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Archive for 2006

Sociologie, sexualité et réticences à répondre

Les enquêtes sur la sexualité sont certainement aussi difficiles à réaliser que les enquêtes sur les revenus. Voire plus difficile, car les revenus sont pour partie connus du fisc, et que ce dernier, en estimant par exemple le nombre de clients d’une boulangerie, peut se faire une idée du chiffre d’affaire. L’observation des comportements sexuels est peu fréquente (ou limitée et restreinte à des contextes où elle fait partie de la relation : voyeurisme / exhibitionnisme, échangisme, saunas…). Les enquêtes par questionnaires souffrent du scepticisme a priori des profanes : personne ne dirait la vérité, les gens tricheraient avec leurs actes privés, les chercheurs seraient dupes des réponses, seraient naïfs.
Dans un article fameux [Béjin, André, “La masturbation féminine : un example d’ estimation et d’analyse de la sous-déclaration d’ une pratique”. Population, 1993, 48: 1437-1450, disponible sur JSTOR], André Béjin analyse les réponses à quelques questions au sein d’une enquête sur la sexualité des Français et des Françaises, réalisée au début des années 1990, l’enquête ACSF. Dans cette enquête – réalisée principalement afin de mieux connaître les pratiques sexuelles pour mieux lutter contre les risques de transmission des maladies sexuellement transmissibles – deux questions portaient sur la masturbation. Une question « directe », qui demandait aux personnes interrogées si elles s’étaient déjà masturbées. Une question « indirecte », qui s’intéressait à l’efficacité de la masturbation pour aboutir à l’orgasme.
Béjin va s’intéresser aux réponses féminines, et principalement à deux choses. Premièrement il constate une forte différence entre la proportion de réponses affirmatives à la question directe dans l’enquête ACSF d’un côté et les réponses à des questions sur la masturbation dans diverses enquêtes américaines ou allemandes (les Américaines seraient plus masturbatrices). Deuxièmement, il s’intéresse précisément aux incohérences entre les réponses à la question « directe » et les réponses à la question « indirecte ». La question indirecte n’étant pas « filtrée », même les personnes ayant répondu « non » à la question directe ont du répondre à la question indirecte. Alors que les réponses des hommes sont comparables entre les deux questions (une proportion semblable d’hommes déclarent s’être déjà masturbé et avoir atteint un orgasme par la masturbation), les réponses des femmes ne le sont pas : un nombre non négligeable de femmes ayant répondu « non » à la question directe déclarent pourtant aboutir à l’orgasme plus ou moins facilement en se masturbant.
Les sceptiques diront : “ah ah, c’est bien la preuve qu’on vous ment”. Et ils jetteront le bébé avec l’eau du bain (parfois en pensant que seules des enquêtes “qualitatives” donneront des résultats de “qualité”). Ce n’est pas ce que cherche à faire Béjin.
Ce dernier va tenter de travailler avec les réponses données, et « redresser » les chiffres. Il appelle « masturbatrices sincères » les femmes qui répondent « oui » à la question directe (ces « sincères » peuvent répondre « non » à la question indirecte, c’est à dire trouver peu efficace la masturbation), « non-masturbatrices » celles qui répondent « non » aux deux questions et « masturbatrices réticentes » celles qui répondent non à la question directe et oui à la question indirecte. Si l’on additionne les populations des catégories « sincères » et « réticentes », on obtient une population de « masturbatrices » qui représente plus de la moitié des femmes interrogées (et non plus 4 sur 10).
Le « redressement » le plus important a lieu pour la tranche d’âge la plus jeune (18-24 ans) : seul un tiers des jeunes femmes répondaient « oui » à la question directe (proportion issue de l’enquête ACSF), alors que plus de deux tiers des mêmes jeunes femmes sont repérables au moyen de la méthode de Béjin. Au lieu d’être une pratique plus rare que la fellation ou le cunnilingus, ou une pratique expérimentée par les femmes après l’entrée dans une sexualité avec un partenaire, la masturbation pourrait être maintenant décrite comme une des formes de l’entrée dans la sexualité.
L’étude de l’insincérité apporte ainsi quelques résultats intéressants. Il faut toujours associer, à la valeur brute des chiffres issus d’enquêtes statistiques, les conditions de leur construction.

Synthèse des données sociales à Paris

L’APUR (association parisienne d’urbanisme) propose une étude de synthèse sur Paris. Une mine synthétique pour tout étudiant !
Obèses à ParisLes données ne sont pas extraites d’enquêtes propres de l’APUR mais de l’INSEE, du rectorat, de la DARES… Comme cette carte des enfants obèses des écoles de Paris.
Certaines autres données, sur le logement par exemple, comme la carte des foyers de travailleurs migrants, proviennent directement de l’APUR.
L’ensemble permet de se faire une idée rapide des différences sociales remarquables à Paris : au 16e s’oppose le 19e ou le 20e (par exemple en terme de lieux insalubres), au centre s’oppose les arrondissements extérieurs (par exemple en terme de nombre de commerce ou de “part des familles”).

Mais comment faites-vous ?

A plusieurs reprises, ces dernières années, j’ai, sans le vouloir, étonné certains bloggueurs en citant leurs textes, ou en laissant un commentaire sur leur site. Exemples :

Comment es tu tombé dessus, pour l’instant on est introuvable !

ou

D’ailleurs, comment avez-vous eu l’adresse du blog, j’ai pu voir que vous aviez mis l’information sur votre site (nous ne l’avions pas encore communiquée) ?

ou encore

Mais comment fait-il pour être au courant si vite, je n’avais même pas mis de lien. Je suis sûr qu’une armée d’esclaves prédoctorants enfermés dans un bunker sous-terrain scrute la toile 24h/24 à la recherche de la moindre allusion au Maître…

Eh non, je n’ai pas d’armée d’esclaves… Mais encore il y a peu, je recevais un coup de fil d’une webmastrice s’étonnant d’un lien vers son blog (un projet collectif) qu’elle n’avait pas rendu public. Ou du moins pas volontairement.
Il importe alors de préciser que tout ce qui est publié sur internet est, par défaut, public. Les hébergeurs de blogs, a priori, proposent tous une chose, le ping. A chaque fois qu’un article est publié, la machine (n’entrons pas dans les détails techniques) va sonner des annuaires de blogs : technorati, weblo.gs, icerocket, ou autres. Le ping informe ces annuaires ou ces moteurs de recherche spécialisés qu’un nouvel article a été publié, et les annuaires viennent chercher, automatiquement, l’article. Pas seulement l’article : ils indexent aussi le nom du blog, et le nom (ou le pseudonyme) de l’auteur… tout ce qui se trouve, en fait, dans le fil RSS ou ATOM créé par l’hébergeur. Certains blogueurs pensent ainsi qu’en ne publiant pas, sur leur site, leur nom, ils sont anonymes, alors que le fil RSS, lui, le propose.
Il n’est donc pas nécessaire de dire à d’autres personnes physiques que votre blog existe : par défaut, l’ensemble des moteurs de recherche le saura très vite.
Il est aussi relativement simple de s’abonner à des recherches particulières. Imaginons, par exemple, que, comme Phersu, je sois fan de Nabuchodonosor. Je peux demander à google (blogsearch.google.com) de m’avertir dès qu’un blog contient ce mot particulier. Ou une combinaison de mots, comme “Ségolène Sarkozy”. Il suffit alors parfois d’une seule minute après qu’une bloggueuse a appuyé sur le bouton “publish” pour que l’on m’avertisse qu’un nouveau billet sur le roi Nabuchodonosor vient d’être publié. J’ai comme cela une série d’alertes en place : sur mes sujets d’intérêt ou de recherche, comme les Eruvim, sur mon université, sur certains magasins, sur certaines personnes. Et, contrairement à ce que croient certains de mes interlocuteurs, je suis loin d’être “le seul à faire ça” : j’ai pu remarquer que certains mots étaient fort suivis.
Et ces systèmes font que : publier “sur” votre blog garantit que cela n’y reste pas. Un service comme bloglines re-publie et conserve le contenu des billets (ce qui permet à certains auteurs dont le serveur est mort de retrouver parfois assez facilement des années de publication).
Comment remédier à toute cette publicité involontaire ?

1- regardez les “options” de votre fil RSS et demandez à ce qu’il ne soit pas généré ;
2- ou alors à ce qu’il ne comptienne qu’un extrait de votre blog ;
3- demandez à ce que votre blog ne soit accessible que par mot de passe ;
3bis – désactivez le ping ;
4- si vous testez l’apparence de votre futur blog, lorem-ipsoumisez le. Le Lorem Ipsum évite la dolor que peu amet ;
5- faites attention au nom d’auteur choisi, au “sous titre” du blog… à tout ce qui sert à sa description ;
6- faites des fautes d’orthographe volontaires : Nabuchaudinosaure… mais cela ne changera pas grand’chose : j’ai presque plus de visiteurs cherchant des “sexchop” (ouille !) que de connaisseurs de l’orthographe correcte. Et google a tendance à corriger de lui-même, maintenant.

J’ai pour politique de corriger sur demande : si j’ai cité “trop vite”, j’enlève le passage en question. Mais malheureusement pour vous, l’alexandrin que je vais publier, comme ce que vous avez publié… s’est déjà-t-envolé vers de verts pâturages.

Paris 8 et des blogs, suite

[note : ce billet a été réédité à plusieurs reprises depuis sa publication originale le 31 août. Une liste des blogs de Paris 8 est tenue à jour ici]
La section UNEF de Paris 8 est passé de blogger à un autre promoteur gratuit (elle y perd au change en terme de lisibilité : seuls les skyblogs sont plus affreux qu’over-blog).
Hady Ba est un doctorant de Paris VIII, en philosophie, avec un intérêt pour l’histoire des sciences.
tenshigatooru / komagire est une étudiante en L1 d’Arts plastiques (rentrée le 9 octobre, attention).
Automatic-lover entre lui aussi à Paris 8, en licence de lettres si mes informations sont correctes.
Educ en folie, prochainement étudiante à l’université “de Vincennes” à Saint-Denis
Les “anciens” :
Le Département de sociologie, “RSS since may 2005
Dirty Denis, en master de sociologie ;
Vu d’Ailleurs, idem (et Antoine Doyen, qui semble être définitivement passé de la sociologie à la photographie)
Je suis toujours à la recherche de blogs d’étudiants ou d’enseignants de Paris VIII, donc n’hésitez pas à en proposer en commentaires.
(J’ai il y a quelques mois proposé une liste de blogs, une autre liste, et encore une liste, mais ces étudiants blogueurs ont en partie cessé d’écrire.)
Mise à jour
Jenn, étudiante américaine, arrive à Paris :

Second day, waaaay less exciting. I had a hard time waking up, but finally did. It was my first day of orientation. We went over basic information, and on Thursday we will be taking a placement exam to determine our level, and then work on which University we will be attending. Paris VIII, St. Denis sounds like it would be good for me. We’ll see.

Je pense que le “We’ll see” sera fort intéressant !
Talulu, étudiante en Licence de Psychologie à Paris 8.
Le Texte étranger :

Ce blog est conçu pour être un lieu d’échange et d’information pour les étudiants attachés au Master Littérature : Textes, Langues, Théories et au Texte étranger, groupe de recherche du Département d’Etudes Littéraires Anglaises (DELA), de l’Université de Paris 8.

Stéphane Bonnery, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Paris VIII.
Le tout nouveau Blog du département d’anthropologie (sur l’affreux over-blog)… apparemment (et je cite) :

La situation du département au jeudi 7 septembre 2006 peut se résumer en trois points :
1. La Licence d’Anthropologie est ouverte au niveau L3, mais nous accueillerons des étudiants à partir de 90 ECTS, soit 15 EC environ (retirer un dossier d’équivalences au secrétariat).
2. La Maîtrise d’Ethnologie n’est plus ouverte qu’en “extinction de cohorte”, c’est-à-dire que les étudiant(e)s déjà inscrit(e)s à ce niveau pourront se réinscrire pour terminer le diplôme.
3. Le DEA “Anthropologie et sociologie critiques du développement et des échanges” est fermé, et ne subsiste plus que dans le cadre de l’IEDES à Paris I(une convention sera bientôt signée).

Le blog, lui aussi tout nouveau, de Béatrice David, maîtresse de conférence au même département d’anthropologie :

Ce blog s’adresse principalement à quiconque suit ou est susceptible de suivre mes enseignements au département d’Anthropologie de l’Université Paris 8. Cette page personnelle est centrée sur mes activités d’enseignement.
(source

Mutafukaz

Coulmont caricatureDans un monde finalement pas si lointain mais assez étrange, des petites figurines colorées en plastique (des “Qee”) sont collectionnées par des fans (pour les ignorants, voici une gallerie de Qee). Run a créé quelques uns de ces jouets pour adultes. Mais son grand projet semble être une bande dessinée en trois tomes, Mutafukaz, dont le premier volume, Dark Meat City, vient de sortir. J’ai eu la chance de pouvoir le lire presque en avant-première, et avec une dédicace-caricature.
Le plus intéressant, dans ce livre, semble être le fouillis des inspirations (il y a un chat à appareil dentaire sans doigts, des allusions à des présentatrices télé) et l’instabilité de la position de l’auteur : il y a un carnet de travail à la fin du livre, avec certains matériaux utilisés par la suite dans la BD ; l’introduction fait apparaître un narrateur-auteur ; et au milieu du livre “Run” lui-même — ou son double fictionnel — s’amuse à sauver les personnages principaux. Et en plus, il y a une “vraie histoire”. A lire, avec, en parallèle, la critique radicale de Los Angeles par Mike Davis, City of Quartz.

Pluton et les astrologues.

Les astrologues vont-ils suivre les astronomes et enlever Pluton de leurs jolis diagrammes ?

les astrologues ne se font pas trop de mouron. Sûrs de leur fait et de leur business, ils préfèrent vivre cette déclassification, basée sur des critères scientifiques, comme un épisode de plus dans la bataille qui les oppose aux astronomes. Ces derniers étaient un millier à voter la relégation jeudi, à 15 h 30. «Etrange, 15 h 30, c’est exactement quand Pluton était dans sa zone de levée», constate Yves Lenoble.
source : libération

Même réaction du côté des astrologues américains :

“Whether he’s a planet, an asteroid, or a radioactive matzo ball, Pluto has proven himself worthy of a permanent place in all horoscopes,” says Shelley Ackerman, columnist for the spirituality Web site Beliefnet.com.
source : St Paul Pioneer Press

Les astrologues ont même des blogs, où ils organisent la résistance :

Astrologically speaking, we will still use him in our charts. We will not be shrinking our palette of planets. Astrologers are not so whimsical as to throw him out- we know better. It’s taken several decades to figure out his role as it relates to Astrology, and he has become a potent and invaluable part of an Astrological interpretation- transformer, healer and symbol of what lies in the subconscious (individual and, especially, collective). Besides, Scorpio is unlikely to give up its very own ruling planet without a fight.
source :Astrology a la carte

On se demande comment faisaient les astrologues avant 1930 (et la découverte de Pluton) et, plus récemment, quand des corps célestes plus gros que Pluton ont été découverts.

So “hot” it’s on fire : un pyromane dans le sex-shop

adult bookstore on fire floridaLe client d’un sex-shop de Floride, après avoir passé un moment dans une cabine vidéo, déclare au vendeur que, suite à son plaisir coupable, pour être en paix avec sa “conscience coupable”, il est obligé de mettre le feu au magasin. Il retourne dans la cabine, lui met le feu à l’aide d’essence et met ensuite le feu au reste du magasin en s’éloignant tranquillement.
J’ai eu l’occasion de parler des problèmes posés par le nettoyage des cabines (et du sale boulot associé), et là, la solution est radicale (et prise en charge par le client lui-même). On a aussi l’impression de voir une sorte d’exorcisme fou. Les télévisions locales américaines en font bien entendu leurs gros titres, avec nombre de jeux de mots et de double entendres.
Lien vers les reportages, format Quicktime : A Porn Shop Inferno

Police: Man With ‘Guilty Conscience’ Sets Sex Shop Fire
Authorities in Miami are searching for a man captured on surveillance video setting fire to an adult sex store minutes after leaving a porn video booth and telling a clerk he had a “guilty conscience.”
Investigators said a man recently visited the Bird Road Adult Shop located at 74th Ave. in Miami after 3 a.m. and entered a video booth.
The report said the man left the video booth, walked up to a clerk and said he was sorry and that he had a “guilty conscience.” The man then allegedly told the clerk that he was going to have to burn the building down.
The man was videotaped dumping a flammable liquid into the aisles and into his video-viewing booth and then setting the liquid on fire.
The clerk tried to pull the man out of the booth, but the customer continued to spread flammable liquid, and set the rest of the shop on fire, police said.
As flames spread around the store, customers and employees fled.
“With the flames that you can see from the video, very, I mean with the accelerant he used, (it was a) very explosive situation,” Miami Detective Robert Williams said. “You have people from these booths running through the flames.”
“Running for their lives?” a reporter asked.
“Running for their lives in order to get out of this building,” Williams said.
Police are still searching for the man. Arson of an occupied building can carry a life prison sentence.

Dans le même ordre d’idée :

Porno For Pyros: Arson At Bird Road Porn Shop
Caught On Camera: Arsonist Setting The Fire
Jawan Strader
Reporting
(CBS4 News) MIAMI Police want to know why a man walked into a Bird Road adult book store, apologized to a clerk on duty, and then, drenched the place with a flammable liquid and set the store full of people on fire. First, though, they have to find him. (…)

Le travail de vendeur de sex-shop n’est pas de tout repos !

France Culture : Guerres culturelles américaines

J’étais invité, ce matin, d’une émission de France Culture (coordonnée par Frédéric Martel) sur les Guerres Culturelles américaines, avec Pascal Riché (de Libération), Philippe Roger de l’EHESS et Justin Vaisse. Ma prestation ne m’a pas totalement convaincu, mais les autres invités rattrapent l’affaire. L’émission (qui, outre le débat d’une heure, propose deux documentaires sur la politique culturelle américaine) est podcastée, grâce à un fichier MP3 de 185 mégaoctets (sic) ! [Ou alors, vous avez un fichier mp3 beaucoup plus petit, 13méga, ici : Les Guerres culturelles continuent (partie “débat” uniquement).]
Mise à jour : Une émission remarquée par Guillemette Faure

Le scrouyou

Dans une décision peu remarquée (sauf ici et ) , l’OAMI (l’Office de l’Harmonisation dans le Marché Intérieur) a autorisé l’usage européen de la marque “Screw You” pour des objets vendus en sex-shop (préservatifs, sex-toys et pompes à sein de classe 10). L’Office avait tout d’abord, en 2004, refusé, arguant que

By letter dated 3 November 2004 the examiner informed the appellant that the trade mark was not eligible for registration pursuant to Article 7(1)(f) of Council Regulation (EC) No 40/94 of 20 December 1993 on the Community trade mark (‘CTMR’) (OJ EC 1994 No L 11, p. 1; OJ OHIM 1/95, p. 52). The examiner stated that the word ‘screw’ was, among other things, a coarse slang term equivalent to the word ‘fuck’ and the expression SCREW YOU was a profane expression used to insult a person.
source : décision R0495_2005-G (PDF)

Dans la décision de première instance, c’est sur la notion de moralité publique que l’Office s’appuyait. “ (…) the Office could not accept for registration a trade mark which offends public decency or generally accepted principles of morality
Le requérant a alors souligné la subtile différence entre “fuck” et “screw”, moins violent (“screw you” a été utilisé dans le dessin animé “Les Simpsons” sans susciter d’émois particulier). L’Office, par une décision de seconde instance, est d’accord, et souligne même que

In relation to artificial breasts and breast pumps of a type that is normally sold exclusively in sex shops, the Board considers that the relevant consuming public is unlikely to be perturbed by the use of the term SCREW YOU as a trade mark.
[En ce qui concerne les seins artificiels et les pompes à poitrines d’un type vendu habituellement exclusivement en sex shop, le Bureau considère que le public-consommateur idoine n’a que peu de risque d’être perturbé par l’usage du Scrouyou en tant que marque.]

Est-ce une défaite de la moralité publique ? La décision est une demi-mesure, proposant des standards de moralité différents suivant les espaces commerciaux.
Pour aller plus loin : Les implications légales du mot “fuck” : Christopher M. Fairman, “Fuck” (March 7, 2006). ExpressO Preprint Series. Working Paper 1087.
Mise à jour : Le Petit Musée des Marques du juriste Frédéric Glaize, propose une explicitation bien plus détaillée que la mienne : “Screw You” : appréciation de l’ordre public et des bonnes moeurs par l’OHMI

Guides, communauté, propreté

Le Guide Musardine du Paris Sexy, j’ai eu l’occasion d’en parler (ici par exemple) propose depuis quelques années une sélection d’officines faisant commerce, à un degré ou à un autre, du sexe. Il a peu de concurrents, sinon le Guide du Kokin (sic), qui en est à sa deuxième édition, et France Coquine, édité par Le Petit Futé depuis 1998, et qui s’intéressent à la France entière (et aussi à la Belgique).
La longévité du guide France Coquine et la stabilité de ses rédacteurs en fait une source d’information intéressante. Les adresses recueillies sont intéressantes ; mais le projet est probablement d’une plus grande ampleur.
Dans les années 1950-1960, les premiers guides touristiques à destination spécifique d’un lectorat homosexuel proposent une mise en liste et une mise en carte des bars et autres lieux de sociabilité. Martin Meeker, dans Contacts Desired, a étudié en ce sens une série de guides gays américains : “Not until the early 1960s with the publication of the guidebooks could a national sexual geography be known with any specificity — and a specificity that could be known on a mass scale.” (Meeker, p.216) Un travail d’objectivation est donc réalisé par des “communautés sexuelles” elles-mêmes, et se trouve au cœur de leur entreprise de construction identitaire.
Il me semble que ces guides français du commerce sexuel s’inscrivent dans le même contexte : ils permettent à la fois une entrée dans un monde peu connu, un parcours possible dans ce monde, et une cristallisation, selon certains principes, des frontières de ce monde. Prenons par exemple l’édition 2005 de France Coquine :

Sensibles aux différents problèmes rencontrés par les professionnels du monde libertin (autorisation d’exister, autorisation d’ouverture tardive, amalgame entre lieux de libertinage et lieux de prostitution, censure de couverture de magazine, etc.) l’idée nous est venue de créer un syndicat afin de fédérer, de professionnaliser et de responsabiliser les dirigeants travaillant dans ce secteur d’activité.
[…] Le but du [Syndicat Interprofessionnel des Exploitants d’Enseignes Libertines] S.I.E.E.L est de fédérer les établissements accueillant le public libertin, les boutiques pour adultes, les médias de la presse de charme et les sites web pour adulte afin de défendre la liberté d’exister, de travailler et de protéger le public libertin. L’adhésion au S.I.E.E.L. ne sera proposée qu’aux établissements ayant un numéro Siret, autrement dit, il ne sera pas ouvert aux associations loi 1901.
Les adhérents du S.I.E.E.L. devront especter un cahier des charges strict comme par exemple, la propreté, la mise à disposition gratuitement des préservatifs, le respect des tarifs affichés, la non vente de prestations corporelles (massages et autres), etc…

Ce guide propose donc bien la délimitation de frontières professionnelles. Il est encore plus explicite quand il décrit l’expérience possible des clients des sex shops et construit à partir de ces expériences un groupe de magasins à ne pas fréquenter. Guide France Coquine Petit Fute

Cette sélection est […] basée sur deux critères qui nous semblent essentiels à savoir, la qualité de l’accueil et surtout l’hygiène car nous avons constaté que certains établissements qui proposent une arrière salle ou un sous-sol pour la projection de cent films et plus en cabines vidéo sont de véritables repères à microbes voire plus. Quant aux odeurs d’urine ou même pire, dans cerains cas, c’est à la limite du « gerbable »… OK, ce sont les clients qui salopent tout, comme nous l’ont affirmé les tenanciers, mais si c’était correctement entretenu dans la journée, ces endroits resteraient fréquentables. D’ailleurs certains arrivent, tant bien que mal, à garder leurs magasins et cabines relativement propres. Il fallait le dire !
source : Guide de la France Coquine, Paris, 1998, p.58

En 2003, la description est un peu plus précise encore :

Nous ne nous attarderons pas non plus sur la propreté surtout dans bon nombre de sex-shops qui proposent la « multi-projection » en mini-salles ou en cabines individuelles qui n’ont d’individuel que le nom car dans la majorité des cas, les portes sont défoncées et les murs troués. Pour égayer le tableau, il faut aussi parler des odeurs nauséabondes (urine, excrément, sperme, etc.). En attendant, il y en a qui aiment puisque ces établissements font du monde et contrairement aux idées reçues nous y avons croisé pas mal de personnes habillées assez « classe » qui ont sans doute un faible pour « l’hyper-glauque »… Bref, les sex-shops parisiens feraient bien de prendre exemple sur leurs confrères de province !
source : France coquine… et Belgique, guide de l’univers libertin 2003-2004, Paris, 2003, p.122

La question de la propreté n’est pas seulement posée par les observateurs ou les rédacteurs de guides. Le maintien de la propreté des magasins est une tâche laissée au bas de l’échelle des sex-shops, c’est un sale boulot. Les vendeurs acceptant d’être interrogé à ce sujet par des étudiants en sociologie sont donc ambivalents dans leur réponse et vont décrire principalement tout un ensemble de techniques d’évitement, qui font sens dans le cadre de leur activité, mais qui conduisent parfois à des résultats… disons, contre-productifs :

Comme j’vous ai dit, nous on suit nos cabine tout au long de la journée. Vous arrivez le matin, la cabine, bon, elle va sentir le propre. Maintenant, c’est sûr, que vous arrivez à dix heurs ou à onze heure du soir, ça va sentir un peu la transpiration, euh, les déjections, donc euh voilà. Mais elles sont propres. C’qui faut savoir, c’est : comme on les fait tout le temps, logiquement, on a toujours des cabines propres, le sceau il est vidé, le papier est fait, le cendrier il est fait. Bon si y’a un truc par terre, c’est pas euh… le mec qui est dans la rue, il va marchre sur un mégot, c’est vrai que bon, là, heu… nan, nan, c’est toujours euh… C’est toujours propre.
source : entretien réalisé par F.L. et L.M.

Un autre vendeur racontera une technique assez intéressante :

A chaque personne, je fais un tour [dans la cabine] pour voir. D’autres n’éjaculent pas forcément, y’a des papiers hygiéniques qui sont là. Quelqu’un qui est bien propre part avec son truc ou part dans les toilettes et puis s’en va. Et quand je vais dans la cabine, il n’y a presque rien. Mais y’a des personnes pour se foutre de celui qui travaille là, ou bien qui n’est pas poli. Il éjacule sur l’écran. Il faut attendre un peu, mettre un peu le chauffage, et laisser sécher.
source : entretien réalisé par N.F. et A.C.

Mettre le chauffage et laisser sécher, transformer l’excrétion en quasi-poussière, c’est mettre la souillure à distance, mais cela risque d’accentuer odeurs et inconfort pendant un moment, et conduire aux scènes décrites par le guide de la France Coquine.