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Archives de la catégorie : 'France'

Monde de brutes !

Aux acheteurs du manuel que j’ai écrit avec Céline Béraud, Les courants contemporains de la sociologie, voici ce qu’Amazon recommande :
nosanes-web
C’est certainement une erreur. Et j’espère que le département de sociologie de Paris 7 – Denis Diderot, qui a acheté plusieurs centaines d’exemplaires pour leurs étudiants de licence, ne le prendra pas mal. J’y présente d’ailleurs, demain matin (29 septembre 2009) ce manuel et quelques autres recherches (Amphi 8C à partir de 9h30).
[Image fournie par un aimable correspondant, J. N.]

Eglises évangéliques africaines : cartographie

femme delivreeLes six douzaines d’affiches recueillies depuis un an environ donnent déjà une idée de la géographie des églises africaines (ou “d’expression africaine”, ou “afro-antillaises”…) de la région parisienne.
En plaçant sur une carte les lieux de culte mentionnés sur les affiches — du type de celle qui est reproduite ci-contre — voici ce que l’on obtient. Chaque point rouge indique la localisation d’une salle ayant servi de bâtiment d’église :
eglisesnoires1
Les Parisiens et assimilés reconnaîtront une répartition familière : ces églises se trouvent principalement en Seine-Saint-Denis.
Et il suffit de superposer cette carte avec une carte de l’inégale répartition des revenus pour faire apparaître une corrélation. Dans la carte suivante (extraite de Qu’apporte l’échelon infracommunal à la carte des inégalités de richesse en Île-de-France? de Jean-Christophe François et Antonine Ribardière M@ppemonde 75, 2004.3), plus la zone est verte, plus les ménages riches sont surreprésentés, et plus la zone est rouge, plus les ménages pauvres sont surreprésentés [reportez vous à l’article pour plus de précisions].

eglisesnoires2

Les églises africaines ne sont pas installées partout. Et quand les services religieux ont lieu dans les départements plus riches (Hauts de Seine…), c’est dans les communes pauvres de ces départements. Si j’arrive à trouver la proportion par commune de résidents nés en Afrique sub-saharienne, je ferai d’autres cartes.
Mais dans l’immédiat, une autre carte, “en oursin”, va m’occuper, qui va relier les pays de résidence des pasteurs invités (Allemagne, Canada, Bénin…) à l’Ile de France. Une manière de conjuguer l’objectivation cartographique au discours sur le global, le local et le transnational.
Pour aller plus loin : voir le blog de Frédéric Dejean, géographe.
Note : La carte des disparités de revenus a pour origine ce rapport de recherche : Disparités (Les) des revenus des ménages franciliens en 1999
Auteurs : J. C. François, H. Mathian, A. Ribardiere, T. Saint-Julien, UMR Géographie-cités, Etude pilotée par P. Rohaut, DUSD
Editeur : DREIF, 2003

Les âges de la vie

En 2006, la répartition par âge des titulaires du département de sociologie de l’université Paris 8 était celle-ci. 8 collègues étaient nés entre 1940 et 1944, et une seule après 1974.
ages-2006

En 2009 c’est celle-ci [attention, les échelles ne correspondent pas] :
ages-2009

Nous avons connu de nombreux départs à la retraite (de certains Vincennois historiques) et quelques personnes ont muté dans d’autres universités. Le résultat final des différentes stratégies individuelles de recrutement donne un rajeunissement du département.
A nuancer toutefois : en 2006 l’année de naissance médiane était 1955. L’année de naissance médiane, aujourd’hui, est 1960. La moitié des collègues (titulaires) a plus de cinquante ans et le département de sociologie possède donc une grande expérience cumulée.
(Si des collègues pouvaient m’envoyer des données similaires pour des départements comparables, comme Nantes, Lille, Lyon, Toulouse… on pourrait comparer.)

Hygiène minimale

J’hésite, chaque année, à faire des photos de mon lieu de travail… j’hésite encore plus à les publier. Mais il me semble qu’elles documentent assez bien l’état de misère dans lequel l’Université française se trouve. L’arrivée des étudiantes, de la grippe A-H1N1-porcine-mexicaine et de la traditionnelle “gastro de novembre” m’incite de plus à chercher des lieux où se laver les mains.
En tout cas, il me faudra éviter les toilettes du Bâtiment B, dans une université où je travaille :
toilettes-2009
Aujourd’hui, il y avait du savon, mais rien pour s’essuyer les mains (ne parlons pas de l’eau chaude, ce n’est pas prévu par la plomberie).
Vous allez peut-être me dire que ce n’est pas très gentil pour P8, mais j’ai laissé le temps de la rénovation. En 2006 (il y a plus de trois ans) une collègue avait déjà pris ces mêmes toilettes en photo.

Pourtant, des travaux ont eu lieu cet été. La façade de l’université a changé, les portes cassées ont été remplacées :
facade-paris8

Mais les faux plafonds ne résistent pas bien longtemps aux assauts de certains individus :
faux plafonds paris 8
(J’ai entendu certaines personnes chargées des réparations dire : “il n’y a plus de sous, on attend les inscriptions des étudiants”. Vivement la rentrée donc !)

Pour prendre un peu de recul, voici des billets similaires datant d’il y a quelques mois [1 et 2], d’il y a plus d’un an : [1] ou de 2006 [1].

Mégane Renault

En apercevant cette réclame pour véhicules automobiles dans le métropolitain hier…

megane-renault

… je me suis dit que les auteurs avaient pu avoir en mémoire une petite contoverse, s’étant déroulée entre 1999 et 2000, quand M. et Mme Renaud avaient décidé d’appeler leur fille Mégane et que le Procureur de la République était d’un avis contraire.

comment ne pas citer la fameuse affaire Mégane Renault qui, contrairement à ce qui s’est dit, a été accepté car il a été choisi par les parents « sans arrière-pensée, même si, associé au nom patronymique, il évoque inévitablement un modèle de voiture, alors que cet inconvénient est appelé à disparaître et qu’un changement entraînerait pour l’enfant un trouble certain » (CA Rennes, 4 mai 2000).
source : http://droitetcriminologie.over-blog.com/article-2137905.html

« À quand le baptême du petit ou de la petite « Loft Story » et que diront les juges ? » s’interroge un juriste français en 2001 (RTD Civ 2001 p.559). A l’époque, L’Affaire Mégane avait même eu quelques répercussions à l’Assemblée et au Sénat :

Sénat : 21462. – 23 décembre 1999. – M. Serge Mathieu appelle de nouveau l’attention de M. le ministre de l’intérieur sur les conditions dans lesquelles sont placés les maires lors de l’enregistrement d’une naissance. […] le 7 décembre 1999, le juge aux affaires familiales de Nantes a décidé d’accepter le prénom de Mégane pour un enfant dont les parents portaient le nom de Renaud, estimant que ” les gammes de voitures évoluent rapidement “. (Le Monde, 9 décembre 1999). Il lui a été signalé, par ailleurs, que le prénom de Mégane était porté depuis huit années par une fillette dont les parents portaient le nom de Renaux, sans préjudice apparent lors de la naissance et de la déclaration d’état civil (La Voix du Nord, 21 novembre 1999), même si, a posteriori, la coïncidence actuellement peut se remarquer… […]

[Chose amusante, le sénateur a un nom de famille qui sonne comme un prénom, et le député qui pose la même question au même moment a pour prénom “Léonce”.]

Et L’Affaire Mégane n’est pas restée confinée à l’hexagone, n’a pas moisi en métropole, ne fut point forclose dans la nation… Un éminent juriste américain s’est penché dessus, et analyse l’état initial de l’Affaire comme “la rencontre inopportune de deux morceaux de culture populaire française”.

These are practices that seem strange indeed to Americans—how can a judge name your baby?—but they are widely defended by Europeans. Most commonly, Europeans say that the state simply must intervene to protect children against the stupidities of their parents. Indeed, to judge from my own conversations, the popular mind is vividly conscious of the problem of parental stupidity. It is a problem that is exemplified in particular, for ordinary Europeans, by the case of a French child named by her parents “Mégane Renaud.” “Mégane” is the French version of the American name “Megan,” one of a number of American names that became popular in France in the 1980s and 1990s. “Mégane” is however also the name of a popular car model marketed by the French manufacturer Renault (pronounced in the same way as “Renaud”). Thus two bits of French popular culture came together in an unfortunate way when parents with the surname “Renaud” chose to call their newborn daughter “Mégane.” Local officials made a highly publicized (though ultimately unsuccessful) intervention, apparently believing that it was too much to saddle a child with a name something like the equivalent of “Camry Toyota.”

source : James Q. Whitman, The Two Western Cultures of Privacy: Dignity Versus Liberty, Yale Law Journal, vol.113, p.1153-1221

Voilà donc ce qui me passa à l’esprit, quand, dans le métropolitain, j’aperçus cette réclame automobile.
Ailleurs sur internet : Le Club Averroës [que dirait Hortefeu?], turbo.fr, chezfab, et le blog d’un père de famille nombreuse

Le “wiki ATER” + rangement

Après le “wiki auditions”, les sociologues universitaires sont maintenant dotés d’un “wiki ATER” mis en place par un doctorant de Nantes. Il manque encore des informations sur quelques universités (Toulouse 2 par exemple)…
Plus d’informations sur la mailing liste de l’ASES.

*

Ci dessous : pas grand chose, si ce n’est une preuve visuelle en vidéo d’un ménage de fin d’année réalisé la semaine dernière au département de sociologie de Paris 8…
[flashvideo file=”https://coulmont.com/blog/fichiers/2009/p8rangement200907.flv” width=480 height=270 /]
[et promis, bientôt je remplacerai le .flv par du H264 / OGG pour utiliser du HTML5 et surtout le tag <video>]

Varia

Aujourd’hui : Jésus, Bourdieu, Socio-Voce :

  • Mais tout d’abord en introduction : une nouvelle maquette pour le site du département de sociologie de Paris 8.
  • La marche pour Jésus suivie par Frédéric Dejean :

    Les lieux traversés par la « Marche » ne sont pas laissés au hasard et possèdent une signification. De manière générale il s’agit bien de lutter contre certaines forces sataniques (porte d’Enfer) ou occultes (les « lignes ley » renvoyant à la radiesthésie) par le biais d’un « combat spirituel ». Ces différents éléments indiquent que le parcours n’est pas seulement une entreprise de mise en visibilité des Chrétiens dans l’espace public mais relève bien d’un projet religieux dans lequel la prière localisée en certains lieux aura des vertus positives.

  • Looking back at Bourdieu, par Michèle Lamont

    During these Paris years, I progressively moved away from Bourdieu because, to put matters bluntly, he did not know how to mentor young women, wavering between far too great proximity and distance.[NOTE] In the highly gendered (although not gender-aware) Parisian intellectual milieu of the early eighties, he was much more at ease with young brilliant men, onto whom he could project his younger self (I thought). Moreover, his research center had notoriously treacherous interpersonal dynamics which seemed far too complicated for the 21 year old woman that I was.

    NOTE : To clear any ambiguity, there was no sexual harassment involved, only awkwardness. Bourdieu’s inadequacy as a mentor of women resonates with his ignorance of the feminist scholarship and of the literature on gender inequality that was available at the time

    Il faudrait comparer cela à ce qu’écrit Luc Boltanski dans Rendre la réalité insupportable (où les filles apparaissent peu)… et aussi à ce qu’écrit Heinich (que je n’ai pas lu).

  • Socio-voce remplace “Fred et Ben sociobloguent”. Les articles sont toujours aussi bons. Mais le nouveau titre est meilleur que l’ancien.
    Soit dit en passant : connaissez-vous d’autres blogs de sociologues ouverts récemment ?

Bouts de marabouts

Fonds de tiroirs, à vider avant les vacances. Flyers de marabout…

marabouts

Un peu de cartographie, extraite d’un ouvrage de Liliane Kuczynski :
marabouts-kuczynski
C’est là un bel exemple d’utilisation sociologique d’un corpus. Il faudrait voir si, entre 1993 et aujourd’hui, la dispersion des marabouts à Paris a été modifiée… Des collections systématiques de flyers devraient permettre de repérer ces modifications : Qui voudrait faire un mémoire de master sous ma direction ?

 

Ailleurs sur internet :
Sémiologie structurale du flyer de marabout et autres “Personal Marabouts Generator”.
Pool “Flyers de Marabouts” sur Flickr.
La dictature du nom de L. Kuczynski.

Paramonnaies

Il y a environ deux mois, ce reportage du journal télévisé de NBC, sur une monnaie locale, a suscité en moi un petit intérêt.

[flashvideo file=https://coulmont.com/blog/fichiers/2009/nbc-localmoney-20090426.flv width=320 height=240 /]

D’autres monnaies d’usage local nous entourent. A l’école (du moins il y a une trentaine d’année) les billes pouvaient jouer parfois un petit rôle monétaire. Les “bons points” pas vraiment : du moins, je ne me souviens pas d’échanges autre que Instituteur Elève. Mais un peu plus tard les tickets de cantine (ou tickets de Pot à Ulm), les cartes “monéo”, les tickets restaurant… pouvaient constituer des monnaies d’échange.
Un économiste, Jérôme Blanc, a consacré sa thèse aux monnaies parallèles. Je vais ici le citer :

[un groupe] se compose d’instruments créés par des organisations de type commercial (entreprises, banques, etc.) ou administratif (prisons, armée).
Il peut s’agir de monnaies de nécessité, de monnaies dites «!privées!» dans le cadre d’une organisation officielle de la concurrence des émetteurs monétaires, mais aussi de systèmes de points d’achat mis en place par des commerces afin de fidéliser leur clientèle, des unités de compte créées ad hoc pour assurer un fonctionnement comptable détaché de l’inflation d’un pays ou des vicissitudes des taux de change, etc.
Il peut s’agir aussi voire surtout de bons d’achat à validité limitée, c’est-à-dire d’instruments permettant d’acquérir des biens ou d’accéder à des services selon des modalités que la loi a restreintes. Ces contraintes limitent la validité de l’instrument dans le temps, dans l’espace, dans le choix des biens et services, ainsi que dans les personnalités morales et physiques qui l’emploient et dans celles qui l’acceptent. Les titres de services comme par exemple les titres restaurants émis par des entreprises privées sont des bons d’achat à validité limitée.

Ce qui m’intéresse en ce moment, sans que je puisse y consacrer plus de temps, est le point suivant :

Par ailleurs, l’existence des paramonnaies n’est généralement pas perçue comme perturbante par les autorités monétaires nationales, tout simplement car les paramonnaies ne sont pas perçues par elles comme quelque chose de monétaire, à la différence des monnaies étrangères ou des monnaies locales par exemple. C’est ainsi que les pouvoirs publics avalisent et encouragent, en France notamment, la création de bons d’achat à validité limitée tels que des chèques culture, les titres restaurant, les chèques Lire, etc. Ces bons d’achat à validité limitée sont destinés à orienter une consommation de biens ou de services en ciblant les personnes susceptibles de les employer et les structures susceptibles de les recevoir. Les monnaies de cercles, quant à elles, ne sont pas perçues comme dangereuses tant qu’elles restent confinées dans un cercle restreint de personnes ou de structures.

Instants volés

J’ai participé, cette année encore (comme l’année dernière) au concours d’entrée à l’ENS (côté jury). Sans avoir le talent des journalistes d’Envoyé spécial — qui suivaient quelques candidats, caméra au poing — voici trente secondes d’instants volés : salles vides, réunions… le concours côté jury.

[flashvideo file=”https://coulmont.com/blog/fichiers/2009/concours2009-1.flv” width=320 height=180 /]