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Au jury de l’ENS…

J’étais cette année au jury d’entrée de l’ENS, à l’écrit pour l’épreuve de sciences sociales, et à l’oral, pour l’épreuve de sociologie. [J’avais fait quelques photos des épreuves écrites ici.]
Les oraux viennent de se terminer et les résultats sont affichés sur le site de l’ENS (et sur toute une série de pages facebook)…
Je voudrais ici dire quelques mots, romancés et un peu fictifs, de mes expériences de jury (des mots qui n’engagent que moi). Suivons donc, non pas un candidat, mais le sujet…
Tout commence par des chouquettes (encore dans le paquet sur la photo ci-contre), chouquettes nécessaires aux discussions menant à un sujet. A partir de janvier, quelques réunions sont organisées dans des lieux tenus secrets, où, munis de chouquettes, nous préparons un sujet, et un sujet de secours. Nous étions six : trois économistes, trois sociologues, mandatés par Ulm ou par Cachan. Il faut plusieurs réunions : pour apprendre à se connaître, pour imaginer un sujet, et, comme c’est un “dossier documentaire”, une réunion pour sélectionner des documents. Et une réunion pour établir une grille de correction :
Après les écrits (voir ici), les copies sont regroupées rue d’Ulm, puis distribuées aux correcteurs. Chacun avec cent copies au départ. Comme cela tombait pendant les “vacances”, j’avais mobilisé une table et j’alternais entre évaluation des dossiers de candidature au poste de maîtresse de conférences ouvert à Paris 8 et correction des copies des candidats à l’ENS [Les différences de fonctionnement de ces deux concours de recrutement de fonctionnaires m’ont, cette année, sauté aux yeux. Autant tout est public pour l’ENS, autant les commissions de spécialistes, sauf wiki-audition ou opérations-postes, résistent à rendre publiques leurs décisions…].

Après avoir corrigé un paquet de 100, nous devons retrouver un autre paquet de 100. Pour ce faire, chaque économiste doit séparer en 3 petits paquets de 33 son paquet de 100. Nous nous retrouvons dans une “non-disclosed location” pour faire l’échange:

Puis nous retournons corriger. Le deuxième paquet est moins amusant. Après 100 copies, on est rarement surpris par les textes.
Après la double correction, vient l’harmonisation. Les copies, en effet, sont corrigées deux fois, et “à l’aveugle” : nous ne savons pas combien notre collègue a mis à telle copie. Cette harmonisation des notes, sur 600 copies, à six, prend une journée (ou une nuit entière…) :

Avec un ordinateur, Excel, et du saucisson, toutes les copies sont passées en revue. Et cette harmonisation est nécessaire. Si l’on s’amusait à représenter les notes des premiers correcteurs en abscisse et les seconds en ordonnée, les copies se distribueraient sans doute ainsi : autour de la diagonale, avec un accord sur les très basses copies (les zéros et les uns) et sur les très bonnes, et de l’indécision autour de la moyenne, où les écarts peuvent être fort entre deux correcteurs, surtout quand deux disciplines sont représentées au jury. Il faudrait que je vérifie si la réalité ressemble à ce graphique…

Une fois les copies harmonisées et les notes entrées dans l’ordinateur central de l’ENS, tous les jurys se réunissent pour une vérification générale des notes. Chaque candidat est passé en revue, et ses notes dans chaque épreuve sont vérifiées. Parfois, m’a-t-on dit, des erreurs apparaissent. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir les tas :

A cette étape, les candidats sont toujours anonymes. Nous ne les connaissons que par un numéro : BL000503 par exemple. Et l’on commence à repérer des tendances. Au hasard BL00* : histoire, 1/20; français 1/20, sciences sociales 3/20… etc… et d’autres BL0005** : sciences sociales 18/20, histoire 15/20, français 19/20, philosophie 17/20… Mais là encore, les écarts entre disciplines sont grands : mathématiques 20/20, français 5/20… (ou le contraire).
J’ai arrêté ensuite de prendre des photos :

La dernière : la salle dans laquelle ma co-jury et moi-même avons fait passer les candidats. Une salle de cours du boulevard Jourdan, donnant sur un jardin, avec huit chaises pour le public.
Félicitations aux candidats reçus, je sais par expérience que ce n’est pas facile (j’avais eu, la première année, 1 en sciences sociales et 1 en philosophie…). Bon courage à ceux qui continuent les oraux des autres ENS.

Usages du wiki-auditions

Voici ici quelques réflexions sur le wiki-auditions, maintenant que la session de recrutement est terminée (il reste aux conseils d’administration des universités à se prononcer, mais bon… c’est presque fini).
Je souhaite commencer par des remerciements, à toutes les commissions qui ont rendu publics leurs classements, à toutes les commissions qui ne les ont pas rendu publics (il n’en est que plus drôle de rechercher leur décision), à tous les candidats qui ont édité le wiki…
Puis quelques statistiques :
wikiauditions-statistiques
La page principale du wiki audition indique quelques 30 000 visites, le service de statistiques du serveur quelque chose entre 27 000 et 68 000 en un mois. Quoi qu’il en soit, ça fait beaucoup. [Note en passant : cela n’a pas augmenté les ventes de mon livre, Sex-shops, une histoire française.]

Poursuivons par les multiauditionnés, ma catégorie de prédilection. Dans mon esprit tordu, j’apprécie les cycles : j’aurai aimé de longs cycles débutant par un multi-classé, qui aurait laissé sa place au deuxième dans une université, ce deuxième, classé premier par ailleurs, aurait laissé celle-ci au deuxième etc… un long cycle, qui n’existe pas, malheureusement. “On” hésite semble-t-il à classer premier quelqu’un qui est déja classé premier par ailleurs.
J’ai étoilé les noms pour que google ne les indexe pas.

Nom nbr auditions univ thèse classé 1er univ
Esc*** 5 Toulouse
 
R*pn*l 4 Caen * Angers
G*r*l* 4 ? * P7
M*ch*n 4 Strasbourg
St*v*ns 4 UVSQ * Poitiers
D**z 4 P5
M*l*ch*t 4 CNAM
 
V*lpr* 3 P5 * P8
Ch**v*n 3 EHESS * Lille1
C*ld*r*n 3 ?
P**gn* 3 IEP
R*v*ll*rd 3 ENS/Cachan * P13
*v*nz* 3 EHESS
*r**n 3 P8
 
Z*gn*n* 2 UVSQ * Rennes1
*vr*l 2 P5
D*br*l 2 IEP
G*ll*t 2 CNAM
L**V*n 2 Caen
M*rm*nt 2 U Bourgogne ?
Br*ch*t 2 ?
Gr*tt*n 2 P7
*m*d**-S*n*g*gl** 2 U Metz ?

La grande majorité des classés premiers n’ont eu qu’une seule audition (et n’apparaissent donc pas ici). Cela avait été mon cas d’ailleurs : une seule audition en sociologie…

Passons maintenant aux commentaires reçus tout au long de la session de recrutement. Je laisse de côté les commentaires oraux. Ces commentaires ont été anonymisés, légèrement modifiés, découpés et placés dans le désordre.

Hello Coulmont,
je me permets de t’appeler “Coulmont”, à vrai dire, c’est un peu de ta faute. Tu demandes à tes visiteurs des infos sur la réception du wiki, à la cantine, dans les couloirs de la fac, sur le banc des auditionnés… Ici, c’est régulièrement que l’on parle de “coulmont” à la maison : dans le jardin, dans la cuisine, parfois au lit avant de s’endormir. “T’es allée voir Coulmont aujourd’hui ?” Il faut dire que nous sommes deux docteurs en sociologie à la maison, tous les deux en recherche de poste. Coulmont devient donc l’espace de quelques semaine une figure incontournable dans notre vie de couple.

Le wiki-auditions s’appelle le wiki-auditions, pas le coulmont, voyons ! Mais il semble utile.

Le wiki est-il utile ? Parce que je me refuse par principe d’appeler les services administratifs ou les enseignants des facs où j’ai postulé, je trouve ton initiative est très utile. J’ai postulé dans une autre section, qui ne dispose pas de ce type d’initiative, je n’ai AUCUNE information (à l’exception des endroits où je suis auditionné). C’est TRES désagréable.

On me disait même (“on” étant ici un candidat multisections) que “la section *** c’est la préhistoire”… L’intérêt du wiki se perçoit donc d’autant plus qu’il n’y a pas de wiki partout.

Il y a une réticence de qquns, que j’ai perçue à ***, non sur ton site mais sur l’idée que ça puisse nuire à des candidats de faire état de leur classement ailleurs, ceci dit en général on pose quand même la question direct aux candidats surtout quand on les trouve intéressants pour le poste).

Exactement : même avant le wiki (j’ai participé à deux sessions de recrutement avant-wiki) on arrivait à savoir qui était auditionné où. (“on”, ici, c’est les membres des commissions). Maintenant, tout le monde le sait. Est-ce mieux : je le pense.

(…) j’ai laissé traîner mes oreilles lors des longues heures d’attente (notamment à *** où ils avaient presque *** heures de retard) pour saisir les impressions des divers candidats sur le wiki. J’ai eu également l’occasion d’en discuter avec diverses personnes (*** *** ***).
Dans l’ensemble, l’initiative est perçue très favorablement, dans la mesure où elle favorise une certaine « transparence ». Certains souhaiteraient même faire des statistiques à partir des données présentes pour mettre à jour le déséquilibre entre les candidatures « parisiennes » et « provinciales », entre les candidats issus de certains labos par rapport à d’autres.
Du côté des candidats, le wiki est majoritairement considéré comme très utile et pratique. Néanmoins, j’ai cru déceler certaines réticences à reconnaître devant les autres qu’on l’a effectivement consulté. […] Les seules critiques que j’ai entendues concernaient le fait que vous mettiez des liens donnant des infos sur les candidats (présentation, CV, publications…), sans demander au préalable leur accord.
Du côté des titulaires, beaucoup apprécient la « transparence » que permet le wiki et ne manquent pas d’en diffuser l’existence auprès de leurs collègues. Mais certains (par ailleurs membres *******) ne sont guère enthousiastes. Ils considèrent que ces informations ne doivent pas être publicisées car cela pourrait inciter quelques-uns à remettre en cause les décisions de certaines CS, voire même du CNU en ce qui concerne la qualification de certains candidats, alors même que ces deux instances sont « souveraines » et n’ont pas à rendre de comptes.
Pour ma part, je pense sincèrement que c’est une excellente initiative

Sur le dernier point : si certaines décisions pouvaient être remises en cause, cela ne me dérangerait pas. Les commissions de spécialistes doivent répondre de leur classement, leur souveraineté a des limites. Le but du wiki est en partie de rendre publiques les décisions des commissions (ces décisions sont connues très très rapidement, même quand le président impose aux candidats le silence, du type : “ne le dites pas à Coulmont”).
Sur les liens vers les CV : je ne fais de lien que vers ce qui se trouve facilement avec google… en bref : je google “Baptiste Coulmont” (ou Hubert Dupont) et je fais un lien vers le CV sur lequel je tombe. Je ne vais pas demander l’accord. Cela peut conduire à des effets inattendus, comme des protestations de candidats et de directeurs de thèse, qui considèrent (sur la foi d’un vieux CV sur internet, que la personne classée première est illégitime). L’année dernière, à [Sigma Mû], des opposants à un classement avaient compté grâce à google le nombre de fois où un candidat était présenté comme “historien” et le nombre de fois où ce candidat était présenté comme “sociologue”, afin de délégitimer le classement de la commission. La morale de l’histoire : faites effacer vos vieux CV…

je trouve l’initiative très utile:
1) on ne perd pas le temps pour rechercher toutes les fiches des postes (ce que j’avais fait avant de prendre connaissance de l’existence du site…);
2) on peut suivre le déroulement des examens des dossiers, se faire une idée (et des statistiques) sur les profils des candidats et essayer de cerner les critères retenus par les commissions;
3)on accède rapidement à la composition des commissions et aux résultats (mêmes si informels) des auditions;
4) le site est beaucoup plus efficace que celui d’Antares/Antée.
J’ai pris connaissance de son existence par un mail de la documentaliste de ****** de ***** (où j’ai soutenu ma
thèse).
[…]Si pour l’année prochaine (ou pour la deuxième session 2008), vous avez besoin d’un coup de main, je suis toujours disponible pour diffuser et récolter les infos

Ah, enfin, une proposition d’aide : je l’accepte avec bonheur, et il est fort probable que le wiki fonctionne sans moi l’année prochaine. Ca m’amuse, mais jusqu’à un certain point seulement.

votre wiki a été évoqué lorsqu’on m’a posé la question (fatidique) en me disant qq chose comme : “Avez-vous d’autres auditions? Juste pour savoir parce que de toutes façons, l’information est disponible sur internet”. (…)
Merci en tous cas d’ores et déjà, pour ne pas laisser les candidats dans cette terrible incertitude du mois de mai et pour rendre publiques des pratiques parfois bien opaques.

De rien. On voit ici une petite inertie : la question sur les autres auditions se pose traditionnellement, elle continue à être posée, même si ça a changé.

en fait je suis vraiment favorable à votre initiative. D’abord parce que ça permet de disposer d’informations sur les réunions de commission. On peut ainsi évaluer si on est encore “dans le coup” par rapport à telle ou telle candidature, connaitre la date des auditions (les dates entre les réunions des commissions et celles des auditions étant parfois très rapprochées, quand on travaille à plein temps, ça peut devenir extrêmement compliqué…) etc.
Je pense que c’est un outil intéressant pour les gens comme moi qui ne disposent pas de réseaux puissants pour préparer un recrutement… Puisque sans le wiki, les moins dotés en ressources sociales n’auraient aucune
information…

Encore un candidat favorable. Désespérément, j’attends les critiques négatives, mais elles ne viennent pas. Je sais qu’elles existent, mais elles ne parviennent pas explicitement jusqu’à moi.

Pour ma part, j’ai pris connaissance de l’existence du wiki sur votre site que je consultais régulièrement pour suivre les épisodes de l’affaire Olesniak… Pour autant que je puisse en juger, le bouche à oreille semble avoir bien fonctionné puisque les amis et collègues en connaissaient tous l’existence – mon ancienne diretrice de thèse aussi.
(…)
La publication de la liste des candidats auditionnés me semble avoir un avantage au-delà du souci de transparence (et donc de contrôle) du travail des commissions de spécialistes. Lorsque les postes ne sont pas fléchés, et que les profils de poste publiés par les universités restent vagues (eh oui, ça arrive), une recherche rapide sur les thèmes de recherche des autres candidats permet d’essayer de se faire une idée du profil effectivement recherché – ou bien de voir en quoi, en fonction de ses propres recherches, de son propre parcours etc. on peut se “distinguer” des autres candidats. Cela me semble très utile pour préparer les auditions.

Intéressant, je n’avais pas pensé à cette fonction du wiki : préparer l’audition en fonction de la définition de la situation proposée par la réunion d’auditionnés d’un certain type.

Voici ce qui arrive dans les sections qui n’ont pas de wiki :

Je suis sociologue mais j’ai candidaté en [section XXX] cette année (je suis doublement qualifié) et il m’est arrivé une aventure intriguante.
J’ai été convoqué à une audition à [Sigma Bêta] jours trop tard ! Erreur de secrétariat.
En arrivant devant la salle d’audition, mon nom n’apparaissait pas. J’avais été convoqué au jour et à l’heure d’une commission se réunissant pour un autre poste !
J’imagine que ma commission avait déjà délibéré (et que le candidat lauréat avait été informé officieusement) mais après discussion avec le président de la CS présente et après 1h à attendre sans savoir ce qu’on allait me dire, on m’a malgré tout fait passé l’audition sous prétexte qu’une partie des membres du jury qui aurait dû m’auditionner était présente. J’ai évidemment fait allusion au risque de procédure judiciaire au tribunal administratif, risque que le président a balayé en m’expliquant que le quorum des membres de la CS devant laquelle j’aurais dû passer était atteint !
On m’a évidemment informé, le lendemain, que ma candidature n’était pas retenue sous prétexte que mon profil ne correspondait pas exactement au poste. Je me demande dans ce cas pour quelle raison j’ai été convoqué. Mais je suppose, que toute démarche judiciaire me serait dommageable…
Aventure à méditer… un petit coup de fil à d’autres candidats (quand on en connaît) pour confirmer l’heure et la date de la commission peut être utile.

J’aimerai conclure en demandant à d’autres de reprendre l’initiative. Ce n’est pas compliqué, juste time consuming : la quasi totalité des candidats est aidée par le wiki, la quasi totalité des commissions de spécialistes donne les informations (comme les dates de réunion, etc…), les critiques négatives ne se manifestent jamais ouvertement (vous le constatez, le wiki ne reçoit que des critiques bisounours)

Comment être recruté en sociologie

Ce billet n’explique probablement que 5% des recrutements. Et il prend comme point de départ que votre thèse sera remarquable (le rapport de thèse fait plus de 5 pages). Il prend aussi comme point de départ une distribution uniforme du sens de l’ironie.

  • Evitez de faire une thèse sans financement (bourse, allocation, etc…). C’est, au départ, un mauvais signe pour l’avenir. Si vous pensez à une carrière académique, abordez directement, et explicitement, la question avec votre directeure : si elle répond de manière molle “vous savez, par les temps qui courent… il y a 50% de chances…” considérez qu’elle vous signale que vous n’avez qu’une probabilité extrêmement faible de faire carrière universitaire.
  • Dans votre thèse, vous consacrerez un chapitre minimum (50 pages) au traitement statistique sérieux, et de première main, de données de l’INSEE ou de l’INED. Les bases de données de nombreuses enquêtes sont disponibles gratuitement pour la recherche par le Centre Quêtelet ou directement par l’INED. Vous y consacrerez six mois à temps plein, vous apprendrez SAS ou R (Excel ne suffit pas). Vous ferez une régression logistique au moins et une analyse factorielle si ça s’y prête. Et, c’est le plus important : vous veillerez à ce que ces compétences apparaissent dans le résumé de thèse ET dans le rapport de thèse (par exemple en demandant au directeur de thèse d’en parler dans la soutenance et le rapport). Vous ferez apparaître cela dans le CV. [Sachez que les entretiens, ce n’est pas “rentable”, c’est la méthode de tout le monde : il faut en faire, mais cela ne vous rend pas visible. L’ethnographie distingue quand elle est “extrême” (camps de réfugiés, armée…).]
  • Vous composerez le jury de thèse avec votre directeur ou votre directeure. Par exemple, vous êtes anthropologue. Or il n’y a pas de postes en anthropologie (5 par an?). En revanche, il y en a un peu plus en civilisation (britannique ou américaine), il y en a en “infocom”, il y en a en “science de l’éducation” : vous prendrez donc 3 anthropologues et 2 civilisationnistes, par exemple. Comme cela, le CNU vous qualifiera en “civilisation” ou en “sciences de l’éducation”.
  • Si vous êtes auditionné et qu’il y a un candidat local : vous n’hésiterez pas à aborder la question de front, par exemple dès le début de l’audition. “Je sais que Gloomy, ici, est candidat local, et je vais essayer de vous convaincre que ma candidature est meilleure.” Vous êtes, là, certain de réveiller l’attention de la commission qui dort. Ca ne garantit rien (ça garantit même l’inverse), mais au moins, la commission ne se sera pas ennuyée.
  • Prochainement, sur ce blog : une analyse du fonctionnement du “wiki audition” (j’attends la fin des auditions en section 19, demain lundi)

    Stages de terrain

    Comment enseigne-t-on la sociologie ? Certes il faut lire… mais ce n’est pas tout. On ne devient pas sociologue en lisant des livres. Au département de sociologie de Paris 8, depuis plusieurs semestres, des “stages de terrain” sont organisés pendant la licence. Avis aux futurs bacheliers qui souhaiteraient faire de la sociologie : de petits compte-rendus de ces stages sont sur le site du département. Avec des photos…

    [Full disclosure comme disent les anglophones : je travaille au département de sociologie de Paris VIII, et je ne suis pas sur la photo.]

    100% !!

    Merci à tous. A cette heure ci (14h33), le wiki auditions a renseigné 100% des postes en section 19 (maîtres de conférences uniquement). Sont disponibles les listes des auditionnés pour la trentaine de postes. La phase est maintenant celle des auditions (qui ont eu lieu pour un bon tiers des postes) : bon courage aux auditionnées…
    J’accepte toutes sortes de commentaires critiques sur le wiki, par mail ou en commentant ci-dessous.

    Recrutements locaux

    Commençons par une citation du Bilan du “Contrat quadriennal” de Paris 8, récemment imprimé (mais que l’on ne trouve pas encore sur le site de l’université) :

    Si l’on examine à présent la politique de recrutement des enseignants chercheurs pratiquée à Paris 8 durant les quatre dernières années, on constate que les recrutements externes s’élèvent globalement à 73%, soit à 65% pour les PR et à 75% pour les MC, ce qui paraît être un taux raisonnable.

    Un “MCF interne” est quelqu’un qui a soutenu sa thèse à Paris 8 (les personnes ayant été moniteurs, ATER, prag, past, chargés de cours… sans y avoir effectué leur thèse ne sont pas comptés — mais étant donné la grande mobilité des enseignants précaires — ou non –… tout le monde est plus ou moins local sur ce point).
    On remarque par cette citation que les rédacteurs de ce bilan n’ont rien compris. Un taux de recrutement local de 27%, ce n’est pas “raisonnable”, c’est dérangeant — au minimum. Si les candidats étaient choisis indépendamment de toute préférence localiste, le taux devrait se situer aux environs de 8% (un sur treize), et non pas 27% (un sur quatre)1.
    Il reste donc beaucoup à faire pour “délocalismer” les universités…2

    Le localisme commence bien avant les recrutements d’enseignants-chercheurs. Dès les annonces présentant les allocations de thèse, il est précisé qu’elles s’adressent à “nos étudiants”. «Merci de bien vouloir diffuser ces informations auprès des étudiants de vos Masters»… nous dit Paris 8 cette semaine. L’idée n’est pas de proposer aux étudiants d’autres universités de venir faire leur thèse, avec un financement, à Paris 8 (alors qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait un master à Paris 8).
    Je ne sais pas si ce localisme étudiant est fréquent dans d’autres pays, mais des anecdotes font penser que non [exemple].
    Nous avons alors tendance à considérer comme une bonne chose que “nos” étudiants de L3 passent dans “notre” M1… et l’on considère in fine comme naturel que “nos” bons étudiants de M2 obtiennent une allocation doctorale dans “notre” école doctorale.

    notes :
    (1) : 8%… je tire le chiffre de l’étude de Godechot/Louvet, mais je le cite hors contexte (l’étude porte sur la période 1972-1996)
    (2) : Un résumé de discussions récentes se trouve chez les éconoclastes.

    Publier !

    Vous venez de terminer une thèse (ou un DEA remarqué)… il “faut” publier. Il y a quelques semaines, Emilie Biland, Aurélie La Torré et Abdia Touahria-Gaillard ont organisé une “journée” à l’ENS : Publier en sciences sociales : comités de rédaction, éditeurs et auteurs au travail. Vous trouverez dans un document PDF à conserver dans un coin d’ordinateur [PDF] plein de conseils.

    Le wiki auditions

    Sur le Wiki-Auditions, la quasi-totalité des dates sont disponibles (ne manquent que les dates d’audition de deux postes pour deux IUFM). Grand nombre de visiteurs en ce moment, encore relativement peu de contributeurs : si vous avez des informations, merci de les transmettre, ou de les proposer en commentaire à ce billet. Les candidates aux postes de maître de conférences en sociologie (et démographie) vous en seront reconnaissantes.


    (image : colcanopa dans Le Monde)

    Poésie sociologique

    “Le salaire n’est-il que le prix du travail ?”, moderne alexandrin, est une création collective… sans auteur individuel et à l’ambition poétique modeste. Peu de sociologues se sont faits poètes : Michel Foucault (classons-le sociologue) entrelardait ses livres de renécharismes (Paul Veyne les a comptés) ; Pierre Bourdieu était plutôt romancier ; Durkheim… n’en parlons pas (même si, à son époque, l’imitation pouvait faire partie du cursus, et qu’il a du produire du poétique).
    Je ne vois guère que Gabriel Tarde, auteur mineur en permanence “redécouvert”, qui publie, en 1879 Contes et Poèmes [Paris, Calmann-Lévy, 228 pages, sous le nom de Jean-Gabriel Tarde] (voir ici pour en savoir plus). L’école nationale d’administration pénale propose de nombreux textes littéraires de Gabriel Tarde. Exemple de poème :

    Dieu ! que j’en aimai, jadis, de jeunes chattes,
    Pour me consoler de mes chagrins,
    Toutes angoras — soyeuses, délicates,
    Courtes de museau, souples de reins (…)

    source : « Evocation », poème in Revue de Bordeaux, 15 mars 1892 (pdf)

    Certains poèmes mélancoliques sont sympathiques. Mais je ne les ai plus sous la main.
    Et à part le bon Gabriel… ? Je ne vois que Luc-Emmanuel.
    Luc Boltanski, dont l’oeuvre sociologique est importante, et me sert d’inspiration partielle, est aussi auteur de poèmes. Et la vocation est ancienne. Dès 1957 (il a alors 17 ans), il publie Le Fusil, avec une présentation de Pierre Morhange (pas celui des Choristes, un autre, un poète) :

    Luc-Emmanuel Boltanski est un élève de la classe de philosophie de M. Khodoss. C’est encore un enfant. Un maigre, qui grandit vite avec sa petite tête bien ronde ; il est vif, curieux, inquiet ; il remue sans-cesse. Et c’est surtout un garçon généreux.
    Il y a quatre ans, le l’ai vu devenir fou de poésie.
    Son cas s’aggrave. Je crois bien qu’il ne lit plus que des poèmes et des journaux. (…)
    Il a, bien entendu, créé une petite revue, avec groupe. Ce qui s’appelle « Sortie de Secours ». (Ainsi, me dit Luc, nous avons de la réclame gratuite dans tous les cinémas.)

    Le premier poème montre une sympathie pour un certain christianisme que son ouvrage sur l’avortement laissera poindre à nouveau :

    J’ai peur du fusil
    De la crosse et des balles
    O menez-moi vers les églises calmes
    Apprenez-moi la force pour briser les crosses
    Que mes plaies se calment…

    Alors… écrits de jeunesse. Non. Le frère de Christian Boltanski (avec qui il a corédigé un ou deux livres) a publié un nouveau recueil de poèmes en 1993. Comme Premier roman, le premier roman de Mazarine, le recueil de poèmes s’appelle Poème. Il s’ouvre sur une citation paulinienne (1 Co 12,10) : « A celui-ci le don / de parler en langues, à tel autre / le don de les interpréter. »… et l’on retrouve ensuite l’humour boltanskien… car la personne “parlant en langues” et la personne “interprétant” est ici la même. A chaque poème est associé une interprétation (un peu comme dans Feu pâle de Nabokov, qui m’a appris à faire des commentaires de texte). Un exemple. Mon préféré :

    Création de Clichy-sous-Bois
    L’Orient se lève sur Clichy
    Clichy la froide et ses tours emmurées
    Le ciel se déchire – apparition de la lumière
    Apparition des rues – de l’autoroute – de l’autopont

    L’interprétation est la suivante :

    A l’automne de 1988, je souffrais de ne plus faire de terrain – de rester confiné dans mon bureau, à voir des gens, donner des conseils, disputer, lire ou écrire. J’avais envie de vivre avec des enfants et de les observer. Jean-Louis D. me donna une introduction pour le Collège Romain-Rolland de Clichy-sous-Bois, dans la banlieue nord-est, à environ une heure de chez moi en voiture. J’y allais pour la première fois un matin de janvier froid et brumeux. (…)
    Une grande partie des habitants de Clichy viennent d’Orient. Comme le soleil qui se lève à l’Orient (mais peut-être est-ce l’inverse – la difficulté est la même que pour distinguer la droite de la gauche. (…)
    Pour aller à Clichy, il y a une voie rapide, une sorte d’autoroute. Et aussi un autopont, très dangereux en hiver, à cause du verglas. (…)

    Ce commentaire me rappelle un poète qui était venu parler, quand j’étais en khâgne. Impossible de me souvenir de son nom. Il y avait le même détachement dans l’interprétation.
    Sur la poésie boltanskienne : ici, sur remue.net, et ici.
    Mise à jour : on me signale en commentaire que Luc Boltanski est aussi l’auteur de pièces de théâtre, jouées en ce moment à l’ENS-LSH à Lyon

    Concours

    Je suis, cette année, membre du jury de sciences sociales au concours d’entrée à l’ENS, section “B/L”. J’ai donc participé, avec 5 collègues, à la rédaction d’un sujet, qui était (vous avez six heures) : Le salaire n’est-il que le prix du travail ?. L’énoncé était accompagné de 9 documents. Afin de m’assurer de la conformité du sujet donné aux candidates et du sujet préparé, je suis allé assister à l’ouverture du sujet au centre d’examen, ce matin :

    Les sujets arrivent dans une petite boîte, bien fermée, par plusieurs rubans adhésifs.

    La peur principale des créateurs de sujets, c’est de devoir avoir recours au “sujet de réserve”. Et cela va avoir lieu — pas en sciences sociales, ouf ! — : une alerte à la bombe a perturbé une épreuve d’une autre section : “20 minutes avant la fin de la première épreuve du concours de l’ENS lettres modernes, ALERTE A LA BOMBE!!”… l’épreuve va devoir être recomposée.
    Sur cette histoire d’alerte à la bombe, le blog approximative a d’autres informations :

    A la sortie de l’épreuve, on me remet une feuille qui, comme ça, paraissait inoffensive mais qui, en vérité, était porteuse d’une bien triste nouvelle : “A la suite de l’incident qui a affecté un centre d’écrit lors de l’épreuve de composition française le mardi 22 avril, le président du jury a pris la décision d’annuler cette épreuve. Tous les candidats doivent donc passer à nouveau cette épreuve le samedi 26 avril, de 9 heures à 14 heures. Ce document tient lieu de convocation.”
    source : approximative

    Le plus amusant, ce sont les commentaires, les rumeurs infondées qui circulent et se renforcent… [mise à jour : certains lecteurs semblent croire à ces rumeurs… Je les cite ici pour donner une idée de leur circulation. Je ne les cautionne pas, et même, je n’y crois pas.]

    En fait y a deux rumeurs qui circulent sur la personne qui a fait le cou: – ce serait un élève très doué de fénelon ou de Henri4 qui est parti copie blanche au bout d’une heure
    -2) ce serait un groupe d’élèves de Lakanal refoulé avec un quart d’heure de retard à cause du RER
    source

    … ou la surprise exprimée par certains candidats :

    L’ens, tu vois, c’est … Comme une poupée russe. Non, c’est naze comme comparaison … En fait, quand il n’y en a plus, il y en a encore !! C’est génial non ??
    Car, oui ,en sortant de l’épreuve, on a tous appris que l’épreuve de litté, hier, était annulée, et qu’on la repassait samedi !!!!!!!!!!!
    NIQUE SA MERE LA PUUUUUTE !! On ne sait pas ( encore ) pourquoi, mais je jure que je tue le fils de p*te qui a je fais je ne sais quoi ..
    Enfin, la rage quoi …
    source rustina

    ailleurs :

  • carnet de concours / Luppa : “Alerte à la bombe un quart d’heure avant la fin de l’épreuve. Deux heures d’attente au soleil le ventre vide et la vessie pleine”
  • une rencontre avec Roubaud
  • La petite fée Morgane écrit : “je vais moi aussi crier à l’alerte à la bombe pour l’épreuve d’option si elle me plait pas, oh puis tient on peut peut-être faire une alerte bis pour samedi…non ce qui serait beau c’est que tous les provinciaux refusent de s’y rendre samedi”
  • et surtout : Roubaud fait la bombe sur le Tiers Livre de François Bon.
  • et encore : Laede : “Non. Non mais non, quoi !” [en même temps, “Laede” n’avait pas trop apprécié le sujet : “On est tombé sur Quelque chose noir de Jacques Roubaud. (Le pire des quatre, recueil de poésie totalement incompréhensible, ultra-déprimant, à ne jamais approcher à moins de dix mètres.)”]
  • feuille d’eucalyptus : “Dégoûtée. Envie d’abandonner.”
  • mise à jour:

  • une pétition ! (contre l’annulation) : Pétition pour annuler le report de l’épreuve de composition française de l’ENS LSH, 2008. (J’espère que la “pétition contre un écart-type de 4 et une moyenne de 6” n’arrive pas à la suite.)
  • une discussion sur le forum etudes-litteraires.com
  • Katoru 87 : “Ayé, mon concours je suis en plein dedans et ça commence fort puisque la première épreuve (passée mardi) a été déclarée nulle suite à une alerte à la bombe bidon”
  • nonfiction fait croire que Roubaud lui-même était visé (étrange retournement de situation…)
  • Assouline dans son blog du “Monde” en parle (en diffusant cette idée étrange que le sujet a donné lieu à une “grogne”… à mon avis inconcevable en centre d’examen)
  • Re-mise à jour :

  • Le Monde en parle. Et, ouf, sans théorie du complot !
  • Comment nuire à mon bonheur par “Dawn Traveller”
  • un blog de protestation
  • La fin de l’histoire : Stendhal

  • Rustina : “Stendhal ! Stendhal ! Stendhal ! Merci Merci ! Il y a encore quelques jours de cela, je voulais tuer le poseur de bombe novice, maintenant, je voudrais le remerciiiiiier !!”
  • Qui peut le plus… : “je trouve quand même ça triste de finir l’année comme ça. C’est moche.”
  • Elfairy : “On a repassé cette épreuve ce matin. Et je hais ceux qui ont appelé mardi, car ce que j’ai rendu sur Stendhal, ce n’est même pas un devoir. Ce ne sont que des mots sans queue ni tête…”