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Archives de la catégorie : 'sexualité'

Les rebus divers du lundi

Ne sachant que faire de ces morceaux d’information sur les sex-shops, qui ne s’insèrent pas toujours dans un discours généralisateur et analytique, les voilà dans le désordre :
Le boulanger patron de sex-shop de Saint-Béat, après les journaux télévisés et le “Morning Café” de M6, se retrouve sur “Incroyable mais vrai” :

Le commentaire d’Eric Darchis.

En façade d’un sex-shop rue de la Gaîté (75014, Paris) : la description technique d’une cabine de visionnage.
Cabine rue de la gaité
Au Japon, une chaine de magasin s’empare de la masturbation payante : “Treasure Island” (Takarajima). Admirable Design, le blog de Masayoshi Sato, les décrit :

De l’extérieur cela ressemble à ces inombrables sex shops de tous les pays du monde. Mais les Japonais ne s’y trompent pas. La nouvelle chaîne à l’enseigne de Treasure Island (Takarajima) ainsi que des initiatives privées, sont réservées aux plaisirs solitaires. Même si la nuit (car c’est ouvert 24 heurs sur 24) vous pouvez vous y rendre avec votre meilleur (e) ami (e). Mais ce sera alors, deux fois plus cher.
L’intérieur est lui, très luxueux : des écrans plasma pour un fantasme sur grand écran, un fauteuil-relax massant de grand confort pour plus de volupté et des toilettes à cuvette or, pour le côté design bling bling !
lire la suite…

Une vidéo silencieuse : la visite du sex-shop de Saintes. Sur le site de ce magasin l’on peut lire :

Cinema sex shop saintes
Pour 10€, vous pouvez accéder aux 2 salles de cinéma (une salle hétéro et une salle gay) tout au long de la journée. 9 tickets achetées, la 10° et offerte. Si vous ne pouvez pas garder vos tickets, nous avons une solution simple et discrète.
Le cinéma permanent est gratuit pour les femmes et les couples hétéros

Un grossiste de sex-shop est soupçonné de détournement de fonds :

LE PARISIEN, 23 février 2007, (section Val D’Oise), Damien Delseny
Domont, Enquête financière autour d’un fournisseur de sex-shop
DE L’ABUS de bien social, du blanchiment d’argent, une société spécialisée dans la fourniture d’articles pour les sex-shops et une banque luxembourgeoise. Voici les quelques éléments d’une information judiciaire ouverte depuis plusieurs mois à Pontoise et qui vient de connaître un sérieux coup d’accélérateur. La semaine dernière, les trois membres d’une même famille ont été mis en examen par un juge pontoisien pour « abus de bien social », « banqueroute » et « blanchiment d’argent ». […]
Après la mise en examen de l’ancien patron de BB Distribution et de ses proches, l’enquête va se poursuivre pour évaluer avec précision l’ampleur des détournements. « Mais le dossier est déjà copieux, notamment en raison de certains articles saisis dans le stock de l’entreprise et placés sous scellés », sourit une source proche de l’enquête faisant allusion aux revues et gadgets variés plus habitués à nourrir les rayonnages des sex-shops que ceux des archives des tribunaux.

La rue Saint-Denis perdrait ses magasins traditionnels. Le Maire se réjouit (extrait du journal Métro, 22 février 2007) :
2007 02 22 metro saint denis sexshops

Le salon parisien de l’érotisme, Eropolis, est décrit dans Libération :

Salon Eropolis ce week-end au Bourget :
«Je suis en haut, je suis Madonna»
Salon Eropolis ce week-end au Bourget
Par Ondine MILLOT
QUOTIDIEN : samedi 17 mars 2007
Dix heures et demie, vendredi matin. Ciel gris plombé et hangar cafardeux du parc des expositions du Bourget. Entre deux vigiles armoires une petite bombe blonde fait des bonds. «Laissez-nous passer, on est les artistes !» Elle porte un mini corsaire en avance sur le printemps, une veste tout aussi rétrécie, une casquette noire avec des têtes de mort dorées. Amal, 25 ans, «professeur de danse et strip-teaseuse», fait depuis trois ans partie de l’équipe d’Eropolis, salon de l’érotisme itinérant. Après Marseille et avant Caen, Avignon puis Béziers, les voilà à Paris. «La plus grosse date», souligne Amal. Dans une demi-heure le salon ouvre ses portes, dans quarante minutes elle doit être sur scène. […]

SexyAvenue / Dreamnex, dont j’avais déjà parlé ici, est autorisé à vendre ses actions en bourse :

Sexy Avenue : quand le charme s’invite en Bourse, Marseille, Le Figaro, ALIETTE DE BROQUA.
Publié le 19 mars 2007, Actualisé le 19 mars 2007 : 08h3
La société DreamNex, qui exploite le site, est un vétéran de la vague Internet.
UN PEU de charme dans le monde de la finance… Le site Sexy Avenue.com prépare son entrée à la Bourse de Paris, sur l’Eurolist C. Arrivée prévue le 27 mars. En sept ans d’existence, ce sex-shop virtuel est parvenu au premier rang français des sites de charme. C’est à sa manière un vétéran de la bulle Internet.

Crédit photo (2)

Les raisons de l’apparition mystérieuse de mon nom en “crédit photo” dans le dernier numéro de Sciences Humaines sont explicitées dans cet article La morale du sex toy, de Xavier Molénat…
La photo illustrant cet article dans la version papier est celle-ci :
Une sorte de crèche dont les personnages sont des godemichés et des vibromasseurs (et autres plugs), en vitrine d’un magasin de New York, Babeland, prise lors de mon dernier séjour là bas.
Cette photo, déposée sur flickr en janvier, avait attiré l’oeil de l’illustratrice du magazine, le mois dernier :

Je suis rédactrice graphiste pour le magazine Sciences Humaines. Une de vos photos, “nativibraty” à New York m’intéresse pour illustrer un article sur les sex toys. Pouvez-vous m’indiquer vos conditions dd’utilisation et le fichier de la photo existe-t-il en haute résolution.
Merci bien (dead line le 16/02)

On trouvera, dans Sex-shops, une histoire française (à paraître en avril), d’autres photos de sociologues. J’ai utilisé deux photos prises par Alain Gi*** (voir ses photos brésiliennes sur flickr) à Pigalle et une autre par Marie Ménoret à Caen, en plus des miennes et d’une formidable façade immortalisée par un policier, et retrouvée aux Archives de la préfecture de police.

L’organisation du marché et les salons de l’érotisme

Erotix, Erotica Dream, Eropolis, Erotissima… les « salons de l’érotisme » sont des sex-shops itinérants qui s’arrêtent quelques jours dans les préfectures (et parfois les sous-préfectures) provinciales.
L’origine — s’il fallait en trouver une — est probablement la “Sex Messe”, le salon du sexe de Copenhague, qui, à l’été 1969, européanise la diffusion des productions pornographiques scandinaves. Jean-Claude Lauret, dans La foire au sexe (Paris, André Balland, 1970), décrit longuement ce salon :

Rassasié de films, je visite les stands. Ceux-ci exposnt tout un matériel destiné à faire jouir, mieux, plus vite et plus souvent : préservatifs, vibromasseurs, bagues électriques, lingeries enfin, offrant aux utilisateurs toute liberté de mouvements et d’imagination. (…) On a beaucoup pensé aux dames. On peut imaginer que ces industries sont dirigées par des femmes PDG qui s’efforcent de fournir à leurs compagnes des substituts dont elles ont cruellement senti l’absence dans leur jeunesse. Nouvelles salutistes, elles oeuvrent ainsi pour le bonheur sexuel de la gent féminine…
Dans un de ses catalogues une firme déclare que « si la femme, durant l’accouplement, ne sent pass assez le pénis de l’homme, les condoms spéciaux proposés ci-dessu apportent dans la majeure partie des cas une aide exceptionnelle ».

Salon Erotisme ClermontCes salons se sont exportés en France, mais toujours sous une forme minimaliste : En 1994, le salon “Erotica 94”, qui s’est tenu à l’Aquaboulevard de Paris, n’avait qu’une quinzaine de stands. En 2007, le salon “Vénus”, avatar parisien du salon berlinois du même nom, est annulé. Mais ces formes minimalistes ont essaimé sur le territoire :

c’est la Province qui a permis le développement spectaculaire de cette grande foire itinérante du sexe. Normal à bien y réfléchir. Car des villes comme Rennes, Clermont ou encore Grenoble n’étaient jusqu’alors guère achalandées questions fantasmes si ce n’est par quelques sex-shops ravitaillés sur le tard et disséminés ça et là. La grande caravane du sexe, avec ses stars, ses strass et ses shows, y a donc trouvé un acueil des plus chaleureux.
source : Interconnexion, avril 2003

«En 2005, ce sont 16 salons qui tournent en France» déclare le directeur d’une des sociétés organisatrices :

L’idée est née en mai 2001, dans le Var. Erick Heuninck, Catherine et Jocelyn Quesne décident de se lancer dans une aventure commune… mais peu commune: créer des salons érotiques en France. Le premier est un spécialiste d’organisation et de gestion d’événements. Les deux autres, des strip-teaseurs professionnels.
source : Le Républicain Lorrain, jeudi 26 janvier 2006

Il faudrait, pour travailler sérieusement, réussir à compter le nombre de salons de ce typeest enant en France chaque année depuis 1970, à préciser leur localisation, à évaluer — par exemple — les articles dans la presse locale, afin de pouvoir repérer la place de ces formes commerciales et spectaculaires dans une géographie nationale de la sexualité. Parce qu’ils sont éphémères, temporaires, ils n’attirent opposition et formes de contrôle social que par moments… Mais leur circulation sur l’ensemble du territoire métropolitain a probablement quelques conséquences (en terme de diffusion d’informations par exemple). Reste à se pencher sur ces salons… Ce que je ne vais pas faire ici : ce billet est un simple collage d’extraits de journaux.
Ces salons permettent certes à un public d’accéder à un grand sex shop, mais c’est aussi, pour les commerçants (détaillants ou grossistes, ou encore fabricants), l’occasion de présenter leurs produits. Quand un salon se tient, en 2006, en Normandie, le journal local demande au patron d’un sex-shop local :

Que représente le salon pour vous?
Jean-Claude Hus: C’est un tremplin. L’année dernière, cela nous a permis de gagner 25% de clients supplémentaires. Ici, nous expliquons aux gens que nous sommes des professionnels. Nous planchons d’ailleurs sur des grandes surfaces de l’érotisme, des boutiques de 1.500 m2! Un peu comme le magasin Concorde à Paris. Il y a eu une polémique autour d’un sex-shop à Rouen dernièrement. Nous, nous sommes au coeur du centre-ville depuis 10 ans et nous n’avons jamais eu de problème.
source : Paris-Normandie, 12 septembre 2006

Avec les mêmes questions en tête, la Voix du Nord interroge le patron d’un fabricant de godemichés “en latex naturel”, à plusieurs occasions, en 2004 et 2005 :

Dès cet automne, le nouveau patron de Domax commencera la tournée des 350 sex-shops français mais aussi des salons de l’érotisme (« Berlin, c’est le summum ! »), seule opportunité de rencontrer son véritable public, écouter les doléances et remarques des utilisateurs. Assurer un véritable service après-vente en quelque sorte puisque, là un peu plus que chez d’autres fabricants, c’est bien le plaisir du consommateur qui est en jeu…
source : La Voix du Nord, Samedi 10 juillet 2004

Comme d’autres font les marchés, elle fait les salons érotiques «En France, en Belgique et même en Espagne.» Un peu comme notre industriel de Courcelles-les-Lens. «En terme d’image, c’est bien. Par contre, sur un salon on fait zéro euro de bénéfice.» L’emplacement se paie au prix fort (1500 Euro(s) pour lui à Erotica Douai). Les retombées seront pour demain.
source : La Voix du Nord Samedi 2 avril 2005

Les responsables de certains commerces de “sex toys” avec lesquels j’ai pu parler m’ont aussi signalé cette absence de bénéfices, le coût élevé de ces manifestations, et l’absence de correspondance entre les attentes du public et ce qu’ils proposaient à la vente…
La Voix du Nord semble adorer les salons de l’érotisme, et le quotidien les suit dans les villages les plus improbables :

Nicolas et Sandrine ne sont pas encore des habitués des salons de l’érotisme. N’empêche que le couple n’en est pas à son coup d’essai. Leur baptême, c’est au salon Erotica de Lille qu’ils l’ont effectué. Avec timidité puisque Nicolas a dû insister pour y emmener Sandrine. Hier, à Maing, c’est Sandrine qui a voulu venir. «En fait, la première fois, nous avons acheté des gadgets classiques comme de la lingerie coquine et des boules de geisha. Aujourd’hui, j’aimerais bien me laisser tenter par autre chose», confie la jeune femme. Quand on dit qu’il n’y a que le premier pas qui coûte…
source : La Voix du Nord Dimanche 26 juin 2005

Parfois, cependant, l’organisation de tels salons suscite l’hostilité : ils sont pornographiques plus qu’érotiques.

L’organisateur du salon, Luc Janssen, se défend d’avoir mis sur pied une manifestation hard. Et il met en avant les 80 % de visiteurs qui « viennent en couple ». Selon lui, « la France avait un sérieux retard sur l’ouverture d’esprit à l’importance du plaisir physique », alors que la Belgique (dont il est citoyen) organise 12 salons, la Hollande 20 et l’Allemagne 30.
source : Sud Ouest, Samedi 15 avril 2000

Le ton est plus léger, ironique, sur les chaînes de télévision locales. La semaine dernière, France3 Auvergne a suivi l’installation du salon de l’Erotisme de Clermont-Ferrand. “À Paris le Salon de l’Agriculture, 430 kilomètres plus au sud, un autre salon. Ici pas d’animaux, tout au plus quelques petits cochons…” déclare le journaliste.
Salon Erotisme Clermont
Reportage de France3 Auvergne – format Quicktime

Ailleurs sur internet

  • un diaporama sur le site de La Dépêche de Toulouse
  • customtaro à La Rochelle :

    Au début, il faut se faire à l’idée de voir du sexe partout et puis au bout d’un quart d’heure, on se prend au jeu et on fouille pour trouver de bonnes affaires en matière de vêtements, d’accessoires etc…
    Cela peut paraître choquant pour certains ce genre d’évènement mais c’est une sortie en couple assez marrante à faire.

Virilisme et automobile

La voiture a longtemps été un symbole masculin. Si bien que, comme pour la chirurgie ou la profession d’avocat, l’on connaît le nom de la première femme à avoir obtenu un permis de conduire : « la Duchesse d’Uzès, la première femme au monde à avoir bénéficié d’un permis de conduire… » (dixit ce site). Que ce soit vrai ou non ne change rien : entre mécanique rutilante et crasse du mécanisme interne, la voiture, le camion, la camionnette ou le quatre-quatre furent longtemps, de fait, des territoires réservés.
Il n’en va, évidemment, plus de même aujourd’hui. Il est même probable que, comme pour la réussite scolaire dans le secondaire, les femmes décrochent plus fréquemment que les hommes le permis de conduire. Les grosses voitures ne sont pas épargnées, et il n’est peut-être pas de meilleur exemple que les Etats-Unis, où Hummers et autres petits tanks sont conduits aussi bien par des hommes que par des femmes. La voiture, mais aussi le pick-up, finissent par devenir des équivalents symboliques de la matrice originelle : les conducteurs et conductrices y passent un temps important, ils s’y sentent bien, l’aménagement y est organique
En bref, la voiture est dévirilisée.
Cela explique peut-être l’émergence de testicules artificiels attachés à l’arrière des voitures les plus susceptibles de virilisation, les Truck Nutz, Truck Nuts, ou Truck Balls
Truck Nuts - USADes voitures qui en ont… Il était difficile de reviriliser plus explicitement ces automobiles, même si le résultat est un peu ridicule. On ne peut exclure un certain humour potache à vouloir ainsi animaliser son véhicule (qui transparait fort bien sur le site de ce fournisseur), et surtout, à donner à voir à ceux qui suivent un spectacle peut-être humiliant — pour celui qui regarde (similaire à ce rituel d’humiliation, le teabagging).
Les oppositions à l’exposition de fausses parties privées se sont donc faites entendre : Fake Private Parts Are No Joke, Myers Says titrait, récemment, le Washington Post : un député du Maryland, les trouvant vulgaires et immorales, cherche à légiférer et interdire leur utilisation (House Bill 1163).

His bill would prohibit motorists from displaying anything resembling or depicting “anatomically correct” or “less than completely and opaquely covered” human or animal genitals, human buttocks or female breasts. The offense would carry a penalty.
traduction partielle : Son projet de loi cherche à interdire aux automobilistes d’exposer ce qui ressemble ou représente des organes génitaux humains ou animaux, des fesses humaines ou des poitrines nues féminines, qui seraient “anatomiquement correctes” ou “incomplètement couvertes ou opacifiées”.

“Nettoyons nos rues, pour nos enfants”, dit-il plus loin dans l’interview.
La revirilisation automobile est donc une initiative contestée : il est probable, avec ces “truck nuts” — sex toys paradoxaux — que l’automobile soit définitivement sortie de l’empire masculine.

Quand un sex-shop sur internet entre en bourse – ou presque

Récemment, une entreprise de vente de sex-toys sur internet, qui souhaite ouvrir son capital, a déposé un document à l’Autorité des marchés financiers. Long document, de 172 pages, comportant des éléments intéressants : Document de base DreamNex (PDF). Je regrette n’avoir aucune formation en gestion, ce qui me permettrait de mieux saisir la structure et la profitabilité de l’entreprise.
Je vais donc me limiter à quelques citations. Commençons par un petit graphique proposé par DreamNex dans ce document :
Sexy Avenue
Il n’est pas clair, dans le “document de base”, si est décrite ici la répartition des volumes de vente ou une répartition des achats. Les données portant sur la clientèle sont basées sur des déclarations (et doivent être soumises au doute).
Mais ce qui m’intéresse le plus tient au discours financier : il s’agit, dans ce document, de convaincre l’Autorité des marchés financiers et de futurs investisseurs. Les auteurs du “document de base” oublient donc tout ou partie du discours publicitaire destiné à la clientèle :

La marge pratiquée sur les produits est élevée : 70% sur la plupart des rayons. […] DreamNex peut profiter de marges élevées tout en proposant des prix compétitifs, en comparaison avec les boutiques traditionnelles type sex-shops. En effet ces derniers pratiquent des prix très élevés, avec des marges pouvant atteindre 90%.
DreamNex peut se considérer relativement à l’abri du phénomène grandissant de chasse aux bas prix sur Internet, induite par l’utilisation de plus en plus courante des moteurs de recherche. En effet les produits vendus sur SexyAvenue ne se prêtent pas à ce type de recherche : chaque boutique érotique propose des produits assez différents et dont les noms changent d’un site à l’autre, rendant la recherche et la comparaison difficiles.
Un autre grand avantage de ce type de produits réside dans leur stabilité et leur faible obsolescence. A la différence de marchés comme le high-tech par exemple, les produits ne sont jamais obsolètes, et sont pour la plupart proposés sur le site pendant plusieurs années. Certaines références sont ainsi présentes depuis l’ouverture du site. Cette caractéristique rend suffisante une équipe réduite pour la gestion de l’offre produits, et limite les risques de rupture et d’invendus. Lorsqu’un produit est arrêté, il reste simplement en ligne jusqu’à ce que le stock soit épuisé.

Le cynisme de ces remarques (marges élevées, difficultés pour les clients de comparer les prix d’objets similaires, absence de progrès technique) destinées aux investisseurs tranche avec le discours des réclames habituelles, qui insistent plus sur l’épanouissement personnel ou conjugal qu’apporteraient certains achats.
Parallèlement à la vente d’objets, DreamNex / SexyAvenue propose aussi le visionnage de “contenu” (vidéos pornographiques), et c’est ce qui constitue le bras armé de cette entreprise (les ventes de godes, de vibro, de lingerie et autres n’ont représenté que 20% du chiffre d’affaire) :

[L]es contenus sont regroupés dans une centaine de « chaînes » différentes, classées par type de pratique sexuelle ou par type de modèle et acteur, couvrant l’essentiel des thématiques dans ce domaine : amateur, top modèles, filles du monde, gadgets, grosses poitrines, filles entre elles, fetish, hentaï, etc…
[…]
Les coûts d’achat de contenu sont faibles par rapport au chiffre d’affaires, la marge brute sur la vente de contenu étant de 95.2% en 2006.
[…]
La vente de contenus a représenté 81 % du chiffre d’affaires en 2005 et 80 % au 31 décembre 2006.

Une telle profitabilité a été remarquée par Renaud Dutreil :

En Mai 2006, DreamNex est distinguée par le ministre français des PME et reçoit le titre de « Gazelle », la désignant comme l’une des entreprises les plus performantes de France.

(il me semble, à lire le site du ministère des PME, que la dénomination de “Gazelle” ne désigne pas directement une entreprise “performante”, mais une entreprise dont mon condisciple Renaud Dutreil a remarqué le “potentiel croissance”).

Mais l’internet ne fait pas tout. Les méthodes classiques de vente par correspondance semblent intéressantes :

Malgré sa position forte sur les ventes de produits pour adultes via Internet et la croissance de ce média, la société estime que sa marge de progression la plus importante pour la vente de produits réside dans la diffusion d’un catalogue papier. Après deux premiers catalogues annuels réalisés en interne, la société va passer à une fréquence de 4 catalogues par an, plus des opérations promotionnelles. Avec ces outils de vente la société va pouvoir recruter des nouveaux clients dans la presse, sous la forme d’offres de commandes de catalogue gratuit, qui a fait ses preuves dans de nombreux domaines de VPC.

Et la délocalisation des petits producteurs de godemichés menace (si tant est qu’il en restât plus d’une poignée en France) :

DreamNex prévoit de faire fabriquer directement en Chine une sélection des gadgets et de lingerie parmi les produits les plus vendus, ce qui devrait permettre d’améliorer la marge substantiellement. Une fabrication en Chine va impliquer des commandes plus importantes, le stock pouvant atteindre 1 an de vente, ce qui reste un risque mineur, étant donné que ces produits ont une très longue durée de vie et des prix stables.

Création de catalogues papiers, fabrication de sex-toys en Chine : à la virtualisation des premiers jours succède, pour cette entreprise, une sorte de rematérialisation.
Les petits sites de vente sont considérés comme des “possibilités de croissance externe” (des entreprises à racheter). Le succès des uns fait celui des autres.

Le marché du charme sur Internet est constitué de nombreuses petites sociétés souvent très rentables, que leurs dirigeants ont parfois du mal à faire évoluer vers un stade industriel. Ainsi limitées dans leur croissance, ces sociétés deviennent des cibles potentielles.

Est-ce une particularité des sites vendant de la pornographie matérielle ou visuelle ?

Litiges avec des abonnés : à la date du présent document de base, aucun litige significatif n’est survenu avec des abonnés ou des clients, autre que les litiges concernant les impayés. Dans 95% des cas, les transactions impayées ont bien été réalisées par le porteur de la carte, qui n’a pas été utilisée frauduleusement par un tiers, contrairement à ce que prétendent ces abonnés. Une procédure de recouvrement est donc mise en place systématiquement.

En bref : un document intéressant, une petite “étude de marché” donnant à voir comment une telle entreprise se présente publiquement aux investisseurs.
Mais, comme le conclut une dépêche de l’agence Reuters :

Seduction is no guarantee of sex appeal to investors, however.
Europe’s biggest sex shop operator, Germany’s Beata (sic) Uhse, which floated in 1999 at over 13 euros a share, has seen its shares fall 25 percent in the past year to 4.75 euros. It issued a profit warning after its warehouse became flooded.
In 2002, Spanish pornography firm Private Media dropped plans to issue shares in Frankfurt when institutional investors resisted the temptation of stock in the company.
source

Les réclames colorées des petits commerces du sexe

Sex shop nirvana meaux publicitéDans un billet précédent, j’affirmais l’intérêt d’une lecture suivie de Paris Paname, l’hebdomadaire gratuit de petites annonces, pour une histoire sociale des sex-shops. Je vais ici poursuivre le même courant de pensées en portant mon regard sur Top Annonces et Paru Vendu. Ces deux hebdomadaires se partagent en partie le marché français : le premier avec quelques 177 éditions locales, le deuxième avec plus de 260. Chaque semaine, ce sont plusieurs (dizaines de ?) millions de lecteurs. Leurs sites internet sont très bien construits : si vous habitez Fontainebleau et que vous souhaitez vendre votre voiture, en passant des annonces dans les éditions de Melun, Chelles ou Meaux, vous pouvez aisément vérifier que les éditions locales ont publié votre annonce. Les hebdomadaires locaux sont téléchargeables (en version PDF, page à page).
Corsaire coquinJ’ai donc passé quelques heures à accumuler les publicités pour les sex-shops régionaux et communaux : de Brest à Strasbourg, de Dunkerque à Perpignan, le petit commerce du sexe fait sa réclame. Paru-Vendu et Top Annonces ne semblent pas avoir de politique générale d’interdiction de ces publicités, même s’il semble y en avoir un peu plus fréquemment dans Paru Vendu
La “Saint-Valentin” est l’occasion de publicités spécifiques. « Soyez original, pour la Saint Valentin, venez à l’Xtreme Center”, “la saint valentin arrive, osez le cadeau sexy”, “Osez l’originalité du cadeau sensuel”… à lire ces publicités, l’originalité est problématique : s’il n’est apparemment pas original — pour un sex-shop — de s’emparer de la fête des amoureux pour promouvoir son activité, il reste — du point de vue de ces magasins — toujours original pour d’éventuels clients d’acheter leurs objets.
La vie en rosePour cela, Xtrême Center offre un cadeau (si vous achetez plus de 50 euros), le sex-shop de Saintes (“27 ans d’expérience à votre service, discrétion, confiance et convivialité”) offre « un cadeau sexy et sucré », le Cupidon fait 10% de réduction (sur les gadgets), le Liberty’s 20% (sur tout le magasin), le Corsaire Coquin (de Saint-Malo) propose simplement des “spécial cadeaux Saint Valentin”. Le discours de Planete X, “la planete de tous les plaisirs”, est plus élaboré : « Pensez Cadeaux, Pensez Sex’Rigolos… » Mais l’on ne sait pas trop à quoi correspondent ces cadeaux. Mises à part quelques culottes légères, les produits ne sont pas photographiés (ils peuvent être décrits par leur marque : “Fun factory”…).
Libertys DouaiUn autre axe structure ces annonces commerciales. Les cadeaux de la Saint-Valentin s’emportent à la maison. Le reste du temps, la consommation se fait sur place : “salles vidéos permanentes, rencontres avec espaces intimes”, “Espace libertin dont un spécial couple, gratuit pour couples et femmes seules”, “le seul et l’unique sur la région projection sur écran géant”, “cabines individuelles”… les publicités insistent sur le sex-shop comme lieu de pratiques sexuelles (individuelles ou collectives). Certains magasins, enfin, servent d’interface entre consommateurs : nous vendons des revues échangistes, disent plusieurs publicités.
Sex shop publicite angoulemeSont absents de cette collection de publicités les sex-shops qui ne disposent pas de magasins “en dur”, de même que les magasins qui ne vont pas offrir DVD et cabines de projection, mais uniquement lingerie et “jouets”, et qui vont choisir d’autres supports pour leurs réclames saisonnières, par exemple le magazine “S’Toys” [un magazine “féminin chic et coquin” décrit ici, , ou encore là bas et tout là bas, et ici, ici aussi, ici, ou enfin ].
Les quelques réflexions présentes ici sont impressionnistes (au sens faible du terme) et il conviendrait de comparer dans le temps plusieurs collections composées de manière cohérente.
Publicités pour des sex-shops - 2007La sélection de publicités concerne les villes de : Mulhouse, Colmar, Geisposheim, Lille, Strasbourg, Orléans, Meaux, Lyon, Villeurbanne, Douai, Lattes, Montpellier, Perpignan, La Valette (?), Sarreguemine, Rochefort, Angoulême, Avignon, Saint-Servan, Saint Malo, Bordeaux, Kehl, Tours, Dijon… Lien vers un fichier JPG contenant 27 publicités.

Presses et sources

Dans l’une des scènes de Men in Black, l’un des men (agent K) montre à son partenaire la source d’information principale concernant les extra-terrestres : Weekly world news, un hebdomadaire enquêtant sur Batboy, la vie actuelle d’Elvis, ou les poltergeists de la piscine municipale…
Paris Paname est, dans le monde réel, aussi sous-estimé que Weekly world news. Des recherches rapides font remonter l’hebdomadaire gratuit de petites annonces à 1978. Le concurrent direct, Paris Boum Boum (devenu, en 2004, Top Annonces) est aussi intéressant. Je connais peu de travaux de sciences sociales à s’être appuyées sur ce qu’offrent ces hebdomadaires (à part les recherches de Liliane Kuczynski sur les marabouts africains de Paris).
Je n’ai pas eu la patience, par exemple, de compter dans Paris Paname les publicités pour les sex-shops et leurs évolutions (graphiques et rhétoriques) sur trente ans : un travail ingrat, mais probablement rentable, si l’on voit ce qui est publié chaque semaine actuellement :
C’est d’abord un habitué de la presse populaire, les éditions Concorde, que l’on va trouver, par exemple, régulièrement dans Ici Paris :
Paris Paname Concorde
Mais ce sont aussi des magasins parisiens locaux :
Paris Paname Private
Paris Paname hotesseCe magasin, est-ce révélateur ?, se présente comme un centre de divertissement pour adultes, mais aussi comme un centre de relaxation et de détente dans l’annonce ci-contre. Autant de termes qu’il faudrait mettre en relation avec ce qui pouvait être au coeur des publicités du tout début des années 1980.
Paris Paname B-rootEnfin, je ne résiste pas à la reproduction de l’annonce hebdomadaire de John B. Root, “garçons s’abstenir”.
La répétition, sur plusieurs dizaines d’années, d’annonces de ce type dans la presse gratuite, dans des hebdomadaires à grand tirage mais destinés aux classes populaires et donc peu lu par d’autres, constitue la base d’une “démocratisation” de la consommation pornographique. Probablement beaucoup plus efficace que la rhétorique démocratique des nouveaux promoteurs des “sex toys”, qui, loin de “démocratiser” l’usage des godemichés, les font probablement entrer dans les modes de consommations publiques d’autres classes sociales.

La nouvelle loi : Interdire les magasins à sex-toys !

Comme vous le savez, si vous êtes des lecteurs attentifs de ce blog, j’ai suivi depuis juillet la tentative de plusieurs parlementaires de faire passer une nouvelle loi visant à interdire les sex-shops. La commission des affaires sociales du sénat vient de préciser la portée de cet amendement à la loi sur la protection des mineurs (protection de l’enfance, officiellement) : il s’agit d’interdire les magasins vendant des “sex toys”.
Mais expliquons les choses dans le détail.
L’article 99 de la loi du 30 juillet 1987, depuis vingt ans, était rédigée ainsi :

LOI n°87-588 du 30 juillet 1987, Article 99
Modifié par Loi n°92-1336 du 16 décembre 1992 art. 284 (JORF 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994).
Est interdite l’installation, à moins de cent mètres d’un établissement d’enseignement maternel, primaire ou secondaire, d’un établissement dont l’activité principale est la vente ou la mise à disposition au public de publications dont la vente aux mineurs de dix-huit ans est prohibée. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 F d’amende.
Pour cette infraction, les associations de parents d’élèves régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile.

Plusieurs points sont importants dans ces deux paragraphes. Tout est basé sur les “publications interdites aux mineurs” (et c’est le ministère de l’intérieur qui interdit). Le caractère “principal” de l’activité de l’établissement est aussi important (les kiosques, ainsi, ne sont pas menacés). Enfin, les “associations de parents d’élèves” peuvent seules porter plainte.
Comment est rédigé la nouvelle loi ?

L’article 99 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d’ordre social est ainsi rédigé :
« Est interdite l’installation, à moins de deux cents mètres d’un établissement d’enseignement, un établissement dont l’activité est la vente ou la mise à disposition du public d’objets à caractère pornographique. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de trente mille euros d’amende.
« Sont passibles des mêmes peines les personnes qui favorisent ou tolèrent l’accès d’un mineur à un établissement où s’exerce l’une des activités visées au premier alinéa.
« Pour cette infraction, les associations de parents d’élèves, de jeunesse et de défense de l’enfance en danger, régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile. »

Les points importants sont les suivants : les “publications” ont disparu, mais les “objets à caractère pornographique” sont au centre. Un grand nombre d’associations peut désormais porter plainte. J’imagine que, parmi les “associations de jeunesse” l’on pourra trouver tout un tas de regroupements… puisqu’il n’y a a priori pas de critère officiel de définition.
Est-ce à dire que les députés et sénateurs s’inquiètent des sex-toys à proximité des écoles ? Réponse courte : oui !
Lisons, pour s’en convaincre, le Rapport n° 205 (2006-2007) de M. André LARDEUX, fait au nom de la commission des affaires sociales, déposé le 1er février 2007, que je vais décortiquer ci-dessous :

Article 3 ter (nouveau)
(article 99 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d’ordre social)
Réglementation de l’installation des établissements vendant des objets à caractère pornographique
Objet : Cet article, introduit par l’Assemblée nationale, vise à rendre plus sévère l’interdiction d’installation des établissements vendant des objets pornographiques à proximité des établissements d’enseignement.

Ça, c’est le titre du paragraphe.

I – Le texte adopté par l’Assemblée nationale
L’article 99 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d’ordre social prévoit une interdiction d’installation à moins de cent mètres des établissements scolaires pour les « sex-shops », ces derniers étant définis comme des « établissements dont l’activité principale est la vente ou la mise à disposition au public de publications dont la vente aux mineurs de dix- huit ans est prohibée ».
Cette définition comportait toutefois un défaut : en se fondant uniquement sur la vente de revues à caractère pornographique, elle ne permet pas de cerner l’activité réelle de ce type d’établissement. En effet, bien souvent, la vente de ce type de revues n’est pas leur activité principale car ils proposent également des vidéos ou encore des accessoires.

En effet, le sénateur Lardeux a raison, mais il ne précise pas que plusieurs décisions de justice ont passé outre : même s’il n’y avait pas comme caractère principal des publications interdites aux mineurs, la loi de 1987 s’est appliquée (à Rouen, Tribunal de Grande instance, ordonnance de référé du 17 juillet 2002, dossier n°02/00492 ; à Lyon, Tribunal de Grande instance, ordonnance de référé du 7 juin 2002, dossier n°02/01541 [plus d’infos ici])… Notamment parce qu’il y avait des cabines de projections pornographiques.

C’est la raison pour laquelle le présent article modifie la définition des établissements interdits d’installation à proximité des établissements scolaires, en visant non plus la vente de revues mais la vente d’objets à caractère pornographique, couramment appelés « sex-toys ». Cette nouvelle définition devrait empêcher les établissements de contourner l’interdiction, en arguant du caractère non majoritaire de leur activité de vente de revues. Elle permet également de lever le doute quant à l’inclusion ou non dans cette réglementation des kiosques et des libraires qui consacrent une partie de leur activité à la vente de revues érotiques. (je souligne)

Donc les sex-toys sont bien visés, explicitement, par cette loi. Et c’est peut-être la première fois que cette expression apparaît dans un texte parlementaire. J’entends ici les promoteurs de ces nouveaux magasins (Amours, délices et Orgues à Paris, Lilouplaisir à Montpellier, Rykiel Woman, Yoba, 1969… et autres, comme Les nuits blanchessur myspace) dire que leurs sex-toys ne sont pas pornographiques… Ces échoppes avaient en effet choisi d’utiliser le terme “sex toy” plutôt que godemiché (ou gode ou godemichet…) ou vibromasseur (vibro…) afin d’ôter à ces gadgets leur caractère pornographique, afin de “faire sortir” ces objets des sex-shops et de les requalifier comme objets de plaisir. Apparemment, les députés et sénateurs ne sont pas au courant de cette volonté de distinction symbolique. En revanche, ni les oeuvres complètes de Mapplethorpe, ni le kiosque du quartier vendant Union ou Swing ne sont concernés… Les parlementaires mettent ici l’accent sur une définition changeante de la pornographie : leur but n’est pas vraiment de protéger les mineurs d’une exposition à la pornographie (sinon les kiosques et les librairies seraient visés), mais de les protéger de ce qu’ils appellent les “objets pornographiques”, qui seraient du ressort des sex-shops.

Par ailleurs, pour renforcer la protection des mineurs en la matière, cet article s’attache à rendre plus sévères ces conditions d’installation des sex-shops, en portant de cent à deux cents mètres le rayon d’interdiction d’installation pour ce type d’établissement.

J’ai montré, dans un billet récent, il y a une semaine, que cela faisait bien plus que “rendre plus sévères les conditions d’installation” : cela interdit en pratique ces établissements à Paris.

Enfin, si la peine encourue est inchangée (deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende), elle est étendue aux personnes qui favorisent ou tolèrent l’installation des ces établissements : les associations de protection de l’enfance, dont le texte précise par ailleurs qu’elle conservent le droit de se constituer partie civile pour ce type d’infraction, pourront se retourner contre un maire qui n’aurait rien mis en œuvre pour éviter l’installation ou faire fermer un établissement de ce type dans le périmètre d’exclusion d’un établissement scolaire. (je souligne)

Cela est fort intéressant, et pourrait conduire les pouvoirs politiques locaux à une action proactive, en essayant d’empêcher l’installation de tels magasins avant même que des associations portent plainte ! Certains maires avaient déjà commencé, comme à Houilles, cela va les conforter (Houilles, affaire complexe, première partie et deuxième partie).

II – La position de votre commission

L’on s’attend là, de la part du parlement, à un sursaut de bon sens…

Votre commission est naturellement favorable à toute mesure qui permet d’améliorer la protection des mineurs contre la pornographie.
Elle constate d’ailleurs que les dispositions de cet article complètent utilement celles de l’article 17 du projet de loi relatif à la prévention de la délinquance qui prévoit notamment une interdiction d’exposer à la vue du public des vidéos à caractère pornographique, sauf si le lieu où elles sont exposées est explicitement interdit aux mineurs.
Il convient toutefois de souligner que le présent article ne sera applicable qu’aux installations qui interviendront à compter de la publication de la loi. En effet, le principe constitutionnel de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère interdit aux juridictions répressives de faire application de ces dispositions aux établissements implantés dans la zone géographique désormais exclue, c’est-à-dire dans un rayon de cent à deux cents mètres des établissements scolaires.
Sous le bénéfice de ces observations, votre commission vous propose d’adopter cet article sans modification.

Le principe de non-rétroactivité, dans ce projet, est sauvegardé (on a vu, il y a quelques années, des propositions de loi essayant de prévoir une indemnisation pour les sex-shops obligés de fermer). Tout laisse entendre, donc, que cette loi sera acceptée par le sénat la semaine prochaine…
Il sera très intéressant de voir quels seront les conséquences pour des magasins de gadgets ou de lingerie qui s’étaient mis, relativement récemment, à vendre des “sex-toys”. Il sera aussi intéressant d’essayer de repérer les répercussions médiatiques : l’action des élus du peuple apparaîtra-t-elle comme ridicule ou pleine de bon sens ?
 
Si vous avez lu jusqu’ici, alors vous serez certainement intéressé par Sex-shops, une histoire française, mon livre (sortie le 20 avril), écrit avec I. Roca Ortiz (une liste de diffusion existe, à laquelle vous pouvez vous inscrire).

Les écoles à Paris – les sex-shops à Paris

Dans trois jours, la Commission des affaires sociales du Sénat examinera l’amendement au projet de loi sur la protection des mineurs interdisant l’installation des sex-shops à moins de 200m des établissements scolaires. J’ai eu l’occasion d’en parler auparavant, et de signaler l’évolution juridique que cet amendement représente.
Mais ce qui m’intéresse est d’essayer de comprendre ce que représente cette zone d’exclusion autour des établissements scolaires. J’ai décidé de me concentrer sur Paris. On trouve, pas facilement, mais en cherchant un peu, une liste des établissements scolaires maternels, primaires et secondaires sur internet, avec leur adresse postale. La liste n’est pas complète, je n’ai trouvé que 930 établissements. Une fois convertie en table, cette liste peut être “géocodée” à l’aide de googlemaps [il y a plusieurs solutions : soit utiliser cet exemple de HTTP geocoding qui nécessite PHP 5 et mysql, soit utiliser http://www.mapbuilder.net/]. Le géocodage consiste à transformer les adresses postales en coordonnées “latitude-longitude”. Ca a l’air simple, mais j’y ai passé plusieurs heures. Inutile de préciser que des solutions payantes et plus rapides existent, mais je n’y ai pas accès de chez moi.
Il est alors possible de générer une googlemap des établissements scolaires parisiens :
Ecoles a Paris
La densité faible d’écoles dans les seizième et septième arrondissements m’étonne : soit ma liste de départ est erronée, soit je n’ai que les établissements publics et pas les établissements privés. Mais je pense que cela ne remet pas en cause ce que je cherche à montrer.
Car ce qui m’intéresserait serait de pouvoir montrer que ce nouvel amendement aura pour conséquence l’impossibilité d’implantation de tout nouveau sex-shop à Paris. Ou alors de ne laisser libres que certains petits quartiers, comme pourrait le montrer cette carte fictive :
Carte fictive - 200m ecoles
L’on se retrouverait alors avec un résultat pervers : les députés et sénateurs contribueraient, par leur action, à la concentration des futurs magasins dans certaines zones, de petits réduits d’immoralité.
Plus généralement, ce “zonage inverse” est bâti sur l’établissement de zones protégées autour des écoles, que l’on pourrait sans doute appeler des zones morales. Dans la tradition de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago, l’étude de telles zones revêt son importance, mais est moins centrale, finalement, que l’étude des zones “démoralisées” ou vues comme telles — zones pauvres, quartiers noirs, quartiers de prostitution, ghettos. Et ces zones démoralisées naissent a priori du rassemblement de personnes partageant les mêmes caractéristiques.
Avec ce que je cherche à montrer, le processus est un peu différent : c’est la moralisation forcée de certaines zones urbaines qui donnerait naissance aux quartiers “rouges”, et pas le partage de caractéristiques essentielles.
Reste, bien entendu, à souligner, en conclusion, que je n’ai pas encore montré ce que je souhaite : je ne sais pas vraiment ce que donnera la représentation spatiale de l’interdiction, à moins de 200m des écoles, des magasins vendant des “objets pornographiques”.
 
Sur les sex-shops, je rappelle l’existence, encore virtuelle de Sex-shops, une histoire française (sortie le 20 avril 2007)…

Mise à jour (lundi 10h30 et mardi) :
Deux cents mètres de rayon représentent une distance moins importante que ce que j’imaginais — du moins à l’échelle de Paris. Voici donc une première cartographie représentant la zone de 200 mètres autour des écoles :
Carte version 01 - 200m ecoles
Si mes calculs sont bons, et si mes sources sont bonnes (ce dont je ne suis pas certain), il restera aux sex-shops “plein” de place où s’installer, du moins à Paris… En effet, les parcs et jardins (Rivoli, Luxembourg, Monceau, Buttes Chaumont…) restent libre. Les gares et voies ferrées aussi (Nord du 18e arrondissement, Est du 17e arr., …). Les “grands établissements publics” (ministères dans le 7e, Tour Eiffel) ainsi que les zones de bureaux seront fortement accueillants !
Carte version 01 – Les Ecoles et leurs deux cents mètres [au format PDF].

Des commentaires ?

Quart de siècle… Provinces… et livre

1- Quand on plonge dans des archives, il arrive souvent que l’on soit étonné par d’étranges capsules temporelles, telle — par exemple — l’anxiété causée par les affiches et les « posters » au début des années 1970 (une forme parfois jugée dangereuse d’expression personnelle de la jeunesse).
Mais il arrive parfois que l’on se demande, finalement, ce qui change. Certains articles de presse, notamment, me poussent à réfléchir aux évolutions qui ont lieu malgré la permanence du vocabulaire. Prenons comme exemple un article paru dans Le Monde et commençant par :

Banalisés par la société de consommation, les objets érotiques font désormais partie de la panoplie du couple moderne

Un peu plus loin, la journaliste, Joëlle Stolz, écrit :

Les objets érotiques font maintenant partie de la multitude des choses que l’on fabrique, que l’on vend, que l’on consomme et que l’on jette lorsqu’un produit plus perfectionné apparaît sur le marché. Le fait est d’autant plus remarquable que la morale longtemps en vigueur dans les pays de l’Occident avait relégué ces objets dans la candestinité, et censuré jusqu’à leur représentation […]
Ce qui est nouveau aujourd’hui, ce n’est pas l’existence d’objets érotiques, mais le fait qu’ils soient fabriqués industriellement, donc soumis aux contraintes de la production et de la consommation : rentabilité, intervention de la publicité, innovation technologique, voire sécurité du consommateur.

Cet article, assez long pour les standards du Monde (une page entière) se poursuit par la description d’une innovation :

Mais c’est bien entre femmes qu’ont lieu aux États-Unis, les ventes à domicile d’objets érotiques, suivant le fameux système Tupperware : une dame convie ses voisines à prendre le café dans son salon où la démonstratrice vante ses produits et prend les commandes. Les braves ménagères s’intéressent maintenant à autre chose qu’à laver plus blanc ou astiquer leurs meubles, et ces parties Tupperware d’un goût nouveau cnnaissent un succès foudroyant dans les grandes villes de la côte Est et de la côte Ouest.

Cet article, qui brasse des thèmes connus par les lecteurs de ce blog, et qui semble aborder des idées “à la mode” date pourtant de plus d’un quart de siècle (du 23 août 1981 pour être précis). Il y a vingt-six ans, l’on parlait donc déjà de “réunions Tupperware d’un nouveau type” ou d’objets érotiques largement diffusés, qui faisaient partie de la “panoplie du couple moderne”.
Les amnésies sont amusantes. Mais surtout elles nous incitent à ne pas considérer que des pratiques qui “connaissent un succès foudroyant” dans des groupes limités soient promises à un succès rapide. L’observateur — ou l’observatrice — d’un petit changement d’habitudes sociales peut avoir tendance à considérer qu’il — ou elle — est témoin d’un bouleversement structurel. Il existe une « exagération qui est propre à ceux qui croient assister à une mutation » et dont le bon sociologue doit se méfier. Et pour s’en méfier, rien de tel que le travail rétrospectif, l’ouverture d’archives, la lecture de la presse du temps des parents…

2- En province s’ouvrent des sex-shops, et la magie des blogs permet parfois de suivre leur installation : près de Paris, à Meaux, et en Bretagne près de Lorient en plus de Saint-Béat… Certainement pas une mutation, mais un petit changement intéressant.

3- Dépot du manuscrit d’un livre sur les sex-shops la semaine prochaine. C’est l’aboutissement d’une recherche intéressante (j’y reviendrais). Une page spéciale y est consacrée (avec une mailing-list à laquelle les personnes intéressées peuvent s’inscrire).