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Archives de la catégorie : 'France'

Les vieux métiers (1)

Le Rémouleur “Repasseur couteaux ciseaux” :
Le Rémouleur
Le Rémouleur, Paris, Belleville, 31/12/2007.

Et un nouveau métier, le Straight for Gay.

mise à jour : le voici en action sur dailymotion… le rémouleur, pas l’autre…

Blocages à Paris 8

Quelle est la situation à Paris VIII ? Grève ? “Blocages actifs” ? grève active ?
Compte-rendu de l’AG du 12 novembre 2007 sur le site “Contrepoint” :

« C’est dingue, je ne pensais pas qu’on serait aussi nombreux ! » glisse un membre du bureau. « Pour le CPE, on n’était rarement plus de 400 aux AG » poursuit-il.

Pendant ce temps-là, au département d’anthropologie… et au département de sciences politiques… :

L’AG du lundi 12 novembre a voté le blocage des cours à partir de demain matin, et l’occupation permanente à partir de demain soir. C’est plus que jamais le moment de prendre part au mouvement, et c’est pourquoi le département de science politique propose pour le mardi 13 novembre un programme étoffé

(avec, notamment, un atelier “désobéissance civile”)
Une petite vidéo permettra, aux absents aux AG, de prendre mesure de l’atmosphère :


Paris 8 ag
envoyé par pyoupe

Cette vidéo a été trouvé sur un autre article de Contrepoint : “AG difficile à Paris 8” :

Les étudiants de l’université de Saint-Denis ont voté le blocage et l’occupation de la fac demain après une assemblée générale mouvementé. Les étudiants de Paris 8 s’étaient donnés rendez-vous ce lundi dans l’Amphi X afin de décider de la poursuite de la grève contre la Loi Pecresse. Ayant réuni plus de personnes que prévu (environ 500 personnes), l’assemblée générale s’est poursuivie dans le Hall du l’UFR de psychologie.
En italien… un étudiant raconte l’AG :

Più di mille ragazzi, riuniti in cerchio. Ed io con loro. Oggi gli studenti dell’università Paris 8 – Saint Denis, si sono riuniti per votare sulla possibilità di occupare l’ateneo, contro la riforma universitaria proposta dal governo Sarkozy.

Le 9 novembre 2007, la semaine dernière, le Conseil d’Administration de Paris 8 Vincennes – Saint-Denis pren[ait] acte de l’existence d’une importante mobilisation des étudiants et des personnels :

Le CA estime que la faiblesse des concertations avec l’ensemble de la communauté universitaire quant à l’avenir de l’Université a conduit à l’adoption dans la précipitation d’une loi à laquelle nous avons dû exprimer notre opposition.
Elle (sic sic? “notre opposition” ?) invite l’ensemble de la communauté universitaire, à Paris VIII comme au-delà, à se saisir du débat engagé et tient à exprimer sa communauté de vue avec l’essentiel de la mobilisation en cours, notamment dans son exigence d’abrogation de la Loi.

Un étudiant, Sens Liberté écrit :

En Grève !!!
Pour protester contre l’instrumentalisation des jeunes diplômés.
Pour lutter contre la privatisation du savoir.
Pour se défendre de l’américanisation du système social Francais.

Un étudiant en master de sociologie à P8, connu aussi sous le nom de DirtyDenis écrit :

Howard Becker (…), observant l’activité d’une équipe médicale essentiellement composée de secouristes et prenant en charge les petits soucis de santé des spectateurs de concerts dans le San Francisco de la grande époque, découvrit que ceux-ci s’occupaient, en fait, de toute autre chose que de donner des soins. Il constata que : ” les bénévoles (…) pour la plupart célibataires, étaient toujours en quête de l’âme soeur. Etre bénévole dans ce cadre, ça revenait à aller à une grande fête, à voir sur scène quelques-uns de vos groupes préférés, avec bière et repas gratuits, en compagnie de nombreux jolis jeunes gens et de nombreuses jolies jeunes femmes avec qui vous saviez que vous aviez déjà certains goûts en commun.
Certes, le spectacle des AG est incommensurablement plus ennuyeux que celui des concerts organisés par Bill Graham. Pourtant, on y trouve des opportunités du même ordre, et une occasion unique d’assurer une socialisation qui dépasse les cadres de la routine quotidienne. Si l’on retient une telle hypothèse, il devient impérieux de participer à au moins une grève au cours de son cycle d’études, lequel dure le plus souvent entre trois et cinq ans ; il faut donc à la fois remercier le ministre qui founit cette occasion, et se précipiter pour la saisir.
Le mouvement offre une opportunité unique d’expérimenter la vie pour de vrai, de trouver un semblant d’autonomie, de vivre une expérience éloignée du cadre scolaire, à un âge où l’on n’a pas connu grand’chose d’autre. Dans la confrontation au réel, on prête aux plus déterminés l’intention d’aller, demain dès l’aube, vérifier sur le terrain les vertus oubliées de la solidarité étudiants/travailleurs en bloquant les voies de la SNCF : ça risque d’être chaud ; ça sera, à coup sûr, formateur.


“Contre la professionnalisation des études…” Quelques photos sur flickr

Ailleurs : Le forum “mobilisationP8” plein d’informations…

Candidater au CNRS

Il y a quelques années, lorsque, après la thèse, je recherchais un poste, je n’avais rien compris aux procédures de recrutement au CNRS. Passons sur les auditions : les uns m’ont presque demandé si j’étais gay et si j’allais introduire la queer theory dans la pensée française (un mal énorme), les autres, après un quart d’heure d’exposé, m’ont dit “merci, au revoir” sans poser aucune question… Mon projet de recherche ne devait pas être bien solide.
C’est l’épreuve préliminaire, le soutien d’un laboratoire, que j’avais eu du mal à obtenir. Après un soutien oral, certains n’ont pas donné suite à mes lettres, d’autres ont répondu négativement… et après insistance, m’ont envoyé une lettre de soutien du bout des lèvres. Je n’avais pas compris les critères de choix, qui ne m’ont jamais été précisé.
Certains centres de recherches en sciences sociales précisent aujourd’hui leur mode de sélection :

  • Le CSU (format word)
  • Le cevipof : Candidats au CNRS – Demande de rattachement au CEVIPOF
    Pour les candidats à un poste de chargé de recherche au CNRS qui envisageraient un rattachement au CEVIPOF, merci d’envoyer à Pascal Perrineau (pascal.perrineau@sciences-po.fr), directeur du CEVIPOF, avant le 3 décembre :
    – un curriculum vitae,
    – une liste des publications et
    – un projet de recherche.
    Ces candidatures seront examinées et classées en conseil de laboratoire. Les candidats seront informés de la décision vers la mi-décembre.
    Nous rappelons que les travaux du CEVIPOF se structurent autour de trois pôles : 1. attitudes, comportements et forces politiques; 2. Action publique; 3. Pensée politique et histoire des idées.
  • L’UMR 5116 SPIRIT (CNRS – FNSP, IEP de Bordeaux) invite les candidats aux concours du CNRS qui souhaiteraient solliciter son appui à adresser leurs dossiers (projet de recherche + CV) à Antoine ROGER (a.roger@sciencespobordeaux.fr) et Andy SMITH (a.smith@sciencespobordeaux.fr) le plus rapidement possible – et en toute hypothèse avant le 3 décembre 2007 – serait-ce sous une forme provisoire. Pour chaque dossier, deux rapporteurs seront désignés parmi les chercheurs et enseignants-chercheurs du laboratoire ; ils pourront suggérer des modifications et des améliorations. Une discussion et une évaluation collective seront organisées à l’occasion d’un conseil de laboratoire programmé dans la semaine du 10 décembre 2007. Les candidats agréés recevront dans les meilleurs délais une lettre de soutien.
  • Le GSPE – Prisme
    La campagne de recrutement au CNRS est un moment important dans la vie d’un laboratoire. C’est également un moment d’échange intensif avec les candidats autour de leurs projets de recherche et leur articulation avec les thématiques et priorités scientifiques du laboratoire.
    Les trois axes de recherche du GSPE-PRISME sont :
    La professionnalisation des acteurs de l’Union Européenne
    Les transformations de l’action publique
    Mobilisations et interactions dans les espaces publics de l’Europe
    Vous trouverez plus d’informations sur les orientations scientifiques et les membres de l’équipe sur le site : http://prisme.u-strasbg.fr/equipes/gspe.htm/ et des informations sur la MSH d’Alsace qui héberge le GSPE depuis la rentrée sur le site de la MISHA : http://misha1.u-strasbg.fr/

    Pour assurer la qualité de ce dialogue dans un calendrier bien chargé, j’invite les candidats souhaitant demander le soutien du GSPE-PRISME (UMR 7012) dans les sections 36 et 40 à me contacter rapidement (jay.rowell@misha.fr). Les demandes de soutien seront examinées en conseil du GSPE le 10 décembre après la désignation de deux rapporteurs. Il est demandé aux candidats d’envoyer leur dossier au plus tard le 30 novembre 2007. Les dossiers doivent inclure un CV, le projet CNRS aussi abouti que possible et une publication significative. Les critères d’évaluation sont la qualité du projet de recherche et du dossier scientifique ainsi que son adéquation avec les axes prioritaires de développement du centre. Les candidats seront notifiés de la décision du conseil du GSPE le 11 décembre et les lettres de soutien seront envoyées aux candidats retenus au plus tard le 17 décembre 2007.

  • Le CURAPP :
    En ce qui concerne le CURAPP, et sans entrer dans le détail de notre cuisine interne, nous invitons (comme les autres labos) les candidat(e)s à prendre contact le plut tôt possible avec nous. Nous traitons collectivement les demandes de soutien à partir des spécialités de recherches de nos membres. Nous nous basons sur les projets de recherche (mais nous demandons bien sûr un CV !) : nous soutenons seulement les projets qui présentent une cohérence avec les axes du laboratoire (qui ont été profondément remaniés dans le cadre du prochain contrat quadriennal 2008-2011 avec l’apport de nouvelles équipes de recherche en sociologie, sciences de l’éducation, psychologie et sciences de l’éducation : cf. le site http://www.u-picardie.fr/labo/curapp/). Notre soutien (pour des candidatures en section 36, 40 et 35) est plus ou moins développé selon que le CURAPP est un premier choix ou non ; nous nous interdisons en revanche une sélection trop sévère, dans la mesure où il appartient au Comité national de statuer sur la qualité des candidat(e)s. Pour information, nous recevons entre 20 et 30 demandes de soutien par an.
    Mais il faut surtout avoir en tête que la lettre de soutien des laboratoires constitue un élément sans grand poids dans le dossier de candidature ! Le dossier du (de la) candidat(e) (thèse, publications etc.), la qualité scientifique de son projet, et (comme toujours) les soutiens acquis et conquis dans les jurys du Comité national ainsi que les incertitudes des procédures électorales pèsent bien davantage dans le recrutement au CNRS.
  • Et, en général (précisions de Fabien Jobard) : Je me permets d’indiquer quelques éléments d’orientation quant aux laboratoires d’affectation des candidats au recrutement cnrs. Depuis quelques années déjà, la section invite les candidats à prendre contact avec les laboratoires au plus tôt, pour permettre à ces derniers de prendre leurs dispositions. Cela mérite précision.
    1) Le laboratoire visé est celui qui se déclare, par un courrier de son directeur, favorable à l’affectation, en cas de recrutement, du candidat. Or, ce candidat est recruté sur un projet de recherche : c’est donc plus le laboratoire proche des projets scientifiques à venir (ou post-docs) du candidat qui est concerné, que le labo dans lequel il a effectué sa thèse.
    2) Ce d’autant plus qu’une fois nommé par le jury, le candidat risque de s’opposer à un refus (de la part du Département scientifique) de demande d’affectation dans le labo de thèse : le CNRS encourage la mobilité géographique des chercheurs.
    3) Dans le dossier que vous remettrez, on trouve 2 labos souhaités. Le jury s’attend donc à 2 lettres de soutien (celles-ci montrent que le projet du candidat s’inscrit pleinement dans la politique scientifique du labo, que le candidat a été retenu après telle ou telle procédure, etc.), mais le candidat est libre par ailleurs de joindre plusieurs autres lettres de soutien.
    4) La question du laboratoire d’affectation est assez secondaire au moment de l’examen de la candidature par le jury. Mais il est préférable, lorsque l’on candidate en section xy, de présenter des labos de ladite section. Notamment parce que c’ets un moyen pour les collègues de s’orienter : un soutien d’un labo sérieux, exigeant, et connu comme tel par les membres,
    vaut mieux.
    5) Le délai recommandé pour prendre contact avec les laboratoires, c’est dans les semaines qui viennent. Chaque labo dispose de sa propre politique à l’égard des candidats : certains auditionnent, d’autres non. Ce qui est sûr, c’est que la vie d’un labo est souvent assez dense, il faut donc s’y prendre assez tôt pour répondre aux exigences éventuelles, surtout si l’on devait
    essuyer un refus. Dans tous les cas, il est bon de prendre contact de manière circonstanciée, en adressant un début de projet, ou un projet de projet, un cv synthétique, etc…

Donc, candidats et candidates… c’est le moment de téléphoner et d’écrire… (il y aura une poignée de postes en sections 36, 38 et 40…)
Et, directions de laboratoires : vous pouvez préciser en commentaires votre mode de sélection !
Note : la plupart des informations provient de la liste de diffusion des sciencepolitistes de l’ANCMSP… à quand une telle liste en sociologie ?

La démission de Xavier Dunezat (suite)

La lettre d’explication de Xavier Dunezat, postée sur une liste de diffusion (Efigies) et reproduite sur mon blog, a été commentée à de nombreuses reprises, souvent en détail. Elle a aussi beaucoup circulé, et dans des mondes extérieurs à l’Academia. Une journaliste du Monde m’avait d’ailleurs contacté il y a une dizaine de jours. Son article est publié dans l’édition du jour :

DEPUIS UNE SEMAINE, de mails en forums de discussion sur Internet, une longue missive agite le monde universitaire. Son auteur, Xavier Dunezat, devenu professeur de sciences économiques et sociales au lycée, explique les raisons qui l’ont poussé à quitter l’université, où il était maître de conférences en sociologie. Méthodiquement, en cinq chapitres, l’enseignant dresse un tableau accablant des pratiques de recrutement en vigueur. Il dénonce le ” règne du piston”, le “désert relationnel” de l’université et le ” mépris des étudiants qui transparaît dans l’organisation globale des enseignements… et dans les pratiques professionnelles des enseignants”.
A partir de son expérience d’un an, M. Denuzat [sic] reconnaît livrer un témoignage ” très subjectif, parfois grossier”. Pour autant, les nombreuses réactions qui fleurissent, notamment sur le blog de Baptiste Coulmont, lui-même maître de conférences en sociologie à l’université Paris-8 (Vincennes-Saint-Denis), l’un de ceux qui a mis en ligne la lettre, montrent que l’enseignant a fait mouche.
source : Le Monde : “Copinage” et “mépris” des étudiants : un enseignant ouvre le débat sur le recrutement à l’université

Si l’initiative de X. Dunézat est rare, il est plus courant de lire les revendications des étudiants… qui n’ont ni la même ampleur ni le même poids, mais ressentent vivement les difficultés de la vie universitaire. Pour exemple, cet extrait de blog, sur Paris VIII, où j’enseigne :

Je me suis renseigné un peu partout, et si je voulais absolument continuer en M2, faudrait que j’aille … ou à saint denis ou à créteil …et bon … ça craint comme coins. Je connais quelqu’un qui est passé à Paris 8 et il a tenu une semaine avant de changer à nouveau de fac. C’était la zone : un distributeur de boisson cassé, des groupes de jeunes extérieurs à la fac qui foutaient le bordel … Et pour créteil, j’ai connu, aussi. Il y a longtemps j’avais accompagné une copine dans cette fac et j’avais été sidéré de voir que certains faisaient du rap au milieu du hall ou fumaient leurs joints … Une fac c’est pas la rue, tout de même ! Je préfère encore n’avoir qu’une maitrise mais qu’elle garde sa valeur.
source : Wendoo – in loco

Un autre extrait décrit les raisons d’un choix entre deux universités :

Bon, je sais qu’il va falloir que j’en passe par des explications car j’imagine d’ici vos “Han mais pourquoi t’as fait ça?”.
Comme vous le voyiez sur l’article précédent, j’étais mal à l’aise à Paris8. J’étais stressée de ne pas avoir la possibilité de m’inscrire dans tous mes cours, je n’aurais pas fait d’anglais ni d’italien pendant minimum 6 mois pour cause d’un bordel administratif monstre. Je ne me sentais pas du tout chez moi là bas, je sais qu’un temps d’adaptation est nécessaire, mais je n’en avais même pas l’envie… C’est bête je sais.
Mais quand vous vous levez à 6h45 le matin sans savoir si vous commencez à 9h ou 18h, ça calme. J’y allais à reculons, sans savoir si j’aurai une chaise sur laquelle m’asseoir, une table sur laquelle poser mes affaires… Par dessus tout, je ne pouvais pas m’inscrire à un nombre d’EC suffisant pour pouvoir valider suffisemment de crédits pour le 1er semestre. Alors à quoi bon continuer ?!
source : CrossedFingers

Les revendications précédentes ne proposaient pas les mêmes options politiques que la proposition suivante, lue sur les murs de P8 et sur internet.
Appel a AG - polear - Paris 8On peut actuellement lire sur Indymedia un appel à manifestation :

à L’université de St Denis, nous voulons nous rassembler hors des organisations politiques, hors des bureaucraties syndicales, hors des manies groupusculaires (…)
Qui organise l’assemblée générale ? Qui la tient ? Comment se l’approprier ? Tout participant à une assemblée doit systématiquement se poser ces questions. Elle est organisée par des étudiants, habitants du quartier et autres qui agissent ici depuis l’an dernier. Ils sont issus de l’AG “Sarko est là et nous on est où ?” du printemps dernier. Mais il serait erroné de croire que ces individus sont les créateurs de cette assemblée et de tout ce qui la compose. (…)
Nous appelons à des projections-débats régulières et proposons des réunions thématiques, ou des manifestations diverses.
Source : Pôle d’Action et de Réflexion, St Denis, septembre 2007 (Polear@no-log.org)

mise à jour : un appel à manifestation pour le 18 octobre.

Petites et grandes choses en liste (7)

Commençons par un peu de bonne sociologie : « L’externalisation des illégalités. Ethnographie des usages du travail “temporaire” à Paris et Chicago [PDF] » est une collaboration de Nicolas Jounin (qui commence sa carrière de maître de conférences en sociologie à l’université Paris 8) et Sébastien Chauvin (dont les travaux ont été récemment entrevus ici-même, ou — il y a quelques années — mentionnés ici aussi).
Le résumé annonce la couleur : « cet article s’intéresse à la manière dont le recours à l’intérim est devenu l’occasion d’une « externalisation des illégalités ». Une telle dynamique, qui ne se laisse guère approcher que par l’observation directe des usages du travail temporaire, autorise une révocabilité accrue des salariés, une réduction de leurs revenus, ou encore l’emploi d’étrangers sans titre. Les entreprises utilisatrices d’intérim en bénéficient sans avoir à en assumer les risques judiciaires ou réputationnels. »
Les entreprises d’intérim jouent en quelque sorte un rôle d’assurance. C’est l’examen de cette assurance en France et aux Etats-Unis, à partir de deux enquêtes par observation, que Chauvin et Jounin entreprennent.
Je ne vais ici que citer certains exemples de ces illégalités assurantielles structurelles. Le premier exemple a beaucoup à voir avec l’objectif de réduction du prix de la main d’oeuvre :

Sur le terrain français, l’usage veut qu’on ne fasse pas signer de contrat aux intérimaires, ou seulement en fin de « mission » (ce qui permet une régularisation de l’opération ex post), alors que selon le Code du travail, il doit être signé dans les 48h suivant le début de la mission. L’objectif comme le résultat de cette pratique sont de pouvoir renvoyer les intérimaires à tout moment. Sans cette illégalité fondamentale assurée par un tiers, le recours à l’intérim (qui implique de rémunérer l’intermédiaire) aurait moins d’intérêt que le contrat à durée déterminée (qui présente les mêmes modalités d’établissement et de rupture). Routinière et rarement contestée, une telle pratique suggère que l’illégalisme n’est pas l’anomie.
(…)
Aux Etats-Unis : une entreprise a bien aujourd’hui le droit de supprimer les « benefits » de l’ensemble de ses salariés (en d’autres termes, de s’auto-exonérer de charges sociales qui seraient, en France, obligatoires). Mais si elle ne le fait pas pour l’ensemble de sa main-d’œuvre, elle risque d’être poursuivie en justice pour discrimination6. Si elle souhaite le faire, il lui est donc recommandé de segmenter sa main- d’œuvre en trouvant des statuts d’emploi alternatifs pour le reste de ses salariés. (…) l’externalisation de la main-d’œuvre par l’emploi durable de « permatemps » constitue donc un moyen privilégié d’exclure ces derniers des bénéfices sociaux stipulés dans la convention collective ou l’accord syndical.

Le deuxième exemple est centré sur le statut illégal de certaines agences d’intérim, qui peuvent ainsi supporter les coûts de leurs entorses au droit du travail :

Dans l’intérim en France, certaines agences se montent le temps de quelques mois, ne déclarant aucun de leurs salariés à l’URSSAF, fermant avant d’avoir été contrôlées. (…) Dans le travail journalier à Chicago, beaucoup d’agences situées à l’écart de la ville, loin de la capacité de contrôle d’un Département du Travail de l’Illinois en sous-effectif chronique (77 personnes en 2006, dont 7 inspecteurs), ne sont pas déclarées, ou déclarées auprès de certaines institutions (comme le Department of Motor Vehicles) et pas d’autres (comme le Département du Travail) alors même qu’elles peuvent par ailleurs faire de la publicité dans l’annuaire ou sur internet. Certaines opèrent dans des arrière-cours, des garages de maisons individuelles, d’autres, sans locaux, à des coins de rue à certaines heures matinales.

Le dernier exemple insiste sur certaines modifications du régime d’assurance :

A terme, si la fonction assurantielle des intermédiaires de main-d’œuvre est trop sollicitée (par des mises en causes judiciaires notamment), il importe de trouver des solutions alternatives. En France, dans le métier du ferraillage de chantier, un changement s’opère actuellement, qui vise à substituer progressivement un type d’intermédiaire à un autre. Jusqu’au milieu des années 2000, les entreprises de pose d’armatures (qui, elles-mêmes, doivent leur naissance à un mouvement d’externalisation dans les années 1980) ont eu recours principalement à des intérimaires, qui constituaient au moins les deux tiers de leur main-d’œuvre, le reste étant surtout composé de cadres de chantier embauchés. Ces intérimaires, étrangers, souvent maghrébins, étaient aussi fréquemment sans-papiers. Mais sur un nombre croissant de chantiers, les entreprises utilisent désormais un autre mode de mise au travail : la prestation transnationale de services, par le biais d’entreprises polonaises détachant leurs salariés. L’argumentaire des responsables du ferraillage fait expressément référence au problème que posait la présence de sans-papiers dans le contexte d’une augmentation des contrôles menés par les pouvoirs publics. (….) le contrôle des illégalités est rendu beaucoup plus difficile, car il nécessite souvent de collecter des données dans le pays d’origine de l’entreprise.

L’étude des illégalismes — séparée de toute étude des “scandales” ou “polémiques” — m’a intéressé : ils sont structurels, leur étude permet de comprendre les stratégies des entreprises ; ils sont aussi, parfois, indicibles.

Continuons par une salade composée de liens divers en rapport avec l’Université Paris 8 :
NNN NNN [lien effacé sur demande de l’auteure], étudiante, voit ses sapins brûler :

10 mois après avoir mis le feu dans le jardin qui donne dans la rue, hier soir « ils » ont recommencé ! Cette fois-i c’était dans la soirée. Une femme nous a prévenus que nos sapins étaient encore entrain de griller. Heureusement qu’elle nous a prévenu car nous n’avions rien entendu.

Les dessous d’un département (Sciences de l’éducation) sont dénoncés de manière fort peu transparente (car anonyme) :

Bonne ambiance à la fac ! Certains profs post-libertaires se comportent comme de vulgaires employeurs. Bref, je crois qu’ils vont expérimenter le boomrang expérentiel en ligne (…)
Vous voulez tout savoir ! Vous voulez des noms ! Des anecdotes ! Et surtout comprendre les enjeux des luttes sans merci que se livrent 2 labos recrutant leurs mercenaires parmi leurs étudiants.

Le blog du département d’anthropologie de l’université Paris 8 a repris : « Pendant tout un semestre, la voix nous manquait, les bras nous en tombaient… » Magie de la chirurgie (ou des grandes vacances…) les bras (et les doigts) ont repoussé !

Une vidéo de Paris 8 sur youtube :

Elodie N.Y. arrive en master de géopolitique à Saint-Denis… et son sujet semble très intéressant :

J’étais à Paris il y a 10jours pour régler les problèmes d’inscription en master et me trouver un appart. Mission accomplie, non sans difficultés. Je vais donc finalement en Master de Géopolitique, spécialité Enjeux territoriaux et gestions des conflits de pouvoirs… à Paris 8. Et cours, euh uniquement 1 jour par semaine, le reste du temps, je dois bosser sur mon mémoire, que je fais sur devinez quoi ??? Un projet d’urbanisme très controversé à Brooklyn, Atlantic Yards.

Petit Sucre raconte quelques interactions avec les secrétariats (cette scène se passe à Jussieu) :

J’aime pas la secrétaire des L3. Déjà, elle ne me plaisait pas beaucoup au 1er semestre,(cf tout 1er article) mais là, je crois que c’est encore pire. Pour plus d’anonymat, (mais surtout parce que je ne connais pas son vrai nom), nommons la Martine, en référence à une célèbre secrétaire de ParisVIII du même nom (et surtout du même genre).
Il y a à peine 2 semaines, après les resultats des partiels, Claire, Joëlle et moi sommes passées au secrétariat de L2 maths pour quelques questions sur les rattrapages et inscription en 3ème année…et Martine était là (on se demande pourquoi d’ailleurs; comment un bouledogue pareil peut etre “amie” avec des anges comme les secretaires de L2) et bien évidemment, c’est elle qui nous a répondu:
“Pour les rattrapages, bah c’est évident ! Faut faire un papier comme quoi vous voulez participer a telle épreuve tout en precisant que vous conservez la compensation. Et puis faut nous l’apporter c’est pourtant logique !!!”
“…et puis on a reçu un papier pour les inscriptions de L3 mais il n’y a pas de date precise dessus alors on aurait voulu savoir quand….”
“Rho mais c’est pas vrai ça !!!! C’est ecrit sur le site ! vous avez qu’à chercher c’est tout !!!!”
Bon, acquiessement de notre côté…on s’est dit qu’on était peut être tombé à un mauvais moment, ou un mauvais jour (ou autre excuse bidon nécessitant une mauvaise humeur chronique face à toute personne de moins de 25 ans).

ErasmusAthènes est le blog d’une étudiante de Paris 8 :

[La responsable des programmes d’échanges internationaux] m’a tout de suite conseillée d’aller en Grèce, (ils parlent anglais et les cours sont en anglais) et m’a donné le site Internet de l’école des Beaux Art d’Athènes car c’est avec cette école que l’université où je suis inscrite est partenaire. (À savoir l’université Paris 8).
Je suis allée voir ce site, (en grec et en anglais) où il y avait marqué « sculpture » « cours de nu » « marbre » « scénographie » etc. ! Il y avait des annexes de l’école situées sur les iles où les étudiants peuvent aller y travailler pour leur projet de pratique artistique, et où ils sont logés gratuitement.

SofyyAthènes est aussi le blog d’une étudiante de Paris 8 en séjour Erasmus à Athènes (et d’ailleurs la précédente en parle) :

je continue une partie de mes études en Grèce histoire de changer d’air, de connaitre une toute autre vision du monde, une culture bien que européenne mais si différente de notre bonne vieille France. Cette aventure je l’ai entreprise avec une camarade et bonne amie Sonia.

Continuons avec les échanges : How’s That For Apples vient d’Outre-Atlantique :

At the Sorbonne, I’m taking Métiers de L’Ecrit (careers in writing); at Paris VIII, the institute for feminine studies, I’m taking Ecrire devant la Mort (writing before death). I’m a little nervous about the university courses. They start next week.

Retour aux histoire de secrétariat, cette fois-ci à Saint-Denis… J’ai du mal à comprendre pourquoi l’inscription des étudiants à l’université peut être aussi compliquée, à Paris 8. Chaque année, on trouve sur internet des plaintes, justifiées à mon avis, d’étudiants ne comprenant pas le système. Cette année, une étudiante américaine, Elaine, décrit :

Then I went to St. Denis to register for classes. Pure. Mayhem. SFSU has got it EASY: you go online and you put in your number for the class, and you press a button. Not here. You go to the secreteriat’s office, you look at a posting of classes and make your schedule there, and then you wait in line to speak to the secretariat so that she can put you on the list for each class. It’s a nightmare. This poor Japanese girl who’s in the foreign language program (but not through MICEFA) had freaking tears in her eyes, but this nice guy who works there (he had helped me out too), was explaining everything to her. I felt really bad. But you gotta be tough here. No one’s going to hold your hand.

Faut-il traduire ? “Et je suis allée à Saint Denis pour m’inscrire en cours. Un… Véritable… Désordre bordélique… (Il faut) aller dans un secrétariat, regarder une liste des cours et construire sur place son emploi du temps. Et ensuite, il faut attendre, faire la queue, pour parler à la secrétaire afin qu’elle te mette sur la liste, pour chaque cours. C’est un cauchemar ! Cette pauvre japonaise (…) avait des larmes aux yeux. (…) Je me sentais mal. Mais il faut être fort ici ! A Paris 8, no one can hear you scream” (la fin de la traduction est libre…)
Et toujours… : une liste partielle de blogs liés à Paris VIII
Terminons par un exemple de l’élasticité politique de la RATP. L’Hommage à Guy Môcquet de la station de métro Guy Môcquet était en déliquescence depuis plusieurs quinquennies. Sa fameuse lettre, couverte de la poussière collante et grise du métro, était jaunie par les ans. Mais l’actualité récente du jeune résistant communiste a poussé la Régie autonome des transports parisiens à la bougeotte :
Hommage à Quy Mocquet

La chasse aux godes

J’ai déjà eu l’occasion de souligner que les godemichets étaient interdits en France au début des années 1970. Tout comme diverses représentations pornographiques, ils constituaient un outrage aux bonnes moeurs (voir ici l’activité du tribunal de grande instance de Paris en 1971).
Mais l’interdiction des godemichets était-elle “réelle” ? Jusqu’où les divers acteurs du monde judiciaire ou policier se mobilisaient-ils pour les interdire sur le territoire français ?
J’ai trouvé un exemple — peut-être extraordinaire ou folklorique — dans des archives judiciaires. Notez : afin de protéger les personnes impliquées, j’ai modifié une partie des caractéristiques.

Au tout début de la décennie 1970, le Commissaire divisionnaire chef de la brigade mondaine envoie au procureur de la République ce rapport suivant :

Objet : enquête de flagrant délit,
J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint la procédure établie à l’encontre du nommé F…. Emile, Simon, né le 24 février 1914 à Montreuil (Seine Saint Denis), domicilié [17e arr], susceptible d’être inculpé d’Outrage aux Bonnes Mœurs
Après plusieurs surveillances, les officiers de Police de ma Brigade ont procédé le 24 courant à 19 heures 45, à l’angle de l’Avenue des Champs Elysées et de la rue Pierre Charron à Paris 8ème, à l’interpellation du nommé F… Emile qui tentait de vendre une certaine quantité de godmichets [sic].
La fouille effectuée à l’intérieur de la voiture du susnommé a permis de saisir et placer sous scellé un carton contenant 19 godmichets et un lot de petits objets en matière plastique adaptables sur ces godmichets.
Au cours de la perquisition à laquelle il a été procédé, 8 Bd […], deux films obscènes ont été saisis et placés sous scellés.
F… Emile a reconnu avoir fabriqué lui-même ces objets contraires aux bonnes mœurs, et en avoir déjà vendu une vingtaine à raison de 10 ou 15 francs pièce.
Quant aux deux films pornographiques découverts à son domicile, il prétend qu’ils ont été abandonnés chez lui par un ami, et affirme ne pas en faire le trafic.
En raison de son état de santé (il souffre d’un infarctus), et compte tenu des garanties de représentation offertes, le sieur F… Emile a été laissé libre aux charges d’usage.
[signé – le commissaire divisionnaire]

Que constate-t-on : une personne était surveillée (la soupçonnait-on de vendre des “godmichets”?). La découverte de ces objets n’a pas rendu la surveillance inutile : à partir de la découverte de ces objets, une inculpation pouvait être imaginée.
Mais que constate-t-on encore ? Ces godes étaient fabriqués par le vendeur. Il ne s’agissait pas d’un trafic international, ou d’une fabrication à l’échelle industrielle. Le fabricant était ici aussi le grossiste et le détaillant. L’illégalité de la pornographie conduisait-elle à une multiplication des petites entreprises ? A la lecture de ces archives, il me semble que oui.
Mais pour mieux comprendre cette affaire, il faut remonter un jour plus tôt, quand le subordonné du commissaire divisionnaire écrit à ce dernier :

Début NNNNN 1970, un renseignement condidentiel, parvenu à notre service, nous faisait savoir qu’un individu domicilié dans le 17e arrondissement, propriétaire d’une vieille simca immatriculée XXXX NN 75, vendait des godmichets.
Le propriétaire de la Simca était identifié. Il s’agit du nommé F… Emile (état-civil mentionné en tête du présent). Cet individu avait été interpellé par notre service en 1967, et ce dans les circonstances suivantes.
– – –
Le X NNN 1967, au cours de l’exécution de la commission rogatoire n°XXX en date du NN XXXX 1967, délivrée par Monsieur U*** juge d’instruction, du chef d’outrages aux bonnes mœurs par la voie de photographies ; une perquisition effectuée au domicile du nommé F… Emile 8 bd […] à Paris 17e et dans un local commercial, 55 rue de … à Paris 8e, permettait la découverte d’objets contraires aux bonnes mœurs, qui n’entraient pas expressement dans le cadre de la délégation.
Il s’agissait de « godmichets » et du matériel nécessaire à leur fabrication.
Monsieur U***, informé, prescrivait la Brigade Mondaine de poursuivre l’enquête en flagrant délit.
Le nommé F… reconnaissait avoir fabriqué une cinquantaine de « godmichets ». Sur ce nombre une trentaine aurait été commercialisée, à raison de 20 à 30 francs l’unité, permettant à F… de réaliser un bénéfice de l’ordre de 1000 à 1500 francs.
– – –
Plusieurs surveillances étaient exercées aux abords du 8 Bd … domicile de l’intéressé.
Ce jour à quinze heures trente, nous pouvions voir le nommé F… Emile sortir de l’immeuble et prendre place à bord de sa voiture garée sur le trottoir devant le n°8 du Bd […]
Il prenait la direction du bois de Boulogne. La circulation intense à l’entrée du bois ne nous permettait pas de continuer la filature.
Nous reprenions la surveillance boulevard de […]. A 17 heures 15 le nommé F… rejoignait son domicile toujours au volant de son véhicule puis repartait quelques instants plus tard pour se rendre Avenue des Champs Elysées. Il garait sa simca sur la contre-allée à hauteur de la rue Pierre-Charron.
Le Sieur F… pénétrait à l’intérieur du café Le Colisée, avenue des Champs Elysées, porteur d’un porte document et d’une petite mallette bleue de la Pam-Am.
Manifestement à la recherche d’une personne, l’intéressé détaillait les nombreux clients de l’établissement puis se rendait au sous-sol pour téléphoner. Il demandait ensuite à l’un des garçons si l’on n’avait pas demandé Monsieur F… Le garçon répondait par la négative.
L’intéressé s’installait ensuite à une table à l’intérieur du Colisée, face à l’entrée du café.
A 19 heures, il quittait cet établissement, puis, semblant trés (sic) méfiant faisait du « lèche vitrine » sur les Champs Elysées jusqu’à 19 heures 45, heure à laquelle il regagnait son véhicule. Nous l’interpellions à ce moment là, après avoir décliné nos qualités.
Monsieur F… reconnaissait spontanément que son véhicule contenait des « godmichets », qu’il s’apprétait à vendre à un client, répondant au prénom de Roger. Il précisait qu’il n’avait pu encore rencontrer le dit Roger, dont il ignorait tout.
[signé : l’officier de police principal]

On peut presque sentir l’atmosphère — nécessairement enfûmée — de la chasse au gode en 1970 : les policiers de la Mondaine recevant, en échange d’un service, les confidences d’un indicateur, mettant en route une enquête, identifiant le propriétaire de la simca, se cachant — en planque — devant son domicile. Le “Colisée”, bistrot quelconque, enfûmé lui aussi. Le garçon, essuyant les verres, les policiers, entrant (ils commandent un demi, puis un autre, ils restent au bar) et cherchant à repérer le vieux “à la mallette de la Pam-Am”. Le vendeur de godes, qui, étrangement, court un peu partout dans Paris.
Emile F… est “connu des services” : en 1967, il a déjà été coincé… pour “OBM” (outrage aux bonnes moeurs). Il fabriquait déjà, de manière artisanale, des godes. Il est possible que, suite à l’indication confidentielle et à la découverte qu’il s’agissait bien d’un fabricant-détaillant de godes, les policiers avaient presque la certitude qu’Emile F… vendait toujours ses gadgets.
Ce qui m’intéresse ici, c’est que cela n’a pas poussé les policiers à conclure que le surveiller était du temps perdu. Prendre sur le fait un dealer de godes était suffisamment motivant pour s’astreindre à une surveillance et à une filature. Les godemichets faisaient bel et bien l’objet d’une interdiction, et le respect de cette interdiction pouvait mobiliser les officiers de police…et, par la suite, le procureur et le juge.

Au cours de l’audition d’Emile F… on apprend qu’il a quelques connaissances techniques, principalement mécaniques, et qu’il est représentant en matériel cinématographique [les policiers trouvent d’ailleurs chez lui deux films pornographiques]. Cette audition ne nous apprend pas grand chose d’autre. Mais les policiers semblent s’intéresser aux origines des “godmichets” : se pourrait-il que les personnes ayant fourni les matériaux soient au courant de leur destination finale ? Cet “outrage aux bonnes moeurs” implique-t-il d’autres personnes. Emile F… ne va impliquer personne (du moins publiquement) : il ne connait personne, ni “Roger”, ni les autres acheteurs :

Ce soir au moment où j’ai été interpellé par les policiers, j’avais dans mon véhicule des godmichets. J’avais rendez-vous au pont de Puteaux avec un certain Roger, qui m’avait téléphoné et à qui je devais montrer et vendre éventuellement des godmichets. Je n’ai pas trouvé cette personne et sachant que ce Roger fréquentait le café Le Colisée avenue des Champs Elysées, je me suis rendue (sic) à cette adresse. Le prénommé Roger devait me reconnaître à mon sac bleu de la Pam-Am. Mais je n’ai pu le rencontrer.
[…]
Comme je vous l’ai dit, j’ai déjà été interpellé par vos services en 1967 pour ce même motif. Depuis j’avais totalement cessé ce trafic. Ce n’est qu’au mois de septembre 1969 que j’ai recommencé à fabriquer des godmichets.
J’ai dû en fabriquer environ quarante, sans plus. Je les ai fabriqués chez moi. Pour ce faire, j’ai utilisé deux moules en plâtre que j’ai confectionné moi-même, et le four de ma cuisinière.
En ce qui concerne la pâte, j’emploie du polyéthylène replastifié à l’huile vaseline.
En ce qui concerne le polyéthylène, je l’ai obtenu gratuitement en échantillonnage, auprès de la maison Rhône-Poulenc, rue NN NN à Paris. En ce qui concerne l’huile de vaseline je me suis fourni chez des droguistes.
A cette époque mon amie Claudine G… était absente. Elle était en vacances chez sa mère dans l’Indre et Loire.
Je vous affirme que mon amie n’est pas au courant de ce trafic.
En dehors de ces quarante godmichets je n’ai pas fabriqué d’autres, car j’ai en fait du mal à les écouler. Comme je vous l’ai dit précédemment, jusqu’à présent j’ai du réussir à en vendre environ une vingtaine, sans plus.
En dehors de toute main d’œuvre, j’estime que la fabrication d’un godmichet me revient à environ 0 francs 60.
En principe, je vends ces godmichets à raison de 10 ou 15 francs pièce.(…)
En ce qui concerne la vingtaine de godmichets que j’ai déjà vendus, je ne puis vous apporter aucune précision sur leurs acheteurs. Il s’agit en fait de relations qui m’étaient adressées par d’autres relations. J’ignore leurs noms et leurs adresses. Je ne puis rien vous dire à ce sujet.
J’ai fabriqué à nouveau des godmichets parce que, d’une part j’ai été sollicité, et d’autre part j’ai appris que des firmes étrangères en vendaient en France, et j’en ai déduit que cela était maintenant plus ou moins autorisé.
Comme je vous l’ai dit, j’ai eu des difficultés à vendre ces godmichets, et je n’ai pas l’intention de poursuivre ce trafic.
En ce qui concerne les deux films obscènes découverts à mon domicile, je les détiens chez moi par un ami qui réside habituellement à Dakar. Je ne l’ai jamais revu depuis.
Je n’ai jamais utilisé ces deux films et n’ai jamais cherché à les vendre.

Peut-on faire de l’herméneutique à partir du discours d’Emile F… ? Nous ne disposons pas des questions des policiers, et la transcription n’est probablement pas verbatim. La structure de l’audition doit certainement reprendre un modèle habituel qu’il va me falloir saisir. Tout ce qui est écrit, ici, a pour but de minimiser les risques : Emile F… restreint le cercle des impliqués à lui seul. Il, seul, a fabriqué. Lui, seul, a été acheter (ou soutirer) les matériaux de base. Son amie n’est pas au courant. Les clients ? Disparus !
Emile F… semble se contredire : il dit presque simultanément que s’il a recommencé à fabriquer ces objets, c’est suite à des demandes, et qu’il a du mal à les écouler. Il laisse sous-entendre l’existence de réseaux d’interconnaissance (“des relations qui m’étaient adressées par d’autres relations”) qui permettaient à la pornographie de circuler.
Ces relations s’arrêtent-elles au monde de l’achat… ou sont-elles aussi liées à la production. Emile F… est-il réellement un fabricant ? N’est-il pas plutôt un intermédiaire ? La perquisition ne repère pas de moule en plâtre (en 1970 du moins, car en 1967, le “matériel nécessaire à la fabrication” est indiqué). D’autres objets sont découverts avec les godes, que les policiers décrivent comme «soixante neuf objets en matière plastique adaptables sur ces godmichets». On ne sait pas d’où viennent ces objets.
L’hypothèse du petit fabricant de gode, utilisant une recette connue de lui seul, ou circulant — souterraine — parmi les petits dealer de porno, me séduit pourtant. Elle me séduit, parce qu’il est alors possible d’opposer ce mode de fonctionnement (illégal, semi-secret, basé sur l’interconnaissance et des signes de reconnaissance étranges — la Pan-Am…) à ce qui se met en place au même moment : un marché de la pornographie en voie de légalisation encadrée, avec ses gros acteurs commerciaux, ses circuits, ses modes de gestions…

Suites : dix mois plus tard, en première instance, Emile F…, défaillant, sera condamné à neuf mois de prison et cinq cent francs d’amende, « attendu qu’il résulte des documents de la cause et des débats la preuve qu’à Paris, courant mil neuf cent soixante dix, et plus spécialement le vingt quatre NNNNN mil neuf cent soixante dix, en tout cas depuis temps non prescrit le nommé F… Emile a fabriqué, détenu en vue d’en faire commerce, transporté, vendu, offert, même non publiquement, des godmichets (sic), objets contraires aux bonnes mœurs».

Plagiats

plagiats - université de Montreal
Lu aujourd’hui sur une des listes de diffusion académiques auxquelles je suis abonné (et reproduit avec l’autorisation de l’auteure):

Bonjour,
Voilà une situation problématique:
Un directeur de thèse utilise, dans des articles qui paraissent, les résultats des travaux de sa doctorante, sans faire aucune allusion à la doctorante.
Ce n’est pas la première fois. Et la première fois le directeur avait éludé la question.
La doctorante se trouve gênée, car elle commence à penser qu’elle va bientôt risquer, elle, le plagiat.
Qu’est-il possible de faire dans une situation pareille?
Y a t-il des précédents? Comment se sont-ils réglés?
Cette situation pouvant, j’imagine, se reproduire pour d’autres, je compilerais les réponses qui me seraient adressées personnellement, si jamais vous ne vouliez pas “encombrer” la liste.
En vous remerciant d’avance pour votre aide

Situation compliquée. Nous savons à peine — en tant qu’enseignant — régler les problèmes liée au plagiat estudiantin (mes collègues sont très réticents à convoquer un conseil de discipline et à exclure de l’université même les récidivistes)… alors si c’est un collègue ! Les réponses ayant circulé sur la liste de diffusion ne sont pas encore stables. Je citerai juste un extrait de réponse (sans citer l’auteure, là encore). Elle propose de

publier très rapidement quelque chose, un article, y compris dans une revue pas super connue, en présentant ses données et en écrivant clairement quelques phrases du style “notre hypothèse, adoptée par Dupont 2006, permet de penser que” ou bien “nos résultats ont permis à Dupont 2006 de formuler l’hypothèse bla bla”, etc – c’est à dire citer le prof en rétablissant la source des écrits récents de celui-ci.

Je ne sais pas si cela sera utile : déjà que la plupart des articles publiés dans des revues “super connues” sont peu lus… C’est beaucoup de travail pour rien.
La même personne propose la réactivation de la double direction de thèse : l’autre directeur pouvant agir comme instance de contrôle du premier.
Mais il me semble important qu’en cas de copie-plagiat, les plagieurs subissent certaines conséquences. Si nos sociétés savantes (en sociologie l’Association française de sociologie, l’Association des sociologues enseignants du supérieur…) étaient aussi des sociétés professionnelles, elles pourraient rappeler à l’ordre. Si le plagieur était connu, cela nous éviterait de lui envoyer des étudiants à encadrer. D’ailleurs, parfois, cela se sait : en cas d’exposé dans les séminaires de certains centres de recherche, m’a-t-on dit, il est préférable de ne parler que de choses qui ont été publiées, tellement l’appétit des directeurs de recherche est fort.
S’ajoute à cela une question structurelle. La citation des travaux d’étudiants est souvent mal comprise : j’ai du insister pour qu’apparaisse ma co-auteure et un critique de mon livre sur une radio culturelle, voyant qu’une grande partie des entretiens avait été réalisée par des étudiants, s’est cru intelligent de dire que “ce n’est même pas lui qui a fait les entretiens” (alors que j’aurai apprécié qu’il déclare qu’il y avait dans l’ouvrage un effort de transparence : chaque étudiant est nommément cité comme l’auteur de l’entretien utilisé).
La prise en compte des “publis” comme indice de production peut aussi conduire à des effets indirects : un livre écrit à deux, ou un article écrit à deux, vaut pour moitié, ce qui peut contribuer, dans des situation de pouvoir inégal (surtout quand le directeur de thèse est choisi parce qu’il est prestigieux), à l’effacement du co-auteur.
Je suis preneur de commentaire (la doctorante aussi, je pense) :

Sale quart d’heure pour les sex-shops

Manifestation journée de la femme mars 1979 photo Arnaud Baumann Matin de Paris (Photo : Arnaud Baumann, dans Le Matin de Paris)
Il fait nuit, et il semble ne pas faire chaud (un personnage, au premier plan, est en pull, d’autres ont de grosses écharpes). Un groupe de gens est rassemblé autour de la vitrine d’un sex shop. Quelques personnes y lancent des pierres ou des pavés, et la vitrine, fêlée, montre deux gros éclats. En quelle époque somme-nous ? Tous ces manifestants, ou presque, ont des cheveux longs…
C’est que ce sont des manifestantes : nous sommes en mars 1979, et, en marge de la manifestation célébrant la “Journée internationale des femmes”, quelques sex-shops sont lapidés.
Ceci pourrait apparaître comme un minuscule fait divers, mais les répercussions sont plus importantes. J’ai été mis sur la voie de ces actions à la lecture de quelques revues pornographiques, qui, en 1978, désignent le “féminisme” comme l’ennemi principal. Le Guide Sexuel (une éphémère publication) écrit par exemple :

sous prétexte de féminisme, des mouvements « populaires » organisent le sac de certains établissements, n’hésitant pas à recourir à l’attentat à la bombe contre quelques « sex-shops » et arrachant, des devantures de marchands de journaux, des publications réputées « osées »
source : Guide Sexuel, 1978, n°3

La lecture de tels paragraphes m’avait étonné. Des “attentats féministes” ? Le tout début des années sixante-dix m’était plutôt apparu comme une période de développement d’affinités entre certaines féministes et les première “librairies à enseigne de sex-shop”. Françoise d’Eaubonne ne proteste-t-elle pas publiquement, en 1971, avec des patrons de sex-shops, contre les fermetures administratives dont ils sont l’objet ? Certaines militantes du MLF ne revendiquent-elles pas une forme de liberté sexuelle ? [Sur des thèmes connexes, lire l’article de Sébastien Chauvin, “Les aventures d’une « alliance objective ». Quelques moments de la relation entre mouvements homosexuels et mouvements féministes au XXe siècle”, dans un numéro récent de L’homme et la société]

En 1978, il n’y a pas du tout d’union sacrée entre sex-shops et mouvements de femmes. Les petits commerce du sexe apparaissent même comme des cibles à abattre. Mais le «registre manifestant» utilisé est aussi étonnant : bris de vitrines, saccage des intérieurs, “bombes” — nous verrons lesquelles. On en trouve des traces dès 1970, mais ce sont alors des hommes qui cassent. Il me semble que c’est en 1975 que, pour la première fois, des groupes de femmes — du moins des groupes identifiés par les observateurs de l’époque comme des groupes de femmes — attaquent publiquement des sex-shops. A Lyon et à Toulouse, à Montpellier et ailleurs, ce sont les prostituées en grève qui peinturlurent — en pleine nuit — les vitrines des magasins des quartiers où elles exercent (pour plus d’analyse, lire Lilian Mathieu, Mobilisations de prostituées ou le livre de témoignages de “Chantal”, Nous ne sommes pas nées prostituées).
Si les revendications prostituées ne sont pas reprises par les groupes féministes (qui s’éloignent, après 1975, des prostituées — si je me souviens bien)… certains modes d’actions, et certaines cibles, sont repris.
Deuxième élément : la fin des années soixante-dix est l’époque d’une lutte féministe pour renforcer la répression du viol (Janine Mossuz Lavau en donne le contexte dans Les lois de l’amour). Des manifestations sont organisées afin de montrer aux parlementaires la détermination qui soutient les revendications. “Non au viol commercialisé” est l’un des slogans de ces manifestations, unissant dans une même catégorie viol et pornographie. Les commerces sexuels (cinémas porno et sex-shops) apparaissent désormais à une partie des mouvements féministes comme des initiateurs de violences sexuelles. Ces boutiques du cul add insult to injury : les mouvements, souvent de gauche ou d’extrème gauche, refusent toute commercialisation — commodification — de la sexualité, présentée comme une sphère séparée… Si tout est politique, tout ne peut être soumis aux lois du capitalisme.
Troisième élément, conjoncturel mais important : il faut souligner l’influence de pratiques théorisées, européennes et américaines, de manifestations de nuit. Reprendre l’espace nocture, “Take back the night” disent des femmes qui souhaitent s’approprier ce qui apparait comme un bastion masculin (phallocrate) et dangereux, la ville, la nuit. Or un lien existe entre “la ville la nuit” et les sex-shops. Les sex-shops, à la fin des années soixante-dix, sont ouverts tards la nuit (les patrons se sont rendus progressivement compte que des horaires “habituels” 10h-20h, étaient moins rentables). Et ils sont situés dans les espaces urbains qui apparaissent comme les plus masculins. Commerces spatialisés ET commerces de la nuit : ils sont les symboles de ce qu’il faut reprendre.
 

En 1978 et 1979, les manifestations parisiennes et provinciales de la “journée des femmes” s’attaqueront donc presque systématiquement aux sex-shops. Le procédé est presque partout le même… sans que cela signale nécessairement une organisation a priori de ces dégradations.
À Lyon, le Progrès raconte :

Ces représentantes du MLF, minettes en blue-jeans pour la plupart, quelque peu nostalgiques des grandes « manifs » d’Outre-Atlantique, tenaient le haut du pavé de la rue de la République.
Rue Thomassin, devant un sex-shop et un cinéma affichant un film porno, quelques manifestantes munies d’un casque de motard brisèrent des vitrines.
Une halte place des Terreaux où quelques militantes brûlaient cérémonieusement des affiches de magazines à scandale.
(je souligne)

À Pau, la correspondante de Rouge, le journal de la Ligue communiste révolutionnaire, écrit : «Cris de victoire, on n’a plus peur. Après l’agression violente de la part d’un patron de cinéma porno, on lui renverse un pot de colle sur la tête !» (février 1978). Dans le même journal, un mois plus tard, à Bordeaux, le correspondant parle du “bombage” d’un sex-shop : c’est de bombe de peinture que l’on parle le plus souvent…
À Paris, une participante, peut-être aussi journaliste à Libération raconte :

retrouvailles à 150 au Châtelet, avant d’aller remonter la rue St Denis. Là ce n’est pas triste. Les femmes devant, une trentaine d’hommes derrière, ravis d’en suivre plus d’une ! Moins ravis sont les proprios des sex shops, des cinémas pornos et des night clubs. Les uns voient leurs façades bombées, leurs bouquins jetés dans la rue, les autres – du moins certains d’entre eux – leurs portes enfoncées. Les videurs surgissent, en rage. « Putains », « mal baisées », « lesbiennes », « on va toutes vous niquer ». Les femmes rigolent, plutôt heureuses d’être dans la rue.
source : Libération, 10 mars 1978

Mais l’attentat qui a laissé le plus de traces, parce qu’il a été réalisé à l’explosif, qu’il a été suivi d’une revendication en bonne et due forme, et aussi parce que les auteures sont restées anonymes — jusqu’aujourd’hui — est le suivant :

Dans un message envoyé jeudi à l’AFP un groupe de femmes qui s’appellent « les allumeuses de réverbère » revendique l’attentat au plastique commis dans la nuit du 7 au 8 mars contre le mensuel « F magazine » et celui commis contre le cinéma Galaxie dans le 13e arrondissement. « Nous souhaitons un joyeux anniversaire à toutes les femmes, disent-elles, et nous leur offrons à cette occasion quelques feux d’artifice dont les locaux de F magazine, emblème de la récupération de nos luttes, et un cinémat porno de la place d’Italie. »

F Magazine était une tentative (éphémère) d’ancrer le féminisme non plus seulement dans les réseaux d’entraides politiques et extra-capitalistes, mais de l’institutionnaliser en recourant aux armes capitalistes (publicité, salaires, ventes…) de la presse magazine. Horreur pour les Allumeuses de réverbère qui y voient un affaiblissement de la pureté de la lutte. En plastiquant la même nuit un magazine féminin et un cinéma pornographique, elles établissent un lien matériel entre ces deux entreprises.

En 1979, l’action est devenue “traditionnelle”. Quelques jours avant la manifestation, un article de Libération rappelle même aux lectrices les hauts-faits de l’année passée, une manière de souligner que leur absence cette année serait un mauvais signe :

l’an dernier le défilé-promenade République-Nation du samedi 5 mars avait suscité bien des déceptions et provoqué quelques jours après une manif nocturne rue St Denis au cours de laquelle les sex shops avaient passé un sale quart d’heure.
source : Libération, 7 mars 1979

L’Aurore a envoyé un journaliste (sûrement pas le plus misogyne, mais pas loin…), qui s’en prend à coeur joie aux manifestantes :

bien vite, les furies, perdant toute mesure, se sont déchaînées jusqu’à prendre la place de la République pour le marché de Brive La Gaillarde. Après avoir bloqué un car de police secours, transportant un blessé, elles ont cassé la vitrine d’un sex-shop et se sont mises à chasser tout ce qui ressemblait à un mâle.

Dans une « Lettre à une copine de province », dans Libération, on peut lire :

Après la gare de l’Est, une halte violente : le sex-shop de l’angle de la rue du Fbg Saint Denis et du Bvd Magenta. Un groupe a quitté la rue, s’est jeté à pavé rompu sur les vitrines plexiglas que (sic) ont du mal à craquer. Cette action a été diversement appréciée, certaines ont râlé, puis on est reparties (sic).

 

Tous ces extraits laissent percer l’image d’un Paris ville violente. Et isoler les actions féministes du contexte de la période fait perdre une partie du sens des pratiques. Il faut, pour en prendre conscience, lire la presse parisienne en 1978 : la violence d’extrême-gauche est répandue et visible (cocktails molotov, voitures qui explosent, fusillades). La violence d’extrême droite l’est aussi (bagarres dures entre étudiants, violences policières…). L’expression des idées politiques par le petit attentat “autonome” est presque légitimée et n’apparaît pas incongrue. Ainsi Françoise d’Eaubonne — déjà mentionnée plus haut — dans un ouvrage de lecture de la guérilla urbaine écrit les mots suivants :

on [les féministes] n’a pas encore réfléchi sur la nécessité de nous réapproprier l’agressivité, ou plutôt, simplement, sa possibilité (…). Le virage s’amorce; peut-être sera-t-il formidable. renonçant au laudatif commentaire de la non-violence du gentil renard à queue coupée, quelques humoristes — excellent, l’humour avec l’action — ont commencé à plastiquer les sex-shops sous le nom d’Allumeuses de Réverbères. Entreprise considérablement plus saine que celle des militantes du «Programme commun des femmes» (…)
source : Françoise d’Eaubonne, Contre violence ou la résistance à l’Etat, 1978

Le recours à la violence ironique n’est pas compris par tout le monde. Les réactions des féministes à ces actions vigoureuses ne sont pas — et loin de là — uniformes. Des critiques se laissent entendre : en filigrane, les trotskystes de Rouge rendent les “mecs” responsables de certains cailloutages et des dégats matériels. D’autres font part de leur incompréhension, comme dans le courrier des lectrices de Femmes en mouvements (avril 1978) revue pourtant sympathique envers les mouvements “autonomes” :

Au sujet de l’attentat contre le cinéma porno, rapproché de la manif du 8 mars dans la rue Saint Denis, je trouve cela très ambigu. Comment peut-on se déclarer « heureuses d’être dans la rue » quand c’est rue Saint Denis, poursuivies par des maquereaux, même si on a la compensation d’en avoir aspergé quelques uns de peinture.

Le féminisme organisé, ces années là, est loin d’être univoque.

Après 1979, je n’ai, pour l’instant, pas trouvé de traces d’autres “bombages” organisés et féministes de sex-shops. La seule action aperçue est une tentative de décembre 1981, qui tourne court. Trois jeunes femmes (elles ont moins de 25 ans) d’extrême-gauche féministe tentent de brûler un magasin :

Les féministes se font terroristes : trois activistes en jupon ont été arrêtées dans la nuit de lundi à mardi, le cocktail Molotov en bandoulière.
« On voulait faire sauter une sex-shop de la rue Godot de Mauroy », ont-elles avoué.
C’est dans cette rue, réputée pour ses boutiques spécialisées et ses dames exerçant le « plus vieux métier du monde », que les policiers ont intercepté les premières féministes adeptes de l’action violente. Il était 2h30 mardi lorsqu’une patrouille de policiers remarqua, à l’angle de la rue des Mathurins et de la rue Godot-de-Mauroy, une 304 mal garée, les plaques minéralogiques couvertes de boue. Le moteur de la voiture tournant, sa conductrice au volant, les deux portières ouvertes.
Intrigués, les policiers se cachèrent dans une porte cochère pour observer la jeune femme prête à démarrer mais attendant visiblement des passagers. Ils virent arriver très vite deux jeunes filles portant chacune une bouteille à ma main. Passant à l’action aussitôt, les gardiens de la paix mirent la mains sur les trois demoiselles qui portaient en fait des cocktails Molotov.
source : article d’un quotidien, décembre 1981

Ces personnes seront condamnées à de la prison avec sursis.

Les actions de 1978-1979 sont rapidement intégrées dans l’histoire féministe. Dans la revue Le Temps des femmes, en 1982, un dossier sur la pornographie est introduit de cette manière : « Souvenez-vous, dans les années 75, des militantes féministes dévastent des sex-shops et des cinémas pornos. Un joli nom de guerre… les allumeuses de réverbère… certaines d’entre nous y étaient, elles en gardent un bien bon souvenir. » Dans une histoire du MLF à Lyon [Chronique d’une passion : le mouvement de libération des femmes à Lyon, l’Harmattan] la manifestation de 1978 est mentionnée…

Ce texte est une première version : n’hésitez pas à me signaler toute erreur, matérielle ou d’interprétation… Si vous aviez des photos de ces actions, si vous y avez participé, contactez-moi !

La Sorbonne imaginaire de Robert Ludlum

L’auteur de The Bourne Trilogy n’a sans doute pas mis beaucoup de pieds en France… Ni visité nos formidables bibliothèques universitaires. Sa Sorbonne, mentionnée en passant dans The Bourne Identity est aussi farfelue que le Paris du DaVinci Code.
The Bourne Identity - Robert Ludlum
“One of the most extensive” !! ?? Des horaires d’ouvertures autres que “10h-16h” du mardi au vendredi ? Un “vestiaire” ??? Où se croit-il ?
Et pourquoi pas un “catalogue informatisé” tant qu’on y est ! [Note : je n’ai jamais mis les pieds à la bibliothèque de Paris 4… Il se peut qu’elle ressemble à la description ludlumesque, mais je doute.)
En attendant Harry Potter and the Deathly Hallows (qui sera dans mes mains, je l’espère, à 1h01 le 21 juillet…) Ludlum offre quelques amusements.

Recrutements universitaires dans Le Monde

La foire à l’embauche par François Clément (stéréotypé, malheureusement)
Recrutement, autonomie et clientélisme, par Olivier Godechot (programmatique)
A lire et à commenter.
En document à lire aussi, le Projet de loi sur l’université (PDF), (c’est le document de travail du gouvernement, je ne sais pas quelle version).
A commenter aussi.
Mise à jour : diverses réactions sur internet : Sans-Objet; affordance; EW-Econ… et en commentaires.
2e mise à jour : Chez Tom Roud, ou ici, ou encore chez Droit Devant
3e mise à jour : Les réactions s’empilent, directement, sur le site d’Olivier Godechot