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Archives de la catégorie : 'France'

Mariage halal

Il y a deux semaines, j’avais réagi à quelques éléments d’un papier du Monde sur les musulmans qui refusent le mariage civil. L’article 433-21 du Code pénal interdit en effet toute célébration d’un mariage religieux s’il n’y a pas eu, auparavant, célébration d’un mariage civil. Cet article a une longue histoire (que j’avais rappelée ici) et a survécu à la loi de Séparation en 1905 et à la réforme du Code pénal au début des années 1990 (ainsi qu’à une proposition de loi d’Alain Madelin en 1981). En droit donc, en France, les seuls couples encore obligés de se marier civilement sont les couples qui cherchent à se marier religieusement (un certificat de pacs ne suffit pas).
Je me suis depuis plongé dans les résistances catholiques au mariage civil (qui permettent de remarquer que la laïcisation du mariage n’a pas été un processus rapide et sans contestations).
Mais j’ai aussi découvert (avec l’aide de Sébastien Fath) cet article du Courrier de l’Atlas, Mariage “halal” : mariage hors la loi (sauf celle de Dieu) :

Danger : Certains jeunes couples musulmans estiment pouvoir se contenter du mariage religieux. Ils boudent ou reportent indéfiniment l’union civile. Une situation inquiétante car “l’épouse” peut être répudiée du jour au lendemain, sans que ses droits soient reconnus. Dans certains cas, c’est aussi une forme de rejet de tout système civil et organisation sociale laïque, voire des lois… Dans d’autres cas, il s’agit tout simplement d’une astuce pour vivre en concubinage.

Les journalistes ont interrogé un imam qui « a d’ailleurs décidé de ne plus célébrer d’union religieuse sans avoir vérifié au préalable l’acte de mariage établi civilement par la mairie. » Bon exemple de respect des lois, mais comment le comprendre ? On découvre assez vite un autre son de cloche si l’on se promène un peu sur internet.
Sur un forum consacré à l’islam, à la question Où peut on faire le mariage Halal sans le civil ? SVP, une personne répond :

Fo sadressé à une petite moské, car lé grande moské refuse de fair le halal avant le mariage civil. Sinon on peu demmandé à une association islamik.
traduction : Il faut s’adresser à une petite mosquée, car les grandes mosquées refusent la célébration des mariages halal avant le mariage civil. Sinon, on peut demander à une association islamique.

Pourquoi donc une “petite moské” serait-elle plus encline à célébrer des mariages halal ? Un texte de Solenne Jouanneau, «L’imam et les jeunes mariés», issu de sa thèse — en cours de finalisation — va nous aider à comprendre. En réalité, c’était déjà ce texte qui m’avait servi dans le billet précédent sur islam français et mariage civil, mais je l’avais en parti oublié, rendant à [Jocelyne] Césari ce qui était en fait à Jouanneau. Elle écrit qu’on peut voir “progressivement apparaître, chez un nombre croissant de musulmans, non pas un refus de principe concernant le mariage en mairie, mais le besoin d’un rituel autour du mariage qui puisse être vécu comme spécifiquement islamique.” Besoin qui s’est “concrétisé dans le souhait que se soit un imam, si possible dans une mosquée, qui récite devant les jeunes époux la fatiha ce qui (…) n’avait aucunement cours dans les pays d’origine. Les imams (…) acceptent de se plier à la demande des fidèles et ce sans s’inquiéter du caractère novateur de ce cérémoniel.” Les jeunes musulmans demandent à l’imam ce que de jeunes catholiques demandent aux prêtres. [A noter que l’on remarque la même chose aux Etats-Unis, d’après K.I Leonard citant E. Shakir : «American mosques inevitably borrowed heavily from American churches, using them as models (…) Soon the mosque became the scene of weddings and funerals, of cake sales and dinners»]
Elle poursuit ainsi : “par la volonté des musulmans pratiquants de maintenir une spécificité islamique à leurs unions matrimoniales, les imams ont progressivement été amenés à jouer un rôle central dans la réinvention de pratiques religieuses autour du mariage.” En conclusion : “ces imams répondent aussi à une demande des fidèles consistant à recréer un espace de pratiques qui puisse être perçu comme spécifiquement « musulman », d’où la création d’un mariage religieux islamique qui n’a de sens qu’en opposition au mariage civil et dans le cadre d’un processus d’adaptation à un pays laïc où l’islam se trouve en situation minoritaire.”
Ceci une fois dit, S. Jouanneau va s’intéresser aux situations concrètes d’acceptation ou de refus de ces célébrations extrajuridiques. Elle écrit que “les imams officiant dans les mosquées engagées dans un processus de reconnaissance institutionnelle” refusent, alors que les imams qui “officient généralement dans des lieux de culte qui ne sont pas inscrits dans un processus de reconnaissance par les pouvoirs publics (et qui) ne sont généralement affiliés à aucune fédération d’ampleur nationale” vont plus facilement accepter. C’est que les premiers sont plus détaché des demandes des fidèles : ils peuvent être soutenus par le bureau de l’association gérant la mosquée, mais aussi tenir compte des retombées qu’offre une proximité avec les pouvoirs publics. Les seconds, au contraire, ne dépendent que des fidèles : ils sont “directement dépendants de l’opinion de leurs fidèles qui restent leur principale source de légitimité.”
C’est ainsi que l’on comprend le conseil, donné plus haut, de recourir à une petite moské : passer devant Monsieur l’imam correspond à l’idéal du mariage musulman contemporain en France, mais il faut choisir un imam dépendant des fidèles pour avoir accès au mariage religieux sans mariage civil. Ce que ne précise pas la personne proposant le recours à la petite moské, c’est qu’il y a peu de chance pour qu’un membre extérieur à l’assemblée des fidèles puisse avoir recours aux services extra-juridiques de l’imam.
Il serait, pour poursuivre dans cette direction, possible de s’intéresser aussi au volume de capitaux — culturel et religieux — détenus par les candidats au mariage. Mon hypothèse est que l’acceptation sera d’autant plus forte que les capitaux des candidats seront plus importants, indépendamment de la situation concrète de l’imam.
Mais revenons à l’article du Courrier de l’Atlas consacré au ‘mariage halal’. Les journalistes décrivent trois situations de mariage halal en se concentrant sur les jeunes femmes. « La femme est souvent la première victime de ce type d’union » nous précise-t-on. Ces femmes apparaissent comme des êtres vulnérables : Fouzia, 30 ans, a été “abandonnée avec son enfant par Samir”, Séphora a été “mariée avec Marouane puis séparée”. Le mariage halal n’étant — du point de vue de l’Etat — qu’un simple concubinage, et le ‘divorce halal’ étant très simple à réaliser, les séparations sont plus douloureuses pour les femmes. Le mariage halal est décrit comme une forme de tromperie sur la marchandise, un engagement creux. Dans les années cinquante — de manière ultra marginale — et soixante, l’union libre (la “cohabitation juvénile”) devait aussi être décrite comme mettant en jeu l’honneur, la réputation et l’avenir des jeunes femmes… je ne sais pas trop quand ce type de description a disparu pour la population générale et apparu pour décrire les jeunes musulmans…
D’autres usages du mariage halal, manière de rendre possible la cohabitation, semblent possibles, et les jeunes femmes peuvent être les promoteures de ce qui est parfois décrit comme des “fiançailles”. Sur un forum, encore :

je suis marocain et je suis venu faire mes etudes en france, j’ai rencontré une cousine a moi qui est né ici on est sorti ensemble et elle m’as demandé en mariage (oui rien n’etonne aujourdhui) j’ai accepté mais le probleme c’est q’elle veut juste un mariage avec un fqih et pas de mairie pour l’instant (et je sais pourquoi : elle craint que je la quitte si je fais mes papiers). mais moi je m’en fous des papiers.
source

Pour finir, ce clip — hilarant de machisme blessé — une chanson de l’Algerino qui raconte l’histoire d’une Fleur fanée (comprendre une femme multipartenaire), et dont les paroles contiennent les vers suivants :

J’ai pardonné ; tout le monde fait des erreurs, j’en ai fait
J’l’ai prise comme elle était ; j’lui ai rendu sa dignité
Elle m’a présentée à sa mère et j’la présente à la mienne
La mienne me suggère directement de faire un mariage halal
J’avais 21 ans pas un rond, pas de situation

Paris 8 dans le Canard enchaîné

Je ne sais pas vraiment ce que le Canard enchaîné trouve à Paris 8… Cette semaine, c’est le troisième article en quelques mois (après deux précédents consacrés à l’ancien président, Pierre Lunel — biographe de Bob Denard. « La fac de Paris-VIII, vitrine de la grande misère des universités »… avec, en sous-titre : “la ministre Valérie Pécresse pourrait en faire l’un des symboles de la nécessaire réforme”.
L’article commence par certains “mots doux” adressés à l’encontre de l’université : “usine à chômeurs”… sans rappeler l’état de délabrement des locaux (entretien absent, toilettes qui fuient jusque dans les couloirs, revêtement de sol qui se délite, portes qui ne ferment plus, faux plafonds qui tombent — sur les étudiants ou les enseignants, absence de savon à côté des lavabos…). Pour se faire un exemple, il suffit de jeter un coup d’oeil à une série de photos de Paris 8, que Marie Ménoret et moi-même avons fait… rien n’a changé depuis trois ans que j’y enseigne. C’est plus que sale, c’est dégoûtant.
L’absence de financement de l’université française est criant, mais dans le cas de Paris 8, c’est plus qu’un cri… (et le Canard Enchaîné décrit assez bien la situation).
Il serait étrange que cette université, fondée sur des principes gauchistes, soit “sauvée” par la droite, sur des principes tout autres, mais c’était un peu la teneur de certains bruits de couloirs, hier. Sur quels principes : avant tout la rentabilité… une partie des personnes interrogées par le Canard faisant partie des pôles rentables de l’université. Mais on ne sait pas ce que la Pécresse mentionnée en sous-titre propose.
Un collègue, appelé depuis à joindre l’un des sommets de la hiérarchie universitaire, se demandait à haute voix, il y a quelques années, pourquoi le Conseil Régional de l’Ile de France, ou plutôt le Conseil Général de la Seine Saint Denis, ne déclarait pas Paris 8 université “prioritaire” — en la finançant au niveau auquel ses équivalents européens financent les universités régionales. Que les acteurs politiques locaux s’intéressent à l’université locale lui semblait plein de bon sens. Il me semble, aussi, que “Paris”, jamais, ne fera de cette université de banlieue une université prioritaire (sauf à la transformer en college destinée au premier cycle universitaire).
Mais mon interrogation principale, pour le moment, concerne les raisons profondes de l’intérêt des journalistes du Canard.
Pour aller plus loin : Le début de l’article du Canard (sans le dessin hors propos de Cabu)

L’opposant élu

C’est son opposant qui a été élu…
Zavatta-Royal-Sarkozy
(Auchy – Pas de Calais, Mai 2007)

Auditions sociologie 2007-1

Je connais plusieurs candidat(e)s à un poste de maître de conférences en sociologie, dont une partie est auditionnée (à Dauphine, Caen ou Nice) dès la semaine prochaine. Malheureusement ces universités ne rendent pas publique la liste des auditionnés, ni le classement. Un manque de transparence difficile à comprendre.
Des disciplines autres que la sociologie (le droit administratif avec le blog de Rolin, les mathématiques avec l’Opération Postes, la science politique avec la liste de diffusion de l’ANCMSP…) ont des dispositifs de centralisation.
Je propose ici, modestement, la possibilité d’utiliser les commentaires, ci-dessous, ou ce wiki auditions en socio pour constituer des listes d’auditionné-e-s et de classé-e-s. (En espérant que cet appel sera relayé dans la blogosphère académique, chez mes collègues sociologues Fernandez, Zunigo, Auray, Rimbert, Lemieux, Dubet… qui pourraient avoir eu vent des auditionnés dans leurs universités).
[Note : Au département de sociologie de Paris 8, dates et listes sont/seront affichées sur le site.]

Genre et commerce

J’alterne entre veille juridique (suivi des diverses lois et règlementations consacrées aux sex-shops) et veille commerciale. Les mondes de l’entreprise privée et du commerce m’étant socialement étrangers (et plus exotiques que la fonction publique), je prends un grand intérêt à suivre les diverses élaborations intellectuelles et pratiques des personnes cherchant à ouvrir, aujourd’hui, des sex-shops d’un nouveau type.
Le recueil d’anecdotes diverses m’aide à comprendre comment, en l’absence d’institution centralisatrice — Ordre, Syndicat, Coopérative… –, les grossistes et les distributeurs jouent un rôle d’information :

Une autre anecdote qui vous plaira certainement. J’ai découvert par un fournisseur lors de ma visite au salon de la lingerie à Paris, qu’une boutique au même concept que le mien allait s’ouvrir à 100m de la mienne.
Même concept, mêmes fournisseurs, le cauchemar total. J’ai contacté cette personne pour que l’on puisse se positionner l’une par rapport à l’autre.
Elle est déjà implantée sur la ville mais avec une boutique […] qu’elle va transformer en concept boudoir, cabaret chic, lingerie + sextoys.
Elle a pris de l’avance sur moi, sachant qu’elle a déjà passé toutes ses commandes, et sachant que sa boutique est opérationnelle. Nonobstant la nausée qui m’a pris lorsque j’ai appris la nouvelle, j’ai foi en mon projet, et je vais me battre en misant sur mes forces, mon relationnel, mais surtout sur mon envie de réussir.

Informations sur l’état du marché en général, mais aussi sur la concurrence locale : les détaillants cherchant à ouvrir un sex-shop (ou un magasin sexy) doivent une part de leurs connaissances aux fournisseurs [sur un point similaire, j’avais déjà abordé la question de l’importance des grossistes]. Il est fort probable que ces situations où la distribution d’information est liée à la distribution des biens soient plus fréquente que je ne le pense : une collègue me signalait d’ailleur hier un livre à lire, du sociologue américain E. Freidson (portant sur les médecins).
Passage du désirLa veille commerciale se poursuit par le suivi de l’ouverture des points de vente de vibromasseurs et de godemichets (le sociologue peut être monomaniaque). J’ai passé quelques minutes dans un magasin ouvert très récemment, au 11 rue Saint-Martin à Paris, et dont j’ai suivi, au cours des derniers mois, une petite partie des péripéties liées à l’installation.
Passage du désirCette boutique se présente comme “the♥store”. Le “♥” est ici visiblement lié à une relation, ou — au minimum — à la dualité : une série de cartes déclaratives (“tu me manques déjà”, “où tu veux, quand tu veux”…) parsème d’ailleurs la vitrine. Alors que la concurrence cherche à faire des sex-toys des objets féminins, ce magasin vise la conjugalité. Le site internet de la marque se déclare “dédié au développement durable du couple”.
heart sex love man womanLe couple proposé est probablement égalitaire dans ses décisions d’achat, mais il n’échappe pas du tout à certaines normes de genre. Une variation du dessin représenté ici se trouve dans la boutique. Je n’y ai pas toutefois trouvé d’inversion de la place des coeurs.
Dans “the♥store”, le ♥ est “genré”, ironiquement, mais explicitement : celui des hommes est vénérien. [Dans le même ordre d’idée, un reportage de France3 sur la Saint Valentin (format Quicktime .mov)]
Je signalerai enfin une variation sur le thème, habituel, de l’interdiction d’entrée des mineurs. Passage du désirL’interdiction d’entrée dans les sex-shops, à Paris, a pour origine une ordonnance préfectorale de 1970. Dans le cas présent, cette interdiction n’était pas requise [le magasin ne proposant aucune publication interdite aux mineurs], mais n’a pas été entièrement abandonnée : elle a été transformée en restriction à un public choisi.

Quelques blogs

Quelques blogs universitaires :

  • Alain Bertho, professeur d’anthropologie à l’université Paris 8, semble avoir mis en place (ou fait mettre en place) un blog sur wordpress.com. Pour l’instant limité à une bibliographie et une liste des “dorctorats” (sic — corrigé depuis). Signalons un article Du « grondement de la bataille »à l’anthropologie du contemporain, qui commence par ces mots énigmatiques :

    L’identification de la métropole comme espace productif et stratégique pour l’hégémonie du travail immatériel et de la multitude est une étape importante qui semble à peu près réalisée.

    Aaah ?…

  • Olivier Orain, géographe au CNRS, propose “Esprit Critique” sur over-blog. Le projet semble ambitieux : espérons qu’il tiendra la longueur de l’engagement et l’ascèse que demande un blog.
  • Laurent Barry, aussi anthropologue, à l’EHESS, propose des réflexions sur la parenté et des fenêtres sur ses travaux.

Round One : B, R et S dans le New Yorker

Un long et bel article dans le New Yorker cette semaine, sur la campagne électorale française : Round One, The battle for France, by Jane Kramer.

I did not see Royal on this trip. She talks to reporters even less than she talks to other Socialists, and she is especially wary of the American press—perhaps because she has not decided what the proper attitude of a would-be French President toward the United States should be. When you call the headquarters, and ask to speak to the foreign-press secretary, you are switched to an intern from Sciences Po who says, “Pas possible” and hangs up fast.

Plus loin, et plus grave :

The real trouble with Sarkozy is that he is not demonstrably democratic. Few politicians are, but Sarkozy is at a disadvantage, having put in five highly visible years as an interior minister that included the month of rioting in the projects in 2005, and a brief resurgence of violence earlier this spring in Paris. He doesn’t pretend to listen to “the people.” When rules get in his way, he walks right over them, or he changes them.

Les «étranges pratiques»

Le Parisien affiché dans l'universitéHier, Le Parisien publiait, dans la rubrique “Faits Divers”, juste au dessus d’un article sur les aveux d’un violeur-assassin, quelques colonnes sur “Les étranges pratiques de l’ancien patron de la fac”. En quelques heures, les photocopies de l’article se retrouvaient affichées un peu partout, et des scans plus ou moins bien effectués envahissaient les boîtes à mail.
Cet article, apparemment bien renseigné (mais qui donc fait “fuir” les informations ?), mentionne “un contrat […] conclu en 2004 entre l’université et un cabinet d’audit sans appel d’offre, alors que le montant (plus de 100 000 euros) l’aurait exigé. Ce cabinet [était] dirigé par un enseignant associé de l’université”. Le Parisien mentionne aussi « le mystérieux rapport sur l’IUT », qui avait “mis en lumière des dysfonctionnements”… mais personne ne se souvient où ce rapport a été rangé.
« L’ancien patron » étant juriste je vais éviter un moment de recopier l’article.

Cours et bref

Thésard, une vie de loser, par Clarisse Buono, dans Libération aujourd’hui.

Qui a conscience de la façon dont se traduit la paupérisation des jeune surdiplômés aujourd’hui ? S’il est entendu que se lancer dans une carrièr de chercheur n’a jamais été une sinécure, le quotidien de nombreux jeune chercheurs de nos jours tient du sacerdoce.

[Qu’en pense Sans Objet ?]
[De Clarisse Buono a été publié récemment Félicitations du Jury]
L’éducateur et le photographe, par Jean-François Laé et Numa Murard, Mouvements, hier

D’un côté : L’insalubrité, le pauvre, l’enfant en famille ; de l’autre : les lieux de rédemption, le foyer pour célibataires : à Montréal, entre 1937-1955, la photographie renseigne la médecine et le travail social.
Tant en Angleterre qu’en France, aux Etats Unis qu’au Canada, le pauvre est, on le sait, l’objet d’une remarquable attention à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Fruit de l’industrialisation, cette figure se fragmente en autant de lieux que de milieux. Or, cette fragmentation des lieux se décuple avec la photographie, déjà très présente dans l’activité médicale et psychiatrique ainsi que dans l’ethnologie folklorisante des Indiens d’Amérique. Soudain l’image violemment montre l’insupportable.

Poste — poste à moustache, par Saskia Cousin, EspacesTemps.net… au sujet des recrutements universitaires :

Surtout, l’on ne peut que conseiller de conserver le sens de l’humour, bouclier indispensable en cas de situations désespérantes. Désespérantes mais non désespérées : il ne faut pas oublier tout de même que les bonnes surprises n’arrivent pas qu’aux autres, qu’il existe des postes imberbes (sans « moustache »), des commissions vraiment à la recherche d’un candidat qui recrutent d’illustres inconnus parce que leur dossier, leur motivation et leur audition remportent l’adhésion.

[Rappel : une discussion sur les moustaches des postes]
L’Énervé donne quelques conseils pour la constitution des dossiers de candidature aux postes de maîtres de conférences :

Appeler les gens. Un enseignant-chercheur est par définition rattaché à une composante d’enseignement (un département d’enseignement, une UFR, etc.) et à une composante de recherche (un labo). Les noms et les emails des responsables de ces composantes sont mentionnés dans la définition du profil, n’hésitez pas à les appeler.

Le même Énervé propose une série de conseils précis concernant la présentation analytique :

pensez à structurer votre CV! les rapporteurs risquent d’avoir beaucoup de dossiers à lire, en particulier pour les postes de maîtres de conf! un dossier bien présenté les disposera en votre faveur. Mon conseil:…

[C’est à lire en complément de nombreux conseils, parmi lesquels mes conseils concernant la rédaction des “CV analytiques”…]

Mise à jour : le commentaire de Sans Objet à la tribune libre de Clarisse Buono dans Libération.

Le Figaro sur Gallica

contre obesiteLe Figaro est enfin copieusement sur Gallica. Conformément à la tradition gallicanne, le tout est très difficile d’accès et de circulation… Mais bon, on y arrive, surtout quand on arrive à tomber sur la page de navigation par année :
Le Figaro, 1854-
On peut y lire, jour après jour, en 1905, les débats sur la loi de séparation des Églises et de l’État :
separation figaro
Vos crimes ? Vous avez brûlé Savonarole, Jean Huss ! emprisonné Galilé ! et favorisé mon adversaire aux dernières élections ! (dessin de Forain, décembre 1905, Le Figaro)
Interrogé par un journaliste du Figaro, un évêque déclare : “Un jour viendra où le peuple de France sera ingouvernable, parce que l’école sans Dieu, la mauvaise presse, qui flatte les grossiers appétits, et le suffrage universel qui les introduit dans la nation, auront supprimé toute autorité”
eveque separation figaro
Autres journaux :
La Croix (pour la fin du XIXe siècle) : Réaction à la Séparation :

M. Loubet a signé la loi de séparation (…) consommant définitivement le crime national qui vient de se commettre (…)

Charite La Croix antisemitesAu moment de l’Affaire Dreyfus, on remarquera, en permanence dans La Croix, dessins et articles antisémites. Ainsi cet extrait du 10 décembre 1898 :
 
« (…) une foule nombreuse avait envahit la salle, les marchands juifs occupaient le premier rang. Un grand nombre d’entre eux, montés sur les bancs, empêchaient le public de voir la vente. Les brillants, pierres précieuses, chaînes, etc. des victimes avaient été accaparées par les fils de la Synagogue (…) M. l’abbé Odelin (…) a voulu se rendre acquéreur d’un lot de chapelets(…) . Les juifs le lui ont disputé jusqu’à 41 francs…»
 
Or, argent, juifs malpolis (et recevant leur richesse de l’étranger… pire ! de l’Angleterre), pauvres “victimes” françaises dépouillées par les “fils de la Synagogue”… Cet entrefilet de La Croix conjugue en quelques paragraphes les stéréotypes les plus fréquents (avarices, avidité, absence de civilisation, inféodation internationaliste…).