chemises)

Le Vortex

Le lien entre le prénom et la fréquence de mentions “Très Bien” au bac continue à m’intéresser, en ce qu’il révèle une structure sociale sous-jacente, et la complexité des stratégies culturelles des parents.
Mais jusqu’à présent, j’avais proposé quelques analyses “statiques”. Or le monde des prénoms évolue chaque année. Les Léa d’aujourd’hui ne sont pas celles d’avant-hier.
Se pourrait-il que les prénoms évoluent ainsi ?

On aurait une sorte de “vortex” : les prénoms naissent, à petits effectifs, dans des milieux artistes (les professions des arts et du spectacle), qui sont certes très innovants, mais qui n’idolâtrent pas les diplômes, leur préférant la libre expression du génie personnel. Ces prénoms (certains d’entre eux du moins) sont ensuite repris par des groupes plus enclins à maximiser les profits de l’investissement scolaire. Ces groupes, plus nombreux, font augmenter la fréquence du prénom et, simultanément, sa propension à capter le profit (ici la mention).
Ensuite, le prénom a atteint une certaine surface sociale, il est connu, il est peut-être identifié aux classes supérieures, mais entre dans les classes moyennes ou les professions tirant de l’école un profit secondaire aux autres capitaux dont ils peuvent disposer. La pression à la mention diminue. Les prénoms gagnent en popularité, ils sont presque les plus fréquents…
Et enfin, ces prénoms commencent à perdre en fréquence et à recevoir moins de mentions TB que la moyenne des bacheliers. Ils sont adoptés par des groupes exclus de la répartition des profits scolaires.

Ca, c’était la théorie. Est-ce que la réalité s’accorde avec la théorie ? J’ai comparé les résultats nominatifs au bac général et technologique en 2008 et 2011. Mes données portent sur plus de 600 000 individus.

cliquez pour avoir le graphique en PDF

Le mouvements des prénoms entre 2008 et 2011 est représenté par des flèches de couleur. Si les flèches vont “vers la droite” alors les prénoms ont plus de mentions TB en 2011 qu’en 2008. “Vers le haut” : les prénoms deviennent plus fréquents parmis les bacheliers (en haut du graphique sont placés les prénoms très fréquents). Les flèches violettes (Paul, Alice, Juliette, Louis, Louise, Alexis, Hugo…) représentent des prénoms relativement peu fréquents, et qui deviennent populaires dans des “groupes à mention”. Les flèches rouges (Camille, Marie, Pierre, Mathilde, Manon, Lea, Alexandre, Antoine, Maxime, Marine) des prénoms qui, tout en devenant plus populaires, perdent en mention TB, et les flèches oranges (Thomas, Pauline, Marion, Nicolas, Julie, Guillaume, Claire, Charlotte, Julien, Romain) des prénoms qui, globalement, sont sur le déclin au début des années 1990 (quand naissent les bacheliers de 2011).

La réalité est grosso-modo en accord avec la théorie. Il semble y avoir une relation qui pourrait être expliquée comme je l’ai fait. D’ailleurs, si on regarde ce qui se passe avec ces groupes de prénoms, les uns continuent à “grimper” après 1993 (année de naissance moyenne des bacheliers de 2011) et les autres à perdre des places.

Mentionnons quand même les précautions suivantes :
1- je n’ai pas de données longitudinales, mais juste 2 dates, qui concernent des populations différentes. Je ne peux donc pas suivre un prénom le long du vortex, mais juste repérer des prénoms à deux moments différents (ce qui permet de repérer la direction du courant du vortex).
2- il y a des prénoms qui ont un comportement non prévu par la théorie (les flèches bleues sur le graphique) : ces prénoms (Hélène, Cécile, Rémi, Sébastien, Laure, Olivier…) perdent des places, mais gagnent des mentions.

Vous êtes ici. Là !

C’est peut-être le besoin de se rassurer, de s’assurer qu’on n’est pas seulement ici, mais bel et bien , qui fait se rencontrer le bout d’un doigt et la carte des stations.

Quand j’étais petit, et que Paris était une ville étrangère, ces zones arrachées m’indiquaient où j’étais : il suffisait de les repérer pour pouvoir ensuite s’orienter. Les traces d’usage collectif remplaçaient fort bien le “Vous êtes ici” accolé à certaines cartes. Crowdsourcing avant l’heure, objectivation d’une combinaison du volume de fréquentation de chaque station et de son caractère touristique. Aujourd’hui, dans la plupart des stations, les cartes sont protégées par un film plastique, qui empêche d’user trop vite la zone de la station.

En 1994, une artiste italienne, Paola di Bello, avait photographié, dans les 350 stations du métro, ces zones. Pour ensuite en reconstituer une grande carte du métro, sur lesquelles les stations étaient soumises à la disparition paradoxale. On trouve quelques explications de sa démarche sur le site de Paola di Bello.
Note : Ce billet est un effet secondaire de la lecture de Petite sociologie de la signalétique : Les coulisses des panneaux du métro.

Identification et exposition

Les graffitis sont partiellement en voie de patrimonialisation. On pourrait transformer une série d’anecdotes en corpus : 1- Des livres racontent les grandes heures des graffiteurs d’y il a trente ans. 2- Certains revendiquent pour leurs oeuvres l’étiquette de street art, et si c’est de l’art, c’est pour les musées. 3- De rares personnes accèdent au statut de “grand”, d’autres restent encore anonymes.
Mais parfois les dessins faits sur les murs peuvent dorénavant être attachés à des noms : les taggueurs avaient une signature, ils ont maintenant un corps, susceptible d’identification.
Or les instances d’identification, dans le monde contemporain, sont en concurrence, parfois. Les unes parient sur l’unicité, support de la grandeur géniale :

To the Los Angeles Museum of Contemporary Art, Revok is a renowned artist whose bright, sprawling work is worthy of display in its latest exhibit.

Les autres parient sur l’identité, qui permet de rattacher un corps à une trace :

To the Los Angeles County Sheriff’s Department, Revok is Jason Williams, also known as inmate No. 2714221.

Un article récent du Wall Street Journal s’amuse à poursuivre la concurrence entre musées et polices. Les premiers, en arrachant les tags de l’anonymat, participent à l’identification d’artistes… qui sont encore, dans l’état actuel des choses, soumis aux formes disciplinaires propres à la police.

“This is really the first time in the history of law enforcement that we’re making significant gains on identifying who the [graffiti] taggers are, and building a case against them,” says Lt. Vince Carter, who heads the sheriff’s graffiti unit. “We’re in this war against graffiti and we’re doing everything to stop it.”
In years past, authorities usually didn’t go out of their way to prosecute the artists, most of whom use pseudonyms to protect their identities.
Now, law-enforcement officials in major cities around the country are sharing information, creating catalogs of graffiti work by artist.

La joie policière : réussir à identifier les taggueurs. La joie muséale : réussir une belle exposition de taggueurs (mais juste des “meilleurs”, ceux dont le nom est remarquable). Il semble donc bien que le chemin vers l’état de “grand” passe désormais par la case prison (au sens du monopoly aussi, avec des amendes forfaitaires). Oh ! ironie que cette validation institutionnelle du charisme…
P.S. : si vous pouviez m’aider à identifier les artistes du coin, je vous serais reconnaissant.

Dans les rayons

Vous aviez peut-être suivi l’annonciation, suivie d’une mise à l’épreuve, et de la nativité. Voici venu le temps de l’ascension dans les rayons de toutes les bonnes librairies.
Sociologie des prénoms se trouve maintenant en librairie (preuve en est la photographie ci-contre). Et il y a de bonnes chances pour qu’il se trouve dans une librairie indépendante près de chez vous.
Que faire maintenant ? L’aider à voler de ses propres pages et réfléchir sérieusement au suivant. Les bonnes nouvelles que le CNRS vient de m’envoyer [“J’ai l’honneur de vous informer que votre accueil en délégation a été accepté par les instances d’évaluation du CNRS.“] devraient faciliter cela.

Morin, Tintin

Morin :

 
Tintin :

 
Morin :

Tintin :

 
Morin :

Tintin :

 
Et pour finir : Morin