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Archives de la catégorie : 'Université'

You bitch !

Paul Veyne : Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, coll. Points, p.360

C’est bien pourquoi les sociologies générales ont tendance à se multiplier : tout professeur a tendance à attacher une importance particulière aux aspects des choses qu’il a eu pour sa part le plus de mal à conceptualiser.

Jean-Claude Passeron, Le Raisonnement sociologique, Paris, Nathan, p.11

Osons une métaphore filée pour le dire sans précautions superflues de langage: on a voulu assurément inciter la réflexion épistémologique à ne pas s’enfermer dans la bergerie idyllique du quasi-expérimentalisme où paissent, sans jamais oser lever les yeux sur l’enceinte de leur parc douillet, trop de moutons popperoïdes, mais ce n’est assurément pas pour convier le sociologue émancipé à aller hurler avec les loups de l’herméneutique sauvage, toujours prêts à croquer à belles dents toute scientificité un peu fragile surtout si elle est jeunette.

Gérard Noiriel, “Ne tirez plus sur l’historien”, Politix, 1989, vol 2, n 6, p.38

Moyennant quelques flatteries — des travaux de débutants sont présentés comme des oeuvres majeures — on s’attache un certain nombre d’adeptes qui diffusent la parole du maître avec d’autant plus de virulence qu’ils sont en général jeunes, c’est à dire encore hantés par le désir de se distinguer et d’exhiber leurs qualités intellectuelles. [Dominent alors] les avis du maître dont l’importance devient démesurée – hochement de tête, tutoiement, lettre manuscrite, etc. (…) D’où surtout, quand la mode est passée, les désillusions, les désenchantements de ceux qui ne croient plus à rien parce qu’ils se sentent “trahis”

*
*   *   *

Remarquez le monde des hommes… l’ensemble est rédigé au masculin… Pas de chèvres popperoïdes, pas d’amicales collègues, pas de débutante, pas de maîtresse (pas officiellement, du moins).

Et, puisque les demandes ont été nombreuses, voici encore de l’Edgar Morin. Journal de Californie, 1970

9 septembre :
Rêve : Dans la nuit de lundi à mardi, j’ai rêvé de Bourdieu. Je vais lui demander des explications sur son attitude à mon égard. Qu’il critique mes idées, soit, mais pourquoi cette animosité personnelle ? Dans ce rêve, il demeure maussade, haineux. Manifestement, je lui demande son amitié, qu’il me refuse. Ceci me rappelle des rêves où je suis ami, réconcilé, avec Aragon.
Ce que j’ai le plus de peine à accepter: l’inimitié

Vrac.

  • Kalai Elpides Pandore vous propose de vivre, jour après jour, les belles espérances de sa campagne de recrutement aux postes de maître de conférences… du point de vue d’une candidate.
  • Romain “small j.” Garcier vous propose l’anatomie d’une catastrophe, du point de vue d’un géographe de l’eau.
  • Une heure de peine vous propose une sociologie de l’anorexie (et une lecture de l’ouvrage de Muriel Darmon, Devenir anorexique).
  • Jean-François Laé vous propose l’introduction des Nuits de la main courante.
  • Bigblogger / Emmanuel Raveline propose un petit dictionnaire à l’usage du chercheur en sciences humaines.
  • heures complémentaires

    Les mailing-listes ont chauffé aujourd’hui, avec une missive (en PDF) annonçant une augmentation du taux horaire des heures supplémentaires.
    heures complémentairs
    Il s’avère que c’est un canular, un faux grossier déclare même un collègue.

    Un démenti officiel est rapidement tombé, et je crois effectivement que c’est un faux grossier. Il y a toute les recettes d’un bon troll dans cette lettre : langage trop direct, mauvaise foi.
    Ce qui est significatif en revanche, c’est la vitesse à laquelle elle a fait le tour des universitaires et donc du crédit qui lui a été porté.
    source : griffonages

    Le faux n’est pas si grossier que ça… le mauvais scan d’une lettre officielle ressemble à ce que l’on reçoit assez souvent : la forme y est.
    J’aime bien les canulars… et j’aimerais bien savoir quelle est son origine.

    Mise à jour : voici le démenti ministériel :
    heures complémentaires démenti

    Deuxième mise à jour : le ministère va porter plainte :
    Le ministère victime d’un “faux courrier” et porte plainte :

    Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est victime d’un “faux courrier” intitulé “charges d’enseignement et heures complémentaires”, qui “évoque une augmentation de la charge d’enseignement des enseignants chercheurs pour réduire le déficit public”. Le ministère oppose un démenti formel à ce faux et va porter plainte pour faux et usage de faux auprès du procureur de la République.

    Tentative de cambriolage

    Voici quelques photos de la tentative de cambriolage dont je parlais hier. Tout d’abord, une vue partielle de la salle de cours en question :
    Tentative de cambriolageVoyez le faux plafond, il commence à perdre son “intégrité structurelle” et menace de tomber en bloc sur les occupants de la salle. Les oiseaux qui résident dessus (on les entend en cours se promener sur nos têtes) commencent même à s’inquiéter.

    A destination des cambrioleurs éventuels : les ordinateurs situés derrière ce mur sont de vieilles machines sans lecteur de DVD. Ce n’est pas rentable de les voler.

    Le trou de la salle ***Puis un plan plus serré, où l’on voit encore les gravats, qui n’ont pas été nettoyés… alors que le trou remonte maintenant à plusieurs jours. Donc, nous enseignons — et elles étudient — dans des conditions de travail qui ne sont pas seulement dégradées, mais dégradantes. La propreté minimum n’est même plus présente. [Et le maigre outillage des hommes et femmes de ménage de l’université ne leur permettrait pas de ramasser ces gravats, qui sont peut-être conservés comme preuve à destination de la police.]
    Je n’ai jamais vu cela ailleurs : ni à Jussieu (amiantée, mais, dans mon souvenir, plus propre), ni à Nanterre, ni à l’EHESS (sauf période post-occupation-anarchiste), ni à Paris 5 (c’est sale, mais pas sale pareil)…
    La pauvreté des universités françaises se traduit donc de manière différente suivant les lieux.

    Petites informations universitaires

    Après le classement de Shanghaï, des petits malins ont inventé “L’Echelle de Vincennes” :

    Sans négliger les critères de Shanghaï ou de l’École des Mines, son échelle dite « de Vincennes » (en l’honneur de l’université arrivée en tête en 2008) ajoute un grand nombre de paramètres tels que : la modicité des droits d’inscription. Le nombre d’étudiants accueillis au mètre carré (plus il y a d’étudiants et mieux c’est). Le nombre d’anciens étudiants qui ont effectué une carrière de réalisateurs de cinéma.(…) Le nombre de disciplines nouvelles créées dans cette institution de l’enseignement supérieur. Le nombre de cours n’ayant aucun équivalent dans d’autres établissements. Le nombre de modes intellectuelles associées à l’université en question (ex. : post-modernisme, cinématographie marxiste, trotskysme digital, dialectique de la linogravure, libertarisme fédéré, ultra-libéralisme collectiviste, etc.).
    La qualité de vie du campus et de son environnement ne sont pas oubliées, avec des critères tels que : la présence d’une station de métro à proximité, la présence de lieux culturels importants (stades, basiliques, musées, studios de cinéma) à proximité, l’intensité de la vie sociale dans les couloirs et la vivacité des groupes politiques dans le hall de l’université.
    En appliquant ces critères, c’est l’Université Paris VIII « Vincennes à Saint-Denis » qui prend la tête du classement, suivie par l’Université de Californie à Los Angeles, (…)
    Confrontée à ce classement qui la place en 12e position des meilleures écoles dans le monde, l’Université de Harvard a émis un communique officiel un peu aigre qui affirme que, “ si le barème avait pris en compte la qualité des toilettes publiques, l’Université de Saint-Denis n’aurait jamais pu atteindre la première place, ni même la centième ”.
    Mauvais perdants, Harvard ? “ Il est vrai que les toilettes de Paris 8, c’est un poème ” déclarait Christophe Willem, ancien étudiant et lauréat de La Nouvelle Star en 2006.

    Je voudrai apporter ma pierre au classement de Vincennes avec quelques photos des toilettes de Paris 8 (disponibles sur flickr) :
    toilettes du bâtiment B toilettes du bâtiment B

    (Notons que des photos similaires ont été prises il y a plus de deux ans et qu’aucun travail de réfection n’a été été effectué depuis. Il n’y a toujours ni savon ni serviette.)
    Les “Anciens” qui ont connu l’installation de l’université à Vincennes, racontent qu’à l’origine, il n’y avait pas de portes aux toilettes vincennoises : elles étaient considérées comme un luxe. Ils (et elles) voient dans les portes parfois présentes sur les toilettes à Saint-Denis une sensible amélioration des conditions de travail. L’absence de toute possibilité de se laver les mains n’est pas questionnée.
    Et, pour ajouter quelques critères au classement, voici quelques anecdotes plus ou moins récentes, des extraits de mails collectifs :

    La salle *** a servi de voie d’accès pour une tentative de cambriolage. Objectif : les ordinateurs de la salle *** . Le mur a été percé à l’aide d’un extincteur, suivi d’une tentative de passage par le plafond – nous ne savons pas comment ils ont été stoppés dans leurs efforts.
    Le responsable de la sécurité sur l’université n’as pas le temps de perdre son temps pour porter plainte au commissariat de Saint-Denis. Après avoir lourdement insisté, la procédure semble mise en route, après moult interventions auprès de la Présidence.

    L’action est stupide : les ordinateurs en questions sont de vieux modèles sans même lecteur de DVD… et ils pèsent quelques kilos ! Même en en volant 4 ou 5, le butin sera bien maigre.
    ou encore :

    Dans la série “Nous travaillons en toute sécurité” : une étudiante **** qui “harcèle” un enseignant de **** depuis un certain temps, est revenue à la charge à l’étage avant-hier, équipée cette fois d’un couteau effilé d’une taille respectable, pour faire la peau à ce dit enseignant. Comme il est spécialiste de ***** médiévale, je lui ai conseillé de porter dorénavant une cotte de mailles. Il a ri jaune. Une plainte est déposée via la préfecture pour une psychiatrisation rapide.
    [crédit photo : nickwheeleroz flickr]

    Il y a quelques semaine, nous recevions ce mail, qui précisait que la sécurité serait renforcée :

    De: presidence < *****>
    Date: *** mars 2008
    Objet: [allp8] Sécurité
    A l’attention de la communauté Universitaire
    Les locaux de l’Université sont soumis de façon récurrente à des effractions ou tentatives d’effractions provoquant non seulement la perte de matériel, mais aussi en instituant une forme d’insécurité préjudiciable à tous.
    La sécurité reposant avant tout sur la complémentarité des moyens mis en place, nous vous demandons de bien vouloir prendre note des mesures et demandes ci-après. Ces mesures feront l’objet d’ajustement en fonction du
    retour d’informations que vous nous transmettrez sur notre email.
    Point 1 – En semaine à compter du ***** mars, à partir de *****, l’ensemble des bâtiments ne seront accessibles que par une seule porte d’accès communément appréciée comme entrée principale. (…)

    Apparemment cela n’a pas suffit…
    Parfois les faits sont plus graves : ils touchent directement les personnes travaillant à l’université :

    De: presidence < ******@***-paris8.fr>
    Date: **** 12:06:56 GMT+01:00
    Objet: [allp8] Grave incident au ***
    A la communauté universitaire,
    Je vous informe qu’une fois de plus, un incident grave s’est produit dans *****. Une collègue s’est fait agresser mardi soir par un individu qui a tenté, heureusement en vain, *****
    Cette situation est inadmissible et l’Université s’associe à toutes les démarches susceptibles d’être engagées par notre collègue.
    Dans l’attente de la mise en oeuvre du plan de sécurisation du site, élaboré par nos services, j’attire votre attention sur les risques encourus par les membres de notre communauté, en particulier à la nuit tombée. Aussi devez-vous rester extrêmement vigilants et ne pas hésiter à solliciter les vigiles pour vous faire accompagner lorsque vous quittez l’établissement.
    Pour information, la stratégie délinquante est souvent la même:*****

    Un an avant, presque jour pour jour :

    De : presidence < ****@***-paris8.fr>
    Date : ***** 10:40:27 HNEC
    AUX MEMBRES DE LA COMMUNAUTE UNIVERSITAIRE
    Notre collègue, *****, a subi une agression lourde jeudi dernier au sortir du *****
    Nous manifestons notre soutien à notre collègue dans ces moments difficiles.
    Nous demandons une vigilance particulière à tous les usagers de ***** dont la sécurisation va être réalisée comme l’a été ******
    Le Président de l’Université

    Il y a quelques années, à peine deux ans, c’était le pillage d’un UFR qui avait été relaté dans un journal gratuit.

    Ces incivilités sont rarement mentionnées publiquement. Je me souviens que, dans un autre pays, à New York, le journal étudiant de la NYU faisait, chaque semaine, un bilan des mêmes incivilités [exemple], qui allaient de l’arrestation d’étudiants îvres aux agressions violentes (la nuit, même Manhattan peut être risqué). La diffusion d’informations objectivées, la constitution de séries plus ou moins longues, a ici ma préférence… [statistiques de NYU [PDF]] en leur absence, on recourra aux anecdotes.

    Mise à jour : quelques commentaires de blogueurs sur Paris 8 :

    I’m taking an interdisciplinary class at Paris VIII, on Said’s Orientalism as applied to feminist theories as applied to works of fiction. Or something like that. Paris VIII is an entirely different entity- first of all, it’s not actually in Paris, it’s in the Saint-Denis suburb, which is, well, sketchy. The school is very run-down and dingy, and has a very odd feel. My class here is small, maybe 15-20 students, at least 10 of whom are American. I like the professor very much, and because the class is so much smaller I’m less hesitant to participate. The only drawback is that it’s 3 hours straight, and sometimes my brain starts rejecting the wave of French coming at me around hour 2 and a half.
    source

    “Run-down” and “dingy” : ce n’est pas très gentil, mais c’est une description accurate.
    à suivre

    Recrutements universitaires

    C’est la saison des recrutements à l’université (et au CNRS, mais on parlera ici surtout des universités). Les candidates ont du envoyer aux universités leurs dossiers de candidature avant le premier avril. Les dossiers seront examinés ce mois-ci, pour des auditions en mai.
    Comme l’année dernière, je coordonne un “wiki auditions” concernant les candidature de la section 19 du CNU, sociologie et démographie. Ce jour, six ou sept universités ont déjà fait parvenir leurs dates d’examen des dossiers et d’auditions. Ceci devrait permettre aux candidates qui pensent pouvoir être auditionnées de programmer leur agenda.
    Une remarque, en passant : ma connaissance de la discipline étant partielle, je pense ne connaître personne dans toute une série d’universités où des postes en sociologie (ou démographie) sont ouverts : Chambéry, Grenoble, Montpellier 1, Angers et l’Ecole des Hautes études en santé publique… Je ne sais pas qui “actionner” ! Si donc vous avez une idée, ou si vous êtes membre des commissions, n’hésitez pas à me contacter, à laisser un commentaire ou même à éditer le wiki auditions (c’est facile et cela vous permettra d’éditer wikipedia, c’est le même fonctionnement).
    La période des recrutements universitaires est souvent une période de tensions personnelles, souvent liées aux traditions localistes. Je viens de vivre d’assez près une affaire dans laquelle une commission a refusé de participer au processus de recrutement. Je ne sais pas si cela se fait souvent, de voir une commission qui déclare : non, finalement, les conditions d’un processus équitable ne sont pas réunies, nous préférons nous retirer du jeu.
    Il est possible de suivre certaines de ces tensions sur internet. Par exemple, le blog d’un enseignant-chercheur d’une université du Grand Sud, intitulé L’énervé de service relate depuis quelques semaines des “anecdotes de l’intérieur”, et nous fait suivre le recrutement inévitable d’un candidat local : anecdote n°1, anecdote n°2, et anecdote n°3. Extrait :

    En effet, ce n’était pas fini. Vous vous souvenez certes que ce collègue mauvais mais grenouilleur et têtu a obtenu de faire redéfinir le profil recherche du poste de prof de manière à pouvoir candidater dessus; vous vous souvenez également qu’une de mes connaissances (venant d’une université extérieure) a également candidaté sur le poste, et que ça plonge tout le monde dans l’embarras. Il manquait à l’histoire le récit d’un petit épisode survenu entre la rédaction du profil de poste et sa publication.
    lire la suite

    Ailleurs aussi : Pablo Achard explique pourquoi il ne candidate pas au CNRS (principalement : il n’y a pas de postes et les frais de déplacements ne sont pas remboursés, contrairement aux usages presque partout hors de France).

    Pour finir : Vous pouvez vous faire une idée des postes les plus demandés cette année… en fonction du nombre de consultation des pages associées.

    Edgar Morin à Plozévet

    Dans Journal de Plozévet, Edgar Morin écrit :

    J’ai reçu une lettre de Lapassade dont voici quelques extraits :
    « J’ai cru comprendre que tu partais en Bretagne (…) J’imagine un Edgar bretonnant, non directif et donnant le feed-back aux producteurs d’artichauts. Cette image me séduit au point que j’aurais envie de me joindre à vous après mon séjour d’avril dans les Pyrenées. »
    Cette dernière phrase est lourde de menaces pour l’enquête.

    Et dans les pages qui suivent, Morin décrit les interventions plus ou moins délirantes de Lapassade — un second couteau de la sociologie française, passablement ambitieux — et de son “analyse institutionnelle”. Autant les mémoires de Michel Crozier m’étaient apparus emplis de rancunes rassies, autant Morin, dont l’oeuvre m’est en grande partie inconnue (mise à part La Rumeur d’Orléans, 3 étoiles au coulmont, sur une échelle qui va jusqu’à 5, et Commune en France – métamorphose de Plodemet / plozevet), m’apparaît “sympa” et incapable au travail collectif. Ce journal de terrain (probablement en partie réécrit, je ne sais pas très bien) laisse découvrir un chercheur en quête de “le moderne”. “Nous faisons une enquête sur le moderne”, ne cesse-il de dire aux paysans locaux. Il cherche les “juke-box” (nous sommes en 1965), il compte les blousons en simili-cuir, il essaye de créer un “groupe de jeunes” dans le village breton, Plozévet. [lire la recension du livre dans ruralia]
    Ailleurs dans le journal :

    [Burguière] a le visage rond, avenant, inspirant la sympathie, me rappelant celui de Bourdieu (qui me fut très sympathique, alors que j’ignorais encore que son sourire jovial dissimulait une âme rastignaco-thorézienne). Il doit avoir les qualités de l’agrégé: aptitude à la synthèse, esprit clair.

    Thorézienne ?

    Recrutements – 2008 – wiki et questions

    Le wiki auditions est de retour with a vengeance : avec un flux RSS/ATOM, avec encore plus d’informations que l’année dernière ! Le seul petit problème pour l’instant : pas encore beaucoup de contributeurs. Or, nous avons tous besoin de connaître la composition des commissions de spécialistes, ou des “comités de sélection” pour les universités passées à la loi LRU.
    Il y a environ 60 postes en sociologie. Si nous arrivons à bien suivre cette session de recrutement, nous pourrons estimer les effets de la LRU, par exemple sur le recrutement local ou de complaisance… Je précise que le wiki auditions est un “wiki”, comme wikipedia, et qu’il est donc éditable (par celles et ceux qui s’y inscrivent, et la procédure est simple !).
    Depuis que je suis membre d’une commission de spécialistes, j’ai essayé d’aider les candidates et candidats à constituer leur dossier. J’ai mis en ligne une série de conseils qui devraient aider certain°e°s d’entre vous : je ne compte plus les dossiers mal ficelés qui sont envoyés aux commissions.
    J’aimerais poursuivre cette année par une série de conseil pour les auditions. Et je vais vous révéler certaines des questions que je poserai :

    • 1- Que savez-vous du département de sociologie ?
      Pour Paris 8, c’est assez simple, il existe plusieurs textes (de sociologues notamment) qui précisent en partie l’histoire du département. Et la question est suffisamment non administrative… elle peut servir à déceler celles et ceux qui — tout en n’étant pas des locaux — ont fait un petit travail de renseignement (nombre d’enseignants chercheurs, laboratoires associés, “grands anciens”, caractéristiques sociales des étudiants…). Attention, c’est parfois une question piège : dans certaines universités, il n’y a pas de département de sociologie !
    • 2- Vous aurez le cours de “sociologie du ***”. Comment vous y prendrez-vous ?
      C’est la question que je préfère… car, systématiquement, les candidat°e°s répondent dans le vide… El°i°les ne se mettent pas dans la peau d’un collègue, mais restent dans celle d’une étudiante, pensant qu’il y a une bonne et une mauvaise réponse. Imaginez-vous, en octobre, une fois recrutée, à avoir à répondre à cette question. Vous vous poserez des questions, comme : qui d’autre fait ce cours ? Est-ce un TD ou un CM ? à quel niveau ? quel jour ? quelle heure ? C’est semestriel ou annuel ? c’est juste 10 heures ? c’est une option ou un cours obligatoire du cursus ? Est-il ouvert aux étudiants en majeure d’histoire de l’art ?
      Et vous direz : je peux pas vraiment le faire le mercredi, je suis co-responsable du séminaire de sociologie du * à Paris 29…
      L’audition, très courte, va servir à estimer aussi l’intérêt de travailler avec un futur collègue. Et un collègue, ça discute, ça pose des questions… (c’est souvent enquiquineur, un collègue). Mon conseil : utilisez donc cette question, ou d’autres du même type, pour orienter l’audition vers une discussion des conditions dans lesquelles ce cours sera fait : Ah, c’est en première année de licence et c’est un cours commun avec la géographie ? Alors je ferai comme cela … et comme cela … Ah, c’est le TD du cours de Mme Y… je vois un peu ce qu’elle fait, je pense que … et … seraient possible.

    J’ai d’autres questions, comme la fameuse “Dans votre thèse, page 24, vous faites une différence conceptuelle entre *** et ***. Il ne nous reste que 30 secondes, pourriez-vous expliciter rapidement, pour mes collègues ici, ce que vous entendez par ***…” mais je la laisse pour les véritables auditions.

    Liste, liste liste

    Sexe (changements de) : Hermaphrodisme pour convenance personnelle :

    Lors de son procès, dont les archives sont conservées jusqu’à aujourd’hui, le juge demanda à Hall s’il était homme ou femme : il répondit qu’il était les deux.

    Université : Les étudiants sont nuls, et comment y remédier.
    Politique : Kill Hill : racisme et sexisme dans la campagne américaine
    Droit administratif : Rendez-vous le 27 février à 10h, pour une “partie orale”
    Antisémitisme (accusation d’) : Militant connu d’extrême droite et major de l’agregation d’histoire du droit (du coup, les historiens du droit avaient peur… mais n’ont plus peur !)
    Conseil national des universités et qualification des professeurs. Philip Milburn proteste… à travers un “conte socio-illogique” :

    Le cauchemar du/de la sociologue ou les sabotiers aux pieds nus
    Conte presque imaginaire
    Par Merlin le Désenchanteur,

    Imaginez, mes chers consœurs , mes chères confrères, un monde incroyable et dépassé ou notre collectivité des sociologues serait encadrée par un Conseil supérieur, sorte de Conseil de l’Ordre semblable à celui des médecins des pharmaciens ou des juristes, issu d’une époque où la France des Corporations suçait des pastilles Vichy. Imaginez que ce Conseil de l’Ordre des Sociologues Supérieurs et Universitaires, ce COSSU, ait le pouvoir considérable de dire qui est suffisamment digne d’appartenir au cercle savant et d’accéder aux strates supérieures de l’Ordre. Un tel COSSU aurait une assise bien virile. Pourtant, dans ce monde là, les sociologues défendent souvent desidées très progressistes sur l’égalité des chances et ne veulent laisser aucune place aux discriminations ou aux à prioris (sic) sexistes. La dominance masculine dans sa chefferie est due, croyez le bien, au pur hasard et non à des déterminismes qui échapperaient au contrôle des sociologuessur leur propre société savante ! Cela paraît évident. Aussi comment expliquer l’aventure singulière que je m’apprête à vous conter ? Une jeune sociologue, appelons-la Viviane Laffé, sollicite (…)

    Liste de choses (9)

    Playboy : et hop, encore un rêve réalisé… je suis apparemment cité dans Playboy (n°87, février 2008).
    Trader flou ? : Olivier Godechot, l’auteur d’une sociologie des Traders, répond. D’ailleurs depuis une semaine son “téléphone n’a pas arrêté de sonner” :

    Les journalistes travaillent dans l’urgence et sont en compétition les uns avec les autres pour produire de l’information. On ne saurait les en blâmer. Mais cela donne lieu à des interactions curieuses.
    – Est-ce que cela vous serait possible de le relire d’ici une demie-heure ?
    – Madame, je suis à Nantes en déplacement.
    – Vous n’avez pas un Blackberry ?
    – (?)

    J’apprécie énormément ses commentaires sur le travail journalistique !
    Oiseau Bleu décrit le monde de l’entreprise : L’Oiseau Bleu sur youtube (sur Dailymotion aussi). L’Oiseau Bleu (Arnaud Aymard) sera au théâtre de la Boule Noire en mars 2008. J’ai vu ce spectacle il y a un an et je le recommande : c’est de l’humour à tiroir.
    Monde de la recherche :

    Hungry Turkey : Un extrait vidéo hilarant d’un jeu télévisé américain. Tout : l’accent, les mimiques, l’ironie du présentateur, la shamelessité de la candidate… Tout, donc, est fort réjouissant.
    Histoires de la sociologie : Quelques saintes trinités sociologiques sur Scatterplot, le blog… En France, seraient plutôt mentionnés Trois Mousquetaires nationalisés : Marx, Tocqueville, Durkheim, Weber… avec Planchon-Simmel … puis Gurvitch, Stoetzel, Aron, Friedmann… puis Crozier, Touraine, Bourdieu, Boudon… puis qui…? Beaud, Boltanski, Lahire et de Singly ?

    Je lis en ce moment l’autobiographie de Michel Crozier (ne me demandez pas pourquoi) et aussi celle de Henri Mendras. On y perçoit, dans ces deux textes, sorte de complexe face aux Normaliens agrégés… que je n’avais pas totalement saisie (sûr, probablement, de la légitimité de ma propre noblesse, et conscient, certainement, de l’affaiblissement structurel du rôle de l’ENS dans l’academia) :

    Laissons parler Crozier (né en 1922, ancien élève de HEC, docteur en droit) :

    “J’avais trente-six ans. J’avais bien déjà une ceraine réputation, mais je restais un électron libre dans le milieu français. Je n’étais ni normalien, ni journaliste de gauche, ni économiste. Je ne gravitais pas autour des facs de droit, ni de la naissante ENA. Ma seule légitimité, c’était la recherche et mes amis américains.
    Cette légitimité n’était absolument pas reconnue en France. Quelques années plus tard encore, je me souviens d’un propos tenu par un jeune collègue normalien qui me fut fidèlement rapporté : “Crozier, c’est un aigri.” “

    Il présente déjà, il me semble, cette définition en creux de lui-même dans un texte de 1984… au lieu de présenter ses capitaux : les choses lui arrivent comme par miracle (ou alors parce qu’il a d’étranges intuitions qui marchent). Ses opposants sont simplement plus bêtes que lui. Au lieu d’essayer de décrire ses échecs pédagogiques… il préfère écrire “ils n’ont jamais compris…”
    Vous voulez des exemples ? page 199 : “J’eu beaucoup de difficultés à faire comprendre cette thèse. Ni Alain Touraine ni Raymond Boudon ne comprenaient le concept de rationalité limitée. Aron lui-même (…) ne comprit pas vraiment la logique que je poursuivais.” Remarquons en passant que les trois interlocuteurs de Crozier sont archicubes.
    Page 201 : “Factuelle mais plutôt mesquine [la note de lecture] ne laissait rien entrevoir de l’originalité du livre, que le recenseur n’avait manifestement pas comprise.” (Ce recenseur stupide doit être normalien…)
    Page 202 : “François Wahl, en effet, qui supervisait la branche économique et sociologique (aux Editions du Seuil) était un philosophe qui ne comprenait rien à mes raisonnements” [Michel Crozier revient à l’attaque page 260 : “Ce fut une déception pour moi car, je l’ai dit, cet homme intelligent, encore jeune, ne comprenait ni mon objectif ni mon raisonnement.”]
    Quand on rapproche ces citations de ce que Crozier écrit quelques pages plus loin, on rit. Page 207 : “il y avait pénurie de sociologues, les universitaires patentés étaient ennuyeux et les jeunes étaient illisibles. Comme j’écrivais de façon claire, j’émergeais facilement du lot.”

    Laissons le conclure et présenter Pierre Bourdieu : “un jeune normalien aux dents longues” … “typique d’une génération de normaliens qui voulaient faire carrière en sociologie et qui, fort de leur excellence au concours, se croyaient autorisés à régler leurs compte aux anciens qui encombraient la place.” Crozier, vieux avant l’âge, devait se sentir visé.

    Henri Mendras, me semble, à la lecture de son autobiographie, beaucoup moins désagréable… On me l’a même décrit aujourd’hui comme un “gentil nounours”. Chose étrange, il se décrit comme “timide”. Et Crozier aussi, décrit une forme de timidité maladive… Je ne fut pas surpris quand, ce matin, j’ouvris Esquisse pour une auto-analyse de Pierre Bourdieu, une petite non-autobiographie, dans laquelle il décrit sa grande timidité. [En passant : tous les trois décrivent aussi avec luxe de détail leurs modesties.] Pour être sociologue, il fallait être timide et modeste… je n’aurais jamais réussi !

    Je terminerai par une question. Crozier mentionne, en passant, un texte d’un sociologue gauchiste dans lequel il serait décrit comme “le grand Zorcier”… Mais ce champion du name dropping ne donne pas les références. Une lectrice les aurait-elle ?

    Mise à jour (14/1/2009 : J’ai trouvé la référence au Grand Zorcier.